DE SAINT-QUENTIN SUR LA PRISE DE LA PUGELLE
2S mai 1430.
Copiée sur Foriginal en papier qui est aux archives de Saint- Quentin , par M. Janin , archiviste-paléographe. Le dépôt des manuscrits de la Bibliothèque rojale possède deux copies de la même pièce. L’une fait partie du Cabinet des chartes, l’autre appartient à la collection de Dom Grenier (paquet 13, n** 5).
De par le duc de Bourgongue, conte de Flandres, d’Artois , de Bourgogne et de Namur.
Très chiers et bien amez, sacbans que tous desirez savoir de noz nouvelles, vous signiBons que ce jour d’uy xxiii* de may , environ six heures après midi, les adversaires de monseigneur le roy (1) et les nostres, qui s'estoient mis ensemble en très grosse puissance et boutez en la ville de Gompiengne, devant la quelle nous et les gens de nostre armée sommes logiez, sont sailliz de la dicte ville à puissance sur le logis de nostre avangarde le plus prouebain d’eulx ; à la quelle saillie estoit celle qu’ilz appellent la Puoelle, avecques plu* seurs de leurs principaulx capitaines. A l’encontre desquelx, beau cousin, messire Jehan de Lucembourg qui y estoit présent , et autres nos gens et aucuns des gens de monseigneur le roy qu’il avoit envoie par devers noos pour passer ooltre et aler à Paris, ont fait très grant et aspre resislence ; et prestement en nostre personne y arrivasmes, et ti-ouvasmes que les diz adversaires estoient jà rebontez; et par le plaisir de
(I) Henri VI.
nostre benoist Créateur, la chose est ainsi avenue et nous a fait tele grâce que icelle appellée la Pucelle a esté prise, et avecques elle plusieurs capitaines, chevaliers, escuiers et autres prins, noiez et mors, dont à ceste heure nous ne savons encores les noms, sans ce que aucuns de noz gens ne des gens de mon dit seigneur le roy y aient esté mors ou prins, ne (ju’il y ait eu de noz gens bleciez vint personnes, la grâce Dieu. De la quelle prise ainsi que tenons certainement, seront gratis nouvelles partout, et sera congneue l’erreur et foie créance de tous ceulx qui ès faiz d’icelle femme se sont rendus enclins et favorables ; et ceste chose vous escrivons pour noz nouvelles, esperans que en aurez joye, confort et consolation et en rendrez grâces et louenges à nostre dit Créateur qui tout voit et cognoist, et qui, par son benoist plaisir, vueille conduire le surplus de noz emprises au bien de nostre dit seigneur le roy et de sa seigneurie et au relievement et reconfort de ses bons et loyaulx subgez. Très chiers et bien amez, le Saint Esperit vous ait en sa sainte garde.
Escript à Codun emprès Compiengne, le xxiu* jour de may.
Signé : Milet.
jiu dos est écrit : A noz très chiers et bien amez les gens d’église, bourgois et habitans de Saint-Quentin en Yermendois.