‹ Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, dite La Pucelle: Témoignages des chroniqueurs et historiens du xve siècle. Volume 4Chapitre 8 sur 139 · LE CHAMPION · texte numérisé non relu

LE CHAMPION

Que peurent faire les duchesses Contre leurs ennemis nuisans ,

Les roynes et les princesses?

Qu’en penseront les congnoissans ,

Quant naguères pucelle , sans Habondànce de biens mondains,

A rompu tous les plus puissans Et mis à mort les plus soudains ?

De la Pucelle dire veul Laquelle Orlyens délivra Où Salsebery perdy l’eul,

Et puis male mort le navra.

Ce fut elle qui recouvra L’onneur des Franchois tellement

DES POÈTES DU XV» SIÈCLE

Que par raison elle en aura Renom perpetuelement.

Tu scez comment estoit aprise A porter lances et harnois;

G)mment par sa grande entreprise,

Âbatos furent les Anglois ;

Comme de Bourges ou de Blois Le roy sailly soubs sa fiance ,

Et en très grant ost de Franchois ,

Ala devant Paris en France.

Dont vint ^ et pourquoy et comment :

Tu le scez bien , sy m'en veulx (aire ;

Mais, qui en livre ou en comment Vouldra ses miracles i^traire,

On dira qu'il ne se pust faire Que Jhenne n’eust divin esprit Qui à telles choses parfaire Ainsy l'enflamma et l'esprit.

L’advemire respond au Champion , et conte en brief renreur et Tabua que on avoit fait de Jebanne la Pucelle :

cou RT- EIîTEIf DElâEXÎT .

Quant tu ouys frère Thomas (1),

Respondy Court-Entendement,

Ne jugas-tu et affermas

Qu’il vivoil très que saintement?

Ne crioit-on communément :

C’est un saint sur terre vequ?

Néantmains tu scez certainment

(1) Ici le manuscrit porte en glose marginale : « De Tabus et erreur frère « Thomas Couette, natif du Mans , plis de par Eugène , pape IV, en habit de « Cannois, dégradé et ars à Romrae au Capi toile. » L’histoire do Thomas Couette est racontée au long par Monstrelet , aux années 1438 et 1433.

TÉMOIGNAGES A quelle fin est parvenu.

Prestre n’estoit ne subdyaque.

Et toutesfois messe chantoit A subdyaque et à dyaque.

Heureux n’estoit qui n’y estoit 5 A paine la terre on baisoit Sur laquelle il avoit marchié;

A son gré du peuple faisoit , n n’y avoit aultre marchié.

Or fut-il ars au Gipitole Rommain , sa rn^lipe véue.

Ainsy dis-j&que la gentfole Est très legierement déchue^

Et une grant fraude cpnchue Et conduite par uug vif sens ,

Au temps qui cueurt n’est aperchue Ne congnue de toutes gens.

Sans parler de manière mainte Comment la Pucelle s’arma ,

Peut pas aviser ceste sainte Aucun qui Orlyens ama ,

Qui l’enbardy et enflamma Et enseigna qu’elle diroit ?

Mais, par Dieu, comme dit on m’a, Mieulx aultrement il se feroit.

L’en m’a dit pour chose certaine.

Que , comme ung page , elle servit En sa jeunesse ung capitaine,

Où l’art de porter harnas vit ;

Et quant jonesse le ravit Et voulut son sexe monstrer,

Conseil eut qu’elle se chevit A harnas et lance porter ;

Puis force, avisant sa manière,

DES POÈTES DU XV SIÈCLE

Qu'à Orlyens elle vendroit Et , comme simplette bergière , Demanderoit et respondroit ,

Et comment enseignes rendroit Au roy et à son parlement Par lesquelles on entendroit Qu'elle venist divinement.

Force anssy cil qui luy disoient Qu'elle usast de ceste pratique , Pluiseurs des Anglois avisoient User de l'art nigromantique ,

Et ainsy leur foy qui se fie Tantost en flebe fondement ,

Leur hardyesse fantastic Abuseroit diversement.

En temps aprez commest on crut > En celle farse controuvée,

Tantost que la fortune acrut Ses faiz ^ velà la voix levée.

Or sera la guerre achevée ,

Se Dieu nous ail et saincte Avoie.

Certes la chose est bien prouvée :

Dieu laPucelle en France envoie!

L'excusacion de Jfehanne la Pocelle.

LE CHÀMPIO».

Elle n'eust peu faire les signes,

Dit le Champion francement.

Se Dieu par ses puissances dignes Ne luy eust fait avancement.

Aussy fit-elle en ung moment,

Ce qu'on ne fit vingt atis devant.

A cui Dieu donne hardement ,

Il vaint tousjours et tire avant.

TÉMOIGNAGES Aussy je croy en bonne foy Que les angles Taccompaignassent , Gir ilz , comme en Jherosme voy, Chasteté aiment et embrassent ;

Et tien pour vray qu'ilz lui aidassent A gaaigner les for» bolvers Et à Patay les yeulx crevassent Aux Anglois ruez à Tenvers.

Aussy merveille ne te soit,

Combien .que chose inusitée,

Se la Pqcelle se vestoit De pourpoint et robe escourtée;

Car elle en estoit redoubtée Trop plus, et aperte, et legière ,

Et pour ung fier prince contée.

Non pas pour simplette bergière.

Chappiau de faultre elle portait , Heuque frapée et robes courtes :

Je raccorde j aussy aultre estoit Son fait , que cil des femmes toutes.

La longue cote (tu n'asdoubtes), fais de guerre n'est pas boine.

Item , moult souvent tu escoutes Que V^ii ne fait pas le moine.

Armes propres habis requièrent;

- Il n’est sy fol qu’il ne le sache.

Aultres pour estre en ville affièrent, Aultres pour porter lance ou hache.

Quant à proie faulcon on lasche , Ses longues pehdans ou lui oste.

Aussy qui ses ennemys cache.

Il n’a meslier de longue cote.

Dient d’elle ce que vouldront.

Le parler est leur et le taire ;

DES POÈTES DU XV- MÈCLE

Mais ses loenges ne fauldront Pour mensonge quilz sachent faire.

Que t’en fault-ii oultre relraire ?

Par sa vertu , par sa vaillance ,

En despit de tout adversaire ,

Couronné fut le roy de France.

l’adversaire.

Je tieng frivole ce langage ,

Car oncques Dieu ne l’envoia ,

Dist l’adversaire au faulx visage ,

Qui de Jhenne grant ennoy a.

Ha ! ce dit , trop le desvoia Oultrecuidance , quoy qu’on die !

Raison aussy le convoia Ardre à Rouen en Normendye.

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