‹ Procès de Fieschi et de ses complices, devant la Cour des pairsChapitre 8 sur 71 · ORDRE DU JOUR DE LA GARDE Î^ATIOÎSALE · texte numérisé non relu

ORDRE DU JOUR DE LA GARDE Î^ATIOÎSALE

Paris, le 29 juillet l83o.

« Mes chers camarades, un exécrable attentat est venu tout-à-coup changer en un jour de deuil un jour qui devaifêtre consacré à l'allégresse. Toutefois, à l'amère douleur qui conlriste le cœur du Roi se mêle une satisfaction bien douce. A la vue des manifestations d'enthousiasme et de dévoûment qu'ont fait éclater vos bataillons toujours si imposans. Sa Majesté a pu se convaincre qu'aujourd'hui comme par le passé, les gardes nationales de Paris et de la banlieue ne manqueront point à la défense des institutions et de la dynastie. Oui, mes chers camarades, c'est ainsi que toujours nous nous empresserons d'entourer le Roi des Français, quand il s'agira de notre adhésion cordiale aux grands événemens de i83o, et de notre sympathie pour nos institutions et pour le trône dont elles sont la base.

» Permettez-moi , mes chers camarades , de vous exprimer encore une fois combien je sens vivement Ihonueur de commander aux gardes nationales du

5o PROCÈS DE FIESCHI

département de la Seine , à qui le pays saura tenir compte de tant de services rendus.

Signé LoBiu. »

La Cliambre des députés s'était réunie à deux heures , sous la présidence de M. de Calmon : l'appel nominal constata la présence de cent trente-cinq membres. A la suite de cette opération, la séance fut remise au lendemain pourTorganisation détmitive des bureaux.

Les pairs, convoqués également, eurent à s'occuper de matières importantes. Long-temps avant l'ouverture de la séance, l'intérieur de la Chambre offrait l'aspect le plus animé. Des groupes nombreux s'étaient formés dans diverses parties de la salle, où l'on s'entretenait avec chaleur de l'événement de la veille , et des communications qu'annonçait la présence de iMM. Martin (du Nord) et Franck-Carré dans la salle des conférences.

A deux heures un quart, la séance est ouverte sous la présidence de M. le baron Pasquier. Le ministre delà justice monte à la tribune, et s'exprime ainsi :

Messieurs les pairs, le Roi nous a ordonné d'apporter à la Chambre des pairs et de déposer sur son bureau l'ordonnance dont je vais avoir l'honneur de lui donner lecture :

« LOUIS-PHILIPPE , ROI DES Français , à tous présens et à venir, salut 5

» Sur le rapport de notre garde-des-sceaux , mi-

ET DE SES COMPLICES. 5l

M nistre secrétaire d'état au département de la jus- » tice;

)) Vu l'art. 38 delà Charte, qui attribue à la Chambre » des pairs la connaissauce des crimes de haute trahi- » son et d'attentat contre la sûreté de l'état;

» Vu l'art. 87 du code pénal , qui définit jes crimes » commis contre la sûreté de l'état et sur la personne )) des membres de notre famille ;

» Attendu que , dans le cours de la journéf* d'hier, w un attentat a été commis contre notre personne et » contre les princes de notre famille j

» Que nous avons eu la douleur de voir succom- » her les meilleurs citoyens, et entre autres l'un des » plus illustres guerriers dont la France s'honore;

» Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

» Art. i". La Chambre des pairs , constituée en » cour de justice, procédera, sans délai, au juge- » ment de l'attentat commis sur notre personne et sur » celles des princes de notre famille.

)) 2. Elle se conformera , pour l'instruction , aux » formes qui ont été suivies par elle jusqu'à ce jour.

» 3. Le sieur Martin (du Nord) , membre de la » Chambre des députés , notre procureur-général » près la Cour royale de Pari», remplira les fonctions » de procureur-général près la Chambre des pairs.

» Il sera assisté du sieur Franck-Carré , notre avo- )) cat-générat près la Cour royale de Paris, qui sera » chargé de le remplacer en cas d'absence ou d'em- » pêchement.

» 4- Le garde-des-archives de la Chambre des 1) pairs etson adjoint rempliront les fonctions degref- » fiers près la Chambre des pairs ;

» 5. Notre garde-des-seeaux, ministre secrétaire » d'état au département de la justice, est chargé de » l'exécution de la présente ordonnance.

)) Paris, le 29 juillet i835. «

Immédiatement après la présentation de cette ordonnance , dont elle donne acte à M. le garde-dessceaux, la Chambre , sur la proposition de son président, décide qu'elle va se former en cour judiciaire pour eiUendre le procureur-général.

Dans le comité secret qui succède à la séance législative, M. de Broglie, président du couseii, en réponse aux interpellations adressées au ministère par M. le duc de Coigny, donne les explications suivantes :

u Si le préopinant a jeté les yeux sur la proclamation du Roi , il y a lu que le Roi annonce à la France que son gouvernement connaît ses devoirs et saura les remplir. Je n'ai rien à ajouter quant à présent 5 ces mots sont assez significatifs par eux-mêmes. Les Chambres, encore assemblées de droit, sont séparées de fait. Je ne doute pas qu'à la nouvelle de cet effroyable événement les députés ne se hâtent de revenir à Paris. Jusque là, le gouvernement médite sur ce que réclament les circonstances. ■»

Enfin, à trois heures, devant la Chambre constituée en cour de justice, M.Martin (du Nord), procureur-général du Roi, assisté de M. Franck-Carré, faisant les fonctions d'avocat-général, a fdit la lecture de son réquisitoire , tendant à ce qu'il soit immédiatement procédé à une information sur les faits énoncés dans l'ordonnance du Roi qui vient d'être communiquée à la Chambre.

Sur ce réquisitoire, la Cour, en ayant délibéré en l'absence du procureur-général, rend l'arrêt dont la teneur suit :

« La Cour des pairs,

» Vu l'ordonnance du Roi en dated'iiier:

» Vu l'article 28 de la Charte constitutionnelle ;

)) Ouï le procureur-général du Roi en ses dires et réquisitions, et après en avoir délibéré ;

)) Donne acte audit procureur-général du dépôt par lui fait sur le bureau de la cour d'un réquisitoire renfermant plainte contre les auteurs et complices de l'attentat contre la personne du Roi , commis dans la journée d'hier;

)) Ordonne que, par M. le président de la cour et par tels de MM. les pairs qu'il lui plaira commettre pour l'assister et le remplacer en cas d'empêchement, il sera sur-le-champ procédé à l'instruction du procès, pour, ladite instruction faite et rapportée. être par le procureur-général requis et par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra ;

» Ordonne que, dans le cours de ladite instruction , les fonctions attribuées à la chambre du conseil par l'article 128 du code d'instruction criminelle seront remplies par M. le président de la Cour, celui de MM. les pairs commis par lui pour faire le rapport, et

MM. le baron Séguier, le comte Siméon, le duc de Bassano, le président Boyer, le baron Thénard,

54 PROCÈS DE FIESCIH

Tripier,

le baron Zangiacomi,

le maréchal comte Gérard ,

le comte d'Argout,

le duc de Montebello,

le vice-amiral comte Jacob ,

Bartlie,

que la Cour commet à cet effet , lesquels se conformeront d'ailleurs, pour le mode de procéder, aux dispositions du code d'instruction criminelle, et ne pourront délibérer s'ils ne sont au nombre de sept au moins;

)) Ordonne que les pièces à conviction, ainsi que les procédures et actes d'instruction déjà faits, seront apportés sans délai au greffe de îa cour;

)) Ordonne pareillement que les citations ou autres actes du ministère d'huissier seront faits par les huissiers de la Chambre ;

)) Ordonne que le présent arrêt sera exécuté à la diligence du procureur-général du Roi.

