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Fr LE TRIAL AE
les dépositions données devant le magistrat à St. Hyacinthe, et ‘devant le coroner.—Je ne connais pas les autres dépositions.
OCTAVE MAURIC:, déjà entendu.—Je ne sais pas s’il ya eu des chandelles éteintes, le soir du 2 avril, chez Laflamme, du moins pendant que j’y étais ; j’y suis demeuré pendant 10 à 12 minutes, de 94 à 10 heures ; je n’v ai pas vu Lusignan. : NARCISSEST, GERMAIN, déjà examiné.—Je passe sur le “Pont Biron, presque tous les jours ; je sais que le 2 avril dernier, entre la 2e et la 3e arcade, il-y avait un banc du garde-corps ‘démanché. S’ai toujours connu le prisonnier pour un pauvre homme ; après son arrestation je suis allé à la police, le voir, Il m'a dit en pleurunt “ Je n’ai jämais été aussi mal qu'à présent ; je n’ai pas même un sou, pour m'acheter du tabac.” Il m'a chargé de vendre son fusil, en me disant : “ Je ne laisse qu'un un pain à ma famille, et encore c’est un pain qu’on m’a donné.” —J'ai vendu son fusil quatre piastres ; j‘ai été lui porter l‘argent etil m'a dit: ‘“ Donnes- moi seulement un écu, et porte le reste à ma famille.” Après le 2 avril, j‘ai vu Beauregard ramasser des écorces ; près d’un moulin, le meunier l'a envoyé.—J‘ai ensuite vu ses enfants ramasser des écorces.—Le dimanche qui a suivi le 2 avril, j‘ai joué aux cartes avee le prisonnier ; il s‘est ‘endetté d‘un louis, mais il n‘avait que 36 sous.
Par M. Johnson ;—Il dit {a même chose, relativement au pont, que ce que l‘on a déjà eu au commencement de l‘examen en chef.
VENDREDI, le 14 octobre 1559.
On procède de suite à l’andition des témoins dont les nom. suivent, et qui déclarent que tout en considérant que le témoin Lusignan est un iviogne,ils n’hésiteraient pas à le croire sous serment :
L’hon. Dessaulles, M. Leclaire, M. Starnes, Dr. Malhiot, MM. Pagé et Guernon.
Après une seconde et courte adresse des Avorats de
la défense sur la crédibilité du témoin Lusignan,
M. JOF YSON se lève, et au nom de la couronne. adresse la parole au jury. Son discours, admirable d’éloquence et de raisonnement, fit une impression profonde sur tout l’auditoire. Il dit ‘ qu’il a éte fait contre le prisonnier une preuve directe corroborée par une preuve de circonstances ; il montre avec force l’évidence qui résulte de ces deux preuves réunies, et prétend que le jury ne peut arriver à une autre conclusion que celle-ci : l’infortuné Charron est tombé victime de la cupidité du prisonnier à la barre. Les témoignages des mèdecins établissent clairement et positivement que ‘e
étunt a été d'abord tué, puis ensuite, jeté à la rivière. Lusigi an fournit les détails du crime. Il a vu tuer Charror, etquoiqu’il ne puisse dire le nombre de coups infligés s'r la tête du défunt, ce qu’il « vu est suffisant pour établir la culpabilité du prisonnier; et sa déposition est pleinement corroborée par la preuve de circons-
tances produite. À la vérité, c’est un témoignage suspect, mais étant corroboré comme il l’est, il a tout le crédit qu’il pourrait avoir !
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BEAUREGARD. 41 sans le soupçon de complicité qui est attaché au témoin. Le savant avocat exhorte le jury à peser la terrible responsabilité de sa charge-
‘On a essayé ” dit l’éloquent orateur ‘‘ à exciter vossympathies en faveur du prisonnier à la barre ; et vraiment, s’il fut jamais un homme digne de pitié, c’est bien celui qui se trouve dans !a position du prisonnier, chargé d’un crime, le plus révoltant, le plus froidement médité et le plus cruel que l’on puisse: rencontrer dans les annales du crime.
.. 4 Mais, d'un autre côté, ne doit-on rien à la mémoire de l’infortunée victime dont le sang crie. vengeance du fond de la tombe où elle est enfermée ? Ne doit-on rien aux intérêts de la société, à la protection de la vie publique, au châtiment des meurtriers et à la répression du crime,
‘ La défense a essayé de vous faire croire que les blessures et les contusions qui ont. été, remarquées sur la ‘ête et sur la figure du défunt, étaient l’effet des pierres qui se trouvent dans le lit de la rivière.
. Mais, messieurs, seraient-ce donc des pierres inertes qui auraient poussé ce douloureux cri de détresse et d’angoisse. ‘ Ne me tue pas, ne me tue pas ?” Est-ce don: cela qui a fait arrêter la montre du défunt justement à l’heure ou l’on a prouvé que cet acte atrocc a été consommé ? Sont-ce es roches qui ont donné l’alarme à ce grrr animal, dont les aboiements ont été entendus par sept ou
uit témoins, qui donna le signal de la détresse en allant et revenant
du câté de la rivière où le cadavre de la victime avait été jeté 17... “eva. :"-ce les pierres qui auraient fourni au meurtrier, le, gain in-
{aine ue son crime, qui auraient donné au prisonnier la moitié de
l’argent du malheureux Charron, dont il a été trouvé en pos-
session, d'après une preuve évidente.
