DERNIERES PAROLES DE FIESCHI
Honorables pairs , je vous prie d'être indulgens aux formes de mon langage. J'espère que je trouverai pardon pour les iautes que je pourrai faire.
Je suis heureux d'avoir vécu jusqu'aujourd'hui^ demain je peux mourir! Je vous dirai ma façon de penser plus tard. La v.jfisfaction que j'éprouve d'avoir vécu jusqu'aujourd hui , et • elle d'avoir déclaré mes complices , ma conscience , ma raison et l'Évangile, m'imposent des devoirs pour être utile à la patrie.
Je ne pourrai pas dire grand' chose après un plaidoyer si brillant de mes avocats, mais je raconterai les faits comme lorsque jetais dans les camps. Moi, blanchir mon affaire! non , messieurs. Je sais que je suis coupable. Je vais glisser sur plusieurs circonstances.
J'ai été soldat : vous avez mes états de fervice; j'ai fait la « ampagnc de Calabre ; j'ai été en Sicile j envoyé par mes cheb.
je m'en suii tire avec honneur. J'ai été fait prisonnier eu Sicile, {.t je fus conduit à Malte. Je m'échappai ; je vins rejoin"dre l aruîéc. Plus tare!, je fispaiiic clo celte funeàtc campagne de Russie. Sur ma poitrine a brillé Ictoile de la Légioud'Honneur -, je Tai gagnée sur le champ de bataille. Vous avez connaissance qu'elle m'a éîé ravie, mais elle a été gravée, tatouée sur ma peau , sauf le respect que je dois à la cour, et elle descendra au tombeau avec moi.
J'ai été abîmé, mais plus bas que la terre, j'ai été anéanti; il m'a f'iUu recueillir toutes les forces morales de mon caractère pour résister pondant trois jours aux atteintes qui m'ont été faites par les avocats de mes complices. Je leur pardonne; c'était leur devoir. Mais dire que je suis un lâche, que je déclare mes complices pour sauver ma vie ! Nen, messieurs. Je sais que moi seul j'ai droit à aller à l'échafaud, et vous êtes mes juges Mais vous, défenseurs, s'il y a dans vos coeurs l'humanité, qui est la première vertu, vous ne devez pas souhaiter que j'aille à l'échafaud. Je répète que je vous pardonne; je m'adresse maintenant à la cour et je lui fais des aveux sincères.
J'ai été captif dix années à Embrun. Je me suis permis de dire que j'étais observateur, je dois savoir où je vas pour me rendre compte à moi même. A Embrun je me suis conduit en homme probe et d honneur, comme prisonnier; j'ai acquis la confiance de mes maîtres; j'ai été contre maître pendant dix ans. Mais pourquoi suis-je resté dix années dans cette prison '.' On sait la cause de ma condamnation; mes chefs savaient ma pensée et que je faisais mon devoir. Vous ne trouverez pas un homme qui se soit aussi bien conduit que moi à cette prison, et cependant je n'ai pas obtenu ma grâce ! J'ai fait dix ans. L'cutrepreneur, le directeur sont des hommes tranquilles, qu'en s'en rapporte à eux, qu'on s'en rapporte au directeur du central. Ce sont des injustices.
Les mauvais sujets qui sont tous les jours dans les cachots, qui ne veulent pas travailler, qui n'aspirent quà s'en aller dehors, qui ne font que tracasser les chefs, ceux-là on s'en débarrassé, et moi je suis resté dix ans I Je sors, et je vais à Lyou. Bref, j'arrive en i83o à Paris. Il est une circonstance que je passerai ; je ne parlerai pas de cette malheureuse femme. Elle se reprochera toute sa vie d'avoir déposé contre son ami, qui l'aime encore au fond du cœur. Je ne vivrai plus avec elle. Vous le savez, messieurs, je nie suis trouvé à la porte, sans chemise, sans ressources, n'ayant pas un seul sou à mon service Je trouve un bon vieillard, le cœur me saignait de venir r^çcuser, un homme qui me donne ses chemises, qui me nourrit à sa table, qui me qarde deux mois chez lui. Croyez-vou% qj.j ce soit [xn vai'luiitise, jur ven^!:.iace q^u j ai parlé .TS'^is
messieurs. Mais si en plein midi j'allume une chandelle, et que tia mette vis-à-vis du soleil, je n'en verrai pas la clarté, car le fins fort l'emporte. J'ai cru nécessaire de dire à ma patrie : Prends garde à toi ! La vie de deux, trois, ou même de cent hommes, n'est rien au prix de la première puissance du monde, que toutes les nations envient. Si les hommes qui ont étudié dans leur cabinet avaient voyagé comme moi depuis la Calabre supérieure jusqu'à la Moskowa, ils connaîtraient les tyrans des autres pays. Mais je ne veux pas entrer dans ces détails, cela ne m'appartient pas. Je reprends.
Chez Morey , je fis le plan de cette machine par inaction , car j'ai une habitude , je ne peux pas même manger assis, je mange debout. Ce n'est pas une vertu , mais enfin c'est une habitude bonne où mauvaise. Morey s'empare de cette machine et la porte chez Pépin. Qu'aurais-je fait, moi , isolé, sans ressources, privé de mes bienfaiteurs qui m'avaient mal reçu , et avec raison? c'est moi qui avais tort! Cependant, je suis persuadé qu'aujourd'hui ils me regrettent. Mais l'échafaud m'attend , et j'y marcherai d'un pied ferme.
