‹ Procès de Fieschi et de ses complices, devant la Cour des pairs, précédé des faits préliminaires et de l'acte d'accusationChapitre 10 sur 14 · Non, que je sache · texte numérisé non relu

Non, que je sache

D. Connaissez-vous Nolland et Veyron? Vous êtes vous quelquefois rencontré avec eux chez Morey ou ailleurs ?

fl. Je n'ai jamais connu Nolland; je n'ai jamais vu Veyron ehez Morey. Cependant cette question me fait rappeler que je vis Veyron à la Force, lorsque j'y fus voir Henri Leconle; du moins on me moutra un individu pour tel. Je l'ai vu aussi dans l'association de l'Education libre du peuple; jamais autre part.

D. Vos liaisons avec Morey paraissent avoir été fort intimes?

Pi. Je conna'ssiis Morey lorsque j'habitais le la®, en ce qu'il m'avait fait l'effet d'un homme âgé.... comme ça.... d'un assez bon diable, et il vint me voir plusieurs fois.

D. Vous souvenez-vous d'une partie de campagne ou d'un voyage que vous auriez fait avec Morey peu de temps avant l'exécution de l'attentat?

R. Non, je n'ai pas fait'de voyage avec Morey.

D. Vous avezenten lu hier oe que Fieschi a dit à cet égard: il a dit que vous aviez fait une absence de Paris, et que Morey vous am*ait accompagné dans votre voyage; il a ajouté qu'il en avait acquis la certitude, je crois, de Morey lui-même?

R. Fieschi a fait une erreur. J'ai fait, en effet, un voyage dans le mois de juillet, mais c'était pour voir ma famille. J'ai passé en effet huit jours près de l'un de mes beaux-fi-ères, dans une petite commune à trente lieues environ de Paris, commune dans laquelle mon père a été tant maire qu'adjoint pen-. dant environ trente années. De là, je fus à Laon, où je restai environ... je ne puis vous préciser, à peu près le même temps. Bref, je descendis chez le commandant de la garde nationale à cheval de l'arrondissement, négociant et conseiller municipal. Je passai tout mon temps avec deux conseillers municipaux et un négociant, gens fort honorables de la ville, et je rentrai à Paris. Quelques-uns de ces messieurs retinrent même mes effets afin de me retenir plus long-temps auprès d'eux, et mou retour fut retardé de deux ou trois jours.

Le presidekt. — Morey , vous rappelez- vous avoir accom-

tit

pagne Pépin dans un voyage qu^il a fait dans le courant do juillet?

MoREY. — Je n'ai pas connaissance de cela, au moins je ne me le rappelle pas.

Le PRESIDENT. — Fieschi, persistez-vous dans ce que vous avez dit à cet e'gard ?

Fjeschi. — J'ai dit que lorsque Pépin e'tait parti pour ce voyage, Morey l'avait accompagné, mais seulement au moment du départ; et c'est une faute de mon langage, si j'ai fait entendre que Morey avait terminé ce voyage avec Pépin : j'ai dit seulement que Morey lui avait fait la conduite des compagnons; or, les compagnons vont à un quart de lieue.

Je reviens sur la protestation relative au service de la gardenationale :

M. Fauveau, avocat, qui faisait ordinairement les affaires de M. Pépin (du moins s'il ne les faisait pas, je le voyais souvent chez lui), a vu le modèle de la protestation qu'on lui montiait pour vérifier s'il était bien. M. Fauveau, comme avocat et homme d'honneur, dira^ je pense, la vérité, si M. le président J'interrogej s'il ne veut pas la dire..., il fera comme il voudra.

Le PRESIDENT. — Vous avcz dit hier que, dans votre pensée, Pépin aurait fait un voyage pour visiter ses compagnons, des hommes aussi exaltés que luij et pour les disposer aux événcmens qui se préparaient. Persistez-vous dans cette pensée ? De plus , je profiterai de l'occasion pour vous demander si vous n'auriez pas encore quelques renseignemens à donner au sujet des actes qui devaient suivre l'exécution de l'attentat. Vous en avez parlé en termes qui ont beaucoup d'importance , et c'est pour cela que je vous engage à vous expliquer encore à cet égard si vous avez quelque chose à ajouter. Ainsi , dans votre déclaration d'hier, vous avez dit:

« Morey me dit: Un instant! lorsque nous serons les vainqueurs, que ferons-nous? Je répliquai : Vous vous arrangerez comme vous voudrez; mais avons avons enfilé la route devant nous , le passé n'est plus en notre pouvoir, le présent seul est dans notre domaine, et l'avenir. Dieu le sait.

» Morey ajouta: Une fois que le gouvernement sera renversé , il faut que tout le monde soit heureux. Je vous demande, lui dis-je, si la chose est possible; il y aura toujours des voleurs, des filous, des paresseux, des ivrognes. La nation

sera riche, i éprit Moi'ey, paice qu'à l'égard de tous les hommes qui ont fait leur fortune d'après l'Empire , nous examinerons leur fortune; on leur dira : Tu avais 100,000 fr. tuas gagné 100,000 fr. encore de plus après l'Empire, garde-les ; mais ceux qui auront amassé un million nous leur laisserons 3oo,ooo fr., et le reste sera joint aux biens nationaux. «

Puis vous ajoutiez :

« Revenons à Pépin. Il disait: Ceux qui sont de la monarchie déchue ou de la monarchie actuelle doivent tomber les uns comme les autres. Il faut que leurs têtes roulent dans les rues comme les pavés. Je répondis : Le sang demande le sang; voyez dans mon pays , lorsqu'un homme en a tué un autre, toute la famille prend sa vengeance. Il en sei;a de même dans notre patrie, tout sera dans la confusion. Voilà ce que je dis à Pépin, 3>

Ces deux conversations, rapportées par vous, sont d'une grande importance: elles donnent à connaître, sinon les conséquences politiques, au moins les faits immédiats que vous considériez comme devant résulter de l'exécution de l'attentat. Persistez-vous dans ce que vous avez dit , et avez-vous quelques développemens à donner à votre déclaration ? Est-il à votre connaissance, par exemple, car vous avez prononcé ce mot dans une autre partie de votre interrogatoire, qu'il ait été question de proclamations qui auraient été faites pour être distribuées à la suite de l'attentat, et pour révéler apparemment quel en avait été le but, et quelles devai eot en être les conséquences?

FiESCHi. — C'est à moi que M. le président adresse la parole?

Le pbesident. — Oui.

FiESCHi. — Pour mon compte, je ne cherche pas à blanchir mon affaire j je ne veux pas non plus accuser mes complices plus qu'ils ne doivent l'être. J'ai dit la vérité quand j'ai dit que Morey avait tenu ces propos. Morey ne parlait pas de tran • cher les têtes après avoir été vainqueur, car je lui dis: « Après le combat , plus de victimes ! » Les mots que vous venez de répéter, d'apiès ce que j'ai dit hier, je les aiïirme. de même moralement concernant Pépin.

M. le président donne une nouvelle lecture de la conversa-

tion de Morey et de Fiescbi, et demande de nouveau à celui-ci s'il persiste à dire que Morey a tenu ce langage.

FiEscHi. — Oui.

Le pkesujent. — Vous entendez Morey? Quavez-vous à répondre ?

MoKEY. — Tout ce que Fieschi dlk là est faux; je n'ai pas seulement ouvert la bouche de la moindre des choses.

Le PRESIDENT. — Fieschi, pei'sistez-vous aussi à dire que Pépin a tenu le langage que vous lui prêtez ?

Fieschi. — Je crois avoir dit hier, et je le redis encore, que, d'après ce qu'avait dit Morey et d'après ce que j'avais dit moimême : « Après le combat point de victimes, si nous sommes les vainqueurs », Pépin répondit : Si la race reste, nous conspirerons toujours, et nous ne serons jamais tranquilles. «

Le PRESIDENT. — Vous n'aurcz pas d'autre développemens à donner sur cette partie de votre déposition? Vous n'avez rien à dire sur une pensée générale dont vous auriez eu connaissance, qui aurait été conçue soit par vos complices, soit par d'autres, et qui expliquerait davantage la témérité atroce de l'attentat auquel vous avez été poussé?

fiEscui. — C'est à dire... moi, Morey et Pépin étant ensemble, Morey lui-même le premier dit: « Vous, Pépin, vous serez chargé des proclamations, » parce que c'était le plus savant de nous trois. (On rit.) Il disait qu'il connaissait Raspail et d'autres journalistes, et d'ailleurs il ne fallait pas savoir faire le coup de fusil pour faire des proclamations. Moi , de mon côté, je comptais prendre les armes ; Morey de son côté, n'est pas paresseux non plus... £t voilà comme nous avons répondu.

Le PRESIDENT. — Je reviens au voyage de Pépin. A quelle époque précise a-t-il eu lieu?

Fieschi. — Je pviis me tromper; mais je pense que c'est au commencement de juillet.

Le PRESIDENT. — Asseyez-vous.

Fieschi. — Pas encore, monsieur ! Je n'ai pas en d'abord l'idée que Pépin eût fait ce voyage pour l'affaire de notre attentat. Ce n'est qu'après avoir reçu toute la procédure , après avoir vu que dans les départemens et dans les pays étrangers on avait connaissance de notre affaire. Certes, je ne dors pas beaucoup, ni«i; je suis toujours préoccupé j mais je ne suis pas

toujours été préoccupé; mais n'importe... alors je me dis: Pépin a fait ce voyage pour avertir le parti, pour faire acheter de la poudre et des fusils; car, supposons la famille détruite. la garnison étant seule sous les armes, il n'était pas si facile de renverser un gouvernement... Voilà mes vues à moi: je suis à moitié tacticien , et je sais comment on attaque un parti. (Bruit.)

Pf-i'iif. — Il y n erreur dans ce que dit Fieschi : si on veut des renseignemens sur le voyage que j'ai fait, M. le président pourra en faire prendre. Ainsi que je l'ai dit, mon temps a été employé avec les messieurs que j'ai désignés , et qui sont à la fois, je le crois du moins, avoués et conseillers municipaux. L'un d'eux a un frère qui a échoué dans sa candidature comme député de Vervins, Ce fut le maire de Soissons qui fut élu à la place de ce frère ou beau-frère. Voilà les personnes que je vis.

Le PREsmENT. — Le 27 juillet, ne vous êtes-vous pas présenté chez le commissaire de police de votre quartier , et ne lui avez-vous pas dit que vous craigniez , à cause de vos antécédens bien connus, d'être victime de quelque violence le jour de la i-evue, et que vous aviez tout à redouter de l'exaspération de la garde nationale 7

R. Le fait est vrai; mais ce n'est pas ce motif que j'ai allégué chez le commissaire. Deux peintres furent arrêtés chi z moi quelque temps avant cet événement; ces peintres travaillaient à ma maison, et cette arrestation fit un peu de bruit dans mon voisinage. On fît courir divers bruits ; on dit que j'avais été arrêté avec eux; d'autres dirent que je devais l'être. L'un des deux peintres resta environ deux heures au poste; l'autre fut conduit à la pi'éfecture et y resta vingt-quatre heures. J'étais un peu inquiet de cette arrestation , en ce sens qu'étant en train de faire peindre mon magasin , l'ouvrage avait risqué d'être suspendu et moi d'être dans l'embarras. Je fis donc quelques démarches, et je vins chez le commissaire. D'ailleurs, les faits ont été expliqués chez le commissaire. L'un des deux peintres resta environ vingt-quatre heures au dépôt de la Conciergerie. Dans sa conduite, les gardes municipaux, m'at-il dit , lui dirent, en prenant un verre de vin avec lui, que ma maison était mal placée en raison des événemens de juin ; que sit arrivait encore quelques troubles, il pourrait s'ensuivre

ia5 qu'elle serait une des premières envahies. Je fis alors une démarche chez M. le commissaire de police Jacquemin pour lui demander des explications sur ce fait. Il me répondit nu il n'y avait aucun danger, que je pouvais être fort tranquille, qu'il n'y avait pas d'ordres à donner pour moi, et que, d'ailleurs, le poste était tout près de chez moi. Voilà ce qui a été dit chez le commissaire , et je lui dis même le nom des peintres. Je crois avoir répété cela dans mon interrogatoire.

D. Il résulte de votre réponse que le commissaire de police a fait tout ce qu'il était possible de faire pour vous rassurer ; cependant cela n'a pas empêché que le 28 vous êtes dispaju de voire domicile. Vous devez comprendre que votre démarche auprès du commissaire pourrait ressembler à une précaution prise à l'avance pour expliquer votre disparition du lendemain?

R. Je ne sache pas bien si je dois rappeler les malheureux événemens de juin. Je fus victime , en juin 1832 , au sein de ma famille, victime spécialement par deux hommes qui étaient en état d'ivresse; et comme je faillis alors... (Plus haut! on n'entend pas î), j'avais quelques craintes qu'il me fût adresîé quelques reproches chez moi. Il était rare que je m'y trouvasse les jours de revue... Je n'ai pas disparu^ du reste, je fus à mes travaux, rue de Bercy, à mes affaires dans divers quartiers^ je ne me suis pas caché, comme on l'a voulu dire, et pour expliquer que je me suis pas caché, c'est que je crois avoir dit l'endroit où j'avais déjeûné et celui où j'avais dîné. On pourrait savoir des particularités à cet égard. J'ai diné au café des Mille-Colonnes j au Palais-Royal ,• j'allai pour voir les fêtes. Mon chapeau était attaché en face de ma table ; le maître du restaurant le prit , en ce qu'il n'était pas précisément en face de moi, et le rapprocha de ma place, afin qu'il ne fût pas confondu avec les autres. On pourra le faire appeler à cet effet, si la cour le croit utile.

D. Mais je crois devoir vous faire observer que votre absence a été extrêmement prolongée , que si le 28 vous êtes allé diner dans un lieu public, les jours suivans vous vous êtes caché avec beaucoup de soin. Vous pouvez même vous rappeler que , dans un de vos interrogatoires précédens, je vous ai énumëré les lieux divers où vous êtes allé. En premier lieu, c'était chez un négociant qui n'a pas voulu vous recevoir j en ,

suite, chez un de vos païens, et, enfin, vous avez trouvé un asile chez votre beau-frère, chez lequel vous vous êtes caché avec les plus grandes précautions, jusqu'au moment où il vous a lui-même conduit dans une carriole à Lagny. Si, comme vous l'avez dit , vous étiez préoccupé de la crainte de ce qui pouvait se passer le jour de la revue , certainement , quatre jours après, vous ne deviez plus avoir aucun motif de crainte?

R. Avant de répondre à cette question , je prierai la cour d'avoir quelques égcrds pour moi; je suis peu habitué à paraître en public , et il vient de m' échapper , tout à l'heure, un mot que je regrette d'avoir prononcé.. . (Plus haut î plus haut!) Quant à m'être caché, je n'ai jamais cherché à me soustraire à la justice; diverses lettres, d'ailleurs, le firent voir. Je ne sortis de Paris que quand je vis, sur un journal, accusé comme auteur de l'attentat, le nommé Bescher. Je fus alors à Lagny, et je sortis de Paris avec mon beau-frère; mais je ne me suis pas cadié. Au contraire, là où j'étais, je travaillais, je m'occupais, nous avions des affaii'es en commun; tout cela prouve que je ne me suis pas caché aussi secrètement qu'on veut le dire.' D'ailleurs je fus arrêté «i mon domicile; c'est «ncore une autre preuve que je m'occupais de mes intérêts. Je voulus laisser passer comme cela les momens d'efTervesccnce ; puis on m'avait inspiré des craintes. Il y avait aussi des bruits qu'on avait fait courir antérieurement à l'attentat, qui me décidèrent a m'éloigner; on m'avait dit que je serais arrêté...

D. Vous avez dit encore que vous vous étiez décidé à partir, lorsque vous aviez vu la police faire beaucoup d'arrestations, et que des révélations vous avaient informé de l'existence d'un mandat délivré contre vous. Or, le mandat est du 6 août, et if est impossible que vous ayez reçu avis de son existence. Je vous engage, dans votre intérêt, à bien expliquer comment^ vous négociant, ayant une boutique et une fabi-ique aupiès de votre maison de commerce, vous avez pu laisser ainsi de côté le soin de vos affaires, sur une crainte qui lae devait pas être fondée, si vous ne vous sentiez coupable de rien.

R. Je n'ai pas dit précisément que c'était un agent de police qui m'avait prévenu ; je ne me suis pas détaché de mes intérêts, de mes affaires. Je crois pouvoir répondre à celte question qwe la preuve en est que je fus arrêté dans mon domicile. Au sur-

plus, on pourrait appeler le commissaire, je n'ai pas cherché à me sauver; au contraire, \e me suis présenté à lui.

D. Oui, vous avez été arrêté dans votre domicile, mais le 28 août, un mois après l'attentat, vous étiez revenu dans votre maison, non d'une manière patente, non au grand jour, mais pendant la nuit. La police, avertie que vous étiez revenu, vous a fait arrêter. Beaucoup d'indices recueillis en ce moment, ont prouvé que le lendemain vous deviez partir pour aller beaucoup plus loin que la première fois.

R. Quant k cela, je n'ai pas beaucoup d'explications à donner. Quand il y a un mandat d'amener lancé contre vous, on dirige contre vous un homme qui vous a connu ; il se donne comme ami ; vous le croyez votre ami j il cherche à vous emmener au loin, il vous fait des h-ayeurs et vous tombez dans le piège. Mon arrestalioa a été faite dans ce genre-là. La même personne qui me fit arrêter me proposait de m' emmener bien loin.

D. Après votre première aiTestation, vous fûtes interrogé pendant la nuit, puis ramené dans votre domicile. Vous vous évadâtes, et ce n'est qu'après un assez long espace de temps que vous avez pu être saisi de nouveau. Mais avant de vous faire expliquer là-dessus, j'ai oublié de vous adresser une question. Vous s ouvenez-vous d'un déjeûner que vous auriez fait, le i5 ou le 16 août, à Lagoy, chez le sieur Leblanc, et auquel assistaient plusieurs de vos amis et des confidens de votre fuite ?

R. Je Tne rappelle le déjeûner à Lagny. Cela prouverait encore que je ne craignais rien après l'attentat, que je ne me cachais paS; puisque je déjeûnais dans un endroit public.

D. N'a-t-il pas été question à ce déjeûner de l'attentat du 28 juillet, et n'avez -vous pas dit alors que vous connaissiez Fieschi, que vous l'aviez vu plusieurs fois, mais qu'on ne l'appelait alors ni Fieschi ni -Gérard?

R. Je ne me le rappelle pas, je n'ai pas pu tenir ce langage; s'il a été question de cela , ma mémoire ne me fournit rien à cet égard.

D. N'avez-vous pas ajouté que puisque les journaux annonçaient que l'auteur dn crime avait eu des relations avec Morey c'était sans doute un nomn>é Bescher que tous avez vu chez lui et qu'il vous avait amené? N'avez-vous pas dit encoi-e que si Fieschi était l'individu que Morey vous avait présenté, il

ne ressemblait pas aux portraits qu'on en faisait , et pour le prouver, n'avez-vous pas donné le véritable signalement de ce prétendu Bescher que vous aviez vu chez Morey ?

R. Je ne dirai 'pas positivement le contraire; cependant je ne me le rappelle pas.

Le président. Dans vos premiers interrogatoires vous avez nié positivement que vous connaissiez Fieschi, et voilà que plus tard on apprend qu'à Lagny, devant des amis sur lesquels vous cjoyiez pouvoir compter , devant lesquels vous croyiez n"avoir rien à cacher, vous avez déclaré que vous connaissiez Fieschi , qu'on vous l'avait présenté , et que vous i'aviez reçu chez vous sous le nom de Bescher.

R. Je ne crois pas avoir dit que Fieschi m'ait été connu aussi parliculièrcment que cela.

Le président. Les témoins seront entendus sur ce point. Rappelez bien vos souvenirs; ne niez pas inutilement ce qui ensuite pourrait être établi contre vous.

•R. Si j'ai parlé de Bescher comme auteur de l'attentat, cela est possible; si on parla du portrait de l'homme, j'ai pu dire : C'est là son porti'ait;' si c'est cela , il ne ressemble pas beaucoup à Bescher.

Le président. Vous avez dit que vous aviez été arrêté par les soins d'une personne qui vous avait proposé elle-même de vous sauver. Pouvez-vous indiquer cette personne ?

R. Je ne le puis , vous sentez que je n'ai pas de preuves. Je ne parle que par supposition j je ne parle que de la première fois que j'ai été arrêté. Je ne puis nommer cette personne , je m'exposerais à faire une erreur.

D, Avant de recevoir chez vous l'individu que Morey vous avait amené , avez- vous vu cet individu chez Morey ?

R. Je l'avais vu une fois auparavant , je le crois , je ne me le rappelle pas bien positivement, avec Morey ou cliez Morey.

D. Quand Morey vous a présenté cet homme, sous quel nom vous l'a-t-il présenté?

R. Il me dit qu'il se nommait Bescher. Il se peut bien qu'il ait ajouté, pour cela je ne nie pas absolument, que son véritable nom était Fieschi. Comme Fieachi n'est pas un nom français, il est bien possible qu'il se soit échappé de ma mémoire.

Le PRESIDENT. Cela avait une grande iiiiporlance lorsque la première fois il e'tait question d'e'tablir que vous connaissiez Fieschi , que vous aviez su quel e'tait l'homme que vous receviez. Alors vous aviez nié que vous ayez jamais eu la moindre connaissance de Fieschi. Hier vous avez entendu Morey dire qu'il vous avait présenté Fieschi non comme Bescher, mais comme Fieschi , et en vous disant qu'il prenait le nom de Bescher. Ce fait est désormais établi, vous avez reçu Fieschi en sachant que vous receviez Fieschi.

Pépin. Je demande hien pardon , je ne dis pas que Morey m'ait dit cela. Je dis seulement qu'il est bien possible qu'il me l'ait dit. Je n'ai jamais connu Bescher sous le nom de Fieschi.

Le PRÉsmENT.^ Vous êtes en contradiction avec ce que vous venez de dire à l'instant même. Vous avez dit qu'il vous avait présenté Bescher en vous confiant qu'il s'appelait Fieschi.

Ne vous dit-il pas que le prétendu Bescher était uu patriote poursuivi, qui avait besoin de travailler et de se cacher? Ce chanf^ement de nom indique évidemment que vous étiez dans la confidence ?

R. Morey m'a dit hier qu'il m'avait présenté l'individu comme Fieschi j je ne puis dire le conti'airej mais je ne me le rappelle pas. Si je parlais autrement, je trahirais la vérité.

D. A quelle époque vous a-t-on présenté Fieschi?

R. Je ne puis me le rappeler précisément.

D. Ne vous engagea-t-il pas, en vous le présentant, à lui procurer de l'ouvrage i*

R. Morey me recommanda Fieschi comme un homme persécuté pour affaires politiques. Je ne sache pas si c'est Morey ou Fieschi qui m'a dit qu'il était poursuivi pour détention d'armes et de munitions de guerre, lesquelles armes n'avaient pas été saisies chez lui parce qu'il avait été prévenu à temps et qu'il avait fait disparaître ces armes et qu'il s'était absenté. Fieschi me dit qu'il avait été condamné trois fois à nioït pour cause politique sous la lestauration , qu'il avait fait partie de diverses conjurations, et qu'il avait subi diverses condamnations, et qu'enfin il avait subi une détention de diï ans à Embrun. Fieschi dit qu'il connaissait divers hono-

i3o rabîes citoyens; il cita M. Ladvocat, M. Cannes, ingénieur de fa ville tie Paris. Il me cita M. Vivien ; il me cita divers noms, celui de M. Saint-Didier,- comme étant des personnes qui s'intéressaient à lui pour le faire réintégrer dans ses fonctions et pour lui faire avoir sa pension qu'on lui avait ^itpprimée à raison des poursuites dirigées contre lui. Il se plaignit comme cela; il me dit que c'était injuste.

iPieschi a avoué tout cela dans ses interrogatoires. Sur des questions que je lui fis poser par vous, M. le président^ il avoua que je lui avais donné le conseil de se constituer prisonnier. Je lui dis qu'il ne m'était rien arrivé en pareil cas, que itioi aussi j'avais été poursuivi pour détention d'armes de guerre. J'avais été poursuivi pour un tel fait sur la dénonciation d'un malheureux ouvrier que j'avais été obligé de ren- Toyer, parce qu'il m'avait soustrait 5o fr. Il voulut se venger, cet homme ; il fit contre moi une fausse déclaration, et on fit des recherches qui ne produisirent aucun rés uUat. Je lui dis donc qu'il ne m'était rien arrivé en pareil cas ; je lui dis qu'il n'avait lien à craindre. Il me dit que s'il se constituait, à raison , de ses antécé>!ens politiques, on le déporterait. Alors je n'insistai pas sur cela.

FiEscui, — M. le président, pardon, je vous fais mes excuses ainsi qu'à la cour. Si je me suis levé tout a l'heure, c'est que yavais une observation à faire. Je n'avais pas paflé dans mes interrogatoires du voyage de Pépin 5 j'en ai donné avis, soit à M le président, soit à M. le procureur-général. Pépin me dit qu'à son arrivée dans le village de son père, la police et les autorités avaient été sur le qui çiii^e ! qu'on le suivait pas à pas, qu'on le poursuivait partout.

Bref là-dessus- revenons à la question des hommes arrêtés dhez Pe|)in. Il n'a pas dit pourquoi ces hommes avaient été arrêtés. Ces hommes étaient des peintres; on avait peint chez lui toutes les cases, comme on avait peint la maison. Sur une case ou deux, un des ouvriers avait fait une poire. Pépin vient en riast et dit : on a peint Louis-Philippe en poire. Je me Irottvais là et je dis : oui, mais on ne lui fait pas la queue. (Rumeur.) Cela voulait dire deux choses , d'abord qu'on ne faisait pas la queue à Louis-Philippe, et ensnite que la poire qu'on avait faite, n'avait pas de queue.

M, Pépin dit qu'il ne savait pas que je n'étais pas Fieschî,

qu'il croyait que j'étais Bescher. Mais j'avais et je lui avais montré mes pièces de condamné politique Je ne pouvais avoir les pièces de Bescher; je n'avais que le livret de Btsclicr. Il fallait bien qu'il vît mes pièces. Vous voyez bien que mou complice est en contradiction avec les faits. Vous vous rappelez tout cela, messieurs; vous ne cherchez pas des coupables, vous voudriez que nous soyons tous innocens; mais moi je veux la vérité , et j'éclaircirai tous les faits qui sont à ma connaissance.

D. Quelques jours après queMorey eut introduit chez vous Fîeschi ou Bescher , comme vous voudrez l'appeler , ne vous montra- t-il pas un dessin que Fieschi avait fait d'une machine de guerre inventée par lui ^ et ne vous révéla t-il pas le parti qu'il serait possible de tirer de celte machine, pour un attentat contre la personne du roi? N'avcz-vous pas été irèsfrappé de la portée de cette invention , et au lieu de repousser , comme vous le deviez , les ouvertures coupables que vous faisait Morey , ne les avcz-vous pas accueillies avec enthousiasme , cA disant que si l'homme était solide, et s'il voulait se décider à construire une machine sur un dessin semblable , vous feriez volontiers dépenses nécessaires ?

B.. C'est une erreur de la part de M. Fieschi D'abord je ferai remarquer que lors de ma confrontai ion il dit que c'était moi qu'il avait montré ce dessin ; confronté avec moi , il dit que c'était Morey qui me l'avait montré , et que Morcy avait répondu que je l'avais approuvé. Je m'en réfère à Fieschi sur cette question.

D. Vous vous en roférez à Fieschi? Sur quoi ?

R. M. le président doit se souvenir que dans vuie confronta tion avec Morey , Fieschi dit que c'était à moi qu il avait montré ce dessin , et que je l'avais approuvé Conhonté avec moi , il ne soutint plus le même langage et dit que c'était Morey.

Le pkesident. — Mais dans son système ce serait Morey qu: l'aurait montré le premier (voilà ce qu'il a dit hier.)

Il y aurait eu réunion chez Morey , dans laquelle réunion le dessin aurait été mis de nouveau sous vos yeux , et que ce serait dans cette réunion que vous auriez dit que si la machine était faisable , vous ne reculeriez pas devant la dépen;e.

Pépin. — C'est une erreur de la part de P'ieschi.

Le PRESIDENT. — B'ieschi dit qu'après qu'il vous eut montré le dessin de la machine, vous désirâtes en avoir un modèle en bois ; qu'il avait construit ce modèle chez un menuisier, por tier de Renaudin; qu'il vous l'avait apporté, et que vous l'aviez placJ dans une table de nuit, et qu'étant venu pour le reprendre quelques jours après dans cet endroit vous ne l'aviez plus retrouvé.

PKPiy. — Je ne puis répondre à l'allégation qui m'est soumise par M. le président que par une dénégation, c'est une erreur de la part de M. Fieschi.

Le PRESIDENT. — Fieschi, persistez-vous à dire que Pépin exigea un modèle en bois de la machine, et que vous lui en avez fabriqué un ?

Fieschi. — Oui M. le président.

Le PRESIDENT. — Je vous représente un dessin entouré de cl) iftres tracés par vousj n'est-il pas votse ouvrage, et ne représente-t-il pas, d'une manière sans doute imparfaite, la machine de Fieschi que vous auriez essayé de figurer d'une main inhabile et peu exercée?

Pépin. — En souriant. Je ne crois pas que ce soit moi qui aie fait cela : ça ne ressemble à rien. En supposant que ce soit moi il y a sur ce papier des chiffres , je pourrais le pi'ouver, qui remontent àplui de trois ans.

lH." Dupont. — Je prierai M. le président de faire passer celte pièce importante sous les yeux de MM. les membres de la cour, afin qu'ils puissent tous par eux-mêmes apprécier quel est ce griffonnage.

Le PRESiDE]yT. — • Toutes les pièces du procès sont déposées au greffe, et MM. les pairs peuvent en prendre chaque jour communication.

M^ Dupont. — Il est alors impossible d'élever un débat à r.Tudienee sur les pièces du procès. Si nous articulons par exemple que telle chose ne ressemble pas à une autre, que ce griftonnage par exemple neressemble à rien, comment prouver celaà q uelqu'un qui n'a pas la moindre idée de l'objet? Comment pouvez-vous juger si vous ne le voyez pas.?

Le PRESIDENT. — Les débats se passent ici, le jugement se rer.d ailleurs. On examine toutes les pièces.

M'' Dupont. — Cela est contiaire à tous les usages judiciair es.

Le peesident. — Une simple observation va trancher la question. Cette pièce a e'té produite au débat. Je devais faire porter le débat sur celte pièce, mais elle n'a aucune importance. Je ne la regarde pas comme représentant la machine , nuis il était de mon devoir de la faire passer sous les yeux du défenseur. Il peut y avoir des personnes qui sur ce point jugent autrement que moi.

M« DuPiN. — Dans ce que vient de dire mon confrère Dupont, il y a quelque chose de vrai. Si cependant l'observation par laquelle a répondu M. le président était acceptée^ par leministèi'c public, je laisserais tomber la demande de mon confrère. Si le ministère public reconnaissait, ce qui est évident pour moij que les figures tracées sur le papier en question n'ont aucune l'essemblance avec la machine ^ alors tout est terminé , mais si le ministère public avait la pensée d'argumenter de cette pièce, je solliciterais de la cour de faire faire unyàc simile, afin que lors de la discussion chacun de MM. les pairs pût avoir la pièce sous les yeux.

Le PRESIDENT. — Il sera fait wwfac simile de la pièce,

D. Le jour même où le déjetiner dont je viens de vous parier aurait eu lieu, n'avez-vous pas, Morey et vous, demandé à Fieschi à quelle somme pourrait monter la dépense nécessaire à l'exécution de l'attentat que vous méditiez? Fieschi ne fit-il pas alors un calcul détaillé qu'il vous remit, et qui montait à 5oo francs environ, et ne convintes-vous pas avec Morey de supporter cette dépense par moitié ?

R. Jamais ni Morey ni Fieschi ne m'ont parlé de cela, ne m'ont présenté ni de dessin , ni de modèle. Jamais il n'a été question entre nous de machine pour préparer uh attentat. Cela est une erreur, je crois, de la part de M. Fieschi,

D. Relativement à la demande de la somme, Fieschi n'a-t-il pas fait un calcul? Ne dit-il pas que 5oo fr. étaient nécessaires, tant pour établir la machine que pour louer un local ?

R. Je ne puis faire que la même réponse : c'est une erreur. . Le PRESIDENT. Fieschi, persistez vous?

Fieschi. Je persiste dans mes premières déclarations.

Le PRESIDENT. Ainsi, Pépin, voiis niez formellement que le complot a eu lieu chçz vous et qu'on y a fixé le jour de l'exé cution. Leniez-Vôus?

Pépin. Oui, M. le président.

i34 D. Vons ne vous souvenez pas que le jour fixe était celui de la fête du roi ?

R. Il n'a jamais e'td question de complot ni de rien. C'est luie erreur de M. Fieschi.

Le peesident. Dans tous les cas, ce ne serait pas une erreur, cène pourrait être qu'un mensonge et le plus grave mensonge qu'on puisse faire. Fieschi persistez-vous dans vos déclarations?

Pl. Oui, monsieur le pre'sident.

D: Pendant que ces pourparlers que vous niez avaient lieu Fieschi ne vous coiilia-t-il pas un jour qu'il était à la Teille de se trouver sans asile, parce que la femme de Renaudin , neveu de Morey, chez lequel il demesia-ait depuis quelque temps, le voyait d'un mauvais œil ? Ne lui avez-vous pas offert alors de venir coucher chez vous? et n'y a-t-il pas couché en cfï'et, depuis les derniers jours de février jusqu'au 8 mars?

R, C'est un subterfuge inventé par Fieschi. Il vint me<leniander l'hospitalité, disant que si je ne la lui donnais pas, il serait obligé d'aller concher dans la rue, parce qu'il était repoussé de sou logement ordinaire,

D. Aitssi vous ne niez pas avoir logé Fieschi ? R. Je ne nie pas l'avoir logé ; toutefois il y a une erreur dans les dates. Je ne crois pas que Fieschi ait couché chez moi plus de deux ou trois nuits. J'ajouterai une autre question plus tard, ou plutôt mes dignes défenseurs l'ajouteront,

D. N'est-ce pas vous qui avez offert le logement au lieu de lavoir seulement; accordé pour deux ou trois jours?

R. Dans les questions que vous avez posées à Fieschi dans .ses interrogatoires, il a reconnu que c'était lui qui était venu demander un asile,

D. Pendant que Fieschi couchait chez vous , n'avez-vous j'-ttS su qu'il s'occupait de chercher un logement dans lequel il put aller s'établir et qui le dispenserait de rester chez vous. R. Jamais pareille chose n'a eu lieu.

D. Comment, pendant qu'il logeait chez vous^ vous n'avez pas su qu'il cherchait un gîté qui devait le dispenser de rester chez vous ?

il. Il ne m'a jamais dit qu'il cherchât un logement. Il s'jétait présenté chez moi pour une nuit ou deux. Il devait bien i'^it-

tendre à ne pas y rester long-temps II ne se serait pas présente corame un homme malheureux, sans asile, qu'il n'aurait jamais mis le pied chez moi , si ce n'est pour y venir acheter peut-être : ma maison étant publique, je ne pouvais la lui fermer. Il pouvait bien venir y acheter des objets de consomma lion.

D Votre maison est une maison publique pour y venir acheter et non pour y venir coucher ?

II. C'est ce que je dis, il aurait pu venir y acheter; mais y coucher, non.

D. Ne vous souvenez-vous pas d'avoir visité avec Morey et Fieschi, le logement du boulevard du Temple?

R. C'est une erreur de Fieschi.

D. Ne vous souvenez-vous pas d'avoir donné l'argent nécessaire pour payer le demi-terme ?

R. Non pas. Je n'avais p&s d'argent pour payer ce demit^rme.

D. Fieschi ne vous a-t-il pas dit qu'il fallait i3o fr. environ p<jur entrer dans le logement et acheter les premiers meubles? R. Non, monsieur, jamais.

Le PRESIDENT. — Fieschi , persis'ez-vous dans vos déclarations ?

Fjeschi. — Je persiste dans mes premières déclarations, et l'ai l'honneur de faire observer, à M. le président et à la cour, que je leur prouverai que c'est de moi-même que j'ai vouluquitter Renaudin et son épouse; celle-ci me boudait. Lorsque j'ai cru m'en apercevoir, j'ai levé le pied. J'en parlai à Pépin, il me dit : J'ai un lit qui sert aux amis. Voilà comme j'entrai chez lui. Je persiste à cet égard dans mes premières déclarations.

D. A partir de l'époque où Fieschi logeait chez vous, ne l'avèz-vous pas autorisé à prendre à crédit les menues fouiinitures dont il pouvait avoir besoin pour sa consommation habituelle et journalière?

R. Fieschi se présentait comme patriote; il se disait persécuté. Après diverses sollicitations, il demanda qu'il fût ouver chez moi un crédit , bien faible crédit sans doute, tel que j'ea faisais à bien d'autres, sans avoir égard à aucune opinioa.|Je soutien-s ce que je dis^ tout ce que M. Fieschi allègue coatrt

i36 moi , c'est le fruit crime erreur. Voyez mes interrogatoires, vous y lirez que j'ai de'clare' effectivement avoir autorisé mon e'pouse à ouvrir un crédit à M. Fiescbi, dans le cas où il le demanderait. Je n'e'lais pas souvent chez moi, j'avais beaucoup d'autres occupations. Je d*is à mon épouse : Si ctt homme vient en mon absence pour acheter quelque chose, tu pourras lui faire un petit crédit. Il paraît, en effet, qu'elle lui en a fait un.

Le président. Il est impossible de ne pas vous faire remarquer que vous deviez parfaitement savoir que l'homme reçu chez vous sous le nom de Bescher était en réalité Fieschi. Vous le recevez, vous le logez, et vous lui accordez crédit pour les marchandises dont il pourra avoir besoin. Enfin, vous êtes négociant , et on sait que les crédits ne se font pas si facilement.

R. C'est pevit-êlre une erreur. Je prouverai que je suis fort libéral à faire crédit. Je preuverai au besoin que chez moi il y a peut-être plus de 5o,ooq francs de vieux dossiers^ que je n'ai jamais obtenu de contrainte contre qui que ce soit. Une seule fois, par erreur, il y a six mois, mon huissier exerça la contrainte sans mon ordre contre un débiteur. Celui-ci ari'iva chez moi dans un fiacre et me dit : « Comment, monsieur Pépin , vous me faites donc mettre en prison ? » Je lui répondis que c'était par erreur, et je le fis mettre surle-champ en liberté.

D. N'est-ce pas votre intimité avec Fieschi qui l'a mis dans le cas de connaître vos relations avec un grand nombre de sociétés secrètes, et avec les principaux chef du parti républicain ?

R. En cela M. Fieschi fait encore une erreur.

D. N'est-ce pas de vous que Fieschi a su qu'après les évéiiemens d'avril , plusieurs de vos amis ayant été gravement compromis pour y avoir pris part, vous leur rendiez de fréquentes visites, que vous vous serviez quelquefois, pour pénétrer dans les prisons, de permissions obtenues sous un autre nom que le vôtre , et que lorsque vous alliez ainsi à la Force ou à Sainte -Pélagie, vous y voyiez souvent d'autres individus que ceux dont les noms étaient inscrits sur la permission dont vous étiez porteur. Cela prouve que vous étiez en

13; grande intimité avec Fiesclii; autrement, comment aurait-i pu savoir tout cela de vous ?

R. Ce qui prouve que M, Fieschi fait erreur, c'est le fait en lui-même. Quand je fus interrogé, je ne crois pas avoir manqué de franchise 5 j'ai dit : oui , j'ai vu des détenus politiques, j'ai cité leurs noms, mais j'y ai été sous mon nom, et je vois que M. le président l'a fait vérifier, en faisant chercher au parquet de la cour des paii'S sous quel nom une permission m'avait été accordée; On m'a demandé si j'avais porté des comestibles à la prison. J'ai dit oui, parce que c'était la vérité. Je ne voulais pas avoir de détours. J'ai dis que j'avais porté des comestibles à Sainte -Pélagie , et le fait est que je n'y allais jamais sans porter secours aux détenus. Ce n'est pas que je veuille dire que je donnais de Targent; j'en prêtais. C'est ainsi que j'ai prêté jusqu'à loo francs. Ma position ne me permettait pas de faire de pareils dons.

D. Si Fieschi n'avait eu avec vous que des relations indirectes et éloignées, comment aurait-il su que Cavaignac était votre débiteur, et quelle somme à peu près il vous devait? N'est-ce pas par vous qu'il a appris celte circonstance? Et comment l'auriez-vous fait connaître à un homme pour lequel^ a vous entendre, vous aviez si peu de sympathie?

R. Je ne sais qui a pu lui dire cela, cependant, je ne nie pas que ce soit moi. Je ne me le rappelle pas.

D. N'avez- vous pas dit un jour à Fieschi , que lors des événemens d'avril , vous seriez sortie de chez vous en armes , et que , dans le cas où la révolte aurait triomphé, vous auriez été appelé, sous les ordres de Guinard , à un emploi important dans la municipalité ?

R Ceci est une erreur tellement grave qu'il est bon de dire qu'elle a peu de fondement. En supposant le fait vrai , je ne l'aurais certainement pas dit. C'est contraire entièrement à mon caractère. Je n'ai pas la capacité pour cela, et puis je n'étais pas en position; je n'étais ni membre du comité, ni dans la société. Je ne pouvais avoir de semblables prétentions. J'ai dit, dans mes interrogatoires, que je défiais qu'on me trouvât une personne qui pût confirmer cela.

D. Vous dites que vous n'étiez d'aucune société , et vous venez de reconnaître que vous étiez chef d'une section de la société des Dx'oits de l'Hpmme?

R. J'ai voulu dire que je n'y avais jamais e'té un membre influent, et que je n'y étais pas resté bien long-temps. J'y suis entré peu de temps après MM. d'Argenson et de Puyraveau.

