DE LUXEMBOURG
C'est ce que requiert l'évéque de Beauvais à monseigneur le duc de Bourgogne et au bâtard de Wandomme 37, de par le roi notre sire et de par lui, comme évêque de Beauvais :
Q.ue cette femme, que l'on nomme communément Jeanne la Pucelle, prisonnière, soit envoyée au roi pour être livrée à l'Église, pour lui faire son procès, parce qu'elle est soupçonnée et diffamée d'avoir commis plusieurs crimes, tels que sortilèges, idolâtries, invocations de démons et plusieurs autres cas touchant notre foi, et contre elle. Et bien qu'elle ne doive point être estimée prise de guerre, comme il semble 38, considéré ce qui est dit, néanmoins, pour dédommager ceux qui l'ont prise et retenue, le roi veut libéralement leur bailler jusqu'à la somme de 6. 000 francs 39, et audit bâtard, qui l'a prise, lui donner et assigner une rente pour tenir son état, jusqu'à 200 ou 300 livres 40.
Item, leditévêque requiert en son nom aux dessusdits et[à chacun d'eux, puisque cette femme a été prise dans son diocèse et sous sa juridiction spirituelle, qu'elle lui soit rendue pour lui faire son procès, comme il appartient. Il est prêt à l'entreprendre, avec l'assistance de l'inquisiteur de la foi, et si c'est nécessaire, avec l'aide de docteurs en théologie et en décret, et autres personnes expertes en l'art de juger, ainsi que la matière l'exige, afin qu'il soit mûrement et dûment 'procédé pour l'exaltation de la foi et l'instruction de plusieurs qui ont été déçus et abusés en cette matière, à l'occasion de cette femme,
Item, et finalement, si par la manière dessusdite ils ne veulent et ne consentent à obéir à ce qui a été dit, bien que la prise de cette femme ne soit comparable à la prise d'un roi, de princes et d'autres gens de grand état (cependant si des gens de telles conditions étaient pris, fussent roi, dauphin ou autres princes, le roi les pourrait racheter, s'il le voulait, en baillant à celui qui les a faits prisonniers lo.ooo francs, suivant le droit, les usages et la coutume de France ^i), ledit évêque somme et requiert les dessusdits, en son nom et en celui du roi, que ladite Pucelle lui soit livrée en donnant en garantie ladite somme de lo.ooo francs, en tout et pour tout. Et ledit évêque, en son nom propre, suivant la forme et peines de droit, requiert qu'elle lui soit baillée et livrée comme déssus.
ITEM s'eXSUIT la TENEUR DE l'eXPLOIT FAIT POUR LIVRER LA PUCELLE.
L'an du Seigneur 1430, le 14'^ jour du mois de juillet, indiction 8, l'an 13 du pontificat de notre très Saint Père le pape, Martin \\ en la bastille d'illustrissime prince monseigneur le duc de Bourgogne, dans son ost campé devant Compiègne, en présence de nobles hommes messeigneurs Nicolas de Mailly42 et Jean de Pressy43, chevaliers, et de plusieurs autres nobles témoins, en grand nombre, fut présentée par révérend père en Dieu monseigneur Pierre, par la grâce de Dieu évêque et comte de Beauvais, à Tillustrissime prince monseigneur le duc de Bourgogne, certaine cédule en papier contenant mot à mot les cinq articles t-t ci-dessus transcrits. Cette cédule, monseigneur le duc la bailla à noble homme Nicolas Rolin+î, chevalier, son chancelier, -qui l'assistait, et il lui donna l'ordre de la transmettre à noble et puissant seigneur messire Jean de Luxembourg, chevalier, seigneur de Beaurevoir ; ledit seigneur Jean de Luxembourg étant survenu, ledit chancelier lui bailla cette cédule qu'il lut, à ce qu'il m'a semblé. Ceci s'est passé devant moi. Ainsi signé : Triqcellot46, notaire pontifical.
lO PROCÈS DE CONDAMNATION DE JEANNE d'aRC
s'ensuit la teneur de la lettre de l'université de paris, adressée a nous, évêque.