Je vais circonscrire en peu de mots ce qui regarde mes deux complices. Ils ont voulu rester en arrière. Pépin et Morey , avant le 28 juillet , avaient fait partie de sociétés poliiques, et pour ne pas se trahir, ils sont convenus de ceci : « Nous ne dirons pas que cela vient de notre parti , nous dirons que c'est le parti carliste qui fait faire le coup , parce que ça retomberait sur nous-mcmes si l'on savait que c'est le parti républicain. »
On m'a accusé d'être dissimulé; mais pour ne pas mériter ce titre , il faut donc être bavard comme ce gamin de Boireau. (On rit.) Il y a des choses qu'on ne peut dire qu'à son ami , à son avocat et à son confesseur. Ce sont les trois personnes à qui on peut révéler un secret. J'ai parlé, non pas pour frapper mes Complices , mais pour éclaiier la justice et ma patrie. J'ai dit : voilà mes trois complices. Mais je ne pouvais rien prouver de ces fait?. JVe pouvant pas prouver, je n'ai pas pu faire de chansons j je ne suis pas poète.
Arrivons aux faits. Morey est bon, généreux, courageux; mais lui, pouivu qu'il tire un coup de fusil, ça lui va. Quant à Pépin, je lui rendrai justice. Il n'est pas à craindre; il peut donner de l'argent, mais pour du courage il n'y a rien à en espérer.
J arrive à mon projet , à ma machine. Je ne veux pas abu- 5er de la patience de la cour, qui depuis long-temps doit être fatiguée de ces débals.
Les derniers jours, j'étais triste; entendez, voyez les lémoins j je n'étais plus le même ; je ne mangeais pas, je ne dor-
mais pas; je ne trouvais aucune distraction agréable j pas de cïiarme dans la conversation j aucune douceur de irta vie. Dans raon paisible sommeil j'étais agité. Mais j'avais donne ma parole ; j'excctitai mon projet. Pépin se tenait loin. Morey, c'est un cadet qui ne bat pas en retiaite ; il était très difficile. Il m'a fallu suivre la route. Il a fallu une tête brisée encore pour arriver à vous tout dire mot par mot. J'ai éclairé la justice et je vous ai prouvé la vérité. J'espère que mes complices même vous le diront. Je vous ai dit l'autre jour : MM. les pairs, ne perdez pas courage, nous arriverons. Et moi , c'est tout ce que je demande par faveur, c'est que la cour, la patrie et le monde entier sachent (jue j*ai dit la -vérité. Le reste, peu m'importe.
Cette explosion... j'ai dit que j'avais la conviction que les canons avaient été mal chargés par Morey. Tant pis pour lui , s'il vit après moi , et je désire qu'il vive -, il aura des reproches à se faire s'il l'a fait exprès 3 s'il ne l'a pas fait exprès, je le pardonne. Je n'en veux ni à l'un ni à l'autre , cela a été mon devoir d'éclairer mon pays.
Voyez -vous, MM. les pairs, cette main brisée; voyez-vous ma tête. Certes, si j'avais voulu, j'ai un moyen de dormir lorsque je veux. Je serais mort , malgré tous les efforts , sans m'empoisonner. Mes blessures graves m'auraient suffi , je me serais affaissé de manière qu'une fièvre cérébrale se serait emparée de mon être.
M. Ladvocat, mon bienfaiteur, qui m'honorait d'une poignée de main, lorsque j'étais libre, c'est lui qui m'a fait bai^se^ ma machine. J'en suis heurenx , quelque malheureux c^ye Je sois, car il y a eu tant de victimes; mais il y en aurait eu davantage sans la présence d'un seul homme que depuis onze mois je n'avais pas vu. Faites-le bien , vous n'aurez pas toujours des ingrats.
Je revins dans mon cachot , et je me dis : Fieschi , tu ne sortiras d'ici que le jour où tu iras à l'échafaud. Je voulais mourir sous le nom de Gérard ; j'avais deux motifs : si j'étais connu poiu- Fieschi , on aurait découvert mes traces ^ mes connaissances, sachant que je voyais Pépin, Morey et puis mes amis ; on aurait su que Morey avait été mon bienfaiteur. Quel chagrin auront-ils, me dirais- je, lorsqu'ils sauront que Ficsçhi a été à l'échafaud. Tu mourras innocent.
Voilà mon second motif. M. Ladvocat, à qui la nation doit de la reconnaissance, et bien sûr qu'il n'en demande pas la récompense il est trop grand; mais son coeur est .satisfait d'avoir é^é utile à sa patrie ; eh bien ! il était là , devant moi j je ne le vo}ais que d'up œil; je crois que je l'aurais reconnu , quand même je n'aurais vu que de la moitié de la moitié nI'uo
etnt. Il riî'îi dit ; Fieschi, tu es reconnu , tu n'es pas Gérard. J'espérais qu'il ne me reconnaîtrait pas, car j'e'tais un cadavre. M. Ladvocutdit que l'on me laisse seul; il vient s'asseoir à cô'éde moi, il prend ma mainj il me demande mon nom; je lui dis que je ne le connaissais pas. J'e'lais dans rimpossibilîlé de me débarrasser; il me demnada si j'e'tais de Lodève. Il me dit : Je suisLadvocat . — Malheureux que je suis, allez vous en, dites que vous ne méconnaissez pas, ignorez que vous m'avez connu; un grand coupable comme moi, un homme dans le tombeau, n'a pas besoin de visites.