D. Vous avez dit que vous aviez e'te' nomme vice-présidexit d'une société pour l'instruction élémentaire du peuple?

R. J'ai été nommé, mais je n'exerçai pas les fonctions.

D. Ceci était la preuve que vous aviez dans la société plus d importance que vous ne le dites,

R. Malheureusement pour moi , mon nom a pu fixer quelques personnes , rela'tivement à mes perséeulions antérieures.

M. Martin (du nord), procureur-général. — Je tiens entre les mains un procès- verbal d'une séance qui a été tenue dans k société des Droits de l'homme sous la présidence de Pépin. Dans cette séance, notamment, il paraît que le comité a solennellement approuvé la conduite tenue par l'accusé Vignerte à la cour d'assises de Paris. Le procès-verbal est entièrement écrit de la main de Pépin. Il se termine siasi :

a Le citoyen Pépin demande au comité quelques exemplaires du règlement pour former des sections à la gare d'Ivry. »

Aiinsi cela prouve? i° que Pépin présidait quelquefois une section et qu'ensuite il voulait établira Ivry de nouvelles sections. Pépin, l'econnaissez-vous cette pièce ?

Pepik. — On ne me l'a pas représentée (la pièce est représentée à l'accusé). Elle est si^g^née de moi , elle n'est pas écrite de ma main. Il est vrai que j'ai rempli deux ou trois fois les fonctions de président pendant le voyage du véritable chef de section.

Le procureur-général. — Vous prétendez qUe vous ne vous occupiez pas des fonctions de chef de section. Cette place, je le répète, prouve d'abord que vous la présidiez quelquefois, et ensuite que vous aviez fintention de propager la société jusqu'à la gare d'Ivry^ et qu'à cet effet vons demandez au comité les pièces nécessaires pour remplir votre nouvelle mission.

Pépin — Je reste dans ma première allégation. Je ne nie pas auoir fait partie de la société des Droits de l'homme ; je ne nie pas y avoir remplacé deux ou trois fois le véritable chef de la section, mais je nie avoir été nommé légalement chef de section.

D. Fieschi ne lisait-il pas des journaux chez vous , en votre présence, avec vous?

R. Je n'avais pas le temps de lire les jovunaux; si je le$ lisais, c'était à l'heure de mes repas. 11 y a plus, c'est qu'à la G^re et au faubourg Saint-Marceau je ne recevais aucun journal.

D, Il s'agit du temps que vous étiez au faubourg Saint Antoine. A cette époque Fieschi ne vous lisait-il pas Icj journaux, et lorsqu'il s'y trouvait des articles encore plus e.xaltés que de coutume, ne vous appliquiez-vous pas à les lui faire reraaiquer ?

R. C'est une erreur, je n'avais pas tout le temps de tou* cela; tous les matins de bonne heure j'allais à mes travaux de la rue de Bercy.

D. Ne vous montriez -vous pas notamment indigné de ce que, « lorsqu'il y a des gens qui se font condamner aux tra- » vaux forcés à perpétuité, pour une somme de 5oo ou de looo )) fr., on ne trouverait pas xin homme qui tirât un coup de fu- » sii à ce brigand de Louis-Philippe e* qui en délivrât la » France? »

R. Je ne puis répondre que par une dénégation ; c'est contraire à tous mes principe&j tous ceux qui me connaissent peuvent être eotendusj qu'ils disent s'ils me croient capables de cela.

Le PKÉsmENT. — Fieschi, persistez-vous dans votre déclaration ?

Fieschi. — Oui monsieur, cela se passait non à îa Gare ou au faubourg Saint-Marceau, mais au faubourg Saint-Antoine, M. Pépin dit qu'il m'a reçu comme patriote; il paraît que selon lui, celui qui est un assassin ou un grand criminel, est un patriote, et que les amis de la France sont les Russes. (Rumeur.) Si je parle mal. je prie que l'on m'excuse.

D. V ous souvenez-vous d'avoir été condamné dans le cou* rant du mois de juillet par le tribunal de commerce du département de la Seine, à payer à un sieur Lambert, près Rotterdam, u ne somme de onze cents et quelqnes francs, avec les intérêts et dépens ?

R. C'est vrai.

D. Le jour où vous avez perdu ce procès n'avez-vous pas rencontré Fieschi sur le boulevart du Temple?

R. Je crois pas. '

D. N'avez-vous p as dit à Fieschi, à ce sujet, que vous croyiez

bien quil arriverait une révolution qui débarrasseraitla France de ces canaille si

R. Je n'ai pas dit cela, je n'avais pas besoin de tenir un pareil langage.

D. N'avez-vous jamais dit à Ficschi qu'un gdne'ral avait exprimé en votre prdsence des vœux non moins coupables, relativement au roi et au gouvernement constitutionnel?

R. C'est un fait dont l'instruction peut démontrer l'erreur. Je ne connais^ pas de géne'raux, je ne m'occupe que de mes intérêts, même la nuit, souvent ils me trouvent encore à des trois heures du malin. J'ajouterai que je ne'crains pas d'alléguer qu'il n'y a pas un seul homme judicieux pui puisse dire que j'aie jaiuais eu des relations avec un général.

D. Vers la fin du mois de mars, Fieschi n'a-t-il pas assisté chez vous à un diner auquel se trouvait Morey et quelques autres personnes?

R. Je ne puis préciser l'époque, je me rappelle seulement fort bien que le diner a eu lieu.

D. Vous rappelez-vous les personnes qui étaient à ce diner.

R. Oui, à peu près. Il y avait M. Levaillant, député, que j'avais antérieurement chargé de quelques créances, un négociant, un avocat et Morey; l'avocat était M. Lorelut.... et puis quelques autres personnes et puis Recurt.

D. Fieschi n'y vint-il pas ?

R. Peut-être, en montant se coucher; passa-t-il par la salle manger.

D. A~t-il pris du café?

"•R. Je ne me le rappelle pas, c'est possible.

D. N'avez-vous pas dit à un des convives, que ferait-on si le roi venair à mourir ?

R. Je ne me l'appelle pas.

D. L'un des convives ne dit-il pas : alors on dit: le roi est mort, vive le roi?

R. Je ne me le rappelle pas.

D. N'avez-vous pas dit : et si une épidémie ou un tremblement de terre les enlevait tous?

R. Je n'ai pas tenu ce langage.

D. Dans ce diner, Morey ne parla-til pas de son habileté chasse, comme tireur?

R. C'est possible, je ne le crois pas. Je ne suis pas reste' là pendant tout le dinar, j'ai été dérangé plusieurs fois.

D. Vous aviez à votre table un député, vous aviez eu soin d'avoir des convives dignes de diner avec lui, il n'est pas probable que vous vous soyez absenté plusieurs fois pendant le dinar.

R. M, Levaillant est un très respectable homme, mais tout-àfait sans cérémonie. Je l'avais même prié de faire les honneurs de la table, car je n'en avais pas l'habitude.

Le président. — Fieschi, à quelle époque êles-vous entré dans la salle du dîner?

Fieschi. — Je travaillais à la barrière du Trône j j'ai pu venir chez Pépin vers trois ou quatre heures; je ne me rappelle pas l'heure positivement. En arrivant on avait commencé à diner 5 je vais opposer les faits, on pourra appeler comme témoin M. Levaillant homme de bonne foi ou magistrat du gouverne- . ment. Lorsqu'il sera interrogé, il dira la vérité.

Il a été question des membres de la chambre des députés et beaucoup de M- Sal verte comme s'occupant aux travaux législatifs. M. Levaillant dit que M. Salverte était un des plus assidus à son travail, qu'il ne quittait jamais son bureau. Parlant des hommes de tallant, il dit que MM. Odilon Barrot , Mauguin,Berryer. étaient de vrais orateurs, mais que M. Mauguin malheureusement ne travaillait pas, que s'il avait voulu travailler il aurait été un des hommes les plus célèbres de la France. Il dit que M. Odilon Barrot ne travaillait pas non plus, mais qu'il était toujours dans son calme pour répondre à toutes les questions.

Alors M. Recurt fit tomber la conversation sur le jugement qui se préparait à la chambre des pairs à l'égard des accusés d'avril, et il finit par dire ces mêmes mots : « Pardié ! que voulez-vous que fasse la chambre des pairs ? nous lui ferons perdre du tems, elle en perdra la tête et si nous nous défendons, on n'en verra jamais le résultat. »

Lorsque nous en fûmes au café, M. Levaillant dit à M, Pépin... , c'e«t à dire que M. Pépin ayant parlé politique la question s'effaça sans être agitée^ M. Levaillant parla même du budjet. Il dit : « On attend toujours la fin de la section (session) pour demander le budjet j nous restons plusieurs mois à Paris où nou& dépeu&oaa l5 àao fr. par jour, de âoite que

dit

moi si je n'avais pas craint que, clans les élections, le parti légitimiste ou de la monarchie décime ne l'emportât, je n'aurais pas voulu me mettre de la chambre. »

La dernière conversation de la société fut celle-ci : M. Pépia t à M. Levailîant : Si le Roi venait à mourir, que deviendrions-nous?— Hé bien.' dit M. Levailîant, le Hoi est mort vive le Roîl — Oui répondit Pépin ; mais si ses fils anivés au trône venaient |à périr par accident ou par épidémie , qu'arri- Terait-il? — A cela, M. Levailîant répliqua : Laissons bouiliir le mouton l Ce fut' là le dernier mot qui fut prononcé^ j'affirme ce que je dis.

Le président. — Pepin^ je dois vous faire remarquer que'ce propos qui vous est attribué par Fieschi a beaucoup de gravité dans la situation donnée. A cette~ époque , dans le système de l'accusation , vous seriez déjà entré dans un complot dont le but devait être la destruction du roi et de sa famille. Vous comprenez ce qu'il peut y avoir de gravité dans un discoai-s tenu à ce moment même , dans celte prévoyance de ce qui arriverait si le roi et sa famille venaient à disparaître. Vous devez sentir combien ce simple proposa d'importance. Persistez- vous dans votre dénégation?

Pépin. — Je persiste affirmativement dans ma dénégation. FiESciii. — ■ Pardon , je demande la parole pour ajouter un mot. Qu'on appelle M. Levailîant devant la cour , il dira la vérité. Il fut même question dans la société que le gouvernement aurait dû payer des indemnités aux députés , et que souvent même la proposition en avait été faite. Que la cour fasse venir M. Levailîant, et il prouvera que je ne dis que la vérité.

Le pejÉsident. — Pépin , vous souvenez-vous des autres conversations , autres que les propos relatifs au roi et à sa famille ? Pépin. — Je ne me les rappelle pas.

D. En attendant le premier mai , Fieschi ne vous avait-il pas demandé de lui procurer de l'ouvrage, soit à Paris, soit à la campagne? Ne l'avez-vous pas , en conséquence, présenté au sieur Collet, votre associé de L.igny , un jour où ils se trouvaient ensemble chez vous, et le sieur Collet, auquel vous avez fait l'éloge du talent de Fieschi , n'annonça-t-il pas l'inten'lioB de L'employer .cliea.luiià^e4;JÙyeiiemeias.-d'.eAW-, Jnlcflr

tïOîi que des circonstances ultérieures ne lui permirent pas de lëaliscr? Ce même jour , le sieur Collet ^ en yotre présence, ne donna-t il pas quelque argent à Fiesclii?

H. Fieschi se présenta chez moi pour avoir des travaux , il me fut aussi présenté par Morey pour ce même motif, je m'en sitîs occupé très peu jusqu'à ce que je l'eusse connu plus particulièrement En effet , je crois me rappeler qu'un joTU' M. Collet lui glissa une pièce de monnaie dans la poche; il aN'ait l'air si piteux que M. Collet, en se retirant, crut devoir lui donner une pièce de monnaie, Fieschi lui avait parlé de son talent pour le nivellement, je crois avoir engagé M. Collet à se servir de lui.

FiEscHi. — Je demande la parole pour vous dire la vérité. J'avais un incommodité , un mal aux joues qui m'empêchait de travailler. Je ne me suis pas aperçu que M. Collet m'ait glissé de l'argent dans ma poche ; je n'avais pas beaucoup d^argent, ayant trouvé une pièce de i frans dans ma poche, je dis : M. Collet m'a fait une farce , il m'a donné 4o sous.

Je reviens a la convei'sation. M. Pépin avait parlé de l'inégalité qui existe dans les élections. Il voulait que tout le monde pi*it être électeur , les ouvriers comme les rentiers , etc. M. Levait lant n'était pas d'accord avec lui. Je dis qu'il n'était pas possible que tout le moiide , depuis le dernier ouvrier jusqu'au prince fut électeur. Quanta moi, qui connais bien ia classe ouvi'ière, je déclarai que M. Levaillant avait raison , il pourra s'en rappeler.

D. Pépin, n'étiez-vous pas en relation avec le prince Charles de Rohan-Rochefort.

Pépin. — • Quand j'ai eu l'honrteur d'être inleï'rogé sur ce fait par M. le président, je crois lui avoir donné tous les détails des circonstances qui m'ont mis en rapport avec le prince de Hohan. J'avais fait une découverte pour la décortication des légumes. Elle a été publiée par les journaux. M. le prince de Roliau est venu m'acheter de ma marchandise; il en a été content, et depuis il a renouvelé ses commandes à l'entrée de l'hi* ver. Il s'établit entre novis à ce sujet des relations par ccrrespondance. J'étais absent et en voyage , c'est-à-dire à Lagny, quand le prince est venu chez moi ; j'ai beaucoup regretté de ne m'y être pas trouvé j mais il a dit à mon épouse qu'il reviendrait quand je serais arrivé. Fieschi a pu le savoir.

D. Vous souvenez-vous d'avoir annonce' sa visite à Fieschi le jour même où vous l'attendiez?

R. Je ne nie pas de l'avoir annonce' à Fieschi.

D. Fieschi, à cette occasion, n'a-t-il pas eu l'idée d'e'crire au comte Gustave de Damas , par l'interme'diaire du prince qui se dis|:iosait à retourner en Suisse où le comte de Damas e'tait ^ aussi e'tabli , et ne vous êtes-vous pas , en effet , chargé de demander au prince di; Rohan s'il voudrait se charger d'une lettre pour M. de Damas? Le pi'ince de Rohan se cliargea-t-il de cette lettre?

R. Non.

D. N'avez-vous pas dit ensuite à Fieschi, qui sur votre in- ■vitation s'était retiré dans une autre pièce pendant la visite du prince , que celui-ci ne se souciait pas d'entrer en relation ayec la personne à laquelle Fieschi devait écrire ?

R. J'ai déjà répondu affirmativement à cette question.

D. Fieschi ne vous a-t-il pas prié de charger le prince qui allait en Suisse d'une lettre pour M. Gustave de Damas?

R. Oui j mais je n'en ai point parlé au prince.

D. Vous souvenez-vous d'avoir eu, avec le prince Charles de Rohan, des conversations relatives, soit à la [politique générale , soit à sa situation personnelle, et d'avoir fait à ce sujet quelques confidences à Fieschi?