» Fait et délibéré le 29 juillet i835, en la chambre du conseil, où siégeaient

M. le baron Pasquier, président de la Cour, et

MM

le duc de Ghoiseul , le duc de Broglie , le duc de La Force, le maréchal duc de Tarente , le marquis de Marbois , le comte Klein , le maréchal marquis Maison,

MM

le duc de Castries, Je duc de La Tréraouille, le duc de Caraman, le marquis de Malhan , le comte Ricard , le baron de Séguier, le comte de Noé ,

MM

le duc de Massa ,

le duc Decazes ,

le comte d'àrgout ,

le baron de Barante,

le comte Claparède ,

le vicomte d'Houdetot ,

le baron Mounier,

le comte Mollien ,

le comte de Pontécoulant ,

l'amiral Truguet ,

levice-amiral comteVerhuell,

le comte d'Hunolstcin,

le marquis d'Aragon ,

le comte de Bastard ,

le comte Portails ,

le duc de Coigny,

le comte Siméon ,

le comte de Vaudreuil ,

le comte de Saint-Priest ,

le comte de Tascher,

le maréchal comte Molitor,

le comte Guilleminot ,

le comte Bourke,

le comte d'Haubersaert ,

le comte Dejean ,

le comte de Ricliebourg,

le vicomte Dubouchage ,

le comte Davousl ,

le comte de Boissy-d'Anglas,

le duc de Montebello ,

le marquis de La Place ,

le comte Glcmcut de Ptis ,

MM

le comte de Saint-Aulaire, le comte de Ségur, l'amiral baron Duperré, le duc de Crussol d'Uzès , le marquis de Latour-Mau-

bourg , le duc de Bassano , le comte de Bondy, le baron Davillier, le comte Gilbert des Voisins, le comte de Turenne, le prince de Beauvau , le comte Dumas , le comte Excelmans, le comte de Flahaut , le vice-amiral comte Jacob , le vicomte Rogniat , le duc de Grammont- Cade-

rousse, le baron de Lascours,

le comte Bonnet,

le comte Roguet,,

Girod (de l'Ain),

le baron Athalin ,

Aubernon ,

Berlin de Vaux ,

Besson ,

le président Boyer,

Cousin,

le comte Desroys ,

Devaines,

le duc de Fezensac ,

MM

le baron de Fréville ,

Gautier,

le comte Heudelet,

Humblot-Conlé ,

le baron Louis,

le baron Malouet ,

le comte de Montguyon ,

le comte de Montlosier,

le comte Morand ,

le comte Ornano,

le comte Rœderer,

le chevalier Rousseau,

le baron Thenard ,

Tripier,

le comte de Turgot ,

Yillemain ,

le baron Zangiacomi;

le comte Jacqueminot ,

PROCES DE FIESGHI

MM

le vice-amiral Jurien-Lagra-

vière, le comte Bérenger, le comte de Lagrange , le comte de INicoIaï , le président Félix Faure , le comte Baudrand , le baron Neigre , le maréchal comte Gérard , le baron Haxo, le baron Saint-Cyr-Nugues, le baron Lallemand , le baron Duval, le comte R.einhart, le baroa de Reinach, le comte de Saint-Cricq, Barthe , le baron Bernard,

le baron de Mareuii ,

membres de la cour, assistés de MM. Eugène Cauchy, greffier en chef, et Léon de La Chauvinière, greffier en chef adjoint de la cour. »

M. le procureur-général ayant été de nouveau introduit, il est donné lecture de cet arrêt en sa présence.

M. le président fait connaître ensuite à la Cour qu'en vertu de l'arrêt qui précède , il commet pour l'assister et le remplacer au besoin dans l'instruction ordonnée par la Cour,

MM. le duc Decazes,

le comte de Bastard,

le comte Portails,

le comte de Montalivet,

Girod (de l'Ain)^

le baron de Fréville,

le président Félix Faure,

le maréchal comte Molitor.

Al'issue de celte délibération, l'assemblée décide, en outre, à Tunanimité, sur la proposition de M. de Fréville, qu elle prendra le deuil pendant cinq jours à l'ocasion de la mort du maréchal duc de Trévise. Ce deuil commencera à partir du jour des obsèques.

Pendant toute la journée du 29, leKoi reçut la visite des corps constitués, des fonctionnaires, des officiers de la garde nationale etdeTarmée. La population demeura calme et grave ^ à la compassion, vivement excitée par les malheurs privés résultant de l'attentat, se mêlait un sentiment de vague inquiétude; on songeait aux suites qu'il aurait pu avoir, à celles qu'il aurait sans doute.

Les brillantes réjouissances, annoncées pour célébrer le dernier des trois jours, avaient disparu sans qu'on s'aperçût de leur absence. Elles étaient remplacées par des mesures actives de police. Tandis qu'on enlevait les caricatures exposées aux carreaux des boutiques, de nombreuses arrestations s'ajoutaient à celles de la veille. Une partie de ces arrestations étaient significatives par leur caractère. Elles frappaient des hommes connus par leur opposition au gouvernement, mais honorables à tous égards, tels que MM. Armand Carrel, Viennot, etc., dont il semblait étrange de rattacher les noms à la complicité

58 PROCÈS DE PIESCHI

d'un lâche assassinat. Ajoutons que les poursuites n'étaient pas également dirigées contre les deux partis qui se déclaraient hostiles à l'ordre établi; à peine atteignaient-elles deux ou trois personnes appartenant à l'opinion légitimiste : M. Mauduit, madame la baronne de Gerdy ^ tandis qu'elles tombaient indistinctement sur toutes les rédactions des journaux républicains, ou coupables seulement de tendance démocratique. C'était dire que les indices, saisis par l'autorité lui faisaient un devoir d'accuser cette opinion proscrite ; c'était la désigner en masse comme complice de l'attentat; ou peut-être encore c'était rappeler la conduite du gouvernement consulaire, lors de la première machine infernale du 3 nivôse anX(i).

Les arrestations se continuèrent les jours suivans, à Paris, dans les départemens, et même à l'étranger. Nous en donnons plus loin la liste complète.

Cependant, le nom et la personne de l'assassin étaient l'objet de graves débats et de mille bruits contradictoires. Il avait reconnu se nommer Girard, résidant à Lodève, où il exerçait la profession de mécanicien. Mais on conçut des doutes sur la vérité de cette déclaration, et de nombreuses versions circulèrent à la fois sur cet individu mystérieux. Il s'appelait Girard ou Gérard, Auguste ou Jacques ; puis, Joseph

(i) Nous avons pensé qu'où lirait avec intérêt un récit circonstancié de CC3 evi'ncmc!) s, qui offre une si déplorable analogie avec celui du 28 juillet. Nous l'avons placé à la fin de ce volume. 11 est emprunté à l'ouvrage remarquable de M. Thibeaudeau, qui a pour titre : Le Consulat et VEmpire.