Il ne m'e'couta pas. — Je suis celui qui vous ai fait du bien, me dit-il. — Je le sais. — Je viens à votre secours. — Votre secours , vos efforts sont tous inutiles. Ja me vis forcé de verser des larmes; toutes les fois que je me trouve devant lui, je suis ému; J9 ne suis pas délicat, et pourtant cet homme me fît pleurer. Je résistai à sa présence, messieurs les pairs, quarantedeux jours. Enfin je me décidai. Quoiqu'on ait méprisé laCorse^ chaque pays fournit les siens; laissons là les détails de nations et les caractères. On dira que je suis un délateur si tu voulais être délateur, tu aurais déclaré tes complices avant de commett'e ton attentat. Je ne pouvais plus résister. Le cauchemard m'élouffait. Je calculai l'intérêt delà justice, l'intérêt de mon pays, et ma patrie, c'est la France. On m'a cité que j'étais Corse; mon pays appartient à la France depuis quatrevingts ans.
Bu reste, M. tadvocat venait sans provocation: M. le président, MM. les ministres, le conseil de la cour, venaient, j'a- Taîi besoin de tranquillité dans ma position; je dis que si j'avais quelque chosa à dire, je le diraisàM. Ladvocat. J'ai eu le front, car il faut dire comment c'a a été , vous me le pardonnerez , de dire à M. Thiers que je le regardais comme un homme d'état à grands moyens, mais qu'il ne m'inspirait pas de la confiance , que si j'avais quelque chose à dire, c'était à M. Ladvocat que je le dirais. Tout autre que moi aurait parlé à ce ministre et aux auft-es ,car un mini^tre est plus près de tout qu'un propriétaire ; mais ni l'intérêt ni fespoir ne me faisaient agir : c'était cette estime qui est gravée dans mon cœur plein de reconnaissance pour un homme pour qui je sacrifierais ma vie. Mais celui-là pourra dire si j'ai franchi la barrière, si je lui ai rien demandé. ^ .
Quarante-deux jours arrivent, j'écris à M. Ladvocat. J ai fait Ries réflexions, après avoir vu que je me portais mieux. Les défenseurs de mes complices vous ont dit que la justice m'avait pris au tnoment où j'étais tombé en démence, ou j'étais privé d'une partie de mes sens. Je voyais l'avenir dun procès si grave} 41 fAU^ que tu te portes bien, m'vtais |c dit : ii\
diras ia vérité. Les choses que tu ne pourras pas piûuvrer... tu garderas le silence. Ce que tu pourras pronoucer, tu le diras.
On a dit que je ne pouvais pas avoir de crédit auprès de vous , parce que j'étais flétri. Pauvre Fieschi , que je te plains j mon cœur est-il flétri ! ! ! Au reste , j'ai dit que je pardonne. Mes paroles ne font rien , ce sont là des faits; ils sont U : laissez ma parole flétrie à moi condamné , échappé du La gne , comme vous voudrez. Vous verrez que je dis la vérité. Je n'en veux pas à mes complices , je le répète encore; mah la satisfaction que je demande à la cour , c'est de savoir qu'elle est satisfaite, et qu'on se dit : Tout ce que vous avez dit a été prouvé; la cour, la patrie, la nation le saura. Et moi , qu'estce qu'il me reste à faire? Aniès la nature, Dieu créa l'homme. et il lui dit : Faible ouvrage de mes mains, je te donne la vie et pourtant je ne te dois rien , mais prends garde à Dieu.
Quant à ma carrière orageuse , mes défenseurs vous ont parlé des condamnations que j'ai encourues. Vous connaissez mes actions aussi bien que moi. J'ai trouvé sur mon chemin deux embranchemens , j'ai pris le mauvais ; c'est cela qui m'entraîne dans quarante -huit heures à l'échafaud. Lorsque vous aurez signé ma sentence , je la supporterai avec courage. Je connais mon crime et je mendie la vie, la grâce de mes complices. Ce vieillard qui est là , il est plus à plaindre. Pépin , je veux l'anéaulir , il ne pourra plus lever la tête. Pépin . dans les affaires de juin, s'était fait un nom dans la classe ouyrière, car ce n'est pas son courage. Je veux lui rendre justice j sa maison a été criblée de balles j mais je n'ai pas la conviction que lui les a appelées, parce que j'ai vu que lui et la peur ne se sont jamais quittés. (On rit.)
Pépin est bien heureux d'avoir eu un père qui est venu au monde avant lui, qui lui a donné quelques sous. TJn ouvrier
fainéant qui est patriote, républicain, droit de l'homme il
voitqu'on le soulage, qu'on lui donne de l'argent Voilà
comment Pépin s'était fait un nom Il ei;t décoré de Juillet. Que le d , que le bon Dieu me punisse (je voulais dire
un mauvais mol), s'il est allé aux barricades, il n'y a pas de danger.
Pépin est là j je mendie la grâce pour mes deux complices, Boircau n'est pas mon complice. Vous le verriez dehors , que Pépin baisserait la tête ; il vous dira : Fieschi a dit la vérité , avant que je sois exécuté. Moi je ne mendierai ma vie à personne: il est temps. Je ne tiens pas au nombre de cinquante, de de quatre ou de dix, un seul suflit. Moi, je vois que je ne serai plus heureux sur la terre. Arrive la liberté , elle ne m'est pas dne ; je suis un grand coupable, ma tête seule suflira. J*ai toujours regardé la m^rt comme uaa loi géudralc. QuaaJ la naluru
Dous crée, elle ne nous dit pas : Tu vivras long-temps; elle ne fixe pas de terme ; elle est maîtresse de nous ravir, quand elle voudra, de ce monde.
MM. les pairs , j'ai dit la v^JÎté 3 je ne demande pas d'autre satisfaction que d'entendre qu'on en est convaincu quand on me lira ma sentence 3 je l'attends bientôt j je désire qu'elle soit dans vingt- quatre heures. Je veux que l'on me dise : Vous avez dit la vdrité, mais vous serez condamné à la peine capitale.
