INDICATIONS COMPLÉMENTAIRES
Les documents qui précèdent montrent ce qu’était la fête du 8 mai au xv* siècle. Je dois ajouter, pour compléter ce tableau que Jean du Lis , dît la Pucelle , fils de Pierre d’Arc et seigneur de nie aux Bœufs (voj. ci-dessus , p. 280) , venait tous les ans de sa terre de Villers où il faisait résidence , à Orléans , pour figurer h la procession de la ville ; qu’il y avait le pas , et qu’on y portait devant lui un grand cierge blanc allumé sur lequel était appliquée une effigie peinte de la Pucelle. Le fait fut attesté en 1550, quarante-buît ans après sa mort, par un très-vieux domestique qu’il avait eu à son service. Ce domestique déposait alors comme témoin dans une enquête sollicitée par certains membres de la famille et rapportée , quant à ce , dans le Traité sommaire du nom et des armes de la Pucelle.
(1) Ces vers, si ce sont des vers, n^olTreot pas de sens. Peut-être n'est-ce qu'un fragment de l’iDscription mise sur la bannière. Je m’eo rapporte au leite de M. Loitio.
Les personnes qui voudront suivre les progrès et vicissitudes de la fêle du 8 mai au delà de 1500, devront recourir aux Recherches historiques sur Orléans de M. Lottin. Cet ouvrage, rédigé en forme d’éphéineri des, est d’un usage très-facile. L’Histoire de l’église et de la ville d’Orléans, par Sjmphorîeu Guyon, est aussi à consulter. On y trouve une longue description du cérémonial usité en 16ô0< Pour la commodité du plus grand nombe des lecteurs , je résumerai en quelques mots l’historique de la fête, tel qu’il résulte de l’un et de l’autre de ces ouvrages.
Dès le temps de Symphorien Guyon , un divertissement tout profane avait pris racine à côté des cérémonies de l’Église. Après la procession des reliques, les militaires de la garnison promenaient par la ville un puceau habillé à la Henri IV, qui était censé représenter Jeanne d’Arc. A partir de 1725, le puceau fut un personnage officiel que la ville habilla à ses frais, que le clergé admit dans ses rangs à la procession. En 1786, la duchesse d’Orléans, mère du roi actuel , institua une rosière qui partagea avec le représentant de Jeanne d’Arc les honneurs de la journée. Vint la révolution , qui commença par diminuer beaucoup le caractère religieux de la cérémonie, en remplaçant par de la garde nationale les congrégations supprimées. La célébration de 1790 coïncida avec celle de la fédération orléanaise. Elle eut encore lieu en 91 et 92; mais cessa tout à fait eu 93. On ne songea à la rétablir qu’en l’an xi , lorsqu’il fut question d’élever un nouveau monument à la Pucelle. Le célèbre M. Bernier, évêque d’Orléans, prit l’initiative, et demanda à cet effet, à la date dn 3 ventôse (22 février 1803), une autorisation qui lui fut accordée par Chaptal , alors ministre des cultes (1).
Le service à la cathédrale fut donc rétabli, ainsi qu’une pro-
(1) Voici le texte de cetie autorisation , imprimée par M. Lottin, (2* partie, t. IV, p. 349) d*après Toriginal des Archives du Loiret : « J’ai présenté au « Premier Consul , Monsieur l’Évéque , votre projet de rétablir les cérémonies *• religieuses qui avaient autrefois lieu en mémoire de la délivrance d'Orléans « par la Pucelle. 11 approuve entièrement ce projet , et il a trouvé dans votre proposition un nouveau témoignage de votre empressement à faire concourir • la religion à tout ce qui peut être honorable pour la nation française. J'ai « l'honneur de vous saluer. Signé Portalis. »
31S DOCUMENTS SUR Lk FÊTE DU 8 MAI.
cession où assistaienl tontes les autorités de la ville. Pour augmenter réclat de la fête, M. de Rocheplatte , maire d’Orléans en 1816 , ressuscita le puceau babillé à la Henri lY, et le soumit à un cérémonial jusqu’alors inusité. Un album exécuté à Orléans en 1829 (1) donnera l’idée de ces innovations aussi peu conformes h l’bistoirO que réprouvées par le bon goût. La révolution de 1830 en a fait justice. La £§te du 8 mai est redevenue ce qu’elle était du temps de l’empire.
(1) Fête de Jeanne d'Arc à Orléans , le 8 mai 1829 , quatre cents ans après la délivrance de cette ville, six dessins lithographiés par Charles Pensée. Petit in-fol. — Voir aussi la description donnée par H. Jollois , dans son flisfotre abrégée de Jeanne ^Arc, p. 173. et les notes.