CHAPITRE III
OPINIOiNS ET MÉMOIRES EXTRAJ l’DlCIAlKES PUBLIÉS DU VIVANT DE JEANNE.
J'ai réuni dans cette division , qui occupe la fin du troisième volume , tous les mémoires des contemporains de la Pucelle auxquels on n'a pas fait , comme à Gerson , l'honneur de les agréer parmi les consulteurs de la réhabilitation.
f. Résumé des concîusioûs données \ ar les docteurs réunis à Poitiers.
La Pucelle, durant son procès, invoqua plusieurs fois, contre ses juges, le /iVre de Poitiers (2). Elle entendait par là le procès-verbal de l’examen qu'elle avait subi dans cette ville en présence d'une commission ecclésiastique nommée par le Roi. Les membres connus de cette commission sont : Regnauld de Chartres, archevêque de Reims et chancelier de France, président; Pierre de Versailles , alors abbé de Talmont; Pierre Turelure, inquisiteur de Toulouse; Jean Lombard , professeur à Paris,* Guillaume Aimeri et Séguin Seguini , dominicains ; Jean Érault , professeur de théolo-
(1) Ci-dessus, p. 410.
NOTICE
\ gie ^ Guillaume Lemaire, chanoine de Poitiers, Mathieu ^ ^ Mesnaige et Jourdain Morin (l).
^ L'examen dura trois semaines : il donna donc lieu à des écritures considérables. Le but qu'on poursuivait en le fai- : sant, garantit assez le soin qu'on dut apporter à la tenue c de ces écritures. Cependant, au moment de la réhabilitation , cette pièce si capitale pour la mémoire de Jeanne ne fut point produite. Les juges furent obligés de mettre dans leur sentence qu'ils n'avaient cènnu l'examen fait à Poiiicrs que par le rapport de témoins (2). Encoré n'eurent-ils la déposition que d'un seul des examinateurs nommés cidessus, Seguin Seguini, lorsqu’il est constant qu'il en vivait encore plus d'un. Pierre Turelure, par exemple, ne mourut qu'en H66 (3), et pourtant ne déposa point. Cela est cause que la postérité regrettera à tout jamais les procèsverbaux de Poitiers, le plus beau document, je n'en doute pas, qu'elle pût posséder sur Jeanne d'Arc, puisque cette immortelle fille se montrait là dans toute la fraîcheur de son inspiration : pleine de gaieté , de vigueur, d'entraxement, et répondant sans contrainte à des juges de bonne foi qu elle était sûre de subjuguer.
La conâmission s'étant suffisamment éclairée , envoya au conseil du roi ses conclusions, dont un résumé, qui est là pièce en question dans cet article, parait avoir été répandu par le gouvernement de Charles Vil à un grand nombre d'exemplaires. Je conjecture cela , parce que le chroniqueur allemand Eberhard de Vindeck, qui puisa dans la correspondance de l'empereur Sigismond la matière d’un curieux chapitre sur là Pucelle, se trouve avoir eu à
Cl ) T. in,p. 19, 74,102,203.
(2) « Aueotis teslium deposiüonibus super examinatione ipsius io prsseolui O pluriraorum prælatorum , doctorum et peritorum , io præscniia R. P. Régi- K naldifOlimarchiepiscopi Remensis, etc. Piclavis et alibi facta.» T. III, p- 36’’
(3) Notre tome 111, p. 203.
DES PIÈCES DE LA RÉHABILITATION
sa disposition le même résumé quTi Gt entrer dans son técit (})• Notre texte français n'a toutefois rien d'officiel. Il existe , avec d'autres fragments sur la Pucelle , dans le manuscrit français 73Ô1 de la Bibliothèque nationale, à la suite d'une histoire en prose de la Passion de Jésus-Christ. Un clerc breton , nommé A. de Kaerrymell, quia signé les écritures de la Passion , paraît être aussi l'auteur des extraits sur Jeanne ; et , circonstance plus importante , parait avoir été contemporain.
M. Buchon a publié deux fois le résumé des délibérations de Poitiers, d'abord dans sa Coüeclion des Chroniques nationales ^ et ensuite dans lè Panthéon littéraire. Le texte que je donne a été revu sur le manuscrit.