On a dit que j'étais lâche, que je n'avais pas de coujagc^que j'ai fait des révélations dans l'espoir de me sauver la vie. Vous, M. le président, je vous prends à témoin , vous ai-je jamais mendié la vie? Rendez moi justice. Et M. Ladvocat , qu'il le dise; ai-je demandé à quelqu'un la grâce? SI quelqu'un était venu me proposer de la demander pour moi, je l'aurais prié de rester chez lui; ça a été un système; il n'y a qu'une personne à qui j'en ai donné Tespoir; c'est Nina. Cette enfant, attriezvous voulu que je l'eusse découragée. Je lui ai dit : Prends patience; tous les agneaux ne sont pas destinés pour que les loups les mangent.
Fuis j'ai dit : moi je suis un grand coupable... Il me reste deux mots à dire, je vous prie de m'eiltendre encore cinq minutes... Le crime que j'ai commis... Je ne suis pas digne de prononcer un nom celui de S. M. Les Français aiment l'homme qui est courageux. S. M. a du courage. Je l'estime comme j*ai estimé Napoléon... Elle m'a donné un exemple; elle ne s'est pas plus dérangée qu'après une décharge de mousqueterîe, rien du tout. Ses enfans couvraient son corps; S. M. a eu le courage de retourner sur ses pas , sur le terrain qui était ensanglanté par les mains de l'assassin... que c'est moi. Aussi on crie des vive le roi! aussi les puissances étrangères que diront-elles? Mais le roi des Français saura , s'il le faut, se mettre à la tête de ses armées; il adonné exemple à ses enfans... Voilà, mes enfans, à quoi est exposée une couronne. Les Français aiment beaucoup Napoléon , ils l'ont aimé. Les napoléonîstes se sont réunis au gouvernement actuel, parce que c'est le drapeau national.
Moi, comme je ne peux pas être heureux , je ne mendie que la vie de mes deux complices , ce bon vieillard et celui-là qui n'est pas à craindre. Après, ils vous diront la vérité, et puis vous direz: Nous avons condamné Fieschi, il méritait la mort. Je ne réclame rien que de passer à la postérité. J'irai, j'y serai bienheureux. Je n'ai plus rien à dire, j'attends l'arrêt, et je suis prêt à monter à l'échafaud. Je marcherai d'un pas accéléré, je ne tournerai pas ma tête; je monterai à l'échafaud, où le glaive me la tranchera .
Je me recommanderai à Dieu. J'ai fait ma confession politi-
que aujourd'hui, avant de mourir je ferai ma confession reli'gicuse, parce que je ne suis pas un païen.
Je n'ai plus rien à dire.
Le président. — Accusé Morey, n'avez-vous rien à ajouter à ce qu'a dit pour vous votre défenseur?
M. le grcilier-ad joint de ia Chauvinière transmet la réponse suivante de l'accusé Morey :
« Je n'ai rien à ajouter à ce qu'a dit mon défenseur; je proteste jnsqu'à la fin de mon entière innocence.
Lb PRESIDENT. — Pcpin, avcz-vous quelque chose à dire pour votre défense ?
Pépin. -- Non, M. le président, rien que de protester de mon innocence.
Le président. — Boireau, ayez- vous quelque chose à ajouter pour votre défense?
BoiREAu. — Oui, M. le président.
Je croirais manquer à mon devoir si je ne commençais par rendre hommage au zèle de mon défenseur. Je supplierai ensuite la cour de se montrer indulgente à mon égard.
Je ne me trouve ici que pour avoir fréquenté ces sociétés pernicieuses qui sont la perte de la jeunesse. La cour se dira : Boireau est jeune encore; il peut faire oublier ses erreurs. J'espère donc que votre juridiction n'inscrira pas sur ses tablettes le nom du malheureux Boireau.
Le PRESIDENT. — L'autre jour je vous avais annoncé que je comptais vous faire des questions à la fin de la séance 5 je ne l'ai pas fait pour ne pas interrompre le cours des plaidoieries , et afin que vous entendissiez avant votre défense entière. Voyez vous-même si vous n'avez rien à ajouter à tout ce que vous avez dit ^ votre défenseur a fait valoir le mérite de vos premiers aveux ; n'en auriez- vous pas de nouveau que la cour pourrait entendre?
Boireau. — Quel que soit mon malheureux avenir, je vais dire tout ce que je puis savoir sur le complot de Neuilly.
Un jour, c'était, je crois, au milieu de la semaine, le jeudi ou le vendredi , un de mes anciens amis , Husson , passa rue Neuve-des-Pelits-Chamj.s ; j'étais sur la porte du magasin de M. Vernert; il y avait fort long-temps que je ne l'avais vu , parce que nous étions lâchés ensemble. Husson me souhaite le bonjour j il me demande si j'avais des armes. Pourquoi? lui dis je ; il me répondit qu'il devait y avoir du bruit avant peu j qu'il se rendait place Louis XV , où plusieurs de ses amis l'attendaient. II allait m'en dire davantage, mais M. Vernert, sortant en ce moment , m'empêcha d'en savoir davantage.
Quelques jours après , étant à diner rue Traversière-Saint- Honoré, je lus sur le Messager que cinq individus avaient été
âirélés pour avoir formé un complot contre la yie du roi. Husson était du nombre.