R. Nous n'avons eu de conversations que sur l'industrie.

D. Vous avez annoncé cette visite à Fieschi. Cela prouve entre vous plus d'intimité que vous no supposez.

Fieschi. — Pépin avait toujours nié cette conversation lorsque je l'ai'rencontré sur le boulevard.

Pépin. — Je ne l'ai pas niée. Je demande à Morey s'il se souvient de conversations qui auraient été tenues devant Fieschi le jour du diner.

Morey (dont la réponse faite à voix basse est répétée par M. Léon de La Chauvinière). — Je ne me rappelle aucune conversation à laquelle Fieschi aurait pris part: il n'est d'aiU leurs venu qu'à la tasse de café.

Le PRESIDENT. — Indépendamment de la présence de Fieschi, vous rappelez-vous que les conversations dont il a parlé aient eu lieu?

Morey. — Je ne me souviens de rien.

Le pbésident. — Fieschi, avez-vous des explications à donner sur ce que Pépin vous a rapporté de ses conversations politiques avec le prince de Rohan ?

FiEsciit. — Il m'a dit que ces conversations ne portaient que sur la politique du jour; le prince se disait patriote.

D. C'est à dire, dans votre sens, républicain?

R. Oui, monsieur. Lorsque Pépin a parlé au prince de M. Gustave de Damas, le prince s'est montré fâché contre lui, parce qu'il faisait des biographies. Pcpin a ajouté que le prince de Rohan était cousin du roi, mais qu'il ne voulait pas aller le voir.

D. A-t-il dit pourquoi?

R. Non, monsieur.

Le PRESIDENT. — Ne prêtiez-vous pas quelquefois des livres àFieschi?

Pépin. — Jamais.

D. Un témoin (Cependant a vu chez lui les œuvres de Saint- Just. Un volume de cet ouvrage a été saisi avec d'autres objats qui vous appartiennent lors de votre dernière arrestation, et vous avez demandé avec instance qu'on vous le laissât dans la prison ? N'est-ce pas vous qui l'aviez prêté à Fieschi ? Fieschi, de son côté, nevousa-l-il pas prêté quelquefois des livrer, le Traité des Devoirs de Cicéron? Je vous représente un volume de cet ouvrage, qui a été saisi chez vous; le reconnaissezvous , comme ayant été prêté par Fieschi? et si vous ne le reconnaissez pas, pouvez-vous dire comment il s'est trouvé chez vous?

R. Le volume des OEinres de Saint-Just a été acheté chez un libraire, près du Panthéon, 2 fr. ^5 cent.; Fieschi l'a laissé chez moi.

D. Voilà encore vin fait qui établit combien Fieschi avait d'habitudes dans votre maison puisqu'il y laissait ses livres, et ne les emportait pas.

D'un autre côté , Fieschi , qui ne voulait faire connaître ni son nom^ ni son adresse, Fieschi n'a-t-il pas plusieurs fois, et notamment dans le commencement du mois de juin, fait porter chez vous divers effets d'habillement sous le nom d'Alexis et votre femme ne les a-t-elle pas reçus .^

^i4G Le 1 5 juillet, le lailleur, qui avait fourni ces vêtemeus, n'estil pas yeuu. ^-liez vous demander le nom d' Alexis, qui av»it prorais de le payer ce jour-là? Sur votre réponse que tous ne cpnuaîssie?; aucun individu de ce nom, l'un de vos garçons ne tous dit-il ras qa'il connaissait bien le nommé Alexis mais qu'il ne l'aViAit pas vu depuis long-temps?

R. Le taiPgur Fournier a été appelé comme témoin, il expliquera pari iitemeot ce fait.

FiESCHi. — Quant aux œwres de Saint-Just qu'il dit que je lui ai offertes; c'est moi qui ai acheté ce volume chez Lion , témoin à décLarge de Pepin^ et qui demeure rue Sainte-Geneviève; je l'ai «émis à Pépin pour 54 sous. Il avait acheté dans le même tem^s ses pistolets.

Pepiiv. — /ai en effet acheté une paire de pistolets chez Prévôt, près de li porte Saint-Denis.

D. Vous ayez entendu Fieschi faire une description minutieuse et qui paraît fort exacte cie votre maison et de l'anjçuhlement des rdèces principales. Comment jurait-il été caoable de faire celte description, s'il n'avait couché qu'une ou deux nuits chez vous, comme vous le prétendez, et s'il ne vous av*it pas rendu d- fréquentes visites?

R. Il est venu une ou deux fois seulement. D. Lorsque dans l'instruction vous avez été interrogé sur tous les faits que je viens de faire passer sous vos yeux , vous avez dit plo sieurs fois que vous vous réserviez de répondre plus lard, çl que Fieschi ou Bescher n'était pas venu aussi souvent qu'il voulait bien le dire , et qu'il s'y était introduit, en quelque sorte, malgré vous et à force d'importunités.

Quelles que soient les explications dans lesquelles a'ous venez d'entrer, il paraîtrait que non seulement vos relations avec Fieschi oni été fort étroites, mais encore qu'elles n'ont jamais cessé d'avoir l'attentat pour but, et que vous l'avez aidé et assisté, avec connaissance de cause, dans la plupart des faits qui ont préparé et facilité l'exécution de cet attentat. Ainsi Fieschi :4 déclaré que dans les derniers jours d'avril, il avait acheté du sieur Poncfe.eux, marchand de bois, quai de la Râpée , n. 17 ; le bois dont U avait besoin pour la confection de sa machine , que vous étiez avec lui lorsqu'il avait fait cet achat; et que vous lui aviez renis quinze fr. pour en acquitter le prix.

R. Je ne puis rëpondre à cela que par une dénégation. D. Il a dit que ce jour-là vous avi^z une blouse en toile grise, devenue blanche à force d'avoir été lavée, et que vous étieu coiffé d'une casquette de crin. Or, deu^ blouses de toile grise et une casquette de crin gris ont été saisies lors de votre seconde arrestation, ce qui indique bien que le costume décrit par Fies chi n'est point un costume imaginaire; et de plus, lorsque vous avez été interpellé sur ce f.iit, vous êtes convenu qu'ayant ua atelier dans les environs du quai de la Râpée, et achetant quelquefois du bois pour des réparations que vous faisiez à votre maison, « il était possible qu'on vous eût vu dans un chantier, » vêtu d'une blouse en toile grise devenue blanche à force d'a- » voir été lavée, et coiffé d'une casquette en crin gris, et même » que ce malheureux fût avec vous. » N'avez-vous aucune au,ti'e explication à donner,

R. Quant X la première partie de la question , plusieurs témoins déposeront des faits et les expliqueront.

D. N'est-ce pas vous qui avez fourni à Fieschi , ainsi qu'il le déclare, l'argent avec lequel il a payé au menuisier Josserand la façon du bois de la machine ? R. Non, Monsieur le président.

D. N'est-ce pas vous qui , lorsqu'il fut question , vers la. même époque, de se procurer des fusils, avez dit que voits vous chargiez de ce soin? Par quel moyen espériez-vous alors obtenir ces fusils ?

R. Il n'a jamais été question de fusils entremoi et Fieschi. D. Lorsque vous sûtes qu'il n'y aurait point de revue k l'occasion de la fête du roi, et lorsque, en conséquence, l'exécution du complot fut ajournée au 28 juillet, les préparatifs du crime durent se ralentir ; néanmoins la même intimité ne continua-t-elle pas de régner entre Fieschi et vous?

R. C'est une erreur; il y a d'ailleurs un tailleur , Fournier, qui a confirmé l'allégation.

D. "Vous avez dit , dans l'instruction , qu'aux approches du mois de juillet, Fieschi était venu moins souvent chez voits, et que vous l'aviez même fait inviter par Morcy à y venir pî«$ rarement encore. Fieschi est convenu de ce fait , qu'il a expliqué, en disant que la surveillance dont vous étiez l'objet t<M£s faisait craindre qu'on ne l'arrêtât, et que c'était dans co secs

i48 que Morey lui conseillait de ne pas aller trop souvent chez vous.

R. Fieschi était un peu importun j je cherchais tous les moyens de l'éliminer de chez moi.

D. Il a ajouté que, docile à ses avis, il n'allait plus vous voir, dans les derniers temps , que pour prendre quelques comestibles , ou lorsqu'il avait besoin de quelque chose pour sa machine, ou pour s'informer si vous aviez enfin une réponre de la personne qui avait promis les fusils.

B.. Non , Monsieur le président.

D. Si les déclarations de Fieschi sont sincères, loin de trouver dans la diminution du nombre de ses visites l'indice d'une renonciation quelconque de votre part au complot, il ne faudrait y voir qu'une précaution de plus pour en assui'er l'exécution. Qu'avez-vous à dire à cet égrad ?

R. C'est cine erreur. D'ailleurs il n'y a pas de témoins.

D. N'est-ce pas à cette même époque où, s'il fallait vous croire, vos relations avec Fieschi auraient en quelque sorte cessé, qu'il vous reccmmandait lîuc jeune fille dont l'avenir le préoccupait, et que vous preniez ainsi que Morey l'engagement d'avoir soin d'elle, et de lui payer, chaque mois, une modique pension qui suffirait à ses besoins si elle venait à le perdre?

R. Non, Monsieur.

D. Vous ne la connaissez pas, cette fille?

R. Je ne l'ai jamais vue qu'une fois, quand elle me fut confrontée.

D. N'est-ce pas parce qu'il avait confiance dans les promesses que vous lui aviez faites, que Fieschi disait à cette jeune fille qu'en cas de malheur, l'épicier Pépin, son ami intime, aurait soin d'elle, et ne la laisserait manqner de rien ?

R. Tout cela ce sont des allégations de Fieschi.

D. N'est-ce pas de vous et de Morey qu'il entendait parler, lorsqu'il disait encore à cette jeune fille, qui ne lui connaissait aucun moyen d'existence depuis qu'il était sorti de chez Lesage. et qui s'étonnait des dépenses qu'il faisait, de ne pas s'inquiéter ; qu'il ne manquerait jamais d'argent, que les amis y pourvoyaient ?

R. Non jamais.

D. Je vous fais observer qu'après l'attentat, la jeune fille

»49 Jont je vous parle, croyant Fieschi mort, est allée chez vous. N'a-t-elle point parlé à votre femme ?

R. Non, Monsieur.

D. Cependant il paraîtrait que voire femme lui aurait dit qu'elle ne connaissait ni Fieschi, ni Besclier, ni Gérard; elle s'est retirée en disant : « Ce n'est pourtant pas ce qu'on lui avait promis ? »

R. Il y a un fait qui peutêtre juridiquement vérifié. Si Fieschi m'avait parlé d'une jeune fille , il me l'aurait fait connaître. Quand on recommande une personne , on présente la personne ; il ne m'a point présenté la jeune fille.

D. Cette jeune fille après l'attentat est allée chez vous? R. C'est une erreur quant à moi. La fille Lassave dans sa déclaration a fait une grande erreur.

Fieschi. — Mettons qu'il y ait erreur. (On rit.) La vérité est que Nina est venue plusieurs fois me rejoindre chez Pépin , mais sans y entrer. Je me tenais dans le comptoir, ou plutôt dans le petit bureau à côté, ne voulant pas rester dans la rue, exposé auxlimiersde la police. Dès que je voyais arriver Nina, je partais.

D. Fieschi a déclaré que les démarches que vous vous pro . posiez de faire au mois d'avril , pour vous procurer des fusils, étaient restées sans résultat, ou avaient été ajournées, lorsqu'on avait su qu'il n'y aurait pas de revue le jour de la fête du roi ; mais que ces démarches avaient été renouvelées par TOUS dans le mois de juillet ; que vous lui aviez dit alors que les fusils ne manqueraient pas, et que vous craigniez plutôt qu'il ne vînt à manquer lui-même? il a déclaré , en outre , que VOUS lui aviez nommé la personne qui «levait lui livrer les fusils; que cette personne était Cavaignac, alors détenu à Sainte- Pélîigie, et que vous visitiez souvent avec une permission déli- Trée sous un autre nom que le vôtre. Il a déclaré enfin que d'après les termes dans lesquels vous lui aviez fait ces confidences , il devait supposer qu'en demandant les fusils à Cavaignac, TOUS l'aviez mis au courant de vos projets ?

R. Je ne puis répondre aux allégations de Fieschi que par une dénégation. C'est encore une erreur de IVl. Fieschi,

D. Vous souvenez-vous d'avoir écrit un jour h Cavaignac une lettre dans laquelle vous lui demandiez à quelle e'poque il pourrait vous remettre les 20 ou 25 fr. que l'homme attendait

pour parlir? Le motym/2c dans cette lettre, ne voulall-il pas àire/iisil ?

R. Je ne me rappelle pas d'avoir écrit de cette sorte à Cavai- §nac.

D. Vous souvenez-vous d'avoir été rencontré un jour par Fieschisur te boulevart en compagnie d'un jeune homme que vous conduisiez au jardin Turc?

R. Oui, monsieur.

D. Comment se nommair ce jeune homme?

R. Le nom ra'cchappe.

D. Vous l'avez dit dans votre inteiTOgaloire.

R. C'est Levraud.

D. Vous souvenez-vous de ce que vous avez dit à Fieschî , au sujet de Levraud , de ses relations avec Cavaignac , de secours qu'il avait reçus de sa famille pendant qu'il était détenu pour les affaires d'avril, et de l'emploi qu'il avait fait de ces secours ? Vous ne vous rappelez riqn de tout cela?

R. Je ne me rappelle pas avoir jamais parlé de Levraud II FiescLi.

D. Queile est la somme que Levraud avait reçue?

R. 11 ne l'a point précise'e; je crois qne Levraud a envoyé à Cavaignac 600 fr. pour les remettre aux détenus politiques , mais je ne sais pas si je l'ai dit à Fieschi.

D. Cependant vous connaissiez Levraud', avec qui vous étiez intimement lié; il était naturel que vous fissiez part de cette conversation à Fieschi,

R. Ce qui prouve qu'il y a quelque vérité dans mes allégations , c'est que je n'ai été que fort peu de fois voir les détenus politiques à Sainte-Pélagie.

