ÏNTREVUE DE FIESCHI AVEC M. BOUVIER
M. Bouvier, ancien directeur de la maison centrale de détention d'Embrun, était venu à Paris. M. le président jugea qu'il pouvait être utile à la manifestation de la vérité qu'il vît Fieschi. Fieschi se louait singulièrement de lui , et le plaçait au premier rang de ses bienfaiteurs-, et, s'il faut l'en croire, la reconnaissance est pour lui une religion. C'est ainsi qu'il disait à M. Bulos, qui l'avait appuyé, en .83i, auprès de M. le général Pelet: « Yous avez maintenant un
» fusil et un sabre à votre disposition*, si quelqu'un » vous déplaisait, adressez-vous à moi. »
M. Bouvier trouva Fieschi occupé à dicter ou à faire écrire l'histoire de sa vie , et précisément il en élait au chapitre qui traite de son séjour à Embrun. II s'étendait sur les services qu'il avait reçus de M. Bouvier, et sur les éloges que méritait, selon lui, ce bienfaiteur de Ihumanilé. Fieschi a vu deux fois M. Bouvier. Après lui avoir témoii^né combien il trouvait flatteur et consolant que des hommes aussi honorables que M. Lavocat et lui vinssent le voir jusqu'au pied de l'échafaud, Fieschi lui parla de son repentir, de son amour pour Laurence Petit, dont il lui a paru toujours très-épris, quoiqu'il ne cesse delui reprocher son crime et ses malheurs j et enfin de la construction de sa machine, dont il s'est dit l'inventeur et le principal ouvrier. M, Bouvier lui répondit qu'il ne cherchait pas à connaître ses secrets, qu'il voulait demeurer étrani^er à son procès j mais, puisqu'il le mettait sur la voie, qu'il l'invitait à dire tout ce qu'il importait à la justice de connaître. Il lui conseilla d'ahandonner le système de réticence dans lequel il semblait persévérer, et de ne plus rien dissimuler à M. Lavocat.
La première visite de M. bouvier à Fieschi avait eu lieu le 7 septembre et la seconde le 10. Le lendemain II, Fieschi ht à M. le président une déclaralion qui peut se résumer ainsi qu'il suit: