BLESSÉS
M. le général Blin ; coup de feu à la main gauche , qui a nécessité l'amputation du pouce et de l'index , une autre blessure à la poitrine.
M. le général Colbert; coup de feu au sommet de la tèle.
j\L le général Heymèsj le nez percé d'une balle.
M. le général Pelel, frappé par un lingot au sommet de la tête, une légère contusion près du cœur.
M. Boudonville , chef d'escadron ,• contusions j son cheva\ tué.
l8 PROCES DE FIESCHI
M. Marion ;, teinlurier, cajDÎtaine en second des grenadiers du i" bataillon de la 8== légion; blessé à la mâchoire , par une balle qui avait traversé M. Rieussec.
M. Chamarante", restaurateur, sergent des grenadiers 3'^ bataillon de la 8"= légion; coup de feu au bras.
M. Chauvin, boulanger, grenadier du i" bataillon, de la 8* légion ; blessé à la cuisse.
M. Royer, fabricant de meubles, grenadier du i'^'' bataillon; deux coups de feu, l'un à la joue, l'autre à la cuisse.
M. Delépine, jardinier maraîcher , grenadier du i*^'' bataillon; atteint d'une balle à la main et à la hanche.
M. Barathon, imprimeur; blessé à la cuisse.
M. Vogel , ouvrier imprimeur en papiers peints; blessé au pied par une balle qui ricochait.
M. Ledernet , ouvrier sellier; forte contusion à la tèle , frappé entre'sa femme, également blessée, el sa beîle-sœur, décédée des suites de ses blessures.
M. Bonnet, garçon boulanger; blessé au pied.
M. Michel Vidal, ouvrier fondeur, âgé de seize ans et demi; une balle à la joue.
M. Emile Henry, âgé de dix ans et demi; contusions graves.
M. Pierre-André Legoret , âgé de neuf ans, balle à la poitrine.
M""^ Ledernet; blessure au bras el à la tête.
M*"*^ Lacoste, concierge; la jambe gauche traversée par
un lingot.
jyjmc Ardouin ; coup de feu à la tète. IVr''^ Geer, ouvrière en linge ; fracture de l'épaule. M"'Clolilde François, domestique; blessure à la cuisse.
M"*" Arlhémise Josse , âgée de huit ans , fille du maire de Pr cy-sur-Oise; blessée aux deux jambes.
ET DE SES COMPLICES. ig
Ont eu leurs chevaux blessés dans le cortège :
S. A. R. le prince de Joinvillcj MM. le maréchal comte Molitor, le comte Flahaut, le baron lioyer.
Ont reçu des balles dans leurs habits:
MM. le duc de Bioglie, le baron Brayer, le comte Guyot, Dui»as,(li(f d'escadron.
ARRESTATI09J SE FIESCHI.
Le trouble et la consternation causés par cette effroyable catastrophe se sont dissipes rapidement; au premier moment de stupeur succède une active énergie. Tandis que les uns relèvent les mourans et les blessés, les autres s'élancent vers la maison du boulevard, n. 5o, d'où les coups sont partis. Aussitôt cette maison est investie de toutes parts :^ du côté de la rue des Fossés - du - Temple arrivent à la fois M. Solvet, capitaine on second de la 8" légion, suivi d'une partie de sa compagnie, qui pénètre jusqu'au deuxième étage, et M. Charlet, à la tête des voltigeurs de ia compagnie Ledru , qui ferment toutes les issues 5 du côté du boulevard, les gardes nationaux de la 8* et de la lo*" légion envahissent en foule le rez-de-chaussée et le premier, occupés par M. Travaul, marchand de vin, et se précipitent vers les étages supérieurs ; avec eux sont des gardes municipaux , M. Diiudin , officier de paix, et plusieurs commissaires de police ,MM. Monnier , Jacqueniin, Haymonet, Cabuchet, accourus au bruit de l'événement. Chacun des étages, les
caves, et même les maisons voisines, sont visités et fouillés simultanément.
Au milieu de l'effervescence générale , quelques personnes , complètement inoffensives , ont été arrêtées avec rudesse, et, disons toute la vérité , maltraitées d'injures et de menaces. Pour expliquer de pareils faits ^ toujours déplorables, et qui répugnent au caractère national , il faut songer à l'exaspération qu'un spectacle de sang rendait inévitable, et qu'échauffait encore le sentiment du péril présent, car on ignorait quel était l'instrument du meurtre, et à la multiplicité des coups, on devait penser que la maison recelait une troupe armée.
