‹ Procès de Fieschi et de ses complices, devant la Cour des pairsChapitre 5 sur 71 · SUITES DE L'ATTENTAT · texte numérisé non relu

SUITES DE L'ATTENTAT

Avant d'entrer dans les détails des circonstances qui se rapportent à cet affreux assassinat, nous devons exposer comment nous entendons notre rôle d'historiens. Il ne se borne pas à enregistrer les faits compris dans la cause criminelle. L'œuvre de la machine de Fieschi n'est pas seulement un immense crime, c'est en même temps un événement politique de la plus haute gravité; Cet événement, qui a agité si puissamment tous les esprits , compromis la tranquillité de l'Europe, et laissé après lui, dans nos institutions, des traces si profondes, pour le représenter fidèlement, il faut lui donner toute sa physionomie, l'animer de toutes ses émotions, l'exprimer avec tout son retentissement. Ainsi, les actes dugouver-

nement, les manifestations des sentimens publics , la voix des partis représentés par la presse , doivent trouver ici leur place. Nous rappellerons même ces versions nombreuses, hasardées, souvent contradictoires , qui ont été répandues sur le meurtrier^ et qui, tour à tour accréditées, ont eu, chacune dans leur limite, leur action sur l'opinion publique. Tous ces élémens divers sont autant de couleurs qui appartiennent au tableau que nous voulons reproduire, et sans lesquelles il ne formerait qu'une esquisse incomplète et sans vie.

Afin de ne pas entraver plus tard notre récit, nous laisserons d'abord parler les journaux, au moyen de quelques extraits qui serviront à montrer le mouvement de la presse après le 28 juillet, et nous permettront une excursion nécessaire sur le terrain de la politique, sans manquer à la rigoureuse neutralité que nous nous sommes imposée.

Il faut le dire , une déiestable doctrine s'est emparée de quelques esprits. C'est un crime poHtique, dit-on, et il semble que ce mot excuse tout. Pour faire triompher son opinion , tout est permis. Je sais que , quelle que soit leur doctrine, les honnêtes gens reculeront toujours avechorreur devant un assassinat. Mais il se rencontre malheureusement des gens qui ont le cœur aussi pervers que l'esprit. Ils prennent l'audace et l'atrocité du crime pour de l'héroïsme; ils se croient de bons citoyens quand ils ne sont que de lâches assassins. Toutes les lois, ils les méprisent^ toute autorité, ils la rejettent et ils la foulent aux pieds 5 toutes les notions morales, ils les confondent et ils les dénaturent : le bien pour eux n'est plus le bien , le mal n'est plus le mal. Ils se font un bien et un mal à leur fantaisie : ils ne croient qu'eux,

ET DE SES COMPLICES. f^'J

leur esprit étroit et leur cœur corrompu. VoilJi comment on en vient à préparer froidement le plus exécrable des crimes et à le comraeltre sans remords peut-être.' C'est un jeu, où , en risquant sa vie , on se croit le droit de disposer de celle des autres. On a si souvent entendu vouer les rois à Texécration publique comme les tyrans du genre humain! on est si bien habitué à ne rien respecter, ni lois, ni magistrats, ni principes sociaux ! on a vu exalter si haut les vertus et le patriotisme de gens qui n'ont su que proscrire , égorger , proscrire et égorger encore! Ainsi, un peuple doux, pacifique, humain est loul-à-coup surpris et épouvanté par des crimes dont il n'avait pas même l'idée; ainsi nous voyons des prodiges d'atrocité au milieu des prodiges de la douceur de nos mœurs>, de nos lois et de nos magistrats^ ainsi nos fêtes viennent d'être souillées de flots de sang! ces fêtes qui rappellent le glorieux souvenir du triomphe de la liberté , ces fêtes où la France s'honora par tant de courage uni à tant d'humanité! Grâce à Dieu, le crime a manqué son but. Quelque regrettable que soit le sang qui a coulé, le Roi vit. Il ne restera du crime que son affreux souvenir et l'horreur universelle qu'il a inspirée. Le Roi vit et avec lui la révolution de juillet et la monarchie constutionnelle. La garde nationale, l'armée, toute la population a fait entendre sa voix ; c'est vraiment la voix du peuple , et celte voix a proclamé que le salut du Roi était le salut de la France. L'assassinai , en France, ne recueillera jamais que l'exécralion publique.

{Journal des Débats du 29 juillet.)

L'indignation ne nous rendra pas injnstes et nous nous garderons d'accréditer aucune de ces vagues rumeurs qui tendent à rejeter sur les partis en masse un crime dont jusqu'à présent la responsabilité pèse sur un seul homme, et qui ne peut dans tous les cas avoir été conçu que par quelques scélérats isolés

a8 PROCÈS DE FIESCHI

Non , il n'y a que des fous et des monstres qui puissent rêver des changemens accomplis à coups de poignard ou par des machines infernales : il n'y a que des fous ou des monstres qui puissent exposer leur parti, lorsqu'ils tiennent à un porti, aux redoutables picvenlions de la foule ; il n'y a que des fous et des monstres qui ne se fassent aucun scrupule de présenter de loin leur pays à l'ctianger comme une arène sanglante oîi le crime ella perfidie auraient à la fin la chance de rester vainqueurs.

De celte grande calamité à laquelle tous les Français prendront une part égale, il sortirait peut-être quelque bien, si en même temps que le péril couru par le roi et par sa famille effacera beaucoup d'anciens griefs , le gouvernement de son côté éprouvait le besoin de chercher, par une confiance entière dans les senlimens delà nation, une sécurité qui l'a fui jusqu'à ce jour, et qui ne sera plus troublée, nous l'espérons, par aucune tentative semblable à celle d'aujourd'hui. Heureusement, l'assassin n'a pu atteindre son but principal; et ceux qui seraient tentés de l'imiter doivent être découragés par la manifestation énergique et universelle de l'opinion contre cet infâme attentat.

{Courrier français du 2C) juillet.)

Au moment ou nous écrivons ces lignes, on vient nous apprendre qu'une machine infernale, dirigée contre Louis- Philippe, a tué plusieurs personnes autour du prince.

Où en sommes nous? Quoi î l'assassinat est aujourd'hui un moyen employé par les partis pour arriver à leur but!

Nous qui nous sommes élevés avec tant de force contre l'effusion du sang que la révolte a piovoquée en i83o , wous gémissons profondément sur des violences qui ont leur sovrce dans ce principe dont nous sommes les ennemis.

{Gazette de France du 2g juillet.)

Voulez- VOUS donc que la révolution soit sans cesse menaçante, que le pouvoir soit outragé et traîné aux gémonies? Youlez vous que le chef de l'état , reconnu inviolable par la constitution , soit , chaque malin , exposé à la risée publique calomnié sur tous les actes et toutes les intenlioiis de sa vie privée ? \ oulez-vous qu'il subisse le mépris des partis et demeure en buitc aux tentatives des assassins et des régicides? Souffrez alors que de nobles pairs viennent discutera la tribune la légitimité du pouvoir auquel ils ont prêté serment j souffrez que d'honorables députés vous proposent la^ bataille au nom d'un autre principe politique que celui qui institue la chambre dont ils sont membres, souffrez sans répression le dévergondage politique et littéraire dont la presse donne aujourd'hui l'exemple : vous recueillerez ce que vous avez semé, c'est-à-dire que vous périrez, car nul gouvernement au monde ne survit à la discussion illimitée.

{Moniteur du Commerce du 2g juillet.)

On ne peut , sans être épouvanté , reporter sa pensée des malheurs que ce jour néfaste nous laisse à déplorer, sur ceux dont l'étoile de la France nous a préservés. Peut-être, à l'heure qu'il est, la guerre civile, l'anarchie sanglante désoleraient la capitale, si le hasard n'avait déjoué le calcul infernal d'un assassin. C'est surtout cette idée des maux auxquels nous avons échappé, par une sorte de miracle, qui inspirait, après l'événement, les chaleureuses démonstrations de la garde nationale, dont, un instant auparavant , l'attitude froide et calme signalait l'influence de pensées d'une autre nature. C'est une grande leçon pour les partis qui persistent à se tenir en dehors de nos institutions de i83o , que cet empressement de la garde nationale à se serrer autour du trône de juillet, à lui imprimer, par ses acclamations, le sceau d'une adhésion aussitôt qu'elle le voit menacé. Mais n'j a-til pas d'autres leçons encore à tirer de ce qui vient de se passer sous nos yeux?