Quinze jours après environ , je ne me rappelle pas l'époque précise , je me trouvais sur le boulevard^ j allais trouver un jiommé Audrouinc . jeune homme de La Flèche, qui est peintre et démon âge, lorsque je rencontrai Dulac , qui m'annonça que Husson était arrêté. Il me conta pourquoi ; je lui di> que je l'avais appris par le journal. Il me demanda où j'irais le soir; je lui dis que j'allais trouver un de mes amis avec lequel je devais diner. Il vint avec moi. Nous avons pris de la bière dans le faubourg Saint-Martin , dans un estaminet qui esta droite en entrant. Dulac me demanda si je voulais aller le trouver le soir dans un restaurant à Belleville, chez Rossignol. J'y suis allé j c'est là que je devais diner avec mon ami. Il était environ huit heures et demie neuf heures quand j'ai quitté Audrouine, et que je suis allé chez Rossignol.
Dulac m'avait dit de demander Deslongs , que je vis ; j'y trouvai trois autres individus, au nombre desquels était Dulac; plus, deux ou trois femmes avec leurs enfans. Ils ont parlé de l'affaire de Neuilly ^ ils ont dit que Husson était arrêté, et ont demandé si nous ne pouvions pas faire quelque chose pour luL Mais, quoique je ne le connusse pas, j'ai donné une pièce de trente sous pour lui.
Voilà tout ce que j'ai à dire, tout ce que j'ai su.
Le PRESIDENT. — Quels sont ceux avec lesquels vous étiez bien ami ?
R. J'avais souvent entendu parler de Deslongs et de Dulac.
Le PRESIDENT. — Et les quatre qui étaient vos amis ? Il est diiïïcile que vous ne vous souveniez pas de leurs noms?
R. Je ne me les rappelle pas.
Le pbesidekt. — N'y avait-il pas un brocanteur ?
R. Oui, monsieur le président; c'est Deslongs.
Le PRESIDENT. — Vous n'avcz pas autre chose à dire ?
R. Non, M. le président.
Le PRESIDENT. — Avez-vous su de quelles armes on devait se servir pour commettre l'assassinat de Neuilly ?
R. Non, M. le président. Je n'ai point vu d'armes à Husson. Il était vêtu d'une blouse quand je lui ai parlé à la porte du magasin de M. Vernert
Le PRESIDENT — Vous u'avcz rien de plus à dire ?
R. Je n'ai rien de plus à ajouter. Ce que je vous ai dit est la pure vérité.
Le PRESIDENT. — Bescher , vous n'avez rien à ajouter pour votre défense ?
Bescher. — Non , monsieur, . , .
Le PRESIDENT. — Les conseils des accusés n'ont rien a ajou-
M* PABQriN. — Nous prierons seulement la cour de ne pas attacher à quelques-unes des paroles de Fieschi l'effet qu'H voudrait y attacher lui-raéme. La cour probablement cberchera les motifs de sa détermination ailleurs que dans le désir tant de fois exprime par cet accusé.
Le PRESIDENT. — Les défenseurs n'ont pas autre chose à dire ?
( Tous les défenseurs font un signe négatif, )
Les débats sont clos. On va faire retirer les accusés , et la cour va entrer pour délibérer dans la chambre du conseil.
(L'audience publique est levée à quatre heures et demie.)
DIX-SEFTISME AUDIEIffCE. — 15 F£VRX£R-
SoMMAiRE. — Arrêt.
A huit heures du soir, l'aulicnce devient publique.
Les journalistes avaient été prévenus par les soins de M. le gi and-rélérendaire.
Les personnes porteurs de billets pour cette séance remplissent les tribunes , et à dix heures l'accès de la salle est aussi livré au public , qui se pressait depuis long-temps aux portes du palais.
A dix heures vingt minutes, la cour entre en audience.
M. le greffier en chef fait l'appel nominal de MM. les pairs.
M. le pré<»i lent piononce, au milieu du plus profond silence, l'arrêt dont la teneur suit :
La cour des pairs ,
Vu l'arrêt du 19 novembre dernier , ensemble l'acte d'accusation dressé en conséquence contre
Fieschi (Joseph) , Morcy (^Pierre), Pcpîn (Pierre- ïhéodorc- Florcntin), Boireau (VicLor), Beichcr (Tell) ,•
Oui les témoins en leurs dépositions et coufrontaticms avec les accusés 3
Oui le procureur-général du roi en ses dires et réquisitions , lesquelles réquisitions ont été par lui déposées sur le bureau de la cour.,
Après avoir entendu Fieschi et M*» Patorni , Parquin et Chaix-d'Est-Ange ses défenseurs 3 Morey et JVP Dupont son défenseur; Pépin ctM* Marie ctPhilippLiDupin, ses défenseurs; Boireau et M* Paillet son défenseur; Bcscher et >lc Fabre soo défenseur dans leurs moyens de défense,
Et après en avoir délibéré :
En ce qui concerne Fieschi (Joseph) ,
Attendu qu'il est convaincu d'avoir, le 28 juillet dernier, commis, à l'aide d'explosion d'armes à feu, un attentat contre la personne et la vie du Roi et de plusieurs membres de la hmille royale ;
Qu'il s'est en outre, par le même acte, et avec prërae'ditation et de guet-apens, rendu coupable :
jo D'homicide volontaire sur la personne du maréchal duc de Trévise, duge'néral Lâchasse de Ve'rigny , du colonel Raffé, du comte Villate , du lieutenant-colonel Rieussec , des sieurs Léger j, Ricard, Prudhorame, Benetter, Inglar, Ardoins Labrousse , Leclerc , des dames Briosne , Ledhernez , Lagoré , des demoiselles Rémi et Alizon -,
'iP De tentative d'homicide volontaire sur la personne du général comte de Colbert , du général baron Brayer, du général Pelet, du général Heymès , du général Biein, des sieurs Chamarande, Marfon , Gozet, Chauvin, Royer, Vidal, Delépine, Ledhernez, Amaury, Bonnet, Baraton, Roussel, Frachebond, de la veuve Ardoins, de la dame Ledhernez de Méry, et de la demoiselle François; ladite 'tentative ayant les caractères déterminés par Tart. 2 du code pénal ;
En ce qui touche :
Morey (Pierre) , Pépin (Pierre-Théodorc-Florentin) ;
Attendu qu'ils sont convaincus de s'ttre rendus complices des crimes ci-dessus spécifiés ,
lo En concertant et arrêtant entre eux, et avec l'auteur de Tattentat, la résolution de le commettre, laquelle résolution a été suivie d'actes commis pour en procurer l'exécution ^
20 En donnant des instructions pour commettre lediJ: attentat, en y provoquant par dons, machinations et artifices coupables , en procurant des armes et autres moyens ayant servi à le commettre , sachant qu'ils devaient y servir, et en ayant, avec connaissance , aide et assisté l'auteur de l'action dans les faits qui l'ont préparée , facilitée et consommée.
