Informatio prævia super ioiquitate prions processus
J'ai donné ce titre pour l'uniformité de la publication à la première pièce qui se présente dans l'ordre chronologique. C'est une enquête ordonnée par Charles Vn pendant que s'effectuait là conquête de la Normandie, au commencement de l'année 1450. Entre beaucoup de choses redites par la plupart des mêmes témoins en 1452 et en 1456, elle ofire quelques faits qui ne furent point articulés plus tard. Il se trouve en outre que trois personnes, interrogées alors , ne figurent plus dans les informa-
NOTICE
lions postérieures. L'ordre d'informer, ainsique les dépositions des témoins, sont en français et d'un français qui est bien celui de l'époque à laquelle l'opération se rapporte.
II existait au siècle dernier deux manuscrits de ce précieux document, tous deux égarés aujourd'hui. Il ne nous reste qu'une copie tronquée et fautive de l’un d’eux, conservée à la bibliothèque de l'Arsenal et dont la condition est telle que nous en serions réduits à considérer comme perdue l'information de 1450, si M. de l'Averdy n'avait eu l'heureuse idée de l'imprimer intégralement dans son mémoire (1). Il faut tenir compte cependant de trois dépositions publiées auparavant par Lenglet-Dufresnoy (2). En outre, Eldmond Richer avait inséré dans son histoire manuscrite de Jeanne d'Arc une copie du mandement de Charles Vil qu'il avait vu en original, probablement au Trésor des chartes (3).
J’ai reproduit l’édition de M. de l’Averdy, et, sur les manuscrits, voici les notions que j'ai pu recueillir.
Manuscrit de Soubise. — Celui dont se servirent Lenglet- Dufresnoy et M. de l'Averdy appartenait à la bibliothèque du cardinal de Rohan. C'était un volume petit in>fol. trèslarge, en vélin, relié en veau avec filets dorés. L'un des plats de la reliure ne tenait plus en 1788 *, le parchemin était piqué de vers. La seule indication d'appartenance qu'on y lût, étaient les mots Biblioihecœ Subisianœ^écv\\s> sur le premier et sur le dernier feuillet; mais la première initiale du manuscrit décelait jusqu'à un certain point son origine., par un écusson dont elle était ornée, savoir : un lion d'azur lampassé de gueules sur un champ d'or sommé d'un
(i) iVo/icM et Extraits des Manuscrits , l. 111 , p. 49Î. (J) Histoire de Jeanne Darc,2* partie , p. 67.
(3' Voyez cotre tome II p. î , note 3.
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chef de gueules. Ces armes sembleraient avoir été une brisure de celles de Grancey en Champagne.
Les vingt et un premiers feuillets étaient occupés par un sommaire du procès de condamnation commençant, sans titre aucun, par une petite introduction historique dont M. de TAverdy nous a conservé seulement deux phrases à la louange de Pierre de Brézé et de la Pucellc. Il aurait pu, comme on verra plus loin, en citer d’autres passages plus instructifs pour établir Tâge du manuscrit.
L’abrégé du procès avait été fait sur l’instrument latin, car le récit y était mis dans la bouche des juges.
Venaient ensuite (fol. 21 verso) une consultation visiblement traduite du latin ^ puis au fol. 39 les lettres patentes de Charles VII pour l’information de 1450, et enfin les dépositions des témoins qui remplissaient vingt feuillets. Ce qui suivait jusqu’à la fin du manuscrit était la copie de diverses traductioiïs de pièces latines dont il sera parlé en leur lieu (1).
M. de l’Averdy a attribué le manuscrit de Soubise au règne de Charles V il et Lenglet-Dufresnoy aux dernières années du xv* siècle. On prouve dans l’article suivant qu’il n’a pu être exécuté qu’à une époque assez avancée du XVI* siècle : ce qui n’empéclie pas les informations d’être un document d’une authenticité incontestable.
Manuscrit de V Arsenal, — Ce volume qui a appartenu au marquis de Paulniy, a été signalé pour la première fois par Fevret de Fontette qui dit en avoir fait tirer copie (2). Il est coté: Jurisprudence française n® 144. C’est un in-4* en papier d’une mauvaise écriture du xviii® siècle, avec cette indication ex rnusæo du Tillet anno 1716. Le titre
(I) Notices des Manuscrits, t. 111 , p. 189.
(Tj Bibliothèque Hisi, de la France , t. Il , n'' 17910.
NOTICE
est ainsi conçu : m Procès de Jeanne d'Arc , pucelle d^Or- « lëans, tiré d"un manuscript donné à M. le cardinal d’Ara maignac, le 25 de mars 1569. » D'après la conformité du manuscrit de Paulmy, dont il eut connaissance, arec celui de Soubise , M. de TAyerdy avait conjecturé que ce dernier et le volume donné au cardinal d'Armagnac ne faisaient qu'un ; mais cela n'est pas possible, car, de l'aven même de M. de l'Averdy, les feuillets 119 et 120 laissés en blanc dans le manuscrit de Soubise, rendaient incomplète une pièce qui se présente sans lacune dans le manuscrit de Paulmy; preuve que le manuscrit du cardinal d'Armagnac ne manquait de rien là où l'autre était défectueux.
L'introduction historique signalée par M. de l'Averdy commence ainsi dans le manuscrit de l'Arsenal : « Tous a hommes désirent et appètent naturellement connoitre et a savoir, ainsi que dit le philosophe-, et Tulle dit que nous a sommes induits et attirez à science par la puissance et a vertu de notre nature, etc. » Ce n'est certainement pas là le style du temps de Charles VII^ mais ce qui prouve encore mieux que la rédaction de l'ouvrage appartient au XVI* siècle, c'est que l'auteur cite Gaguin et la Mer des Histoires, livres dont on n'a fait usage que sons Louis XII ou François I•^
Après le récit abrégé du procès conçu comme il l’était dans le manuscrit de Soubise, on arrive à l'information de 1450 pâr cet ert-tête que M. de l’Averdy ne dit pas avoir existé dans le manuscrit de Soubise : <( Icy ensuivent les « noms , surnommez et disposition de tesmolnS par tnoy, éf Guillaume Bouilie, docteur en théologie, én vertu et « vigueur de commission que le roy de France m’a donnée « sur Cette affaire , l'an et le jour dattez cy devant, de ceux <x qui furent jurez et examinés à ce procès, et invité disn crete et notable personne Du Soucy, prêtre sacré en cour « de Rome et notaire juré en la cour de M. rarchevéque
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« de Rouen , sur aucuns articles déclarez en la commises sion , du procès de Jeanne la Pucelle qui depuis naa guères a esté brûlée en la cité de Rouan, lorsqu'elle étoit a détenue par les Anglois. )>
Les interrogatoires qui viennent ensuite sont copiés avec beaucoup de négligence et fort mutilés.
Les mêmes mémoires que ceu% du manuscrit de Soubise terminent Touvrage , mais non le manuscrit auquel ou a donné pour appendice un mémoire historique sur Gilbert de La Curée , par Gui de La Tour, sieur d'Hermay.