3o PROCÈS DE FIESCIII

Depuis deux ans on a parlé plusieurs fois de complots contre la vie du Roi; ce fait suffirait à lui seul pour prouver que nous n'avons pas la vérité du gouvernement re[)ré.?enta« tif. En effet, dans ce gouvernement, la personne royale ne court aucun danger, parce que tout le monde comprend que le coup qui la frapperait ne pourrait rien contre l'institution. Mais quand le pouvoir a propagé par tous ses organes et accrédité dans tous les esprits l'idée que c'est le Roi qui gouverne de fait^ et qui en droit doit gouverner, comment ne deviendrait-il pas le point de mire offert aux attaques des factions ennemies? et qu'y a-t-il d^étonnant à ce qu'un fanatique se persuade qu'il n'y a qu'a tuer le Roi pour frapper de mort le système politique que l'on a personnifié en lui? Ainsi l'événement d'aujourd'hui jette une lumière sinistre sur les conséquences d'une doctrine dont la condamnation éclatante et irrévocable devait résulter des faits de la révolution dont la France solennise en ce moment l'anniversaire,

{Journal du Commerce du xg juillet.)

La Reine et les princesses se trouvaient chez M. le gardedes-sceaux, à la Chancellerie, pour assister au défilé des troupes sur la place Vendôme, quand on est venu annoncer qu'une machine infernale avait éclaté sur le passage du Roi , que plusieurs personnes avaient été tuées, mais que S. M. et les princes n'avaient pas reçu la moindre blessure.

On songea d'abord à cacher cette nouvelle àlaReinej mais c'eût été impossible. La Reine pouvait lire le malheur affreux qui était arrivé sur le visage de tous ceux qui l'approchaient. M. Guizot et M, le garde-des-sceaux durent l'en instruire. Il est facile de s'imaginer l'émotion où la plongea le danger qu'avaient couiu le Roi et ses fiisj mais comme S. M., qui avait voulu continuer la revue , ne paraissait pas, elle crut qu'on lui déguisait une partie de la vérité , et qne peut-être le Roi était grièvement ou mortellement blessé.

On ne saurait se faire une juste idée des angoisses de ce

Eï DE SES COMPLICES. 3l

cruel moment d'incertitude! La douleur et l'émotion l'empôchaieiit de comprendre et d'apprécier les-explicalions qu'on lui prodiguait pour la rassurer. jMadame la duchesse de Broglie entra dans ce moment^ la Reine se précipita dans ses bras, et ce n'est que lorsque la première émotion de celte entrevue fut passée qu'elle commença à ajouter foi aux assurances qu'on lui donnait , que le Roi et ses fils n'avaient pas été atteints. Mais elle eut à pleurer sur des pertes malheureusement trop réelles !

Dans ce même salon delà Chancellerie se trouvaient réunies les femmes , les mères , les filles des officiers-généraux et des ministres qui composaient le cortège du roi. On savait que plusieurs personnes étaient tombées frappées mortellement auprès de S M. 5 maison ignorait encore le nom des victimes. Ce fut , pendant quelques inslans , une horrible confusion de sanglots et de cris. Enfin, plusieurs aides-de-camp arrivèrent. Toutee les incertitudes fui enl levées, et chacun put apprendre le malheur qui le frappait individuellement.

{Journal de Paris du 29 juillet.)

