L'ASSASSIN ÉTAIT -IL SEUL DANS LA CHAMBRE
Le rapport s'occupe longuement de cette question. Après avoir mentionné diverses déclarations qui parlent d'un deuxième évadé par la corde attachée à la fenêtre de la cuisine j d'un individu fuyant sur les toits; de plusieurs autres qui se seraient échappés dans la rue des Fossés-du-Temple, par la porte de la maison n° 89 (qui répond à celle du boulevart du Temple, n°5o), ou qui auraient escaladé la clôture
1^2 PROCÈS DÉ FIESCIII
de divers chantiers-, après avoir donné dans son entier la déposiiion du .•■ieur Martin, qui aflirmc avoir distinctement aperçu trois personnes à ia fenêtre où se trouvait la machine, M. Portahs ajoute :
Cependant rien n'est venu à l'appui d'un témoignage si positif. Sil paraît à peu près certain qu'il a été saisi deux chapeaux i^ris dans rappartcracnt de Girard, Tun des deux, celui qui a été recueilli au pied de la machine, en très-mauvais état, est incontestablement le chapeau de Girard qui s'est sauvé la tête nue, et que 1 on sait avoir eu en sa possession un chapeau gris et un chapeau noir. 11 a déclaré pins tard qu'au moment où il mit le feu à la machine, il avait sur la tête un chapeau gris, dont l'intérieur était vert foncé et vert clair -, il a reconnu le chapeau saisi dans sa chambre et déchiré dans sa partie antérieure pour celui que l'explosion avait sans doute violemment arraché de son front. Quant au second chapeau, les uns affirment qu'il a été vu d'abord dans la chambre où était la machine, dautres dans la cuisine, un troisième qu'il était dans une armoire, un quatrième qu il était sur l'appui de la fenêtre de l'antichambre; et cette incertitude sur le lieu où il aurait été trouvé rend moins certaine sa présence dans l'appartement de.G rard, au moment de l'attentat, et par conséquent moins con luante sa saisie sur les lieux; d'autant plus que les contradictions des témoins peuvent être expliquées par un fait qui diminue beaucoup l'im-* portance de la saisie du second chapeau. Ce fait est la preuve acquise que des chapeaux, trouvés au premier et au second étage, ont été transportés au troi^ sième avant tout acte d'instruction.
11 paraît, au surplus, que tous les effets, recueillis durant les premières perquisitions qui eurent lieu
ET DE sis COMPLICES. l'jZ
dans la maison, immédiatement après le crime, furent amoncelés dans 1 appartement de Girard. C'est ainsi que Ton y trouva des rôles de comédie et une reconnaissance du Mont-de-Piété, cpii appartenaient à un artiste dramatique ; deux peignes de femme.et d'autres objets, plus tard réclamés par leurs véritables propriétaires , totalement étrangers à Girard et à sou crime.
Une dernière observation vient infirmer là déposition du sieur Martin. Ou les hommes qu'il aurait aperçus à la fenêtre du n* 5o se seraient avancés entre la macliine et la croisée pour regarder sur le boulevart, et se seraient ensuite retirés derrière cette machine, ce que sa situation rendait impossible, puisqu'il n'y avait entre elle et l'appui de la croisée qu'une distance d'un pouce de côté et de quatorze pouces de l'autre; ou ces hommes auraient déplacé la machine pour regarder par la fenêtre, et l'auraient immédiatement replacée et ajustée : supposition également inadmissible dans un moment où il fallait si promptement pointer et amorcer la batterie.
Le rapporteur déplore le sort du blessé Baraton, qu'une fâcheuse méprise a fait considérer d abord comme un des auteurs de l'attentat, et qui a été ainsi écarté delà liste des victimes pensionnées par la munificence nationale.
Quant aux autres personnes dont la fuite a paru suspecte, elle s'explique par la confusion et l'épouvante qui régnèrent dans les premiers instans. D'ailleurs, on a acquis la conviction que les chantiers n'ont pu être escaladés, et que l'homme aperçu sur les toits devait être un agent de police.
Il paraît donc constant que Girard était seul dans la chambre quand il a allumé la machine infernale.
PREMIÈRES TRACES DE LA MALLE QUI CONTEHAIT LES CANONS DE FUSIt.
Les dépositions de plusieurs habitans de la maison, sans indiquer au juste l'instant où il était arrivé une malle dans Tappartement de Girard , donnaient la certitude qu'une malle y avait été portée un des trois ou quatre jours qui ont précédé le 28 juillet. Plus tard, il avait été constaté que c'était le samedi 25. Girard, qui était si mal dans ses meubles, prit soin d'avertir le portier de cet accroissement de son mobilier. Il voulait sans doute prévenir par cette précaution les soupçons et les commentaires. Il dit que la malle renfermait du linge qui lui était envoyé par sa femme.
Entre une et deux heures, il s'était adressé au desservant de la place des cabriolets de la rue de Vendôme, pour se faire aider à transporter jusqu'à la maison n° 5o, boulcvart du Temple, une malle qui se trouvait déposée au coin des rues Chariot et de Vendôme, à la porte du sieur Maréchal, marchand de vin. L'homme auquel il s'adressa ne le connaissait point alors ^ mais il l'a reconnu depuis. Comme il portait la malle sans crochets, il assure qu'il fut obligé de se reposer t»ois fois, durant le court trajet qu'il avait à parcourir, tant il trouvait sa charge pesante. Il estime que la malle pesait cent cinquante ou cent quatre-vingts livres. Il s'informa de ce qu'elle renfermait. Girard lui répondit qu'il l'ignorait-, que c'était un envoi que lui faisait sa femme. En ce cas , reprit le porteur, elle contient du plomb, du fer, ou des écus.
Quand ils furent arrivés, Girard dit au portier: Voici V avant-garde; ma femme va bientôt venir: il dit au marchand de vin Travault, qui se trouvait
sur le seuil de sa boutique : M. Travault, cela est lourd; c'est ma femme qui m'envoie cette malle : elle cojitient du vin, de l'eau-de-vie et du linge. La malle fut montée au troisième étage, et déposée dans la première chambre en. entrant. Le porteur fut frappé dudénûment de Tappartement et le témoigna. Girard lui dit qu'il emménageait, il lui donna huit sous pour sa peine-, et, descendant avec lui, le mena chez le marchand de vin , où ils burent chacun un verre de bière.
Après avoir congédié son porteur, Girard remonta immédiatement dans sa chambre; quelque temps après, il redescendit, tenant une bouteille d'eau-devie 5 il en fit goûter à Travault, tant il avait à cœur de justifier ce qu'il lui avait dit sur le contenu de la malle.
Suivant le témoignage des habitans de la maison qui l'ont vue, celte malle pouvait avoir quatre pieds de long-, elle était en bois, recouverte d'une peau noire encore garnie de poils, et portait sur le couvercle trois traverses en bois,