ET DE SES COMPLICES. 5g

Lefèvre; puis,Ducasse-, puis, Saint-Firmin, directeur des Cancans; il était de l'Hérault et de rArdèche 5 né à Lodève, et père de famille ; ou vagabond, arrivé d'Italie depuis un mois; il avait vingt-cinq ou quarante ans, portait un signe à la poitrine j aigle, croix de Naples ou fleur-de-lis 5 était l'auteur d'un crime isolé, l'instrument sacrifié d'un complot immense... Les passions politiques, errant dans ce chaos d'incertitudes, en augmentaient encore l'obscurité, chacune accueillant et propageant avec chaleur ce qui lui semblait favorable à ses intérêts. Ainsi, tous les partis se renvoyèrent l'assassin. Ou le déclara anarchiste, carliste, républicain, bonapartiste, agent de fa duchesse de Berry, ou membre de la section des Bras- Nus. Au milieu de ces récriminations enveloppées jusqu'ici d'un voile que les débats judiciaires vont enfin soulever à la face de la France, on doit remarquer que les organes dont le gouverne m.ent dispose dans la presse n'ont jamais cessé d'insinuer et de répéter, sous toutes les formes, que l'attentat appartenait à un complot républicain.

C'est le 2 août seulement que le prétendu Girard dut reprendre son nom véritable. Reconnu par M. Ladvocat, M. Cannes et plusieurs autres personnes, il lui fallut, malgré lui, renoncer à la fable qu'il avait inventée, et qu'il soutenait avec un imperturbable sang-froid. On sut que le meurtrier était un Corse nommé Fieschi, homme sans aveu, sans mœurs, sans probité, repris de justice et poursuivi pour de nouveaux délits 5 étranger à tous les partis, au-dessous d'une idée politique, mais capable de tout pour de l'or 5 agent infâme d'une infâme vengeance poli-

tique ou privée ; un dernier descendant des bravi italiens, de ces bandits salariés qui tuaient à prix fixe, et faisaient leur besogne en conscience, pourvu qu'on les payât bien. ISIais, moins résolu que ses modèles du moyen-âge, Fieschi a préféré, à l'acier qui frappe de près et expose davantage, la mitraille qui frappe de loin et protège la fuite. Pour concilier sa sécurité et l'exécution du crime, il a combiné son plan avec une atroce perversité; il n'a pas été arrêté par la pensée de celte multitude de citoyens qu'il sacrifiait sans but, par ces flots de sang versés qui n'étaient pas compris dans son marché : — il s'agissait de préserver ses jours-, — il a disposé l'infernale machine, et, le bras levé, il a attendu sa victime -, mais, au moment de frapper, sa main tremblait sans doute : un moment d'hésitation, de retard, a sauvé la famille royale-, et lui, l'assassin, est tombé le premier sous ses propres coups ; il a péri par les précautions mêmes qu'il avait prises pour assurer son salut.

Nous avons dit que la nouvelle de l'attentai avait produit dans les départemens le même effet que dans la capitale, et développé une vive sympathie autour du trône si odieusement menacé. Dès le 3o juillet, et pendantles premiers jours d août, arrivèrent de toutes parts des adresses envoyées par les Cours royales, les tribunaux de première instance, les juges-depaix, les tribunaux de commerce, les conseils généraux, les conseils d'arrondissement, les conseils municipaux, les gardes nationales, les corps de l'armée, etc., etc.

Cependant, dans plusieurs villes, les autorités s'abstinrent de ces manifestations, qu'elles jugèrent

ET DE SES COMPLICES. Ol

iiiuliles ou inopportunes. A Tours, par exemple, le tribunal s'étant assemblé le 3i juillet, à la requête du procureur du roi , pour voter une adresse à Sa Majesté, se trouva unanime pour flétrir un assassinat que tout bon citoyen déplore , mais quant à i'expreS' sien de ce sentiment par la voie d'une adresse , les avis se partai^èrent, et la majorité s'y opposa , par les motifs dont voici la substance : Nous demander de protester que nous désavouons des assassins, d'exprimer l'horreur que nous inspire leur action, c'est plus qu'une chose inutile, car c'est presque une injure à notre caractère d'hommes, de citoyens, de magistrats. S'agit-il d'assurer Sa Majesté de notre fidélité.^ notre serment est là qui lui en répond, et si nous avions besoin de dire que nous le tiendrons , nous autoriserions à en douter. Veut-on que nous allions plus loin, et que nous exprimions notre opinion comme citoyens.^ c'est nous jeter dans une discussion politique à laquelle la loi, nos habitudes et notre réunion ici comme magistrats nous interdisent de nous livrer. Nous ne voulons pas d'ailleurs que l'expression de nos sentimens serve de prétexte à des mesures que peut-être nous n'approuverions pas, car ce n'est pas à nous d'indiquer ce qu'il convient de faire. Nous avons prêté un serment auquel nous serons fidèles-, nous ne relevons pour le surplus que de notre conscience, et nous n'en devons compte à personne. Enfui, attachés au siège d'une Cour d'assises, nous pourrions, dans une supposition qui n'a rien d'impossible , et par suite d'une déclaration d'incompétence de la Chambre des pairs, être appelés à juger les fauteurs de l'aUentat du 28 juillet 5 dès-lois, mani-

6a PROCÈS DE FIESCHI

fester notre opinion , ne serait-ce pas nous rendre ré- CLisables et nous dépouiller nous-mêmes de ce caractère d'impartialité qui seul rend la justice respectable et donne à ses arrêts la sanction de la conscience publique? »

Le tribunal de première instance de Douai repoussa également cette manifestation à l'unanimité , en s'appuyant sur ce quelle ne serait point légale.

A cette époque, la Cour royale de la même ville avait déjà envoyé son adresse; ce qui prouve au moins que la légalité est un mot dont le sens ne paraît pas bien précis.

Les nombreuses adresses parvenues aux Tuileries peuvent se diviser en trois classes ; i° celles qui proclamaient Tinsuilisance de la législation; a" celles qui exprimaient le vœu du maintien des lois existintesj 3" celles qui, demeurant en dehors de la politique, se bornaient à manifester leurs sentimens d'horreur pour le crime, et d'affection pour le monarque. Parmi les premières, nous citerons l'adresse de la cour royale de Rouen :

« Sire, la cour royale de Rouen est pénétrée de la plus vive indignation de l'horrible attentat commis dans la journée du 28, contre votre auguste personne, celles de vos fds, des illustres chefs de l'armée et de la garde nationale. Elle s'empresse d'écrire à Votre Majesté, dans cette grave circonstance, de nouveaux témoignages de sa fidélité, de son amour et de son dévoûment.

« Que la plus sévère et la plus prompte justice soit faite des coupables. Depuis la fondation du trône

de juillet, la conspiration est en permanence pour le renverser; elle éclate chaque année par de nouveaux attentats; les conspirateurs, malgré les etïorts du pouvoir et l'action de la justice, montrent toujours la même audace. N'est-il pas temps de mettre un terme à leurs criminelles entreprises?

« Si la législation est insuffisante pour les comprimer, que Votre Majesté prenne, dans sa sagesse, toutes les mesures nécessaires pour la compléter, de manière que le trône et la Charte consiitutionnelle soient désormais hors de toute atteinte de leur part. »

Dans la deuxième classe, nousindiqueronsl'adresse de la garde nationale de Saint-Brieuc.

(( Sire, un crime affreux, un attentat dont la seule pensée excite la plus vive indignation, est venu jeter le deuil au milieu de notre grande solennité nationale. 11 vient d'exposer les jours de' Votre Majesté, ceux des princes vos fds. La garde nationale de Saint- Brieuc ne pouvait rester muette. Elle s'empresse de vous témoigner toute l'horreur qu'elle en ressent, en .protestant de son dévoûraent au trône constitutionnel et aux institutions qui l'ont fondé. La France doit des larmes aux citoyens qui ont été victimes.

« Ce crime isolé restera sans influence sur les destinées de la patrie, placées sous la sauve-garde de la royauté que la révolution de juillet nous donna, et des institutions qui en assurent la perpétuelle inviolabilité. »

Et celle du conseil municipal de Beauvais :

« Sire, le conseil municipal de la ville de Beauvais, qui regrette de n'avoir pas été convoqué plus tôt,

profite des premiers momens de sa réanion pour vous exprimer les sentiraens de douleur et d'indignation dont il a été pénétré en apprenant l'affreux attentat qui a menacé les jours de Votre Majesté et des princes de sa famille.

« Dans votre sollicitude pour le bonheur de la France, vous n'avez ressenti que les maux dans lesquels vos assassins voulaient la plonger : puisse l'expression de notre attachement à votre auguste personne et à votre dynastie vous prouver que nos cœurs reconnaissans ont su vous comprendre !

« Le conseil compte sur la fermeté de votre gouvernement pour le maintien de nos libertés. »

Les adresses de la troisième catégorie peuvent se résumer dans celle que les maires, adjoints et officiers de la garde nationale de l'arrondissement de Sceaux, présentèrent au Roi, à la suite de la revue du 28, ou encore dans l'adresse envoyée par plusieurs curés du département du Haut-Rhin, remarquable par sa touchante simplicité 5 nous la rapportons ici :

« Sire, les soussignés, curés du canton de Neuf-- Brisach^ département du Haut-Rhin, éprouvent le besoin d'eiprimer à Votre Majesté la profonde douleur que leur a fait éprouver le récit de l'horrible attentat qui a mis en danger les jours de Votre Majesté et ceux de son auguste famille.

(c Dieu, qui protège la France, n'a point permis l'accomplissement d'un crime odieux qui eût compromis l'existence et le salut de la patrie.

a SirCj la prospérité de la France dépend de la

conservation de vos jours 5 elle ne peut être heureuse que de votre bonheur.

« Ces sentimens, que partagent avec nous nos paroissiens, sont l'expression des vœux que nous adressons journellement au Tout-Puissant, en implorant sa miséricorde, et en sollicitant la continuation de sa divine protection. »

Le haut clergé ne demeura pas étranger à ce mouvement général d'adhésion et de sympathie. M. le cardinal de Croï, archevêque de Rouen, s'empressa, dès le 3o juillet, d'adresser une circidaire aux curés de son diocèse, ordonnant des prières pour les victimes de l'attentat.

Elle était conçue en ces termes :

« Monsieur le curé, vous avez appris que les fêtes de juillet ont été subitement couveytes de deuil 5 un horrible attentat vient de porter l'épouvante dans tous les cœurs. La divine Providence'a sauvé le Roi; mais, à ses côtés, sont tombés sous le feu des assassins, et un guerrier illustre que cent batailles avaient épargné, et des hommes paisibles, des femmes, des enfans. La religion seule a des larmes et des consolations digues de si lamentables événemens.

« Vous aurez donc à célébrer, le mardi /§. août , un service funèbre pour les victimes de l'attentat commis dans la capitale de la France, le 28 juillet -.835, et vous vous concerterez à cet effet avec les autorités locales. »

En prenant cette initiative, l'archevêque de Rouen avait devancé les intentions du gouvernement qui, le 3i juillet , demanda à tous les é'^êques du I. 5

royaume les prières de l'Église sur les mêmes tombeaux, par une lettre de Sa Majesté, contresignée par le garde-des-sceaux.

« Monsieur l'évéque, les prières pour les victimes de juillet i83o avaient à peine cessé, qu'un nouveau sujet de deuil était donné à la France. La Providence a détourné les coups qui nous étaient destinés à moi et à mes fds. Mais, si nous devons remercier Dieu d'avoir protégé nos jours en déconcertant les projets des assassins, que de regrets, que de larmes ne devons-nous pas à cet illustre maréchal, à ses nobles compagnons d'armes et à ces généreux citoyens que la mort a moissonnés tout autour de nous ! J'ai donc à réclamer en leur faveur les suffrages que l'Eglise accorde à tous les chrétiens morts dans son sein. Ainsi, vous aurez à célébrer, à cette intention, un service funèbre dans toutes les églises de votre diocèse, et un 2\ Deiim solennel d'actions de grâces , pour la protection éclatante dont Dieu nous a couverts.»

Cédant à l'impulsion du jour, et peut-être entraîné par l'exemple du cardinal de Croi, M. l'archevêque de Paris se rendit auprès du Roi , et lui offrit de célébrer lui-même les funérailles à l'église des Invalides, et un Te Dewn à Notre-Dame. Cette proposition fut acceptée avec reconnaissance, et M. l'archevêque expliqua les motifs de sa démarche dans la circulaire que, sur la demande du ministre des cultes, il adressa aux curés de Paris, à la date du 2 août.

« Monsieur le curé, l'assassinat n'appartient à au-

cuue opinion généreuse et raisonnable 5 il blesse au contraire toutes ces opinions, comme il attente àtoutes les lois divines et humaines, et l'on peut dire qu'il n'appartient qu'à l'enfer; le démon seul peut l'inspirer : Ille homicidaerat ah initio. ( Joan. VIII.) Ce n'est pas entrer dans le domaine de la politique , dont le clergé s'abstient si sagement , que de témoigner de Thorreur pour un crime que la religion et la société s'accordent à flétrir ; surtout lorsque s'altaquant au chef de l'état, il met en péril l'état tout entier.

» Aussi, dans les circonstances graves, extraordinaires, délicates où nous a placé l'odieux forfait du 28 juillet dernier , avons-nous rempli un devoir de conscience, en manifestant par écrit et de vive voix, avec notre vif intérêt et notre douleur amère pour le sort de tant de victimes , des sentimens sur lesquels le moindre doute serait pour un ëvêque . ou même pour tout honnête homme, la plus cruelle des injures. Si , comme prêtre , nous sommes en dehors de tous les ëvénemens qui ne tiennent pas essentiellement à notre ministère, comme Français, comme chrétien et comme pasteur, nous ne saurions montrer trop d'indignation pour un attentat contre lequel l'Église n'a que des anathèmes.

)) Par une lettre close en date du 3i juillet, le Roi vient de nous faire connaître, ainsi qu'à tous les ëvêques de France , que son désir est que des prières soient ordonnées dans tout le royaume , pour le repos de l'ame des malheureuses victimes dont il se propose d'honorer les obsèques et la sépulture, et ensuite qu'il soit rendu partout avec lui de solennelles ac-

lions de grâces pour la protection si visible dont la divine Providence, eu couvrant les jours du Roi et des princes ses fils, s'est plu à environner la France, qui a été près de retomber peut-être dans le trouble, la désolation et la ruine.

)) Vous aurez donc, à ces intentions, monsieur le curé , à faire célébrer un service dans votre église paroissiale : la messe sera celle Iti die obitûs , pro pluribus defunctis. Ce service sera célébré tant en l'église métropolitaine que dans les autres églises du diocèse , le mercredi 4 août. Secondement , il sera chanté en l'église métropolitaine un Te Deitni d'actions de grâces, auquel le Roi se propose d'assister, le jeudi 6 août, et dans les autres églises du diocèse, le dimanche 9 août , immédiatement après la messe de paroisse.

)) Recevez , monsieur le curé , la nouvelle assurance de mon tendre attachement.

» -\- Hyacinthe ,

:■) Archevêque de Paris. »

Tandis que le clergé répandait ses suffrages sur les victimes , le gouvernement se préparait à leur rendre des honneurs publics. Elles étaient tombées sous des coups dirigés contre le Roi , contre la France : la France et le Roi devaient réparer toutes les infortunes réparables, et honorer d'un deuil national la mémoire de ceux qui n'étaient plus. On décida que leurs dépouilles mortelles seraient inhumées dans les caveaux des Invalides, oîi, par son grade militaire, le maréchal Mortier était seul destiné à être enseveli,

et que la France entière serait, en quelque sorte, convoquée à leur convoi. En attendant que tout fût disposé pour cette grande cérémonie, que l'immensité des préparatifs fit reculer jusqu'au 5 août, les corps des victimes furent placés dans une chapelle ardente, à l'église Saint-Paul, où ils demeurèrent exposés depuis le 3r juillet jusqu'au moment de leur translation aux Invalides. On procéda immédiatement à l'embaumement de ceux pour lesquels cette précaution hygiénique n'avait pas été prise à leur domicile ; ils étaient au nombre de dix. Cette opération, qui dura trente-six heures, devenait pénible et même dangereuse par l'état de décomposition trèsavancée des chairs. Elle fut exécutée par MM. Tâcheron, chirurgien de la ii^ légion; Gellée, pharmaicien 5 Calliera , élève en pharmacie ; Cardinal et Félix Paturaud , médecins , avec le zèle le plus actif et la plus grande habileté.

L'extérieur de l'église Saint-Paul était tendu en noir jusqu'à la hauteur du premier ordre du porche, desguirlandes de cyprès, enroulées de bandelettesd'argent, ornant la face principale de l'édifice. Dans Tintérieur, on avait converti la nef en une grande chapelle ardente carrée , dont les quatre parois et le plafond étaient revêtus de drap noir. La paroi qui formait le fond de la chapelle se trouvait coupée par une haute croix d'argent; des ornemens de même nature, des larmes, des étoiles, couvraient les autres» côtés et le plafond. Les ténèbres de cette sombre en^ ceinte étaient dissipées par une double rangée de. lampes suspendues à la voûte, et une lampe- plus grande qui rayonnait aucenlie, puis par des ciijergtîs

7d PROCÈS DE FIESCHI

placés au pied des tombes, et d'immenses caiidëlabres dans lesquels brûlaient des flammes verdâtres. Là , devant la croix , étaient rangés sur une estrade quatorze cercueils s'élevant graduellement de gauche et de droite jusqu'à celui du duc de Trévise, qui était le plus exhaussé , tous recouverts d'un drap mortuaire , et portant chacun , au milieu d'une couronne d'étoiles, le nom de celui qu'il renfermait. Là étaient le maréchal Mortier, le général de Lâchasse de Vérigny , le colonel Raffé ^ le lieutenant-colonel Rieussec , le capitaine Villatte j MM. Labrouste , Prudhomme, Léger, Benetter, Ricard, Bruno, Inglar, Ardouin et mademoiselle Sophie Remy. Des gardes nationaux, mêlés à des soldats de ligne, occupaient, debout, le pied de l'estrade. L'ensemble de ce spectacle était lugubre et imposant. Chaque jour, une foule nombreuse se pressait sous les noires tentures, avide de le contempler, et chaque jour cette multitude, qui n'était venue peut-être que par une pensée de curiosité, saisie d'un recueillement religieux, s'avançait triste et silencieuse, et s'écoulait pénétrée de puissantes émotions.

La veille du jour désigné pour les funérailles, le gouvernement fit connaître les moyens qu il avait préparés pour assurer la tranquillité de la France , ces mesures nécessaires, suivant l'expression de la cour royale de Rouen, pour cor.'Ljjléter la législation de manière que le trône et la charte constitutionnelle soient désormais à l'abri de toute atteinte. Le §arde-des-sceaux présenta , le 4 ^loût , à la Chambre

des Députés, trois projets de loi sur la presse, sur le jury et sur les cours d'assises.

Celui-ci ayant pour but d'augmenter l'autorité des présidenspour la police des audiences, et de leur permettre de poursuivre les débals en l'absence du prévenu , lorsque celui-ci refuserait d'y comparaître , ou causerait du tumulte devant le tribunal.

Le deuxième ayant pour but d'établir le vote secret des jurés , et de substituer ,' à la majorité de huit voix contre quatre, précédemment nécessaire pour condamner, celle de sept contre cinq.

Le projet de loi sur les crimes, délits et contraventions de la presse et des autres moyens de publication , renfermait des dispositions plus graves et plus compliquées. En voici les principales dispositions : l'Ladétentionet 10, 000 à 5o, 000 f. d'amende pourroffense envers la personne du Roi et pour toute attaque directe ou indirecte contre le principe ou la forme du gouvernement. Ce deuxième délit est qualifié d'attentat à la sûreté de l'état, et devient ainsi justiciable de la Cour des pairs ; 2* L'emprisonnement de six mois à cinq ans et 5oo à 10,000 fr, d'amende , avec l'interdiction temporaire des droits civils pour quiconque tournera en dérision la personne du Roi, donnera une adhésion à une autre forme de gouvernement, ou reconnaîtra des droits au trône de France à d'autres qu'à Louis-Philippe I" ou ses descendans :

3° L'élévation des peines précédentes au double du maximum et même au quadruple en cas de récidive dans le cours d'une même année ; 4° L'emprisonnement d'un mois à un an et 5oo fr. à

7 2 HROCÈS DE FIESCHI

' 5,000 fr. d'amende pour les souscriptions tendant à annuler l'eÛet des condamnations, et pour la publication des noms des jurés ou de leurs délibérations intérieures ; 5° Divers réglemens concernant les gérans des feuilles périodiques , réglemens remplacés en général dans la discussion à la Chambre des députés, par la fixation du cautionnement, pour les journaux de Paris, à 100,000 fr. en numéraire (au lieu de 48,ooof. en rente), et à un taux proportionnel pour les feuilles des départemens ; 6° 1^ censure des pièces de théâtre , des dessins, gravures, emblèmes et lithographies 5 / Le jugement immédiat devant les cours d'assises de tous les délits de publication.