Mais une chose surtout a fait naître en nous une indignalion à laquelle nul honnête homme n'échappera. Il y a, dans l'atlentat qui a fait tant de douleurs plus qu'un crime d'assassiuatj il y a le crime d'une ignoble et exécrable lâcheté. C'était pour courir moins de dangers , c'était dans l'espoir de son salut à lui seul, que le misérable qui voulait tuer le Roi, au lieu d'aller de près se venger avec l'audace de Louvel , avait travaillé, avec un art infernal, une machine qui devait inévitablement frapper par masses des citoyens que sa vengeance ne voulait pas poursuivre. Ni l'idée de verser à flots un autre sang que celui dont il avait soif, ni la crainte de tuer, peut-être, ses meilleurs amis, ses parens, rien n'a pu l'arrêter. Le sentiment d'une aussi hideuse action brise et attriste l'ame. {Messager du 29 juillet.)

3a PROCÈS DÉ FIESCHI

Si quelque chose pouvait alléger le poids de tant de désastres 5 c'est que l'infernale macliination n'ait pas atteint le but qu'elle se proposait, c'est qu'un miracle ait sauvé le Roi. Le Roi, en France, c'est l'ordre, c'est la paix publique, c'est la garantie de la personne et de la propriété. Le Roi de moins, c'est l'anarchie. Le bon sens de tous a ainsi compris et aimé la royauté que la révolution de juillet s'est donuée. Ce n'est pas cet amour sentimental et niais des légitimistes pour leur roi-principe , c'est un attachement vrai et profond , fondé sur la meilleure des bases , Tinlérêt général. Un trône est bien solidement assis , lorsqu'autour de lui viennent se grouper les intérêts d'une nation tout entière.

Disons-le bien haut à l'Europe , pour qu'elle ne nous mette pas 3u ban des nations civilisées : c'est là un crime isolé, une machination de frénétique. Quelle que soit l'efFervescencedes passions politiques , l'assassinat, celte arme du lâche , ne s'acelimatera pas en France , car le sang qu'il fait rejaillir est souillé de boue. Si jamais un parti tentait cet abominable moyen , il aurait prononcé son arrêt de mort , et , comme l'a dit énergiquement le président de la chambre, il aurait tiré sur lui-même. {Constitutionnel du 2g juillet.)

Parce qu'un homme a été saisi allumant une machine infernale , le ministère ne dit pas qu'il y ait un parti derrière cet homme, et que sou acte soit une insurrection. Non, il ne voit là qu'un individu, une action isolée, une pensée personnelle. Mais cette pensée , qui l'a fait naître ? cette main , qui l'a dirigée? C'est la prédication des mauvaises doctrines! La presse ministérielle répète ici ce qu'elle disait en 1820, pour servir les intérêts de Louis XVIII : c'est, comme toujours , la Minerve qui a conduit le bras de Louvel. Et, pour que rien ne manque au rapprochement des deux époques, on ajoute, d'après M. de Ronald, 'que vouloir et pouvoir sont synonymes sous les gouvernemens bien réglés.

{National dii 3o juillet i83o.}

J'apprends la hideuse nouvelle an forfait monslre qui vient de plonger la France dans le deuil.

Plus le forfait est horrible , moins il m'étonne , parce que je sais de quoi peut être capable le parti qui Ta commis. Si le régime d'impunité qui nous dévore doit continuer, et qu'il soit possible d'imaginer quelque chose de plus atroce que \e forfait monstre^ on peut être certain que ce nouveau crime sera tenté. Et si quelqu'un trouve les couleurs dont j'ai peint le jacobinisme trop fortes qu'il attende : ces couleurs pîdiront devant la réalité. {Mémorial Bordelais du 3o juillet.)

Ce n'est pas tout ce que nous voulons louer aujourd'hui des actes du Roi. Une proclamation et une lettre au maréchal Lobau renferment les scntimens personnels et officiels du chef de l'état. Ils sont tels que la France doive y applaudir.

« C'est encore la monarchie conslitulionnelle, c'est la li- » berié légale^ c'est l'honneur national, la sécurité des fa- » milles, le salut de tous que menacent mes ennemis et les 3j vôtres, » dit le Roi dans sa proclamation j et dans sa lettre il ajoute : « Tant qu'il y aura vie en moi , elle sera consacrée » à assurer la prospérité de la patrie et à y maintenir le règne 5) des lois. »

Des mots de constilulion , de lois, de liberté, ne se sont pas sans doute reucontrés sans cause sous la plume du Roi, en traçant ces lignes le jour même ou le lendemain de l'attentat auquel il a si miraculeusement échappé.