D. Lorsqu'il fut reconnu que vous ne pouviezplus compter sur les fusils (jue vous aviez demandés à Cavaignac , Fieschi ne vous dit-il pas que des canons de fusils feraient le même usage, et qu'il les ferait entrer plus facilement chez lui? Nepromîtesvous pas d'en payer le piix ?

R. Je ne puis répondre à cette question que par une dénégation. C'ejst une erreur.

D. Ainsi vous niez le fait tout entièrement?

R. Oui.

Le rKÉsIDE^T. — Fieschi. persistez-vous dans vos déclarations?

ïî'iEscin. — Un mois auparavant... Je ne liens pas à ce que mes complices soient condamne's^ mais jetions ':■■ prouver la vérité de ce que j'ai dit. Vous voyez que Pépin lui-même avoue qu'il a eu connaissance que Levraud avait remis Goo fr. à Cavaignac. Il l'avait nié jusqu'à présent. J'affirme ma. déclaralioa telle que je l'ai ftiite.

R. Je n'ai jamais nié cela.

D. Vous saviez ou vous vouliez savoir par quel procédé Fiesclii se proppsait de mettre le feu à la machine. Une discussion nes'élait-elle pas élevée à ce sujet entre Ficffciù, Morey et vous, et une expérience ne fut-elle pas proposée par vous ot par Morey, dons le but de lever les doutes que vous aviez conçus, et de reconnaître l^ meilleur moyen d'alluiïic^ï* simultanément une traînée de poudre d'une certaine longur;ur? Cette expérience n'a-t-elle paseulitu,en effet, dans les vijjnes du côté de la barrière deMonti'euil, vers le j5^Qu le 20 juillet, et n'auriez vous pas apporté un briquet pho^phorique, (\ont on avait besoin pour la faire?

R. Cette allégation n'est pas probable. Mon père, était grand cbasseur j je chasse moi-même fort souvent, et je connais depuis mon enfance, c'est à-dire depuis l'âge de quiïi/;e ou seize ans, l'effet de la poudre. J'ai, de plus, chez moi de grandes iocahtésj je n'aurais certainement pas été dans le loinfîinj me déranger de mes affaires pour faire une expérience coa-'me Cellelà, qui d'ailleurs n'aboutissait à rien. Je réponds à «ne question comme celle-là, je confirme mon dire pas u.oe dénégation.

A la suite de celte expérience, n'êtes-vous pas allé déjeuner avec Ficschi et Morey, roule de Montreuil, 4, chez : «n restaurateur nommé Bertrand ?

R. C'est une erreur: quand oîi n'est pafs dSns la vé ifé, ôifi 8nit toujours par se tromper, ainsi M. FiescTii prélent que nbùs déjeunâmes avec du fromage à la barrière de Monticuil; hier il a prétendu que le rendez-voUS s'élait doiiné chez nf4oi, et qu'avant le départ, on y avait déjeûné. Cette contratîtclïiOn e'êt palpable Si on avait dx-jcûné chez moi, on n'aurcit jus été tfl'jeûner à la bairière de Montreuil, on ne déjeûfft- pas dent fois. On auraitdéjeùné cheznioi avec une côtelette, et on n'aurait pas été manger du fromage à la barrière de Montreuil.

FiEsciii. — Nous avons mangé chez lui un morceau, de très grand matin j mais après l'expérience faite, et si l'on veut j'ea répéterai les détails, nous mangeâmes un morceau à la barrière.

D. Persistez -vous dans cette déclaration?

FiESCHi. — Nous avons pris du fromage de Hollande ou d^ Gruyère chez ce marchand devins. L'on apporta une bouteille de vin rouge; Pépin ou Morcy dit qu'il valait mieux du blanc; on le changea. C'était vers les dix ou onze heures.

D. Il me semble que vous étiez convenu d'êlrc allé chez ce traiteur.

Pepix. — Jamais je ne crois être convenu d'un fait pareil. Je crois me rappeler d'une manière fort confuse avoir dit dans mes interrogatoires qu'un jour je croyais être allé chez un marchand de vins; mais cela se rapporte à la fin de l'hiver ou au commencement de l'été, à l'époque même où Morey parlait de placer Fieschi. Nous bûmes une bouteille de vin aux environs de la barrière du Trône, je ne me rappelle pas bien l'endroit.

D. Je ne me trompais pas sur le fait que vous aviez pris une bouteille de vin avee Morey et Fieschi , mais seulement sur la circonstance.

Pépin. — Je nie le déjeuner; je crois vrai le fait de la bouteille de vin.

D. Voici ce que je lis dans l'instruction. « D. N'êles-vous pas allé un jour chez un marchand de vin de la barrière de Montreuil avec Morey et l'individu que vous connaissiez sous le nom de Bescher?

»R. Oui, Monsieur; j'y suis allé à une époque que je ne puis préciser, mais qui remonte au moins à quatre mois. Me dirigeant du côté des barrières , je rencontrai Morey qui était seul à ce moment-là ; je crois que c'était rue du Faubourg-Saint- Antoine , dans le haut. Il me parla d'un nommé Bescher , que j'avais déjà vu avec lui et auquel il s'intéressait. Il me demanda si je ne ne pourrais pas le faire travailler chez moi , ou tout au moins le placer chez un de mes amis. Je lui avais toujours prorais de m'en occuper ; mais comme cet homme-là ne m'avait jamais inspiré de conllance , je n'avais pas cherché à le placer. Comme je ne paraissais pas me prêter beaucoup à ce qu'il désirait, Morey alla chercher Bescher, qui , à ce qu'il paraît , se trouvait là ou dans les environs, et me l'amena. Nous monta-

mes un peu plus haut et nous entrâmes dans un cabaret où nous prîmes une bouteille devin; je ne sais s'il élaif blanc ou rouge , je ne sais pas non plus s'ils mangèrent quelque chose , moi je ne mangeai pas. »

Vous êtes donc convenu du fait. Il n'y a plus de contestation que sur les dates.

Puisque vous niez ce déjeuner vous n'en avouerez pas la dépense; vous avez donne 12 francs à Fiesclii , en lui disant : Tenez, si vous avez besoin de quelque chose . voilà quelques sous ! N'êles-voas pas au moins convenu , dans l'instruction , qu'une fois, dans le temps que vous cherchiez à placer Bescher, c'est-à-dire Fiesclii, vous l'auriez rencontré de ce cdté-ld avec Morey, et que vous aviez bu ensemble une bouteille de vin ?

R. Fiesclii fait erreur en cela, je ne lui ai pas donne d'argent.

FiEscHi. — Je pei'siste; j'affirme ma déclaration.

Le président. — Pépin, tout à l'heure, en vous parlant de Caraignacetde la correspondance que vous pouviez avoir eue, vous aviez nié lui avoir écrit une lettre dans laquelle vous lui demandiez 25 francs, mais vous n'avez pas nié avoir eu une correspondance avec Cavaignac. Ne lui avez-vous pas écrit plusieurs fois ?

Pepiit. — Je n'ai pas écrit dans ce sens-là..., mais il y a long-temps.

Le PRESIDENT. — Je ne vous dis pas dans un sens ou dans un autre. Je vous demande si vous lui avez écrit ?

R. Je ne me le rappelle pas. Les débats prouveront que l'allégation de Fiesclii est une erreur. Je n'ai pas écrit pour de pareilles choses à Cavaignac.

Le PRESIDENT. — Je ne dis pas que vous ayez écrit pour cette affaire; ce pouvait être pour la dette que Cavaignac avait envers vous. Ainsi, vous niez avoir écrit à Cavaign; c?

R. Je nie avoir écrit à Cavaignac depuis long-temps, depuis deux ans environ.

D. Le connaissiez-vous depuis long-temps ?

R. Je l'ai connu à l'époque où je lui ai prêté ces fonds, sur UHnde i333.

D. N'avez-vous pas su que plusieurs des canons de fusils achetés par Fiesclii manquaient de lumière, et ne vous a-t-il

pas demandé de lui procurer un foret au moyen duquel il pût percer ces canons ?

R. Je ne puis répondre à cette allégalion de Fiescbi que par une dénégation.

D. Quelques avances avaient été faites par Morey à Fieschi, des sommes plus importantes lui avaient été remises par vous, les canons de fusils étaient arrêtés, mais non payés, le jour oiji Tattentat devait se consommer approchait; il était naturel que Morey et vous qui deviez supporter ces dépenses par moitié, vous voulussiez mettre vos comptes en règle. Un rendez-vous ne fut-il pas indiqué eu conséquence, et n'eut-il pas lieu, ea efiet, le 24 juillet?

R. Il n'y a pas eu de rendez-voils. Comment l'aurais-je donné? N'avais je pas cliez moi de grandes localités inoccu* pées où nous aurions pu faire cela? Cela prouve qu'il y a etreur. Il n'y a pas eu de rendez- vous.

D. Cependant il paraît que c'est à ce rendez-vous que les dispositions relatives à l'achat des canons de fusils furent prises ?

R. C'est une grave erreur de la part de Fieschi; il n'a jamais été question de cela. D'ailleurs il y a plus long-temps que je ne l'avais vu.

D. Dans le débfjt soulevé par ce règlement de compte, Morey ne fit-il pas pas observer qu'il avait donné à Fieschi 20 francs d'arrhes du marché des canons, et 10 ou la fr. pour ses besoins personnels j qu'il vous avait, en outre, livré un harnais du prix de 26 francs, et qu'il fallait défalquer ces sommes du compte général ?

R. C'est une erreur de la part de Fieschi. D. Ne proposâtes -vous pas à votre tour de comprendre la somme de 20 fr., qui représentait les fournitures prises chez vous à crédit par Fieschi depuis le mois de mars, dans la somme totale des frais de Tentreprise?

R. Non , monsieur le président,

D. Ce n'est donc pas le lendemain de celle entrevue que Morey remit de votre part à Fieschi les 187 francs 5o centimes qui ont servi , le jour même , à payer les canons de fusil ?

R. M. le président doit se rappeler qu'avant ma confrontation avec Fieschi, il m'avait imputé k fait directement;

il avait dit que c'était moi qui lui avais remis la somiae. Gjnfronté avec moi en présence de M. le président, il dit que c'était Morey qui les lui avait remis, et que Morey, inter* pellé par M. le président , lui avait dit que c'était moi qui les lui avais donnés.

Le président. Fieschi , qu'avez-vous à dire sur celte contradiction 7

FiEscHt. C'était au moment oi^i je n'étais pas décidé à faire ma déclai'ation que je disais que Pépin m'avait donné de l'argent. Si je n'ai pas fait plus tôt mes déclarations , c'est que j'étais malade. De cette tête sont sortis vingt-quatre os. Si l'avais fait des déclarations , aussitôt on en aurait tiré parti contre le goutwnement; on aurait dit que j'étais un homme privé d'une partie de mes sens. Je voulais être rétabli avant de parler; j'amusais le tapis; je disais ce que je voulais. Quand j'ai commencé à dire la vérité , j'ai dit que c'était Pépin qui avait remis l'argent à Morey, qui me l'a remis à moi. C'est la vérité.

Pépin, — Il est à remarquer que Fieschi ne m'avait pas imputé ce fait. Mais il lui est échappé une infinité d'autres erreurs que M. le président a du reconnaître par la suite des interrogations qne je l'ai prié défaire subir, et dans les confrontations entre Fieschi et moi. Ce que j'ai avancé s'est trouvé exact.

D. Quelques jours après cel'e entrevue n'avez-vous pas démontré à Fieschi une liste écrite de votre main, en lui demandant s'il se souvenait d'avoir reçu diverses sommes qui y étaient portées, comme si vous vouliez par là contrôler le compte de Morey ?

R. Je ne puis répondre que par une dénégation.

D. Je vous l'eprésente une feuille de papier sur laquelle se trouvent beaucoup de chiffres qui paraissent avoir été écrits par vous, et I« détail de plusieurs sommes dont le total se monte à 5oo et quelques francs? Reconnaissez-vous ce compte comme se rapportant à l'objet dont je vou« ai parlé tout à l'heure ?

R. Je ne reconnais pas ce ce compte, d'ailleurs il aurait peu d'importance.

D. Je vous représente trois registres qui ont été saisis chez TOUS parmi beaucovip d'autres? Les reconnaissez-vous?

R. Je reconnais ces livres.

D. Sur l'un de ces livres; commençant le 26 mars i834, e* finissant le 27 mars i835, on lit à la date du 6 mars.

« Le barbouilleur, ami de Morey, doit :

» Une fois, une livre trois onces de iVomage 9^ c.

» a** fois, quinze onces .,.. ^5

» 3« fois, deux livres maccaroui, 4 onces de fromage, 55

» En tout, 2 fr. 25 c. »

Reconnaissez-vous la mention de ce crédit comme étant applicable à Fieschi.

Pépin. — Quand j'ai été interrogé par M, le président, je lui ai toujours répondu la vérité , quoique à mon préjudice. Je n'ai jamais nié avoir ouvert un crédit à Fieschi , puisque j'y avais autorisé mon épouse. Il est possible que ce crédit lui fût imputable. Interrogé par M. le pi'ésident sur ce fait, j'ai dit aussi que j'avais donné quelques pièces de monnaie à Fieschi ; et cet argent donné se trouve aussi dans quelqu'un de ces livres.

D. Je vais vous lire les autres articles pour que vous voyez si vous les reconnaissez. Sur le même livre on lit, sous le nom du peintre en papiers :

a 1° A la date du 1 5 mars , une fourniture de 2 f. 5o c. pour une bouteille d'eau-de-vie de Montpellier et une demi-livre de figues;

» 2° A la date du a5, 5 fr. argent prêté j

» 5° A la date du 27, une bouieille de cognac de trois demisetiers . sans indication de prix. »

Sur un autre livre couvert en papier bleu , on trouve sous le nom du peintre en papiers :

1° A la date du 4 avril , une fourniture de 3 fr. pour du riz, du beurre, du sel , du poivre , du vermicelle , du sucre et du fromage ;

» 2° A la date du i8 du même mois, une fourniture de gS cent, pour du fromage, du café et du sucre. »

L'ensemble de ces fournitures forme un total de i4 francs 95 centimes , non compris les 5 francs prêtés et les objets dont le prix n'est pas marqué. Quelle explication avez-vous à donner sur ces divers crédits?

Est-ce bien à Fieschi qu'ils s'appliquent ?