Ces projets de loi, discutés plus tard dans les Chambres, n'ont été adoptés par elles qu'après avoir subi des modifications importantes dans les détails , mais sans que rien en altérât l'ensemble ou en diminuât la sévérité. .

CÉRÉMONIE FUNEBRE DU ë AOUT.

De grand matin, le tambour résonpait dans toutes les rues de la capitale, où les légions de la banlieue avaient commencé à arriver avant cinq heures. On comptait aussi quelques détachemens de Seine-et- Oise.

Un peu après huit heures, les députations sont venues prendre place à la Bastille , sous les tentes disposées pour les recevoir. Eu même temps, les parens

des victimes se rendaient à l'église Saint-Paul ; les chars funèbres , qui venaient de recevoir leurs dernières décorations à Thôtel des Menus-Plaisirs (nous sommes bien forcés d'employer ce mot), arrivaient. Les corps étaient descendus de l'estrade, où ils avaient été déposés dans la chapelle ardente, et placés sur les chars. L'écusson qui, placé au sommet de chaque catafalque dansTéglise, indiquait le nom du défunt, a été suspendu à la partie postérieure la plus élevée de chaque corbillard, et a servi de point de ralliement aux familles. La crainte d'encombrer le cortège avait forcé de restreindre à un petit nombre de personnes la faculté d'accompagner chaque victime.

Des salves d'artillerie ont annoncé, vers neuf heures, que le convoi se mettait en marche. A onze heures et demie, la tête du cortège était arrivée vers la rue de la Paix, et les dernières troupes quittaient à peine la place de la Bastille. Il défilait dans l'ordre suivant :

Une compagnie de gendarmerie départementale;

Deux escadrons du 5* de hussards 5

Le général Jacqueminot, chef d'état-major de la garde nationale, suivi de dix officiers d'état-major ;

Un escadron de la garde nationale à cheval de Paris j ^

Un bataillon du 46" régiment de ligne 5

Un escadron de la garde nationale à cheval de la banlieue ;

Une batterie d'artillerie de la garde nationale de la banlieue :

Le sous-préfet de Saint-Denis, suivi des maires de rai:rondissement ;

Un bataillon de pompiers de la garde nationale de la banlieue ;

Le général de la garde nationale Toarton, accompagné de cinq officiers d'élat-major -,

La i" légion de la banlieue j

Le sous-préfet de Sceaux, suivi des maires de l'arrondissement ;

La 4* légion de la banlieue j

Un escadron de la garde nationale à cheval de la banlieue j

Le général de la garde nationale Hallez, accompagné de quatre officiers d'état-major 5

La 2* légion de la garde nationale de Paris 5

La 3* légion 5

La 4* légion ;

Un bataillon de la 8* légion •,

(Les autres corps de la garde nationale marchaient le fusil à volonté : ce bataillon portait l'arme basse sous le bras gauche. )

La musique d'un régiment de ligne 5

Un peloton considérable d'employés des pompes funèbres , tous habillés à neuf;

Une voiture occupée par le suisse et le bedeau de l'église Saint-Paul ;

Deux voitures pour le clergé de cette église ;

Les quatorze chars funèbres dans cet ordre, etsuivis, chacun , de la famille et des amis du mort ;

M"' Louise-Joséphine Remy, âgée de quatorze ans -,

(La vue de ce char funèbre , tout tendu de blanc, richement décoré , entouré d'un grand nombre de jeunes fdles tenant des rubans attachés au cercueil, et

ET DE SES COMPLICES. «jS

suivi (les parens de la victime, répandait sur la population une vive émotion, et un sentiment profond de compassion et de tristesse.)

M. Labrouste, receveur des contributions directes du ;7' arrondissement ;

M. Bruno, employé à la filature des Minimes ; M. Inglar, employé à la fdature des hospices ^ M. Ardouin, journalier;

M. Benelter, grenadier du i*' bataillon de la 8' légion;

M. Léger, grenadier du i" bataillon de la 8* légion ;

(A la gauche de ce char , marchait à cheval M. le général de Rumigny aide-de-camp du Roi.)

M. Ricard , grenadier du i'"' bataillon de la 8* légion ;

M. Prud'homme , sergent des grenadiers du même bataillon ;

(Les coins des poêles de ces cinq derniers corbillards étaient portés par des gardes nationaux de la 8^ légion.)

M. le capitaine Villate ;

(Les coins du poêle étaient tenus par quatre officiers de l'armée.)

Le cheval du capitaine caparaçonné de noir;

M. Raffé, colonel de la gendarmerie de la Seine;

(Les coins du poêle étaient portés par le lieutenant-colonel et un chef de bataillon de la garde municipale, le lieutenant-colonel et un chef de bataillon de la gendarmerie départementale.)

(Chacun de ces chars funèbres était attelé de deux

chevaux : ceux des gardes nationaux et des militaires étaient pavoises de drapeaux tricolores.)

Le cheval du colonel 5

M. Rieussec, îieiitenant-colonel delà S" légion ;

(Les coins du poêle étaient portés par quatre olKciers de la garde nnlionale.)

Le cheval du lieutenant-colonel;

M. de Lâchasse de Vérigny , maréchal de camp, commandant l'écoL d'application du corps loyal d'état-major ;

(Les coins du poêle étaient tenus par quatre oûiciers supérieurs, parmi lesquels on a reconnu le général Wolf et le colonel d'état-major Koch. Indépendamment de la famille du général, un grand nombre d'officiers d'état-major et tous les élèves de l'école d'application suivaient le char, qui, ainsi que celui de M. Rieussec, était trainé par quatre chevaux.)

M. le maréchal Mortier , duc de Trévise , grand chancelier de l'ordre royal de la Légion-d'Honneur 5

(Le corbillard, traîné par six chevaux, était magnifiquement orné. Des écussons aux armes du maréchal, et portant le nom des principales batailles où il s'était trouvé, des flots de drapeaux tricolores couvraient le cercueil et le dôme du char, supporté par quatre génies funèbres et surmonté d'un riche trophée. Les coins du poêle étaient portés , à droite et devant, par M. le maréchal Molitor; à gauche et devant, par M. le maréchal Gérard ; à droite et derrière, par M. le maréchal Grouchy ; à gauche et derrière , par M. l'amiral Duperré. Le char était suivi par un très-grand nombre d'officiers-généraux.)

Des domestiques portant sur des coussins de velours ie bâton de maréchal , l'épëe et les autres insignes des dignités dont le duc de Trévise était revêtu ;

Le cheval de bataille du maréchal, couvert d'un crêpe noir semé d'étoiles d'argent.

Venaient ensuite :

MM. Guizot, Humann^ Persil etDuchâteî, ministres •

Cinq conseillers d'état ;

La grande députation de la Chambre des pairs, conduite par un vice-président;

La grande députation de la Chambre des députés, conduite par M. Calmon, vice-président;

(Les deux prcsidens étaient aux; Invalides.)

