‹ Procès de Fieschi et de ses complices, devant la Cour des pairsChapitre 7 sur 71 · DEUXIÈME DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE

« Le mini sire de l'intérieur à M. le préfet d.,.

» Paris, 29 juillet , neuf heures et demie du matin.

« La famille royale, si heureusement sauvée, se porte très-bien. Paris est calme et pénétré d'indignation. Le principal auteur de l'attentat est arrêté : il avoue son crime \ on est sur les traces des complices qu'il peut avoir.

ET de; ses complices. 43

» Toutes les fétos sont suspendues-, une foule do familles sont dans le deuil. On apprend à chaque, instant le nom de nouvelles victimes de cet horrible attentat. »

Le contenu de ces dépêches fut rendu public par des proclamations émanées des préfets ^ les unes se bornaient à rapporter les faits communiqués, les autres les présentaient sous unjourparticulier, etleur donnaient une interprétation précise. Parmi ces dernières, nous transcrivons celle que M. le préfet du Rhône fit afficher à Lyon, le 29 juillet.

« Citoyens! Paris a été épouvanté par un horrible attentat! La Providence a préservé les jours du Roi et ceux des princes!

-» Citoyens, ces hommes qui, depuis cinq ans, ont été les artisans de toutes nos agitations civiles 5 ces hommes qui avaient choisi naguère cette cité pour le théâtre de leurs tentatives désespérées, qui poussaient des insensés à la révolte dont eux seuls devaient recueillir les déplorables fruits-, ces hommes qui ne reconnaissent d'autres lois que leur insiinct d'anarchie et de destruction , voilà les coupables !

» Ils n'inventent pas même le crime ^ ils copient la machine infernale comme ils copieraient les saturnales sanglantes de gB : voilà les coupables ! Il est temps qu'une éclatante réprobation les flétrisse : ils n'ont pas le cœur français! Il est temps aussi que le glaive de la loi*les atteigne! La patrie vent être rassurée-, la justice doit être satisfaite !

« Citoyens, au milieu des douloureuses impressions que fait naître cet affreux événement, l'autorité

veille : elle prend l'engagement de porler à voire connaissance les détails qu'elle attend elle-même avec confiance.

Dieu protège la France! Vive le roi Louis-Philippe! Vive la famille rojale!

» Le préfet Rhône ,

J. C. RlYET. ))

Revenons à Paris, où les événeraensse multiplient et se succèdent avec une telle rapidité qu'il devient impossible de les retracer suivant leur ordre historique sans tomber dans la confusion. Déjà nous avons omis de dire que, peu de temps après l'explosion,' le conseil des ministres s'était rassemblé. On y avait agité les graves questions ([ue soulevait la circonstance actuelle, et discuté la nature et l'opportunité des mesures à prendre pour assurer le repos de l'ëlat, préserver les jours du. Roi, aflermir les bases de l'autorité. A son retour de la revue, le Roi reçut les embrassemens de sa famille et 1^ félicitations des nombreux visiteurs qui affluaient aux Tuileries. Vers les six heures, il s'échappa avec la reine et madame Adélaïde dans une voilure de ville, sans aucune es- . corte, et se rendit auprès de la duchesse de Trévise. Il retourna ensuite au château et se montra dans les salons, où se pressait une foule sans cesse croissante de personnes de tous rangs, entre lesquelles on«remarquait les ministres et les ambassadeurs étrangers. Bientôt, les députés présens à Paris ^arrivèrent, conduits par M. de Calnion, vice-président, qui exprima

à Sa Majesté, dans les termes siùvans, les sentiraens qui animaient la Chambre :

(( Sire, la Chambre des députés, qui naguère offrait à Votre Majesté ses vœux et ses hommages, était loin de prévoir qu'un horrible attentat la ramènerait bientôt clans ce palais poury exprimer son indignation et sa profonde douleur.

« Ce sont les ennemis de cette France si heureuse sous votre règne qui ont conçu le lâche et criminel dessein d'attenter à vos jours pour la plonger dans les horreurs de la guerre civile.

« Mais la Providence protège notre belle patrie et veille sur son Roi. Elle veille sur ses jeunes princes qui, pour le bonheur de nos enfans et leur propre gloire, suivront les nobles exemples que leur laissera le chef de notre nouvelle dynastie. Ce jour consacré à une fête nationale est devenu un jour de deuil pour tous les Frauçais, et pour vous surtout, Sire, qui avez vu tomber à vos côtés un de nos plus illustres maréchaux, des guerriers chéris de la France et plusieurs de ces braves gardes nationaux qui ont si souvent versé leur sang pour la défense du trône et de nos institutions.