Nous leremercions avec bonheur d'avoir résisté aux conseils de violence et d'illégalité qui ont surgi autour de lui. En effet, un événement de cette nature communique pour quelque temps au gouvernement une force irrésistible, et le pou- 'voir s'accroît de toute l'indignation qu'inspire au pays l'assassinat. {Le Temps du 3o juillet.)

C'est une chose affreuse dans tous les temps que l'assassinat d'un roi ; c'est une calamité publique 5 c'est la violation des

34 PROCÈS DE FIESCHl

lois de l'humanité et de la poUtiquc dans ce qu'elles ont de plus sacré. Mais pourtant, le Roi mort, la société ne meurt pas. Le crime est vraiment isolé. Ici la vie de la société semble attachée à la vie du Roi. A la nouvelle de l'attentat essayé contre la personne du Roi, il n'y a eu qu'une pensée plus prompte que l'éclair , qu'un cri unanime : Que serions-nous devenus si le Roi eût été tué ! Quel funeste signal de combats et de d^chiremens ! Avec quelle violence îe désordre qui couve dans les esprits eût éclaté ! Que de passions déchaînées! L'imagination s'en épouvante. Il y a donc quelque chose de pire que le crime même que nous détestons, quelque chose qui ajoute à l'atrocité de ce crime l'atrocité de ses conséquencfs probables ; c'est l'état des esprits. Yoilà où il faut porter le remède. Quand la société sera saine, un crime isolé restera un crime isolé.

(Journal des Débats du 3i juillet.)

Aujourd'hui, en France, en i835, la force de dissolution la plus énergique , le bélier infatigbie qui ruine , l'un après l'autre, tous les principes, tous les devoirs, c'est la presse, qui tient en main l'enseignemeut des adultes; c'est elle qui s'occupe de tous les intérêts de la vie sociale et politique, c'est elle qui fournit, de nos jours et pour notre population, le pain quotidien de la vie morale et de la vie physique. La presse est la machine de guerre dont les partis se servent.

Donc la lutte du gouvernement contre la révolution se réduit, en définitive, à une lutte contre la presse révolutionnaire.

Toute la question d'ordre matériel est subordonnée à la question d'ordre moral, et celle-ci se rapporte au mécanisme qui met en circulation les idées tt les sentimeus. Donc l'ordre moral ne renaîtra dans notre société que si l'oidre renaît dans la presse, {Moniteur du Commerce du 3i juillet.)

Il est évident que si la tentative atroce qui a eu lieu avait

eu pour résultai la mort du monarque , elle aurait produit une confusion inouïe dans tout le royaume , et aurait mis l'état en danger, bien que l'horreur générale qu'en aurait ressentie un peuple aussi brave que les Français eût amené une réaction en faveur de I-ouis-Philippej mais cette tentative ayant heureusement manqué, l'attentat ne peut avoir d'autre effet que de rallier autour de la personne et de l'autorité du Roi tous les sentimens nobles et généreux de la nation, et de reudi'e un objet d'exécration et de haine la faction, quelle qu'elle puisse être, qui aurait conçu ce projet. {Times, journal anglais, du 3i juillet.)

Le mécontentement qui s'est répandu depuis dix mois en France vient de se faire jour par l'attentat le plus infâme. Il ne peut y avoir qu'une opinion sur la criminalité des partis , quels qu'ils soient, qui ont commis l'attentat. Le massacre sans raison , la boucherie atroce qui a eu lieu , prouvent un mépris inconcevable pour la vie humaine, qui ne saurait être trop sévèrement réprouvé. Une haine profonde contre le Roi a pu seule, dans des cœurs aigris , suggérer l'emploi d'un moyen qui devait comprendre , dans la destruction générale, des personnes à qui l'on n'avait aucune raieon d'en vouloir...

JNous avons plus d'une fois aveiti le gouvernement français qu'il s'engageait dans une voie dont le terme devait être l'anarchie, et qui devait aboutir à de désastreuxrchangemens. Nous avons pris la liberté de lui suggérer de temps à autre l'opportunité de modifier ses vues , et de renoncer à ces velléités de tout subordonner à une police lyrannique qui devait nécessairement finir par échuoer, et lui imprimer une secousse terrible. [Morniiig CJironicle An 5i juillet.)

Lorsque le duc de Bcrry tomba sous le couteau de Louvel , un cri unanime de réprobation et d'horreur s'éleva dans toute la France, et fut répété par tous les organes de l'opinion : cela n'empêcha pas de dire que le prince avait été

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poignardé par une idée libérale. Ce mot fit fortune ; il fut amplifié et délaye dans vingt colonnes du Journal des Débats , et, ce qu'il y eut de pire, la pensée qu'il exprimait passa dans les lois et dans les actes du gouvernement. Il se fit une réaction furieuse contre le système libéral et les hommes libéraux du 5 septembre. M. Clausel de Coussergues accusa M. Decazes de complicité dans l'attentat de Louvel, et M. Guizot, qui faisait partie de l'administralion, fut destitué comme complice de M. Decazes. {Bon Sens du i^' août.)

L'attentat horrible qui vient d'avoir lieu sur la vie de Louis-Philippe est un de ces événemens qui manifestent la main de la Providence, qui veille aux destinées de l'Europe. Mais quelles auraient été les conséquences de la mort de Louis-Philippe? En France, tous les partis auraient levé la tète, afin de profiter du moment ; les légitimistes pour réparer la défaite de i83o, les révolutionnaires pour réaliser des espérances déçues. Si l'agitation qui en serait résultée s'était étendue jusqu'aux frontières allemandes , où plusieurs centaines de mille soldats sont rassemblés , il y aurait eu peutêtre une levée générale de boucliers en Europe, et la paix générale aurait clé de nouveau compromise. Louis-Philippe est donc l'homme de la Providence, l'homme du destin , non-seulement pour la France, mais pour l'Europe entière , et la base de son existence entre la légitimité et la révolution, entre le mouvement et la résistance , entre le passé et l'avenir, le rend le type du besoin du moment. Quoiqu'il en soit, cet événement servirai consolider la puissance de Louis- Philippe, comme l'attentat de nivôse i8oo augmenta celle de Bonaparte. [Gazette de Cassel du 4 aoiit.)

Oui, l'attentat du 28 est monarchique 5 nous ne le savons pas, mais nous l'affirmons, et les ministres qui se sont mêlés à l'instruction, sans avoir aucun caractère qui les y appelât, en savent plus aujourd'hui qu'il n'en veulent dire.

On ne voudrait pas avouer peut-être, quand on s'est fait gloire d'avoir corrompu l'entourage de la duchesse de Berry dans la \ende'e , de l'avoir fait tomber dans des pièges , de l'avoir accouchée malgré elle et déshonorée à Blaje ; on ne voudrait pas convenir que ces circonstances sont les seules qui aient pu , dans le siècle où nous vivons , allumer une haine, un besoin de vengeance assez terrible pour ne pas reculer devant l'épouvantable conception dont Fieschia été l'exécuteur. {National du j août.)

Yous parlez de conserver vos libertés, malheureux!... \o3 libertés!... vous n'en avez qu'une, c'est Louis-Philippe et sa race. Votre fortune!... vous n'en avez qu'une... — c'est Louis- Philippe et sa race. Votre avenir !... vous n'en avez qu'un... — c'est Louis-Philippe et sa race. Que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas , vous mourrez ou vous vivrez avec Louis-Philippe et sa race. — Consultez-vous donc enfin une bonne fois, et répondez!

Voulez-vdus vivre ou mourir?

Pour arrêter la décomposition sociale qui déjà circule dans les veines de l'état, je conçois trois mesures distinctes par leur désignation, mais intimement liées par leur relation morale :

1° Des modifications à la loi sur la presse;

2* Des modifications à l'organisation judiciaire;

3° La régularisation complète de l'état de siège.

{Mémorial Bordelais du 7 août.