Ainsi, lorsque M. Solvet pénétra dans la maison, il eut beaucoup de peine à contenir l'élan de ses chasseurs , qui tous voulaient passer devant lui pour s'exposer à sa place. Pendant la visite qu'il fit à l'appartement du deuxième étage , il remarqua des traces de sang à l'appui d'une croisée donnant sur la cour , et dans la pièce attenante, qui déterminèrent l'arrestation momentanée des habitans de ce logis.
Ce fut M. Jacquemin , commissaire de police , qui dirigea la visite de l'appartement du troisième , où devaient se trouver les auteurs de l'attentat. Après avoir enfoncé d'un coup de pied la porte , fermée seulement au pêne, il entre, accompagné de MM. Dautrep, caporal delà garde municipale, Brière, Thierry, Varin, Bérenger, Sidrac, Audibert, Pigeau , gardes nationaux, Bessas-Lamégy , maire du 10*= arrondissement, Pelicier, adjudant sous-ofBcier de la garde municipale, Cuvillier, sergent du même corps, et de plusieurs autres personnes dont les noms n'ont
pas été recueillis. Oa traverse rapidement la première et la seconde pièces qui paraissent inhabitées 5 mais en arrivant à la troisième (celle du boulevart), on est suffoqué par une épaisse fumée qui permet à peine de distinguer les objets^ enfin on aperçoit la fatale machine disposée devant la fenêtre , dont la jalousie est presque entièrement abaissée 5 on compte les vingt-cinq canons de fusil, dont plusieurs sont déchirés, etk plupart déplacés par la vjolence de la commotion-, à droite est la cheminée, où pétille un feu assez actif de paille et de bois de falourde, dont quelques tisons ont roulé dans la chambre. Ce feu , inutile dans la saison , pouvant servir encore à quelque préparation meurtrière, M. Jacquemin s'empresse de le disperser avec le pied et d'en chasser les débris du foyer qu'ils occupent 5 au-dessus de la cheminée on remarque quelques gravures, sur les murs des taches de sang. Maisc'est en vain qu'on cherche les assassins : cette pièce est déserte comme les précédentes, aussi vides d'habitans qu.e de meubles ; seulement à terre, près de la porte , on ramasse un chapeau gris, entre deux culasses" que les canons en éclatant ont envoyé jusque-là. Prêt à se retirer, M. Jacquemin reconnaît une large porte dans le mur opposé au boulevart; il s'élance en criant : Voilà un placard! mais ce n'est qu'une armoire , d'où tombent un mauvais matelas et de la paille. On repasse , sans rien découvrir , dans la seconde pièce et dans la première \ puis, par une porte à gauche, on entre dans une petite cuisine qui a une fenêtre sur la cour, et une porte de sortie s'ouvrant sur le carré. Là on trouve encore un chapeau gris offrant , en plusieurs» endroits, des
déchirures récentes; à côté est une troisième culasse, sur le fourneau un morceau d'étotTe , dans un coin une échelle. Au plafond, une trappe de grenier frappe les regards. M. Jacquemin applique l'échelle. « Laissez, dit le caporal Dautrep qui passe prompte- » ment devant lui ; ils sont peut-être là , je suis )> armé. » Mais le grenier ne renferme personne ^ Dautrep en redescend avec les seuls objets qu'il ait pu saisir : un marteau , un maillet portant encore l'empreinte des canons de fusil, un panier d'osier et une lettre cachetée.
L'intérieur de la cuisine n'oiFre plus rien de remarquable. Cependant, à terre, on a vu des traces toutes fraîches de sang 5 le mur qui touche à la fenêtre porte des empreintes semblables; l'appui extérieur en est également taché. Enfin on découvre une grosse corde, solidement fixée à cette fenêtre, qui descend jusqu'au sol. Les souillures sanglantes dont elle est empreinte dans le haut indiquent évidemment que c'est par cette fenêlre que l'assassin blessé a dû s'évader.
C'est en effet la route aventureuse qu'il avait suivie, et par laquelle il aurait peut-être réussi à tromper toutes les poursuites, sans les profondes blessures dont il fut atteint. Ces blessures le privèrent de ses forces , et lui faisant perdre un temps précieux pour lui , le livrèrent entre les mains de la police.