« Sire, en vous parlant de notre inviolable dévoûment au trône constitutionnel, à la personne de Votre Majesté et à votre auguste famille, en exprimant l'horreur qu inspirent à la Chambre des députés tous les attentats qui tendent à troubler le repos de la France et à interrompre le cours de sa glorieuse destinée, nous parlons au nom de nos collègues absens. Ceux que des devoirs domestiques ont rap-

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pelé au sein de leur famille partageront nos sentimens, et regretteront vivement de ne pouvoir se joindre à nous dans une circonstance aussi douloureuse. »

Le roi répondit :

« Je suis vivement touché de l'empressement que » la Chambre des députés met à me donner un nou- )) veau témoignage de son dévoûuient. Jamais elle u'a » laissé échapper l'occasion de me prouver ses bons )) senlimens pour moi et pour ma famille.

» Je Ten remercie...

» Vous avez bien raison de dire que ce jour est » pour moi un jour d'éternelle douleur. Oui , j'ai vu » périr à côté de moi un illustre maréchal et de bra- )) ves Français, dont la perte serait moins affligeante » s'il-j n'étaient pas tombés sous le feu d'autres Fran- » cais. ))

En prononçant ces dernières paroles, l'émotion du Roi devint visible et gagna les assistans. Chacun était encore sous l'impression de la scène du boulevart du Temple , et que de pensées , d'inquiétudes et de douleurs elle éveilla dans tous les esprits!

Vers huit heures, un nouveau conseil fut tenu. On y reprit les questions qui avaient été débattues dans la journée. Après une discussion longue et animée, on tomba d'accord sur ia conduite que le gouvernement devait tenir, et on arrêta les différentes dispositions que les jours suivans nous ont fait connaître.

En conséquence de ces trois résolutions, les Chambres furent convoquées estraordinairement pour le

lendemain 29, et le Moniteur du même jour publia plusieurs pièces dont voici la teneur.

PflOGLAMATION DU Roi.

« Français ! la garde nationale et l'armée sont en deuil, des familles françaises sont désolées, un affreux spectacle a déchiré mon cœur. Un vieux guerrier, un vieil ami , épargné par le feu de cent batailles, est tombé à mes côtés sous les coups que me destinaient des assassins. Us n'ont pas craint, pour m'atteindre^ d'immoler la gloire, l'honneur, le patriotisme, des citoyens paisibles, des femmes, des enfans-, et Paris a vu verser le sang des meilleurs Français aux mêmes lieux et le même jour où il coulait, il y a cinq ans, pour le nïaintien des lois du pays.

« Français! ceux que nous regrettons aujourd'hui sont tombés pour la même cause; c'est encore la monarchie constitutionnelle, c'est la liberté légale, c'est l'honneur national , la sécurité des familles , le salut de tous, que menacent mes ennemis et les vôtres ; mais la douleur publique, qui répond à la mienne, est à la fois un hommage offert à de nobles victimes , et le témoignage éclatant de l'union de la France et de son Roi. Mon gouvernement connaît ses devoirs, il les remplira. Cependant, que les fêtes qui devaient signaler la dernière de ces journées fassent place à des pompes plus conformes aux sentimens qui nous animent 5 que de justes honneurs soient rendus à la mémoire de ceux que la patrie vient de perdre , et que les voiles de deuil qui ombrageaient hier les trois couleurs soient de nouveau rattachées à ce dra-

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peau, fidèle emblème de tous les sentimens du pays.

« Fait au palais des Tuileries , le 28 juillet i835.

(c LOUIS-PHILIPPE. »

Ordonnance du P\.oi.

« Il ne sera pas donné suite aux fêtes annoncées pour la célébration de l'anniversaire des journées de juillet i83o. Un service funèbre et solennel sera célébré en l'honneur des victimes de l'attentat commis aujourd'hui 28 juillet i835. »

Lettre du Roi

ylii maréchal Lobau commandant la garde natio' nale de la Seine.

Paris, le29jullleH83S.

« Mon cher Maréchal , j'ai besoin de dire , par votre organe, à la garde nationale, aux troupes de ligne et à la population de Paris qui bordaient mon passage, combien je suis touché de tous les sentimens dont j'ai été entouré dans celte effroyable conjoncture. Ces sentimens sont les plus sûrs garans de l'avenir de la France-, ils sont la seule consolation que je puisse recevoir pour la douleur dont les malheurs d'hier ont pénétré mon cœur.

Soyez donc mon interprète, mon cher maréchal, et faites connaître à tous que les expressions me manquent pour leur témoigner tout ce que j'éprouve ; mais que tant qu'il y aura vie en moi, elle sera con-.

sacrée à assurer la prospérité de h patrie, et à y maintenir le règne des lois.

«Vous savez, mou cher maréchal, tous les sentimens queje vous porte, et dont je vous renouvelle l'expression bien sincère ».

« Votre aiïectionné ,

« Signé LOUIS-PHILIPPE. »

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