‹ Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, dite La Pucelle: Témoignages des chroniqueurs et historiens du xve siècle. Volume 4Chapitre 108 sur 139 · CoDsaltaüo D. Tbeodoricî auditons Rotæ io curia romana · texte numérisé non relu

CoDsaltaüo D. Tbeodoricî auditons Rotæ io curia romana

On verra en son lieu que l’auteur s’appelait Theodorus de Leliis; Theodoricus est une faute des manuscrits.

L’ouvrage est une réfutation des douze articles qui servirent à perdre Jeanne dans l’opinion publique. Il peut être considéré comme l’un des mémoires que commanda le cardinal d’Estouteville , au dire de la sentence de réhabilitation (1). Les informations faites par l’ordre de ce prélat, en 1452, y sont mentionnées en un endroit (2). Théodore de Leliis s’est servi pour le composer d’un exemplaire du procès aux feuillets duquel il renvoie pour chacune de ses citations. La discussion Enie , comme elle ne concerne que le dogme , il indique les points de droit sur lesquels les juristes auront a se prononcer.

Par suite des recherches que M. de l’Averdy fît faire à Rome pendant qu’il préparait son grand travail sur les sources de l’histoire de Jeanne d’Arc, l’ambassade de France envoya pour la Bibliothèque du roi un registre de copies, contenant tout ce qui s’était trouvé de pièces dans les manuscrits du V^atican. Ce registre a été décrit par

(I) Tome III, p. 357, (?) T. II. p. 31.

NOTICE

M, de l'Averdy lui-méme^ lorsqu'il venait d’ètre placé parmi les manuscrits du roi sous le n** 5970 Ais (1). Il est aujourd'hui dans le Supplément latin (n^l033) de la Bibliothèque nationale. Il renferme deux copies de U consultation -J l’une tirée du manuscrit du Vatican 3878 et l'autre du manuscrit 2284.

Le premier de ces textes, au dire de celui qui en a fait la transcription, est le brouillon meme de Fauteur. Il est plein de ratures, dénué de titre et de souscription. L'inventaire des manuscrits du Vatican le désigne ainsi : ConsuUatio ad Javorem Joannœ vulgo dictœ la PuceUe ejusque defensio super capita contenta in processu contra ipsam e^rmato.

Le manuscrit d’où est tirée Fautre copie, entré au Vatican avec la Bibliothèque otlobonienne . consiste en un volume in-4® de parchemin et de papier, d'exécution allemande. On y lit sur plusieurs feuillets ; Iste liber est conuentus TViennensis ord. F rat mm Predicatomm in Aus^ rria.Le mémoire pour Jeanne commence au premier feuillet après le titre : Traclatus justificationis Johanne Darc per Theodricum auditorem curie romane. Il est souscrit à la fin : Theodoricus atiditor rote curie romane. Enfin une note du temps, tracée sur la feuille de garde du manuscrit, apprend au lecteur à quelle occasion y fut copiée la justification de la Pucelle. Je transcris cette note d'après le registre manuscrit de la Bibliothèque nationale :

Folio primo habetur justificatio Johanue , famate per muiidum Virginis Francie , que mira gessit in rebus bellicis pro rege Francic contra Anglicos, qui et finaliter eam ad supplicium mortis condeinpiiarunt. Traclatum hujos justificationis edidit dooinus Theodoricus auditor Rote curie romane , et finiiur fol. 23. Hune

i t) Notices et Ejctraiis des Manuscrits , i. 111 , p. 201 .

DES PIÈCES DE LA RÉHABILITATION

tractatum et queradam huic valde coutrarium (1) de sua gratia reverendiis pater , sacre pagine professor , frater Johannes BrahallI, inquisîtpr fidei in regno Francie, in magnis sextemis , de sua gratia misit mihi dudum per nobilem virum domnum Leonardum Vilszkehet , cancellarium atque ambasiatorcm illustrissimi principis , ducis Sigismuqdi , ad gloriosissiraum regem Francie. Et quia idem domnus Leonardus, cancellarius , petivit sibi per me memoratos sextemos concedi, idcirco procuratum fuit ut prius rescriberentur ad cautelam pro manudiiclione fratrum , si forte aliqui similes casus et cause cmergerent futuris temporibus (2).

En rapprochant celte note de la lettre de Jean Brehal imprimée dans notre second volume (3), on reconnaît que le personnage à qui fut fait l’envoi de ce mémoire, par conséquent l’auteur de la note elle-même , n’est autre que le prieur des Dominicains de Vienne.

Indépendamment des deux textes de Rome, il en existe à Paris un troisième que ne connut point M. de l’Averdy. On le trouve dans le manuscrit 61 {plim 334) de S. Germain Harlay, à la Bibliothèque nationale. Ce manuscrit de Harlay est un recueil de mémoires pour la justification de la Pucelle , composé à peu près des mêmes pièces que celui d’Ottoboni , écrit en cursive gothique du xv* siècle , et marqué à plusieurs endroits du nom de F. Jo. Brehalli. Ainsi il a appartenu à Jean Brehal, inquisiteur de France, nommé juge au procès de réhabilitation, et, comme on vient de le voir, auteur de l’envoi fait aux Dominicains de Vienne.

La consultation de Théodore de Leliis commence au

(1) Erreur Je Fauteur de la note. Ce mémoire est celui de Paul Pontanus , dont il sera question tout à l’heure.

(2) Bibl. nat. Manuscrit Suppl. 1. 1033, fol. 44.