Il nous paraît certain que la presse n'a rien eu de commun avec Fieschi et ses projets : cependant les nouvelles lois sont faites comme si les journalistes, les auteurs dramatiques, et les caricaturistes étaient les principauiJ coupables. Nous avions pensé que les lois qui existent en France étaient suffisantes, puisqu'on peut emprisonner pour un temps indéfini

38 PROCÈS DE FIESCIII

et ruinef par des amendes successives les rédacteurs des feuilles ennemies. (S (anclai-£, ']ourn&\ anglais, du 7 août).

Nous voyons avec regret la sévérité des restrictions dont on se propose de frapper la presse française. Toutefois , ii est impossible de porter un jugement impartial sur ces mesures, si l'on perd de vue les différences très-essentielles que présentent aujourd'hui l'état de la France et de l'Angleterre.

Tous les gouvernemens qui se sont succédés en France depuis quarante ans ont successivement hérité d'un système de plus en pins artificiel d'administrationet d'économie publique, dont il est devenu aussi de plus en plus difficile de sortir pour rentrer dans un état de choses naturel. Ce système , encore aujourd'hui basé sur les intérêts monopolistes créés par le système anti-commercial Je Napoléon, entrave cruellement les branches de l'industrie nationale, et paralyse les ressources du pays

» Il est clair qu'une très-pelite partie du blâme que mérite le système actuel doit retomber en particulier sur le gouvernement de Louis-Philippe, excepté pour avoir différé de le réformer , ou même pour avoir désespéré de cette réforme comme les précédens gouvernemens. Au stfrplus, nous faisons plus que douter du succès des mesures que le gouvernement de Louis-Philippe vient de proposer pour diminuer le danger des opinions dont la presse s'est rendue l'organe. Il y a utt degré de sévérité qui a pour effet inévitable d'agir en sens contraire du but qu'on s'est proposé d'atteindre, et tout en convenant que l'état actuel des partis en France rend extrêmement désirable de melli'e à l'abri d'insultes journalières le principe du gouvernement et la personne du souverain, et pensant en même temps que la presse pourrait être mieux employée qu'à des attaques contre l'un ou l'autre de ces deux objets, en signalant les nombreux abus intérieurs qui n'ont de rapport ni avec l'un, ni avec l'autre , nous ne

ET DE SES COMPLICES. Sg

pouvons nousempcclicr de craindre quclos restrictions proposées pour détruire la désaffection et la turbulence ne fassent rentrer le mal plutôt que d'en atteindre les sources.

{Gtobe du 7 août.)

A QUI DEVAIT PROFITER 1,'atTENTAT DU 28?

L'opinion publique est toujours vivement préoccupée de la question de savoir à quel parti appartient l'auteur de l'attentat du 28 juillet. Le bruit le plus général est que cette machine infernale de Fieschi est une machine absolutiste, et ce bruit s'accrédite de plus en plus , malgré les dénégations réitérées de la presse ministérielle. Plus elle accuse sans preuves , plus elle suppose par insinuation des complicités que rien, jusqu'ici, ne semble vérifier ; plus l'opinion est sur ses gardes et plus elle se confirme dans ses premières croyances. Si l'assassin est un agent soudoyé, s'il n'est pas un fanatique, l'argument, vrai ou faux, que cette abominable exaltation d'un fou fournirait contre la presse est totalement anéanti. MM. les doctrinaires ont toujours gardé des ménagemens envers un parti 'composé de leurs anciens amis , dont on espère toujours conquérir tôt ou lard l'alliance. Les ministres ne craignent rien tant que de trouver les complices de Fieschi dans l'opinion légitimiste. Ils ne croiront qu'il en soit ainsi qu'à la dernière extrémité. Si les élémens actuels de l'instruction font tourner les soupçons de ce côté, on conçoit parfaitement le profond mystère dont s'entourent les magistrats. Mais l'opinion publique , qui n'a pas, comme la doctrine, des préventions si favorables à ce parti , tire de ce qu'elle voit, de ce qu'elle entend, et même de ce qu'on lui cache, des inductions qui ne lui paraissent pas suflisamment infirmées par les démentis sans preuves et sans faits que les feuilles ministérielles lui opposent.