En ce qui concerne :
Boireau (Victor) ;
Attendu qu'il est convaincu de s'être rendu complice des mêmes crimes, en ayant, avec connaissance, aidé et assisté l'auteur de Taetion dans les faits qui l'ont préparée et facilitée.
En ce qui concerne Bescher (Tell) attendu qu'il ne résulte des débats aucune charge qui établisse qu'il se soit rendu coupable comme auteur ou comme complice des crimes ci-dessus qualifiés,
Déclare Bescher (Tell) acquitté de l'accusation portée coctre lui,
Ordonne qu'il sera mis sur-le-champ en liberté s'il n'est retenu pour autre cause ^
Déclare Fie^cbi (Joseph) coupable, i* d'attentat contre la personne et la vie du roi et contre celle de plusieurs mennbres de. la famille royale;
iQ P'homicide volontaire commis avec préme'dilation et guet^ape<2« swr la personne du maréchal duc de Trévise, du général louchasse de Vérigny, du colonel Raffé , du comte ViUatte, du lieutenant-colonel Rieussec, des sieurs Léger, Ricard, Prudhorame, Penetter, Inglar, Ardoins, Labrouste, L^qiercj dfs dames Briosne , Ledherpez, Lagoréj des demoiselles Rémi çt Alizon;
5° De tentative d homicide volontaire sur la personne du général baron Brayer, du général comte de Colbert, du général Pelet, du général Heymès, du général Biein , des sieurs Chamarande, M4rion,Gorey, Chauvin, Royer, Vidal, Delépine , Ledhernez, Amaury, Bonnet, Baraton, Roussel, Frachebondj de la veuve Ardoin, de la dame Ledhernez de Méry et de la d^JWftiselle Françoisj ladite tentative ayant les caractères déterminas par l'article 2 du code pénal ;
ï)éclare Morey (Pierre) et Pépin (Pierre -Théodore- Floren- • t,in), coupables de complicité des mêmes crimes, lesdits crimes prévins par les articles 86, paragraphes i et 2., 88, 295, 296 et 5o2 du code pénal.
Vu le* art. 7, 12 , i5 , 20, si8 , 29 , 56 et 47 du Code pénal, .
Condamne Joseph Fieschi à la peine du parricide ;
QvdocvDe qu'il sera conduit sur le lieu de l'exécution en chemise, nu-pieds et la tête couverte d'un voile noir, qu'il sera exposé sur l'échafaud pendant que l'huissier fera au peuple lecture de l'arrêt de condamnation , et qu il sera immédiatement exécuté à mort ;
Condamne Pierre Morey et Pierre-Théodore-Fiorentin Pe* pip à la peine de mort ;
(inindamne Victor Boireau à la peine de vingt ans de déten-
Condamne Fieschi, IMorey, Pépin et Boireau solidairement aux frais du procès , desquels frais la liquidation sera faite conformémeot à la loi, tant pour la portion qui doit être sup*
Ï>ortée par les condamnés que pour celle qui doit demeurer à a charge de l'état ;
Ordonne, conformément à rarlicle 47 thi Co le pénal, qu'après l'expiratiou de sa peine, Boireau sera pendant toute sa vie , sous la surveillance de la haute police ;
Ordonne que le présent arrêt sera exécuté à la diligence du p^oc^reur-général du roi, imprimé, publié etalHché partout
où besoin sera; et qu'il sera la et notifié aux accusés par le greffier en chef de la cour.