A révérend père en Dieu et seigneur, monseigneur l'évéque et comte de Beauvais. Nous voyons avec étonnement, révérend père et seigneur, le grand retard apporté à l'envoi de cette femme, vulgairement appelée la Pucelle, si préjudiciable à la foi et à la juridiction ecclésiastique, surtout puisqu'on la dit actuellement remise entre les mains du roi notre sire. Les princes chrétiens, dans leur zèle à favoriser les intérêts de l'église et ceux delà foi orthodoxe, lorsqu'une atteinte téméraire est portée aux dogmes de cette même foi catholique, ont accoutumé de livrer le prévenu aux juges ecclésiastiques, afin qu'ils s'en saisissent et le punissent incontinent. Et sans doute si votre paternité avait prêté une diligence plus active à poursuivre l'aiTaire, déjà la cause de ladite femme serait agitée devant un tribunal ecclésiastique. Il vous importe grandement, puisque dans l'Église de Dieu vous portez si haute prélature, d'abolir les scandales perpétrés dans notre chrétienne religion, surtout quand il s'agit de juger un cas que le hasard amena dans votre diocèse. Donc, pour qu'en cette affaire l'autorité de l'Eglise ne souffre plus grave blessure d'un si long atermoiement, que votre paternité daigne dans son zèle travailler avec une extrême diligence à ce que ladite femme soit remise au plus tôt en votre pouvoir et en celui de monseigneur l'inquisiteur de la perversité hérétique. Cela fait, veuillez prendre peine de la faire conduire sûrement en cette ville de Paris, où il y a nombre de personnes sages et érudites, afin que ce procès puisse être examiné diligemment et conduit avec certitude ; pour la saine édification du peuple chrétien et l'honneur de Dieu qui veuille bien, révérend père, vous accorder en toutes choses un spécial secours ! Ecrit à Paris, dans notre assemblée générale tenue solennellement à Saint-Mathurin47, le 21"^ jour du mois de novembre, l'an du Seigneur 1430. Le recteur--»'' et l'Université de Paris bien vôtres. Ainsi signé : Hébert.
S ENSUIT LA teneur DE LA LETTRE DE NOTRE MÈRE l'uNIVERSITÉ DE PARIS ADRESSÉE A NOTRE SIRE LE ROI DE FRANCE ET d'aNGLETERRE.
A très excellent prince, le roi de France et d'Angleterre, notre très redouté seigneur et père. Très excellent prince, notre très redouté et souverain seigneur et père, nous avons entendu dire nouvellement que la lemmc dite la Piicellf est à présent rendue en votre puissance; ce
dont nous sommes très joyeux, confiant dans votre bonne ordonnance pour mettre cette femme en justice, réparer les grands maléfices et les scandales survenus notoirement en ce royaume à son occasion, au grand préjudice de l'honneur divin, de notre sainte foi et de tout votre bon peuple. Et parce qu'il nous appartient particulièrement, suivant notre profession, d'extirper de telles iniquités manifestes, surtout quand notre foi catholique en est touchée, nous ne pouvons sur le fait de cette femme dissimuler le long retard de justice qui doit déplaire à chaque bon chrétien, à votre royale majesté plus qu'à nul autre, pour la grande obligation que vous avez envers Dieu, en reconnaissance des hauts biens, des honneurs et des dignités qu'il a octroyés à votre excellence. Et bien qu'à ce sujet nous vous ayons plusieurs fois écrit, et encore à présent, notre très redouté souverain seigneur et père, en proposant toujours très humble et loyale recommandation, afin de n'être noté d'aucune négligence sur une matière si favorable et nécessaire, nous supplions très humblement, en l'honneur de Notre Seigneur Jésus-Christ, et nous prions bien votre haute excellence qu'il vous plaise ordonner que cette femme soit remise brièvement entre les mains de la justice d'église, c'est à savoir de révérend père en Dieu notre très honoré seigneur l'évèque et comte de Beauvais, et aussi entre celles de l'inquisiteur ordonné en France, à qui la connaissance de ces méfaits appartient spécialement en ce qui touche notre foi, afin que par voie de raison soit faite discussion convenable au sujet des charges qui lui sont imputées, et telle réparation [apportée], comme au cas appartiendra, en gardant la sainte vérité de notre foi, et en mettant hors des cœurs de vos bons, loyaux et chrétiens sujets toute fausse erreur et scandaleuse opinion. Et il nous semble bien convenable, si tel était le plaisir de votre hautesse, que cette femme soit amenée en cette cité [de Paris] pourfaire son procès notablement et sûrement ; car menée par les maîtres, docteurs et autres notables personnes étant par deçà en grand nombre, la discussion serait de plus grande portée qu'en autre lieu ; et il convient assez que la réparation des scandales soit faite au lieu même où ses faits ont été divulgués et excessivement notoires. En ce faisant, votre majesté royale gardera la grande loyauté envers la souveraine et divine Majesté : laquelle veuille octroyer à votre excellence prospérité continuelle et félicité sans fin. Écrit à Paris, en notre assemblée générale tenue à Saint-Mathurin, le 21= jour de novembre, l'an 1430. \'otrc très humble et dévote fille : l'Université de Paris. Ainsi siijnée : Hubert.