R. Je ne pourrais pas préciser; mas je le pense bien.

D. Sur la dernière feuille de l'un de ces livres , on lit distinctement ces mots , quoiqu'ils soient rature's : Bescher , i5o fr. Au dessus de ces mots , on distingue ceux-ci , qui sont écrits avec une encre plus noire, et qui sont e'galement raturés : Plus pour bois , loyer, ô8 fr. 5o c. Ces deux sommes sont réunies par une accolade, à la droite de laquelle on lit : ensemble , 2 1 8 fr. 5o c. Reconnaissez- vous cette mention qui est évidemment d'une autre main que le corps du livre , comme ayant été écrite par vous?

R. Oui, Monsieur le président.

D, Avez- vous réellement remis ces sommes à Fieschi?

R. Non, je ne les lui ai pas remises. La preuve, c'est que si je les lui avais remises, elles se trouveraient aussi reportées dans l'intérieur du livre. Quand je fus interrogé par M. le président sur les sommes et les articles inscrits^ je répondis affirmativement. Mais je n'ai reconnu suffisamment lui avoir donné cette somme pour deux motifs. Si je la lui avais donnée, elle se trouverait sur mes livres, et ensuite parce que je me rappelle ne la lui avoir pas donnée.

Le pkésident. — Mais cela y est écrit.

Pépin. — Il se peut que Fieschi m'ayant demandé de l'argent à emprunter, j'aie jeté cela sur vme dernière feuille qui, du l'esté, est destinés à prendre des notes, soit aux marchandises à livrer, aux adresses des personnes qui viennent offrir des marchandises. Il est évident qu'il se peut que si Fieschi est venu me demander à emprunter de l'argent, j'ai pris note de la somme qu'il lui fallait pour le tirer d^embarraSj lui et sa femme.

Le présideht. — Un négociant n'inscrit par sur des registres ses projets d'emprvmt ; il inscrit seulement les affaires faites. Il n'y a pas d'autres projets d'emprunt sur ces registres que j'ai parcourus. Il n'y a toujours que des sommes réellement données.

Pépin. — 11 se peut que Fieschi soit venu demander cette somme à emprunter avec le compte tout fait de ce qu'il lui fallait pour se tirer d'embarras, lui et sa femme, pour payer par exemple le loyer que sa femme devait^ son boucher, etc. que j'aie pris note de cette indication pour réfléchir sur la réponse que je lui ferais. Mais à cette époque, comme Fieschi me fît l'effet d'un homme qui devenait importun, que je voyais

i58 qu'il y avait chez lui détour, je réliminai de ctez moi. C'est sans doute pour cela qu'il se livre contre moi à des imputations, comme la cour à pu le remarquer hier.

Le président. — Quand on vient demander une somme à emprunter, on ne l'inscrit pas sur ses livres. Si celte somme se trouve inscrite sur votre livre de crédit, c'est qu'elle se rapporte à des dépenses certaines qui y sont expliquées. Reconnaissez-vous l'emploi de l'argent ?

R. Si j'avais ouvert ce compte à Fieschi , on retrouverait cette somme dans l'intérieur du livre ; vous ne la voyez pas figurer; d'ailleurs, dans un interrogatoire devant M. le président , Fieschi est convenu m'avoir demandé une somme à emprunter.

P. Cela se rapporte à une époque de beaucoup antérieure et qui n'a aucun rapport avec celle-là.

R. Je répète que sans doute Fieschi est venu avec son compte établi. Il devait savoir ce qu'il lui fallait pour se tirer d'embarras. Je crois qu'outre certaines dépenses qu'il m'expliqua, il me dit qu'il lui fallait du bois pour faire un métier.

J), Comme cette somme ne l'entrait pas dans les affaires de votre commerce, il est tout simple que vous ayez tiré cette somme hors ligne , que vous l'ayez placée dans une autre partie de votre registre.

Pepiî?. — Toutes les dépenses, mêmes ëtrangèi'es à mon commerce , sont inscrites sur mes livres.

Le PEESiDFNT. — Fieschi, persistez-vous à dire que cette somme vous a été remise par les mains de Pépin ?

l'iBscHi. — Oui , Monsieur.

TPepin. — Si j'avais prêté véritablement la somme à Fieschi, ainsi qu'il le dit, ce serait sur mes livres.

Morey demande à M. le président la permission de quitter l'audience.

Le PRESIDENT. — La séance va être suspendue pendant un quart d'heure,

A quatre heure et dix minutes la cour rentre en séance.

M. Martin (du Nord). Je demande à M. le président la permission d'adresser quelques questions à Pépin.

Pépin, on vient de vous présenter un registre; vous avez

i59 dû examiner les deui lignes qui y sont insa-ites ; ce« deux lignes sont-elles de votre écriture ?

Pepiw. -^ D'après tout ce qu'en dit M. le rapporteur , elles doivent être de mon écriture.

M. Martin (du Nord). Il ne s'agit pas de M. le rapporteur ; il s'agit de savoir Sii vous les reconnaissez pour être de votre écriture.

Pepiît. — Je les reconnais.

M. Martin (du Nord). Je vous demanderai si vousarez jamais donné à Fieschi une somme de l5o fr. une fois et une de 68 fr. 5o une autre fois.

Pépin. -^ Non, j'en suis bien sur.

M. Martin (du Nord). Je vous demanderai pourquoi vous avez écrit sur votre livre i5o fr. et plus bas 68 tr. 5o c, ensemble 218 fr. 5o cent.

Pbpin. — J'ai eu l'honneur de m'expliquer tout à l'heure à M. le président; je vais répéter, si vous le désirez.

Fieschi se sera présenté chez moi pour me réclamer l'em-» pt'unt d'une somme de 218 fr. 5o c.j il m'aura fait le détail qu'il avait pre'paré auparavant^ et j'en aurai pris note de ma-nière à lui faire réponse. Il paraît qu'entre la demande et l'époque où je devais lui faire réponse, j'ai appris ce que c'était que Fieschi j c'est ce qui m'a déterminé à ne pas lui faire ce prêt, puisque je suis obligé de déclarer que je ne lui pas prêté.

M. Martin (du Nord). — Je ne vous demande pas s'il serait possible que la chose fût ainsi. Je vous demande de recueillir TQS souvenirs, de déclarer d'une manière positive pourquoi ^tous avez écrit les deux lignes. Je vous rappellerai que lorsque TOUS fûtes interrogé par M. le président, vos souvenirs étaient confus; vous ne conceviez pas cette insertion sur vos livres, vous demandiez à recueillir vos souvenirs 5 vous dîtes que lorsque vous vous rappelleriez pourquoi ces lignes avaient été éerites, vous le diriez. Aujourd'hui que vous avez dû porter toute YtOtre attention sur ce lait important , j^e ne vous demande pas s'il est possible que cela soit de telle ou telle façon ; mais pourquoi vous avez écrit) ces deux lignes.

Prpi». — Je viens de dire que j'aurais écrit ces deux lignes pour en prendre note, et savoir si je devais faire le prêt à Fieschi.

i6o M. Marti» (du Noi'd). Vous vous rappelez donc aujourd'hui que vous avez voulu tenir note d'une demande de prêt. Ce n'est plus une probabilité, un liypothèse, c'est une certitude pour vous ?

Pépin, — Oui, M. le procuveur-gene'ral.

Martin (du Nord). — Comment se fait-il que lorsqu'on vous demande de l'argent à prêter, vous inscriviez sur vos livres une telle demande, non pas cooirae une demande de prêt , mais comme une somme qui aurait e'té payée?

Pépin. — Cela s'explique par cela même que cette inscription est faite dans la catégorie des adresses sans ordre , au milieu de notes de marchandises à fournir^ il résulte de là que je In'ai pas prêté cette somme à Fieschî.

M. Martin (du Nord.) — Votre livre présente cette particularité, que la plus grande partie du registre se trouve remplie de notes relatives à des marchandises vendues 5 que la fin du registre, comme celle de tous les autres , paraît relative à des notions particulières soit d'adresses , soit de sommes payées. On ne comprend pas comment, quand on vous fait une demande de prêt de 218 fr. 5o c, ou plutôt en deux fois de i5of* et de 68 fr. 5o c, et que vous avez noté jusqu'aux 5o centimes. Au contraire, on conçoit que si vous avez payé une dépense faite par Fieschi, vous y avez compris les 5o centimes, et que vous ayez noté le total de la somme payée , par francs et pav centimes.

Pépin. — Cela s'explique parce que Fieschi se sera présenté diez moi avec le compte tout fait de ce qu'il lui fallait pour secourir sa femme et lui-même. J'en aurai pris note sur mon livre.

M. Martin (du Nord.) — Avez-vous le compte de Fieschi.

Pépin. — Je l'ai vu à la fin du rapport.

M. Martin ('du Nord.) — Vous avez dit que vous aviez recueilli vos souvenirs, et que c'était une demande de prêt. Vous dites que s'il y a eu même des centimes, c'est parce que Fieschi s'était présenté à vous avec une note toute faite des dépenses qui lui étaient nécessaires. Je vous demande de quoi se composait cette note, et de vous expliquer sur ce que veut dire cette première notation de i5o fr. Pourquoi ces i5o fr.?

Pépin. — Pour secourir et son épouse et lui-même, le mettre

i6i en position de travailler à son e'tat. Il me dit, je crois, qu'il

était tisserand , qu'il lui fallait un métier pour travailler , et ainsi se mettre à l'abri du besoin.

M. Martin (du Nord.) — Il vous a donné des détails bien exacts, puisque vous êtes arrivé à 2i8 fr. 5o c.

Pépin. — Apparemment , puisque cette somme se trouve ainsi relatée.

M. Martin (du Nord). — Avez-vous une note dans laquelle Fieschi établissait comment cette somme de 218 fr. 5o c. lui était nécessaire? Je vous demande pourquoi ces i5o fr. avaient été demandés par lui, quels sont les motifs donnés par lui.

Pépin, — Il m'a allégué qu'il lui fallait celte somme pour sa femme.

M. Martin (du Nord). — Et les 68 fr. 5o c. Pépin. — Apparemment pour lui.

M. Martin (du Nord). — Vous avez écrit pour bois et loyer.

Pépin. — C'est pour son métier, pour lui et pour sa femme. M. Martin (du Nord). — Avez-vous lu la note de Fiesclii? Recueillez vos souvenirs.

Pépin. — Fieschi ne m'aura pas fait voir sa note. Il aura dit : Voilà la somme qu'il me faut. Apparemment, il n'avait pas lu la note, ou s'il avait lue, il me l'aurait dictée étant derrière, pendant que je la transcrivais à mon bureau.

M. Martin (du Nord). — Pourquoi deux lignes dont l'une : Bescher, i5o fr. et l'autre : plus, pour bois et loyer, 68 5o? Pépin. — Je ne puis pas trop m'expliquer pourquoi. M. Martin (du Nord). — Est-ce que Fieschi vous a fait deux demandes de prêt à deux époques difïérentes? Pépin. — Non, c'est en une seule fois. M. Martin (du Nord), — Pourquoi deux énoncialions? Pépin. — Il m'aura fait son compte; les 68 fr. 5o c. étaient pour lui, elles i5o fr, étaient pour son épouse.

M. Martin (du Nord). — A quelle époque vous dumanda-til cette somme?

Pépin. Je ne sais; il venait encore chez moi à cette époque. C'est par le motif du refus qu'il s'irrita contre moi , et que je le renvoyai.

M. Martin ^duNord). — - A quelle époque?

P£ri?i. — L'explication? iï'est très possible que cette somme

ait été demandée en deux fois, mais je ne le crois point

Indubitablement, c'est en une fois.

M. Martin (du Nord). — La chose est assez importante pour que vous vous en souveniez. Vous reconnaissez que c'est vous qui avez écrit ces lignes. Je vous demande pourquoi? PEPfN. — J ai eu l'honneur d'expliquer cela à la cour, M. Martin (du Nord). — Vous avez dit que c'était eu une fois que la demande de prêt avait eu lieu. Il n'est pas naturel que les deux lignes soient d'encre différente?

Pépin. — J'ai pu tremper d'abord ma plume dans la fiole d'encre ; bien chargée elle aura marqué bien noir , et un peu plus bas marqué moins. La preuve que je n'avais pas de motifs de nier, c'est que dans toutes les questions j'ai avoué le fait. D'ailleurs, comme Fleschi avait reconnu m'avolr emprunté, je n'avais aucun motif de nier.

M. Martin ( du Nord. ) — Fieschl déclai'e que vous lui avez donné la somme.

Pfepm. — Ce ne sont pas la mes principes. A cet égard, étant au secret, j'ai dit à M. le président : prenez des informations auprès de tous ceux qui m'entourent. Si quelqu'un de ceux qui me connaissent peuvent m'imputer un pareil projet, je subirai les conséquences de tout ce qui pourra m'arriver.

M. Martin (duNord). Pourquoi avez - vous ratmé ces deux lignes?

PïpiN. Ce n'est pas mol, ce doit être mon épouse indubita^ blement.

M. Martin fduNordj. Comme dans ces deux lignes écrites, il est question d'un loyer payé par une partie de cet argent, ce serait la continuation d'un fait que vous avez nié; si vous avez payé le loyer de Fiesclïi , vous deviez savoir où il se trouvait situé.

J'ai résumé la chose qui est le plus à votre charge dans cette circonstance, parce qu'elle est infiniment grave.

M. Martin («lu Nord). Vous avez dît que c'était un emprunt proposé par Fieschi. Or, déjà il vous a été parlé du carnet de ce dernier , écrit par lui bien avant l'attentat. Au bas d'une page se trouve renonciation de différentes sommes, au nombre desquelles se trouve celle de 218 fr. 5o cent.

i63 Vous avez remarqué que le total de deux lignes de votre registre est aussi de 218 fr, 5o cent. Fieschi, interrogé, a déclaré que vous lui aviez donné cette somme en deux fois. Fîesclii cherche à se rendre compte de ce qu'il a fait. Il a noté qu'il a reçu 218 fr. 5o cent. Comment se fait-il que ce n'eûtété là qu'une simple proposition d'emprunt que vous auriez repoussée?

PÉPI3V. D'abord ce ne peut pas être autre chose que ce que j'ai eu l'honneur d'expliquer. J'affirme ce que j'ai dit;. Fieschi lui-même, qui ne m'a jamais ménagé, la cour l'a vu, ?». avoué le fait qu'il me demanda à emprunter cette somme. Quand je fus interrogé par M. le président sur cefait,jîï n'avais aucun motif de nier le chiffre de la somme si je 'avat-î prêtée.