La députation de la cotfc de casssation, conduite par M. de Bastard, en robes ïsouges ;

La cour des comptes, en robes violettes:

Les facultés, avec leurs massiers armés de leurs masses d'or ;

La cour royalo de Paris, en robes rouges ;

L'Institut, en costume ;

Le corps municipal de Paris;

L'académie royale de médecine, en costume;

Le tribunal de première instance , conduit par M. le président de Belleyme et le procureur du roi , M. Desmortiers;

L'état-major de l'artillerie et du génie ;

L'Ecole Polytechnique , conduite par le général Tholozé;

L'école normale ;

lies députations des ouvriers, parmi lesquelles on

remarquait celle des ouvriers du port de la Râpée, portant une grande branche de saule ornée de crêpes et de couronnes d'immortelles, et un drapeau avec cette inscription : Vive la Charte! vive la liberté! Port de la Râpée; et une autre très-nombreuse, dont le drapeau ne portait que ces mots : Les ou-' vriers des ports.

Les chars funèbres et les députations étaient escortés sur les flancs par la S'' légion , à droite, et par le 43" de ligne, à gauche.

Puis venaient : un bataillon de la 8* légion ^

Le général de la garde nationale Friant , accompagné de cinq ofîiciers d'état-major;

La 5* légion de la garde nationale de Paris -,

La 6^ légion.

Des députations de gardes nationales des départemens, parmi lesquelles on a remarqué la dépulation de Boulogne-sur-Mer ;

La 7" légion ;

La 9* légion ;

la laMégion-,

Un bataillon du 4^'' régiment d'infanterie de ligne 5

Deux batteries du i" régiment d'artillerie;

Un escadron de la garde nationale de Paris ;

Uije compagnie de la garde municipale à cheval.

Sur toute la ligne que le cortège a parcourue, la foule était pressée dans les contre-allées, aux croisées des maisons, sur les arbres et jusque sur les toits. Les femmes étaient partout en majorité, et cela se conçoit aisément, puisque la plus grande partie des hommes se trouvait dans les rangs du cortège, sous

ET DE SES COMPLICES. ^g

le costume de garde national. Ces toilettes variées étaient beaucoup au caractère de gravité de la cérémonie. Cependant, partout les assistans se montraient recueillis, et les hommes, généralement vêtus de noir, se tenaient la tête découverte au moment du passage des corbillards. On a remarqué à quelques croisées, et notamment au théâtre des Variétés, que les dames avaient mêlé des insignes de deuil à leur costume.

Le cortège, qui se déployait sur une longueur de plus d'une lieue, est arrivé vers midi à la hauteur de la Madeleine, au milieu d'une foule toujours croissante et toujours recueillie. Il s'est dirigé ensuite par la rue Royale, la place et le pont de la Concorde, le quai d'Orsay et l'esplanade des Invalides, où il est arrivé à une heure.

Le Roi l'avait précédé. Au moment où le convoi était à la hauteur de la rue de la Paix, S. M. était montée à cheval , accompagnée des princes ses fds et d'un état-major plus nombreux et plus brillant que de coutume, où s'étaient donné rendez-vous tous les officiers-généraux présens à Paris. Le cortège a tra • versé le jardin des Tuileries, au milieu d'une haie de garde nationale formée par la i" légion.

L'enthousiasme a éclaté à la vue du Roi, qui a suivi la place et le pont de la Concorde, le quai d'Orsay, l'esplanade des Invalides jusqu'à la porte du dôme dite Portail-du-Roi.

C'est vers une heure et demie que la première voiture de deuil est arrivée à l'Hôtel des Invalides, où se célébrait le service. L'appareil des décorations funèbres commençait en avant de la grille. Des pilastres, recouverts de draperies noires, disposés de àis-

8ô PBOCÈS DE FIESBHI

tance en distance, et liés par des guirlandes de cyprès, formaient une sorte d'avenue funéraire. Une draperie noire et blanche régnait au premier étage tout autour de la cour d'honneur. La façade de l'église, vue de la cour, présentait un fond lugubre et sombre sur lequel se détachait, avec un effet extraordinaire, la grande statue de Napoléon en marbre blanc.

L'intérieur présentait le coup-d'œil le plus solennel et le plus imposant. Tous les arceaux de la grande nef et les travées supérieures qui leur correspondent étaient ornés de longues draperies. Une tenture noire, qui s'élevait jusqu'à la hauteur des croisées, interceptait la lumière extérieure. L'église n'était éclairée que par la clarté des lustres et des cierges. L'orchestre était placé en avant du chœur.

Les pilastres et les colonnes de la rotonde, où est placé le maître-autel, étaient couverts de crêpes et de velours. Entre le maître-autel et le dôme, à gauche, avait été pratiquée une estrade peu élevée, avec des fauteuils, des coussins et des prie Dieu en velours noir, galonnés d'argent, pour le Roi et la famille royale.

La décoration du dôme était d'une magnificence mystique. Une immense estrade carrée se dressait sous la lanterne du dôme : elle portait quatorze cénotaphes, entre lesquels dominait, à une assez grande hauteur, celui qui était réservé au maréchal, et elle était surmontée d'un vaste dais qui montait jusqu'aux galeries, et fermait tout accès au jour. Ce vaste catafalque était éclairé par d'énormes candélabres, par quatre grandes lampes sépulcrales, et par une innombrable quantité de cierges, de lustres et de girandoles.

On ne peut se faire une idée de la majest(j pieuse et i^randiose de ce coup-d'œil.

Le nom de chacune des victimes était écrit en lettie d'argent sur les foces du catafalque. A l'entour était rangé un détachement de la 8^ léi^ùon de la garde nationale, entouré de soldats de toutes les armes.

Avant huit heures du malin, les personnes munies de billets se pressaient à la grille de droite de la place Vauban. Les portes de l'église sout ouvertes à neuf heures et demie. Bientôt toutes les tribunes se sont trouvées garnies. Des pairs, des députés, des membres de tous les corps de l'Etat occupaient les places qui leur avaient été réservées; la tribune du corps diplomatique était remplie. Malgré son âge et ses infirmités, le maréchal duc de Conégliano, gouverneur des Invalides, assistait des premiers à la cérémonie, qu'il a terminée par une revue de ses vieux camarades.

Vers onze heures, la Reine et les princesses, vêtues de deuil, sont entrées par la porte royale du côté de la place Vauban. Toute l'assemblée s'est levée pour les saluer. Bientôt après, le bruit des acclamations a annoncé l'arrivée du Roi. Sa Majesté, en effet, a paru, accompagnée du duc d'Orléans, du duc de Nemours et du prince de Joinvillc, et suivie d'un brillant étatmajor. Elle a été accueillie par quelques cris de P~we le Roi! contenus par la sainteté dulieu et de la triste cérémonie qui allait être célébrée.

Après une courte station dans l'église, le Roi s'est retiré avec laReine dans une salle d'attente préparée pour les recevoir.

A une heure et demie, une salve d'artillerie vient annoncer l'arrivée du convoi funèbre-, les cercueils sont descendus du char et déposes dans ia cour d'honneur,oùleRoi, accompagné de M. l'archevêque de Paris, est allé assister aux prières qui ont précédé l'entrée des corps dans l'église. La pré ence du Roi a été saluée par les acclamalions unanimes des gardes nationaux qui stationnaient dans la cour.