Il y a d'ailleurs un ordre d'idées qui donne de la vraisemblance aux bruits dont nous parlons, et qui sert à les accré-

4o PROCÈS DE FIESCHI

diter. Dans la situation actuelle de la France et de l'Europe , à qui le crime pouvait-il profiter? Le parti qui veut pousser la révolution à ses exticmes conséquences démocratiques subsiste encore ; mais , comme l'a dit M. de Broglie, il est vaincu et désorganisé. Peut-on dire de bonne foi qu'il eût été prêta exploiter à son profit l'affreux succès de l'attentat? Le parti absolutiste , au contraire , au milieu du désordre inouï dans lequel le paj^s eût été plongé , avait ses positions toutes prises contre la révolution, et trouvait un formidable appui à l'extérieur.

La réaction européenne , qui se tient tout organisée dans une menaçante expectative , se mettait en branle. Un manifeste dès long-temps prémédité contre le danger universel de l'anarchie française partait du camp de Raliscb. L'armée russe, qui, sous prétexte de parader, campe l'arme au bras sur les frontières de la Pologne , si elle ne se portait pas en avant, se posait du moins comme une immense arrière-garde, accrue des régiraens du Caucase et de l'Ural , qui ont ordre de se mettre en marche et de se joindre au corps d'armée. Ce vaste déploiement de forces russes était de nature à inspirer de l'audace aux troupes prussiennes , tenues au grand complet sur la rive gauche du Rhin, Si un mouvement décisif ne s'opérait pas immédiatement de ce côté , le danger nous pressait sur notre frontière occidentale. La première mesure de l'allianc absolutiste du Nord était la reconnaissance de don Carlos, qui se trouvait à même de donner une impulsion immense à la contre-révolution espagnole.

Don Miguel, qui attend toujours le moment de revendiquer ses prétendus droits à la couronne, fort de la même assistance, allait porter une nouvelle guerre civile en Portugal. Celte explosion universelle de l'absolutisme continental n'aurail-elle pas déterminé un revirement complet dans la politique de la Grande-Bretagne , et n'aurait-elle pas été de force à emporter le ministère réformiste déjà si chancelant? Avec un cabinet tory, l'alliance anglaise disparaissait.

Dira-t-cii que ces conjectures soient hasardées? Quoi ! on reconnaît que, même dans l'état actuel des choses en France, les dispositions militaires des puissances du INord ont un caractère inquiétantj qu'il y a comme une menace permanente suspendue sur toute l'Europe, et on nierait que, dans le cas d'un événement tel que celui que l'attentat voulait produire, ce long amas de rancunes absolutistes n'aurait pas fait explosion ! Cependant la duchesse de Berrj- se tenait à Chanibéry comme dans une station d'observation. Plus que personne, nous croj-ons à la fortune de la France, et nous ne mettons pas en doute que l'énergie du pays eût conjuré tous ces dangers. Mais le parti qui met ses espérances dans l'appui de l'étranger est entraîné à méconnaître la force nationale j et on comprend qu'il ait pu établir un affreux espoir sur les chances de succès que lui donnait l'odieuse réussite de l'attentat. Dans l'état actuel de l'Europe, il n'y a pas un autre parti auquell'assassinat de Louis-Philippe et de ses fils eût pu immédiatement profiter. Voilà pourquoi l'opinion publique est conduite à imputer la complicité du crime à ceuxlà seuls dont le crime pouvait servir les intérêts.

{Constitutionnel du c) août.)

La nouvelle de l'altentat, concentrée en quelque sorte sur les boulevarts, pendant la durée de la revue, se répandit, après le défilé, dans les divers quartiers de Paris et dans les communes environnantes j le soir elle fut annoncée officiellement dans les spectacles.

Il est inutile de dke que partout elle fut accueillie avec les mêmes sentimens-, partout elle excita les mêmes manifestations d'intérêt pour la famille royale, d'horreur pour un forfait aussi odieux. Les départe-

mens ne tardèrent pas à partager les émotions de la capitale. Les dépêches télégraphiques que l'on va lire, expédiées dans toutes les directions , allèrent leur apprendre le crime tenté et les victimes que la France avait à pleurer.

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