M. Martin (du Nord). Le fait déclaré par Fieschi, c'est qin les i5o fr. lui avaient été remis par vous pour payer le mobilier qui devait être placé dans le logement du n. 5o. D'unauTrc côté, les 68 fr. 5o cent, devaient être le prix du loyer etwin. bois. Vous avez donc un grand intérêt à nier ces faits. Mais "<*pendantFieschi, qui a toujours dit la même chose retativem'Ht. à ces deux sommes, ajant noté sur son carnet qu'il avait r<"<jti les 218 fr. 5o cent., se trouve, par ce fait écrit par lui antérieurement à l'attentat , en opposition formelle à votre déclaration d'une proposition d'emprunt.

Pépin. Je ne connais pas le carnet de Fieschi. Je répéterai rjùc je suis certain de ne lui avoirpas prêté cette somme. J'e n'arais d'ailleurs aucun molif pour nier de la lui avoir prêtée.

M Martin du (Nord.) Je viens de vous dire les motifs pui'^sans qui devaient vous déterminer.

Pefin. Qnant aux allégations de Fieschi, vous savez coî-ibien il y a d'erreurs bien reconnues. H a prétendu un jour qu'îi ve • liait chez moi prendre des outils pour la confection de la machine. Pris à l'improviste, je ne savais que répondre. Rentré diez moi, je me dis : pour détruire cette allégation, je n'ai qn'à lui demander où se mettaient les outils. J'eus l'honneur de f-tlra poser la question par M. le président. Fieschi ne sut qu' répondre. Il dit : Je n'ai pas pris d'outil chez vous, je n'ai pHs qu'un burin. A ce mot de burin, comme j'ai travaillé d.^ps [9 fer, et c[ue j'ai trempé des burins, je lui demandai comment

était ce burin. Il dit qu'il avait cinq pouces et demi de fer et deux pouces et demi à trois pouces de manche. La cour pourra savoir que jamais un burin n'a de manche j s'il y avait un manche, comme cela sert à couper le fer à force de coups de marteau, le manche sauterait tout de suite en e'clats. Il ajouta de plus, comme il savait que je vendais des couleurs, qu'il y avait de la couleur à ce burin.

M. le président sait aussi que Fieschi prétendait à être l'inventeur d'une machine à broyer. Quand je fus interrogé sur ce fait, je ne sus que répondre. Fieschi voulait prouver qu'il était inventeur, qu'il avait des procédés particuliers, et qu'il était en parfaite intimité avec moi. Il s'imagina de l'idée de dire : « J'ai » construit pour M. Pépin, ou plutôt je lui ai donné l'idée de » construire une machine à broyer les couleurs. Je lui en ai • fourni le modèle ; il s'en est emparé et en aprofité. »

H voulait me faire passer devant M. le président pour un homme qui aurait voulu profiler de l'industrie d'un malheureux ouvrier. Je ne savais que répondre à de pareilles assertions. M. le président eut l'obligeance de dire à Fieschi défaire seulement le modèle de la machine dont je me serais emparé. Fieschi fit en effet un modèle identique à ma machine, à l'exception cependant qu'il y avait quelques cylindres de moins. Je l'interrogeai sur le mouvement de cette machine : il répondit assez mal, il ne savait plus que répondre. Il a fini par dire: Voilà le modèle que j'ai fait à M. Pépin, je ne sais pas s'il l'a fait exécuter. Que voulez-vous, M. le procureur-général, qu'on réponde à de pareilles allégations ? Je devaisme trouver anéanti. Quand on voit que Fieschi fait des erreui's comme ça, avec un sang-froid parfait, on est interdit.

M. Martin ( du Nord ). — Vous expliquez [^des faits indifFérens ; mais quand il s'agit de faits importans , vous éprouvez beaucoup d'embarras pour vous mettre d'accord avec les énonciations du carnet de Fieschi, qui repoussent la vraisemblance d'une proposition d'emprunt que vous alléguez.

R. Je ne puis donner d'autres explications que celles que j'ai déjà eu l'honneur de donner. Ce qu'il y a de certain, c'est que si les sommes avaient été prêtées à Fieschi, on les trouverait rapportées avec les dates dans l'intérieur du livre : on y trouve beaucoup de sommes prêtées.

g[D. L'intérieur de votre registre ne rapporte que des énonciations relatives à des marchandises vendues. Il ne faut donc pas dire que cette somme aurait dû être porte'e dans l'intéiieur de votre registre.

Pépin. C'estce qui prouve bien que si j'avais prêté ces sommes, elles seraient portées dans l'intérieur.

M. LE PRESIDENT. Il y a uu fait sur lequel Fieschi n'a pas été inexact et qui est très important. Fieschi avait déclaré que vous lui aviez donné cette somme à l'époque où vous vouliez terminer la machine. Il dit que cette somme devait être portée sur un registre qu'il désigna parfaitement. A cette époque, vos registres n'étaient pas saisis ; ces registres furent saisis, et c'est sur cette déclaration de Fieschi que la recherche qui a été faite sur vos registres a conduit positivement à l'endroit que Fieschi avait désigné, et où l'on a trouvé effectivement inscrite la somme comme il l'avait indiqué. Je vous ai faitmoi-même la représentation des registres, en présence de Fieschi, vous confrontant l'un à l'autre. Vous ne pouvez pas avoir oublié cette importante circonstance.

R. Il se peut que Fieschi, sachantpour quel motif, ou ayant plus de mémoire que moi, se soit rappelé parfaitement qu'il m'avait fait écrire sur une des feuilles de mon livre ; mais lorsque je ne savais pas que j'eusse écrit cela sur ce livre, jen'hésitai pas quand vous m'intetrogeâtes à indiquer ces sommes que je lui avais prêtées : c'est une fois 5 francs, peut-être deux fois lofr. II me promettait toujours de me payer ces sommes quand son ami Janod, que je ne connaissais pas, lui aurait remboursé une somme de 700 fr., qu'il lui devait. Fieschi a vu que j'avab le cœur généreux, facile à obliger j il a reconnu d'ailleurs m'avoir demandé une somme à emprunter.

D. Ne confondez- vous pas deux choses très-distinctes ? Quand Fieschi a commencé à venir chez vous , il était alors brouillé avec la femme avec laquelle il a vécu pendant longtemps. Cependant ilparaît qu'il n'avait pas perdu toute idée de se rapprocher d'elle. C'est dans cette pensée qu'il avait cherché à emprunter une somme d'argent j il espérait, en venant au secours de cette femme , amener la réunion après laquelle il semblait soupirer. Cette somme, vous ne l'avez pas prêtée j mais elle vous a été demandée long - temps avant

I époque où a pu être faite sur voti'e registre l'inscrlptioa de ti somme que vous auriez payée. Cette somme avait uu but ii.,*îit-à-fait diffe'rent de celle portée sur votre registre. Celle- I i est parfaitement détaillée , et les circonstances de ce déi^til ne laissent aucun doute sur le moment où elle a été dé- ■fciandée.

Q, Dans votre dernière confrontation avec Fieschi , tous a»cz désiié que le magistrat instructeur l'interrogeât sur la ^ViCStion de savoir combien vous lui auriez donné d'ai'gent , €t combien à la fois. Fiesclii a répondu à cette question , en «jijtrant dans les plus grands détails sur la quotité de chacune tieî sommes qu'il aurait successivement reçues , soit de vous <îii cctement , soit de Morey , par votie ordre j il a indiqw,î le lieu, la date du joui* où chacun de ces paiemens lui auicût été fait, et le motif pour lequel il aurait eu lieu. A tes déclarations si positives et si nettement articulées , 1rot\ j n'avez opposé que des dénégations timides et embarjrafôi.;»8, vous réservant toujours de donner, en temps utile, des explications plus satisfaisantes, et de prouver, quand vos esprits scraii^nt moins troublés, quand la présence de cet liomuie vous causci-ait moins d'effroi , que ses allégations, à votie^gard, sont mensongères. Aujourd'hui, devant la cour des p,iirs, vous ne devez avoir d'autre crainte que celle de paraître coupable des faits qui vous sont imputés ; et si vous avez quelques moyens de confondi-e votre accusateur , vous devez les faire valoir avec calma et en toute assurance ^ R. Les débats feront voir que je n'ai parlé qu'avec l'expression de la vérité. Je suis même convenu des faits les plus graves , qui pouvaient me conduire fort avant. Je n'ai jamais dénié tout ce qui était vérité. Je savais ne pas avoir prêté cette souîme à Fieschi, j'ai dû répondre que je ne l'avais pas prêtée.- Je n'avais pas présente à la mémoire l'indication qui avait été faite. Si l'on a bien regardé le registre , on a dû y voird'autres indications du même genre. Tout ce que je puis dire et répéter, c'est que je n'ai pas prêté cette somme i'ieschi.

Le PRÉsTDEPîT, à Fieschi. — Qu'avez-vous à dire. Fieschi. — Pcpin vient de dire qu'il m'a doon^éS fr , lofr ao francs 3 vou? vez tiouvédans ses ivgisties uve note ^ui

ma donné 5 fr. ; mais les 10 fr. , les 20 (w où sont-ib? Lorsque je parlai à Pépin que j élais embaiiasse' avec la femme avec laquelle je vivais, je lui disque je voudraisJivouver quelqu'un pour me prêter une certaine ioinme , sans dire combien. Pe- JMU ne me repontlit pas grand'chose , et je n'en parlai plus. J'abandonnai la ft:mmej mais moi et Pépin nous n'avous pas abandonné nos projets. L'argent rcçudti Pépin , c'est pour le loyer, le bois, et les armes. Les 5 fr. fureat marqués sur la , note de la dépense de comestibles • il m'a donné aussi , et en difierentes fois, 4o fr. Mais l'argent louché pour les armes , le bois et le loyer, quarnl j'ai vu qu'il le marquait sur «on ; registre, je lui ai dit: Pourquoi marquez vous cela? votre femme le verx'a.

PEriN. — Il n'aurait pu me faire cette observation, puisque mon épouse ne le connaissait pas.

FiESCBi. — Concernant le ciseau ou burin, on sait bien qu'un ciseau à froid pour couper le fer, c'est un ciseau qui n'a pas de manche de bois. Je suis été avec lui rue de Bercy, à sa succui*sale qu'il appelle son matiége , il m'a dit qu'il avait un burin , et il me le prêta. Je fus chcï Lesage , Lesage est afppelé pour témoin, j'espère qu'il sera assez juste pour déclarer qu'il m'a vu ceciseau. Il m'a demandé à qui il était: je lui ai dit qu'il appartenait à Pépin Concernant à la couleur, je travaillais aussi de la couleur , j'étais imprimeur sur papier peint ; je déclare que sur le manche du ciseau il doit y avoir de la couleur. Je rendis ce ciseau à Pépin.

Pépin. — Toujours est -il que Fieschi s'est trompé quand il a dit qu'il avait pris tous ses outils à la maison.

D. Il a été constaté par les aveux de Fieschi et par l'exa- Bâen qui a été fait, avec beaucoup de soin, de toutes les parties de la machine, que la traverse de bois sur laquelle les culasses des canons de fusil étaient posées, pouvait, aa moyen de vis qui la retenait, s'élever ou s'abaisser à volonté, suivant la direction qu'on voulait imprimer à ces canons. N'ayail-il pas été convenu entre Morey, Fieschi et vous , que vous passeriez à cheval sur le boulevard , devant les fenêtres de Fieschi, le lundi 27 juillet , à sept heures du soir, afin qu'il pût ajuster le pointage de sa machine? Une indisposition qui vous serait subitement survenue, ou la crainte

de vous compromettre en vous montrant sur le lieu ntéme où l'attentat devait se consommer le lendemain , vous ayant empêché de tenir la promesse que vous aviez faite à Fieschi et à Morey, n avez-vous pas prêté un cheval à Boireau , et ne l'avez-vous pas envoyé à votre place sur le boulevard, afin qu'il pût servir de point de mire à Fieschi?

R. Je ne puis répondre à cette allégation de Fieschi que par une dénégation. Les débats, du l'este, prouveront que cette allégation n'est qu'une erreur. Je n'ai pas vu Fieschi bien antérieurement à cela.

D. Cependant Fieschi déclare que cette circonstance , qu'il ignorait, lui a été révélée le soir même par Boireau, que vous prétendez ne pas connaître, et qu'il affirme , lui, avoir conduit chez vous. De plus, la déclaration de Fieschi est confirmée par la déposition d'un témoin auquel Boireau aurait confié, le 27 juillet, qu'il devait passer sur le boulevard au pas , au trot et au galop , pour faire la lépétition du pointage de la machine 5 qu'il irait à cet effet chercher un cheval dans une écurie dont il saurait bien trouver la clef , et que le propriétaire de ce cheval , ou celui qui le lui procurait, était un épicier. Qu'avez-vous à dire?

R Je ne puis répondre à cela que par une dénégation.

Le PBÉsroEzïT, A Morey. — Vous avez entendu ce que je Tiens de dire, avez-vous quelque connaissance de cette démarche de Boireau? Savez- vous qu'il a passé à sept heures sur le boulevart à la place de Pépin ?

Morey. — Non, Monsieur.

Le président, a Pépin. — Cette dernière déclaration n'est pas la moins grave de celles que Fieschi à faites contre vous. Il vous a accusé dans l'instruction • il persiste à vous accuser aujourd'hui. Dans cette situation, vous ne pouvez vous faire au, cun scrupule de dire sur Fieschi, sur ses l'clations, sur les confidences qu'il vous aurait faites, sur les intentions plus ou moins coupables qu'il vous aurait exprimées, tout ce que vous pouvez savoir. Si au lieu d'avoir été séduit par vous , il avait abusé de la terreur qu'il vous inspirait pour vous entraîner dans des démarches dont vous n'auriez pas d'abord prévu toutes les conséquences ; si vous aviez été la victime d'odieux conseils ou l'instrument d'hommes plus éclairés et plus puissans que vous, qui abusant de votre crédulité et de votre lai-

16$ blesse vous auraient précipité dans le crime pour l'exploiter en cas de succès, votre intérêt et votre devoir seraient de révéler à la justice les violences dont vous auriez été l'objet , on les intrigues coupables qui se seraient agitées autour de

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