AUX HABITANTS DE REIMS SUR LE MÊME SUJET
Même date.
Jean Rogier, dans ses Mémoires, donne cette analyse d’une pièce qni , de son temps, existait en original aux archives de l’hôtel de ville de Reims, et qui nvalheureusement est perdue aujourd’hui. Le passage fait partie du fragment de Rogier, mis au jour par M. Varin ( vojex le quatrième volume du présent ouvrage , p. 284 et suiv.ji II se trouve au milieu d’une énumération trés>confuse des dépêches envoyées par l’archevêque Régnault de Chartres, chancelier de Charles YII, au peuple de sa ville métropolitaine.
Il donne advis de la prise de Jehanne la Pucelle devant Compïègne, et comme elle ne Touloit croire conseil; ains faisait tout à son plaisir. Qu’il estoitvenu vers le roy nng jeune pastour, gardeur de brebys des montaignes de Gévaudan en l’évescbé de Mande , lequel disoit ne plus nemoings que avait faict Jehanne la Pucelle; et qu'il avait commandement de Dieu d’aller avec les gens du roy; et que sans faulte les Anglais et Bourguignons seroient desconfis. Et sur ce que on luy dict que les Ânglois avoient faict mourir Jehanne . la Pucelle (1), il respondit que tant plus il leur en mescherroit ; et que Dieu avait souffert pren-
(1) D’après cet mots, quelqnet-nnt pourront croire que Rogier a fondu entenible deux lettres , Tune sur la prise de Jeanne « Fautre postérieure à son supplice. Cela me parait peu probable eu égard à la façon de procéder de Rogier dans le reste de son inrentaire. La menüon de la mort de la Pucelle peut très-bien s'expliquer comme un faux bruit rapporté au Berger soit de bonne foi , soit pour l'éprouver. ^ ^ . f
dre Jehanne la Pacelle pour ce qu’el s’estoit constitué eu oi^ueil, et pour les riches habitz qu’el avoit pris; et qu’el n’avoit faict ce que Dieu luy avoit commandé, ains avoit faict sa volonté.
RENSEIGNEMENTS SUR LE BERGER PAR LEQUEL ON VOULUT REMPLACER LA PUCELLE.
Je place ici ces fragments pour la plus complète intelligence du document qui précède. Ce sont tons extraits de chroniqueurs, concernant une rencontre de Français et d’Auglais qui eut lieu entre Beauvais et C^nmay, au commencement d’août 1431.
L’auteur du Journal de Paris.
Itenij celle année fut la Saint-Dominique au dimen* che; et ce jour revint le régent à Paris, lequel avoit esté espié des Arminaz quant il cuida passér Mante, et le Guidèrent prendre; mais, comme bien advisé, repassa la rivière, et vint jour et nuyt tant qu’il fut à Paris. La nouvelle de ce courut jusques à ceulxde l’ost qui estoient devant bouviers; si laissèrent deux ou trois cappilaines le siège à touttes leurs gens, qui cuidoient que le régent fust prins. Quant ilz sorent que non estoit, si s’en hardirent et alèrent jusques devant Biauvoys et s’embuschèrent. Si fut dit à ceulx de la cité ; si se hastèrent d’yssir qui mieulx mieulx. Les gens du régent sorent leur manière par leurs espies : si en yssit une partie qui se misdrent entre la ville et les Arminaz , et les autres vindrent par devant et les assaillirent moult asprement, et eulx se defiendirent très bien ; mais quant ilz veirent venir par derrière
ks autm, si caidèrant que plus febssent lropq«*ih n’es> toient ; si se desconfirent d’eulz meames ; et furentprins les plus gros cappitaines on tues. Et entre les antres avoit ung meschant, nommé Guillaume le Bei^im* qai^ faisait les gens ydolastrer en luy , et cheyaulchoit de costé, et monstroit de fois en aultreses mains et piez» et son costé ; et estoient tachez de sanc , comme Saint François. Et fut prins ung cappitaine nommé Poton de Sainctrailles de moult grant renommée, et autres assez , et furent menez à Rouen.
le jour Saint André, darrain jour de no> vembre, vint gésir Henry, aagié de nuéf ans ou eirviran, en l’abbaye de Saint-Denis en France, à ung venredy; lequel se nommoit roy de France et d’Angleterre.
Item , le diffienche ensuiant , premier jour des adtens, vint le dit roy à Paris, par la porte Saint- Denis, etc.