(3) Page 70.

NOTICE

fol. 14 Terso de ce manoscrit sous ce titre : Extractum domini Theodorici auditoris rote curie romane, El à la fin on fit : Opus domini Theodorici, etc.

M. de l’Averdy a signalé encore Texistence du meme ouvrage traduit en français dans le manuscrit de Soubise : U Ensuit Textrait de vénérable personne messire Théodore <c des auditeurs de la Roe en cour romaine. » Meme version sous le même titre , dans le manuscrit de TArsenal Jur.fr. 144.

Le manuscrit du Vatican 3878 jugé autographe, nous a paru d^evoir être suivi de préférence pour notre édition.

Dans le même volume et de la même main , il y a un sommaire du procès que Fauteur des copies envoyées de Rome 4 Paris, avait pensé être aussi de Théodore de Leliis,, quoiqu'il fût sans nom d'auteur (1). Cette conjecture est justifiée par le manuscrit de S.-G. Harlay où le même morceau est donné (fol. 47) sous ce titre : Summarium tocius processus hahiti contra Johannam vulgo dictam la Pucelle per dominum Theodoricum auditorem Rote in curia romana.

Notons encore que Théodore de Leliis lui-même , cite le Summaiium dans sa consultation (2).

Voici comment cette pièce débute dans le manuscrit du Vatican :

Jésus et gloriosus Hieronimus. Summarium tocius processus habitî contra Janelam vulgo dictam la Pulcela. Inchoatus fuit processus per dominum Petrum , tune Belvacensem episcopum , contra quandam Johannam vulgo appellatam la Pulcela , anno Domini 1430, secundnm rilum et computacioiiem Galliarum , indictîonc 9 , die 9 mensîs januarii , pontificatiis felicis recordacionis domini Martini pape quiuti anuo quarto deeiino. Qui epi-

(1) Bibl. Nat. Suppl, lat. 1033, fol. 4f .

(2) T. II , p. 57.

DES PIÈCES DE LA RÉHABILITATION

seopus preteodens se jurisdictîonem habere in dîctam Janetam, ex eo quod fuerat infra limites sue diocesîs capta in quodam confiictn bcllico, per gentes armigeras domini dncis Burgundie ; ac primum dictas episcopus , uti patet ex processu , ut creditur a rege Anglie instigalus, pcrsonaliter adiit castra domini duels Burgundie, tune sita apud Compendium, et ipsum ac dominum Johannem de Luzemburgo , sub cujus custodia ipsa Johanna detinebatur , requisivit ut dictam Johannam traderent régi Anglie, ut inde rex An* glie eaiu traderet et assîgnaret Ecclesie, etc., etc.

Le dernier paragraphe est de grande importance , parce qu’il prouve qu’en l452 on ne songeait pas à contester l’authenticité de rinformatioii posthume rejetée à la fin du procès. Théodore de Lelüs en donne cette analyse :

Post condeittpnacionem et execuciouem sentencie, aliquos dies post, videlicet vil junii, judices feçerunt examinari aliquos testes de dictis et confessis per eam quando adducenda erat ad judicium , que in effeetn continent ipsam Johannam fuisse deceptam et delusam ab illis vocibus que promisemnt eidem liberacionem suam. Dicebat tamen se realiter ilia vidisse que de appariciotiîbus dixit et de angelis , quos minutis quibuSdam corporibus apparuisse dicebat : excepto eo quod dixerat de corona delala Rcgi suo per angeliun, asserens semet fuisse angelum delatèrem, et coronacionem in promissione corone attulisse. Ex quo videtur salis congrne interpretata sermonem suum primum. An tamen esset boni spiritus vel roalî , dicebat se referre ad judicium ecclesiastieorum. Fertur cciam eam de vote confessam et magna contricione dominiei corporis sacramentum assnmpsisse.

Nous nous en tiendrons à ces notions sur le Summarium auquel nous n’avons pu donner place dans notre édition.

111. Doftiiat Paolf Pontani advocati consistorialis qnædam allegationes in proccMum Pualbe*

C’est un avis que l’auteur donna à première vue, pro prima summaria i^isione ^ d’après les pièces dont il eut rommuniralion en 1452, année on il vint en France

NOTICE

comme secrétaire de la légation du cardinal d’Estoute vil le (1). Je ne connais de texte de cette pièce que dans le manuscrit S. -G. Harlay 51 (fol. 34) , où elle est transcrite sous le titre ci-dessus. Chaque allégation y donne lieu à des développements que je me suis abstenu de reproduire. Ils sont tous en faveur de la Pucelle et tirés , soit du procès de condamnation , soit des informations de 1452.

Le manuscrit de Soubise, au témoignage de M. de TAverdy, contenait une traduction française de ce mémoire, intitulée : « Ensuit aucunes allégations de messire « Raoul de Pont, advocat consistorial et en Parlement , <c touchant le procès de la Pucelle. n MaisPaulusPontanus n’a jamais été Raoul de Pont, et il n’y a pas d’apparence que ce jurisconsulte , attaché à la cour romaine, ait jamais siégé dans notre parlement. L’erreur n’est pas particulière au manuscrit de Soubise. Celui de l’Arsenal (Jur. fr. 144} va plus loin , car il attribue au mémoire , non pas seulement un titre, mais une souscription où Pontanus se serait dit lui-méme avocat en parlement. Je ne crois pas à ce témoignage-là plus qu’à l’autre.

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