Fait et prononcé le lundi i5 février i856, à l'audience publique de la cour, où étaient présens :
MM. le président, le duc de Mortemart , le duc de Vaîentinois, le duc de Choiseul , le duc de Montmorency, le duc de Maillé, le duc de La Force , le maréchal duc de Reggio. le marquis de Jaucourt , le comte Klein, le comte Lemercier, le ' marquis de Sémonville, le duc de Castries, le duc de Brissac, le marquis d'Aligre, le duc de Caraman, le marquis de Biron, le marquis de La Guiche, le comte d'ïJaussonville, le marquis de Louvois, le comte Mole, le marquis de Mafhan , le comte Ricard, le baron Séguier^ le marquis de Talaru, le marquis de Vérac, le comte de Noé^ le duc de Massa, le duc Decazes, le comte Beker, le comte Raymond de Bérenger, le comte Clapârède, le marquis de Dampierre, le vicomte d'Houdetot, le baron Mounier, le comte Mollien , le comte de Pontécoulant , le comte Reille , le comte Rampon , le comte de Sparre, le marquis de Talliou'^t, famiral comte Truguet , le vice-amiral comte Verhuell, le comte de Germiny, le comte d'HunoIstein, le comte de La Villegontier, le baron Dubreton, le comte de Bastard, le marquis de Pange, le comte Portalis , le duc de Grillon , le duc de Coigny, le comte Siméon , le comte Roj^. le comte de Vaudreuil , le comte de Saint-Priest , le comte de Tascher, le maréchal comte Molitor, le comte deBourdesoulIe, le comte Guilleminot, le comte Chabrol de Crousol , le comte d'Haubersaert , le comte de Courtavel, le comte d'Ambrugeac, le comte Dejean, le comte de Richebourg, le duc de Plaisance, le vicomte Dode, le vicomte Duboucliage, le comte Davous , le comte de Moatalivet, le duc de Brancas, le comte de Sussy, le comte Gholet, le comte de Boissy d'Anglas, le duc de Montebello , le duc de Noailles , le comte Lanjuinais , le marquis de Laplace, le ducdeLarochefoucauld, le comte Glément de Ris, le vicomte de Ségur-Lamoignon , le comte Abrial , le marquis de Lauriston , le duc de Périgord, le marquis de Grillon , le comte de Ségur, le duc de Richelieu , le marquis de Barthélémy, le marquis d'Aux , le duc de Crussol, le duc deBassano, le comte de Bondy, le baron Davillier , le comte Gilbert de Voisins, b président Lepoitevio, le comte de Turenne, le prince de Beauveau, le comte d'Anthouard , le comte Dumas, le comte de Caffarelli , le comte d'Erlon, le comte Exelmans, le comte de Flahaut^ le vice-amiral comte Jacob, le comtePajol, le vicomte Rogniat^, le comte Philippe de Ségur, le comte Perregaux , le duc de Grammont Caderousse, le barou de Lasc3urs , le comte Roguet , le comte de La Rochefoucauld, Girod (de TAin). le barou Athalin , Aubernon^ Bertin
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de Vaux, Bessou, lé président Boyer, le vicomte de Caux, Cousin, le comte Desroys, Devaines, le comte Dutailiis , le duc de Fezensac, Gauthier, le comte lïeudclet, Humblot Conte, le baron Louis, le baron Maloiiet, le comte de Montguyon , le comte de Montlosier, le comte d'Ornano , le chevalier Rousseau, le baron Sylvestre de Sacy, Tripier, le comte de Turgof, Villemain , le baion Zangiacomi , le comte de Ilam, le baroQ de Mareuil, le comte de Bérenger, le baron Berthezène , le comte Guéhéneuc, le comte de Lagrange, le, comte de Nicolaï, le président Félix Faure, le comte de Labritte. le comte de Baudrand, le baron Neigre, le maréchal comte Gérard, le baron lïaxo, le baron Saint-Cyr-Niigues , le baron Lallemand, le comte Reinhard , le maréchal comte de Lobau , le baron de Reinach, Barthe, le comte d'Astorg, Baillot, le baron Bernard. L'audience est levée à dix heures et demie.
Le î6 février, à huit heures et demie du matin, le grelTier en chef de la cour des pairs, M. Cauchy, accompagné de son adjoint et de l'inspecteur-géndral des prisons, s'est transporté à la prison du Luxembourg, et a donné successivement à chacun des cinq accusés lecture de Tarrét de la cour des pairs. Bescher, déclaré non coupable, a été mis immédiatement en liberté (i).
EXÉCUTIOÎJ D£ FIESCIir, DE MOREY ET DE PEriN.
L'exécution des trois condamnés à mort avait été fixée définitivement au 19 février, à huit heures du matin. Fieschi Morey et Pépin avaient été prévenu la veille.
Le 19 , à sept heures précises, l'exécuteur et ses aides , au nombre de neuf, se sont présentés ù la prison du Luxembourg et ont exhibé l'ordre d'exécution à M. le directeur, qui les a immédiatement fait conduire dans la salle où devaient se faire les derniers préparatifs. >(ql»î. Jn./i; tui;..
Les condamnés y furent bientôt amenés; on procédai la funèbre cérémonie connue sous le nom de toilctie des condamnés. Pendant ces lugubres apprêts Fieschi a montré beaucoup d'assurance , et n'a pas cessé de causer avec ceux qui
(1) La mauiore dont les accusés ont accueilli l'arriHUelaCour des Pairs, ce qu'ils ont fait etdiipciiduni l>'<ir<.:^ lours qui se sont écoulés entre la notification de Tarrèt et son cxécuiion, les 1 u les aveux faits, dit-on, par Pépin, après su condanuia-
lion, toutes ces cii nit donné lieu ù une foule de versions diflérentes, sou
vent mCiîKMonliaMKimi. > l.e gouvernement a fait annoncer quil publierait divers document sur lesaveuxdo Pepiuetsur lesinoiifsqui ont fait rejeter ics demandes en «race. Dans celle situation, ei ne voulant faite entrer dans noire relation (|uedes faits vrais, nous croyoï.silrvoir nous taire sur toutes ces circonstances. Toutefois, si lesdoçutnens annoncer par le gouvernement sont importans, et si les faits dont l'aullienticitéiiesera pas douiouse. présentent de l'intérêt, nouii les publierons prochnlnement dansun #///7;/<///(/// de quelques feinlles.
30 février 1830. (Note de l'édllcur.
Ml. %C)
l'encouraient. Il a demandé pourquoi M. Ladvocat n'était pas venu, et a pris à témoin tous les assistans qu'il léguait « sa lêtc à M. Ladvocat, son âme à Dieu et son corps à la terre.»