ITEM s'ensuit la TENEUR d'uNE LETTRE ROYALE SUR LA LIVRAISON DE LADITE FEMME A NOUS, ÉVÊQ.UE DE BEAUVAIS.
Henri, par la grâce de Dieu roi de France et d'Angleterre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Il est assez notoire et connu comment, depuis certain temps, une femme qui se fait appeler Jeanne la Pucelle, délaissant l'habit et le vêtement du sexe féminin, contre la loi divine, chose abominable à Dieu, réprouvée et défendue par toute loi, s'est vêtue, habillée et armée en état et habit d'homme, a fait et exercé de cruels homicides, comme on le dit, donnant à entendre au simple peuple, pour le séduire et l'abuser, qu'elle était envoyée de par Dieu et qu'elle avait connaissance de ses divins secrets, avec plusieurs autres dogmatisations très périlleuses, bien préjudiciables à notre sainte foi et scandaleuses. Tandis qu'elle poursuivait ces abus et exerçait des hostilités contre nous et notre peuple, elle a été prise sous les armes, devant Compiègne, par certains de nos loyaux sujets et depuis amenée prisonnière par devers nous. Et parce qu'elle a été par plusieurs réputée suspecte, notée et diffamée au sujet de superstitions, de fausses dogmatisations et d'autres crimes de lèse-majesté divine, comme on le dit, nous avons été requis très instamment par notre amé et féal conseiller l'évêque de Beauvais, juge ecclésiastique et ordinaire de ladite Jeanne, qui a été prise et appréhendée dans les bornes et limites de son diocèse ; pareillement nous avons été exhorté par notre très chère et très aimée fille, l'Université de Paris, de vouloir bien faire rendre, bailler et délivrer cette Jeanne audit révérend père en Dieu, pour l'interroger et l'examiner sur ces cas, afin de procéder contre elle suivant les ordonnances et dispositions des droits divin et canon, appelés ceux qui seront à appeler. C'est pourquoi, pour le respect et l'honneur du nom de Dieu, la défense et l'exaltation de sa sainte Eglise et delà foi catholique, nous voulons dévotement obéir, comme de vrais et humbles fils de sainte Église, aux requêtes et instances dudit révérend père en Dieu et aux exhortations des docteurs et maîtres de notre dite fille l'Université de Paris. Donc nous ordonnons et nous accordons, autant de fois qu'il semblera bon audit révérend père en Dieu, que cette Jeanne lui soit baillée et délivrée par nos gens et officiers qui l'ont en leur garde, pour l'interroger, l'examiner et pour que st)n procès lui soit fait, selon Dieu, la raison, le droit divin et les saints canons, par ledit révérend père en Dieu. Ainsi nous donnons mandement à nosdites gens et officiers, qui ont en garde cette Jeanne, de la bailler et délivrer audit révérend père en Dieu, sans refus ni aucun
contredit, autant de fois qu'ils seront requis par lui ; et nous mandons en outre à tous nos gens de justice, officiers et sujets, tant aux Français comme aux Anglais, qu'ils ne donnent, de fait ni autrement, aucun empêchement ni trouble audit révérend père en Dieu et à tous autres, qui sont et seront désignés pour assister, vaquer et entendre audit procès : mais, s'ils en sont requis par ledit révérend père en Dieu, leur donnent garde, aide, défense, protection et confort, sous peine de grave punition. Toutefois c'est notre intention de ravoir et de reprendre cette Jeanne s'il arrivait qu'elle ne fût convaincue et atteinte des cas dessusdits, ou de certains d'entre eux ou d'autres touchant ou regardant notre foi +9, En témoin de quoi nous avons fait mettre à ces présentes notre sceau ordonné en l'absence du grand 5". Donné à Rouen, le 3"= jour de janvier, l'an de grâce 145 1, et de notre règne le 9^. Ainsi signée : par le roi à la relation de son grand conseil, J. de Rixel >'.
ITEM s ENSUIT LA LETTRE DE TERRITOIRE ACCORDEE A NOUS, EVEQUE,