Item , devant luy avoit les neuf preux et les neuf preues dames, et après, foison chevaliers et escniers; et entre les autres estoit Guillaume, qui se disoit le Bergier, qui avoit monstré ses playes comme Saint François , dont devant est parlé ; mais il ne pouvoit avoir Joye; car il estoit fort lié de bonnes cordes, comme ung larron.
Jmb Lefèfr« de Seim-Reny.
De la battaille du Brtgier où les Frantdiois furent desconfit des Anglais ( ch. 1 72 ).
Bien avez ouy parkr comment aulcuns de legier et credance voullaige se bouttèrent à croire que les iaiz
de la Pucelle estoient choses miracolenses et permiies de par Dieu , et fort y forent pluiseiirs enclins de ce croire. Or advint apprès la mort de Jehenne la Pucelle que aussi aulcuns de folle créance mirent sus un fol bregier, lequel, comme avoit dit la Pucelle Jehenne, disoit qu’il avoit revélacion divine afin qu’il se mist sus en armes, pour aidier ce noble roy de Franoe. Icelle follie fut expérimentée à la charge, perte et deshonneur du royaulme. £t advint que pluiseurs uottables seigneurs et cappitaines, eulx conlîans en ipeJluy bregier, se mirent aulx champs ; et quant les Anglois le sceurent, ilz firent une grande assemblée pour résister allenoontre d’eulx. De la part des Fran< chois estoient le maressal de Boossac, Pothon de Saint'Trailles, La Hire, et pluiseurs aullres cappi** taines; en leur compaignie, le chief, ce meschant bre* gier. De la part des Anglois estoient le conte d’Aron** del , le seigneur de Tallebot et pluiseurs aultres. Lesquelz Franebois et Anglois assemblèrent à battaille et combatirent très vaillamment les ungs et les aultres. Touttefoie la fortune tourna sur les Franchois ; et lè fm'ent pluiseurs mors et prins. Le vaillant Pothon de Seint-Trailles, qui depuis fut maresçhal de Francei y fut prins ; et se y fut prins le povre Bregier sur lequel estoit l’espérance des Franchois. Le maressal Bonssaoq, La Dire et aultres, se retrayrent à Beauvais; et les Anglois à grant honneur, triomphe et gloire s’en retournèrent à Rouen à tout leurs proies et çonquestes; et là fut mené le Bregier. Qu’il devint depuis, je ne sçay, mais je ouy dire qu’il avoit esté geclé en la rivière de Saine et noyé. Icelle battaille fut appelée du Bregier : laquelle battaille est plus au
long escripte ès livres de ceulx qui ont cronicqué (1).
Et alant je m’en passe, et me souilist d’en faire men-
cion.
Hoostreleu
En l'an desusdit, lemareschal deBonssac, Pothon de Sainte-Treille , messire Loys de Wancourt et aiilcuns autres cappitaines tenans le party du roy Charles, acompaigniës de huict cens combatans ou environ, se partirent de la ville de Beauvaix pour aler quérir leur adventure et fourrer le pays entour Goumay en Normandie; avoecq lesquelx y estoit ung que Franchois nommoient Pastourel , et le voulloient exauchier en renommée comme et par telle manière, que par avant avoit esté Jehenne la Pucelle. Si fut sceue jeur entreprise et l’eportée au conte de Warwich, etc., etc.
Berri.
En ce temps fut le sire de Saincle-Sevère et de Boussac, marescbal de France, Poton de Saincte- Traille et plusieurs autres capitaines en la ville de Beauvais où estoit messire Régnault de Chartres, archevesque de Rheims et chancelier de France ; lesquelz s’estoient assemblez à tout pluiseurs gens d’armes pour aler à Rouen, et s’estoient délibérez de y aler avec un petit bergier d’enfànt qui disoit avoir esté envoyé pour les y introduire , et résolurent de partir le lendemain. Si le sceurent les Ânglois , etc.
(I) Il parle là de chroniqueurs dont les ouvrages ne sont pas connus.
Jean Chartier.
Finablement furent les François desconfîtz ; dont il en y ot pluiseurs mors et prins par ycellui conte d’Arondel. Mesmement y furent mors pluiseurs gens d’y> celle ville de Beauvais qui estoienl à pié ; et y fut prins le dit Poton de Saintraille et ung valleton qui se nommoit Bergier, letpiel disoit qu’il venoit de par Dieu ; et le tenoit on pour fol.
Martial d’Auvergne.
Et fut aussi prins audit lieu Ung jeune enfant , bergier tout sot,
Soy disant envoyé de Dieu ,
Pour l'amour de la feue Pucelle Qu’on avoit veu ainsi conquerre.
Chascun vouloit faire comme elle Et s’entremettre de la guerre.