Pépin et Morey se sont tranquillement laissé faire , Morey avec ce calme stoique qui ne s'est pas un moment démenti , et Pépin avec une résignation et un courage qu'on n'attendait pas 'de lui.
Après la toilette , à sept heures et demie précises , a eu lieu le départ du Luxembourg 5 les trois condamnés sont sortis à pied de la prison par le chemin de ^ronde. Une redingote bleue était jetée sur les épaules de Fieschi 5 Pépin portait une redingote jaune , sa tête était couverte d'une casquette grise ; il conservait sa pipe à la bouche. Ils sont arrivés dans la cour de l'Orangerie où les attendaient trois des voitures destinées ordinairement au transport des prisonniers ; ils y sont montés séparément , assistés chacun de leurs confesseurs, l'abbé Grivel pour Fieschi , l'abbé Montes pour Morey, et l'abbé Gallard pour Pépin, d'un aide de l'exécuteur et d'un gendarme. Morey était soutenu ^sous les bras par deux aides ; « Je suis fâché d'être si faible , dit-il, on croira que j'ai peur. Ce n'est pas le courage qui me manque, ce sont les jambes.))
A sept heures et demie le funèbre cortège , escorté par un peloton de gendarmes et de gardes municipaux, se mit en marche et traversa le Luxembourg pour se rendre au lieu du supplice par l'allée de l'Observatoire j il prit ensuite la direction des boulevards.
Les trois voitures étaient accompagnées de deux fiacres, occupés , l'un par le grelfier en chet de la cour des pairs, par un huissier et par M. Zangiacomi , juge d'instruction, envoyé pour recevoir au besoin les révélations que les accusés voudraient faire au dernier moment j l'autre par l'exécuteur et ses aides.
L'autorité avait déployé upe force imposante, il y avait sous les armes six mille deux cents hommes, non compris les nombreux agens de police et les sergens de ville qui veillaient à ce que les curieux ne pussent traverser la route où devaient passer les patiens. Dès la veille au soir l'échafaud avait été dressé.
A huit heures quelques minutes, les voitures arrivèrent au rond-point de la barrière Saint- Jacques, lieu fixé pour l'exécution 3 les trois condamnés en descendirent, avec le même calme et la même attitude qu'ils avaient conservés durant les pré paratifs subis à la prison.
X-è commissaire Vassal qui avait reçu une mission ad hoc, s'approche de Pépin et de son confesseur et dit : « M. Pépin » vous touchez au moment suprême, vous n'avez plus d'inté-
4o3 » rêuà ménager, vous devez donc lave'rité tout entière ; votre V confesseur a dû vous engager à la dire, s'il vous reste des réji ve'lations à faire, on est prêta vous entendre. »
Pépin avec une assurance qui ne s'est pas un instant démentie , répond : « Je n'ai rien à ajouter aux dépositions que j'ai » faites. J ai dit tout ce que j'avais à dire. Je meurs innocent , » victime d'infâmes machinatiops ^ je recomniande ma femme » et mes enfans. »
Alors le patient s'étant avancé jusqu'au pied de l'échafaud , M. Vassal lui dit de nouveau : « Il en est temps encore, si vous "« avez des déclarations à faire , vous le pouvez , dès lors il Sera )) sursis à l'exécution en ce qui vous concerne. »
Pépin relevant la tête avec une sorte d'orgueil , réj^ond de nouveau : « Non , monsieur , je n'ai rien de plus à dire que ce » que j'ai dit. »
Ces derniers mots prononcés. Pépin embrasse l'abbé Gallard avec effusion, baise le crucifix, et lève les yeux au ciel , en disant d'une voix forte : « Je demande pardon à Dieu , mille fois » pardon. » Puis il gravit les derniers degrés, et arrivé sur l'échafaud , il laisse tomber un dernier regard sur le public avec ces paroles : «Adieu, messieurs, je suis innocent , je meurs » victime, adieu ! ! !» Une seconde après il n'était plus.
C'était le tour de Morey; comme Pépin il embrasse son confesseur , et il se livre aux quatre aides , qui le portent sur l'échafaud. Lorsqu'un des aides lui ôte son bonnet de soie noire , la vue de ce vieillard aux cheveux blanchis par l'âge , inspire à tous les assistans un sentiment de compassion , dont l'expression se manifeste par une sourde rumeur. Mais la rapidité de l'exécution a bien vite emporlé ce sentiment.
Pendant ces deux exécutions Fieschi n'avait cessé de' s'entretenir avec ceux qui l'entouraient. Il parlait encore lorsqu'un des aides lui mit la main sur l'épaule, comme pour lui indiquer que son instant fatal était arrivé. Accompagné de son confesseur, qu'il avait prié de ne le quitter que le plus près possible de l'éternité, Fieschi s'avance sans hésiter, il monte les degrés avec une rapidité extraordinaire, se pose sur l'échafaud, en prenant l'attitude d'tm orateur, et d'une voix forte il piononeeces mots : «Je vais paraître devant Dieu, j'ai » rendu service à mon pays en sigtialant mes complices ; j'ai M dit la vérité, point de mensonges; j'en prends le ciel à té- » moin , je meurs content. Je demande pardon à Dieu et » aux hommes , mais surtout à Dieu ! je regrette plus mes » victimes que ma vie! » cela dit, il se retourne vivement, et se livre à l'exécuteur I
A 7 heures 51 minutes le cortège était arrivé à l'échafaud , et cinq minutes après le triple supplice était consommé.
Fin DU TOME TR0IS1£M£ ET DEBJflER.