L'officier de paix Daudin, chargé du service de la police sur le boulevart du Temple , s'était élancé , au moment de l'explosion, vers la maison Travaut , avec plusieurs hommes de sa brigade. D'abord il courut vers l'appartement du troisième; mais trouvant l'esca-
lier encombré de gardes nationaux, et songeant que son devoir était d'assurer le service sur tous les points, il redescendit. Arrivé dans la cour, un de ses agens, nommé Lefèvre, lui dit qu'il venait d'apercevoir un homme se glissant îelong d'une corde, qui s'était jeté dans la cour voisine. On n'était séparé de cette cour que par un toit peu élevé. « Courez, s'écria M. Daudin, courez, Lefèvre! » Celui-c passa par dessus le toit, accompagné de l'agent Devillers, tandis que M. Daudiu se portait d'un autre côté où il jugeait sa surveillance utile.
La destinée de cet ofFicier de paix fut singulière. Presqu'au même instant, comme il sortai-t précipitamment du café des Mille-Colonnes, où il avait ordonné quelques arrestations, il fut arrêté lui-même par des gardes nationaux , accusé par son habit bourgeois au milieu des uniformes. Vainement il déclara sa qualité et montra sa ceinture j on lui répondit qu'il était facile à un malfaiteur de se protéger d'une écharpe; que cet ornement indiquait même une prévoyance criminelle. Bref, il fallut marcher. Regardé comme chef des conspirateurs et principal auteur de l'attentat , chargé d'imprécations et parfois de bourrades , il fut traîné au poste du Château-d'Eau , où , en dépit de ses explications et de ses instances, on voulait d'abord le mettre au violon avec ceux qu'il venait d'y envoyer. Il n^échappa à cette dangereuse compagnie que par le secours d'un garde raunicipa! , nommé Lafage , et ce fut après une assez longue détention dans l'intérieur du corpsde-garde que, reconnu par M. Cabuchet, commissaire de police, il parvint à recouvrer sa liberté.
l\ PROCÈS DE FIESCHI
Cependant , les agens Lefèvre etDevilliers, en arrivant, par l'escalade du toit, dans la cour de la maison voisine, avaient rencontré un homme chancelant , éperdu, qui, le corps plié et la figure cachée entre ses mains, cherchait, avec les doigts, à essuyer le sang qui coulait sur ses yeux d'une affreuse blessure à la tête. Cet homme , que tout dénonçait comme auteur du forfait, était hors d'état d'opposer la moindre résistance. Ils s'en emparèrent donc sans difficulté , et le conduisirent sur-le-champ au poste du Château-d'Eau , avec l'assistance de M. Boquet, capitaine de la garde nationale, qui avait pénétré dans la cour par un autre côté.
En traversant le corps-de-garde , le blessé profita de la confusion produite par le grand nombre des arrestations, pour jeter, sous le lit de camp, un poignard à manche d'argent , qu'on ne découvrit que plusieurs jours plus tard. On le déposa dans le violon, oiiil resta enfermé quelque temps. Interrogé, il ne chercha pointa nier son crime ; fouillé àja hâte, on trouva sur lui 6 francs 5o centimes, un paquet de poudre, un couteau à manche de corne , des lunettes vertes , une montre et un martinet, dont chaque corde était garnie à l'extrémité d'une balle de plomb : arme terrible entre les mains d'un homme actif et résolu, et avec laquelle il pourrait lutter sans désavantage contre plusieurs adversaires.
Ensuite on vint le reprendre pour le ramener dans la pièce où avait eu lieu l'explosion, et où étaient alors réunis MM. Gisquet, préfet de police 5 Bessas- Laraégy, maire du lo^ arrondissement: Martin du Nord, procureur-général j Desmortiers, procureur
du roi-, Frank-Carré, Plougoulm , substituts du procureur du roi 5 Duret d'Archiac, Zangiacomi, Legonidec, juges d'instruction 5 Jacquerain ctJMonnier, commissaires de police. Là, les premiers secours lui furent donnés par M. le docteur Bompard. Après lui court interrogatoire, auquel son état ne lui permit de répondre que par signes, il fut fouillé de nouveau par M. Jacquemin, qui trouva encore deux quittances de loyer au nom de Girard , et une tabatière en buis sculpté. L'assassin ayant reconnu l'appeler Girard, ainsi que l'indiquaient les quittances, fut remis aux soins de MM. Marjolin, Ollivier d'Angers, etc.,etenfin, vers les deux heures, transporté sur un brancard, avec bonne escorte, à la Conciergerie.