Lorsque le cortège pénètre dans l'église , une magnifique marche se fait entendre. C'est celle que Chérubiiii a composée pour une cérémonie patriotique dédiée à la mémoire de Hoche. A ces accords s'entremêlaient les chants des prêtres et les décharges d'artillerie qui se renouvelaient de cinq minutes en cinq minutes, et qui, souvent, venaient marquer la mesure, et ajoutaient à l'eflet des masses d'harmonies.

Ici a commencé une scène de l'effet le plus douloureux. Le Roi, la famille royale, les députations avaient pris place. Les deux Chambres, la magistrature, l'administration, la garde nationale étaient assemblées sous la voûte du dôme. Voilà que, précédés de jeunes fdles vêtues de blanc, les parens des victimes traversent lentement la nef, le chœur, le dôme , et vont se placer dans une tribune d'où ils peuvent dire un dernier adieu aux restes de ceux qu'ils ont perdus.

A ce moment, un silence de piété, de regret, et presque d'effroi, s'étendit sous ces voûtes funèbres, et régna sur cette nombreuse assemblée. Une triste anxiété se lisait sur tous les fronts. Bientôt arrive, portée à bras , une bierre couverte d'un poêle

richement orné, dont les coins sont tenus par quatre maréchaux de France. C'est celle du duc de Trévise. Parvenue à rexlrémité du dôme, elle est dépouillée de ses ornemens et glissée sous le catafalque.

Puis un second cercueil suit le même chemin, puis un troisième... Chaque cercueil est dépouillé du drap mortuaire qui le couvre, et les attributs de chacune des victimes sont déposés sur son cénotaphe. Les insignes des ordres du duc de Trévise, son manteau de maréchal et son épée sont placés à ses pieds; sur sa tête repose la couronne ducale, et au-dessous le manteau de pair et l'habit de maréchal. Sur le cercueil de M. Rieussec , on voit une longue chaîne dont chaque anneau est une couronne d'immortelles, dernier hommage de la reconnaissance des nombreux ouvriers qu'occupait cet utile citoyen. Sur un autre cercueil est une simple couronne de roses blanches; sur un autre, un baudrier de grenadier tout souillé de sang... Quatorze fois la lugubre procession se renouvelle et passe sous les yeux du Roi, des ambassadeurs , des députés, des citoyens. Il est difficile de décrire la pénible émotion produite par cette longue scène d'affliction.

Lorsque toutes les bières ont été transportées sur l'estrade , et vers deux heures et demie , l'archevêque suivi d'un nombreux clergé, est monté à l'autel pour commencer la messe qui a été chantée en musique. Les chœurs et les instrumens se trouvaient disposés près de l'autel. La belle musique de Chérubini, exécutée par les premiers artistes du Conservatoire et de l'Opéra, sous la direction de

84 PROCES DE FlESCllI.

M. Habeneck, était digne de cette grande solennité nationale. Une marche funèbre, composée pour la circonstance par M. Schneitzhœffer , a dignement couronné cet ensemble d'harmonies religieuses.

A la suite de la messe, M. l'abbé Landrieux est monté dans une chaire élevée entre la tribune occupée par la Chambre des députés et celle de la cour de cassation. L'orateur a rappelé les brillantes actions qui ont marqué la carrière militaire du maréchal, et les vertus, le dévoûment de sa vie civile -, il a payé un juste hommage aux autres victimes du crime du 28 juillet \ il a terminé par de hautes considérations religieuses sur la démoralisation dont l'attentat qui a frappé tant d'existences est à la fois l'évident symptôme et le déplorable résultat.

Après cette oraison funèbre, qui malheureusement n'a pu être entendue que des personnes peu éloignées de la chaire, le De profundis a été chanté 'avec une puissance d'expression qui rappelle les merveilles que l'on raconte de l'effrayant Miserere de la chapelle Sixtine.

La cérémonie funètre achevée, le Roi et la famille royale sont sortis à cinq heures par la cour et la grille d'honneur. Vingt-un coups de canon annoncent le départ de Sa Majesté, qui parcourt, au railieu des acclamations, les rangs de la garde nationale et des troupes placées sur l'esplanade des Invalides, le quai d'Orsay, la place de la Concorde , et dans le jardin des Tuileries. De là, le Roi rentre au château à six heures passées.

Telle fut cette grande et pompeuse cérémonie où toute la capitale concourut comme à une expiation

nationale ; éclatant témoignage de la douleur publique dont le souvenir s'eHacera dillicilement. Espérons qu'il préviendra à jamais le retour de semblables tentatives, et qu'il éclairera les esprits les plus irrités, les passions les plus aveugles, nous ne dirons pas sur la perversité, mais sur l'absurde folie de l'assassinat pour faire triompher une cause. Le guet-apens, en politique, est passé de mode aujourd'hut ; il n'a plus de cours et devient un anachronisme. Ce qui paraît un crime maintenant au point de vue de la morale , est presque toujours une faute au point de vue de la politique. Ces deux principes ne sont pas si étrangers l'un à l'autre qu'on veut le dire ; ils tendent au contraire , grâce aux progrès de la civilisation, à se rapprocher sans cesse , pour se confondre un jour. Déjà nous en sommes arrivés à ce point, qu'aux yeux du public ce qui est utile est juste, et seulement ce qui est juste est utile. Vvoscx'iyons donc, dans l'intérêt de l'humanité, comme dans l'intérêt des partis, l'emploi des moyens odieux , infâmes ^ ce sont des armes qui s'émoussent en frappant, et ne blessent que îa main qui s'en sert. Toutes les circonstances semblent indiquer que le crime de Fieschi se rattache à une pensée politique. Eh bien ! que ceux qui conçoivent encore que le meurtre peut profiter à un parti, méditent sur la leçon que leur donne la journée du 5 août ! A la revue du 28 juillet , les légions de la garde nationale présentaient à peine un effectif de 20,000 hommes ; les rangs étaient en général indifférens et silencieux. Venez voir après l'attentat ce concours nombreux et imposant de citoyens, contemplez la plus belle revue que nous ayons eue de-

puis i83o, entendez ces acclamations bruyantes, et calculez ensuite ce que peut rapporter un forfait I

Une haute décence présida à toute cette cérémonie ; la population se montra grave et recueillie, et la garde nationale , surtout , pénétrée du sentiment de . sa dignité. On avait parlé de cris de colère et de vengeance qui pourraient s'élever de ses rangs ; il n'y eut rien de tel ; au contraire, quelques manifestations en faveur de la presse menacée s'échappèrent çà et là , sans provoquer aucun murmure : c'est que dans notre pays on revient vite de l'irritation du premier moment , et qu à travers les haines de parti il existe un instinct de respect national chez tous les membres de la famille française , une sorte de conscience civique qui se révolte contre le soupçon injuste, et se refuse à déclarer infâmes nos concitoyens. Peut-être même les arrestations inutiles opérées un peu largement par la police ont-elles contribué à hâter la réaction de calme. Chacun sentit que le but avait été dépassé. On comprit , avec cette rapidité de bon sens qui caractérise les masses, en France, que ce système d'accusations générales était nécessairement exagéré -, que quand même les indications données par les organes ministériels seraient vérifiées par les débats judiciaires, il ne s'agirait encore que d'un complot de républicains, et non pas d'un complot républicain; c'est-à-dire qu'il y aurait là le crime de quelques fanatiques féroces, mais non pas le crime d'un parti.

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