‘4 Je le dissincèrement ; plût à Dieu que cet homme eut été trouvé innocent du crime dont on l’accuse! Plût à Dieu que les jurés n’aient pas eu à remplir le pénible devoir qu’ils devront bientôt accomplir! J’aurais été heureux de voir, dans la cause, l’ombre même d’un doute dont on eût pu donner le bénéfice à l’accusé ; mais il n°y a pas même l’apparence d’un doute, et le seul verdict que vous puissiez rendre, pour la satisfaction de votre conscience, est, malheureusement, de déclarer le prisonnier coupable sous les circonstances les plus aggravantes.”? 23
Le prisonnier, dont la contenance avait extraordinairement changé depuis le com:re1cement du procès, devint à ce moment, pâle et hagard ; 80: rer1 inquiet et troublé annonçait qu’il était en proie à une vive 6.1 Cependant, il réussit à comprimer son trouble et sa figure rep: i sa froideur habituelle.
Son honneur le Juge Aylwiu donna alors sa charge, après quoi il fit la lecture de tous les témoignages, en français ei en anglais ; ce qui occupa la Cour depuis une heure. A. M. vendredi, jusqu’àu lendemain à 2 heures de l'après-midi. Voici un résumé coucis de de cette charge.
Messreurs pu sunv.—Je dois maintenant vous dire ce que j’ai déjà dit, cue cette cause a pris plus de temps qu’aucune autre cause criminel}: gui soit à ma connaissance. Un grand nombre de témoins'ont 42 examinés, et une multitude de choses plus ou moius
relatives à la cause, ont été dites devant vous ; et je concours certal-
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L |: nement dans la remarque faite :par M: Johnson, que malgré les : s6 sa | à nombreux témoignages qui ont été entendus, les faits sont peunom- ris di breux. Méssieurs, vous avez été enfermés, depuis: 8 jours; dans ’aub | cette cour, mais cé sera pour vous une consolation de penser qu’il est p 4 est impossible de rendre à la société un plus grand sérvice que de . } aussi l: s’enquérir de tous les faits qui se rattachent à une accusation d’ho- : E Ceux i midiQu: 562 1'TPIS PASTON GP TOUR AT 2 HV LE DD Sn manc Vous devez considérer, messieurs, qu’en votre qualité de Jurés, : À soin: ù vous avez àn devoir à remplir à l’égard de la société et'que. vous: E viren | servez à la protection de ses membres. aussi bien que-de vous- : E du pr è | mêmes, C’est un des plus grands avantages de la société et de :la | cond civilisation, que de jouir de‘la vie et dela propriété et d’être pro- . À défur . tégé däns l'exercice de ses droits. : gr oi ce 7 EE polie ous êtes ici pour décider du sort d’un être humaim: par la loi | acte c de ce pays; le plus riche comme le plus pauvre ont également le E été: droit. quand la vie ÿ est concernée, aux mêmes égards et aux mê- | raita i mes précautions, —et la loi ne met pas de différence entrele jeune. F raité M homme qui entre à peine dans la vie et le vieillard à cheveux blancs Un 3 qui's’achemine vers le tombeau. Nous sommés obligés d’appliquer À vient 4 la loi tette qu’elle est: nous ne pouvons la changer, ni l’altérer. été pt 14 Vous devez rendre un verdict selon la preuve, et non sur aucune || lui-et f} présomption de quelque nature qu'elle soit. Li N ce qu {il Éa loi humaine dit que l’hoirure qui est coupable du crime d’ho- À “Ile: il micide sera mis à mort, C’Ee: ‘ai, et nous devons l’accepter. À biens fe Ainsi, aucune considération étrai.. re à la causene peut entrer dans |! demar l l'ensemiblé des faits qui vous sont soumis, pour modifi r ou changer gent. L: votre verdict. Je dois seulement dire qu’il est temps que la peine } meure de capitale, infligée par la loi, soit appliquée pour la protection de l& } sonnie fe. société ; sinon, noùs pouvons nous attendre à voir commettre des À} Ma meurtres fréquents, avec impunité. Maintenant, Messieurs, je vais incert pe vous relater les faits peu nombreux dont vous devez vous occuper, À trouv L afin que vous puissiez le faire plus aisément. M 4 } minut jh ‘ Samedi, 2 avril dernier, Anselme Charron, riche cultivateur dela { micid de pere de St, Charles, quitte sa résidence pour venir à St. Hya- 41 Desc ‘4 ciñthe. | re, E Son neveu le vit mettre dans sa poche de veste deux rouleaux de ! che billets de Banque, et le vit partir à neuf heures du matin avec son 4 Ilse 1 cheval’ et sa voiture. Ilest vu, pour la première fois, buvant dans une . À mais auberge. Mais avec qui ? c'était avec le prisonnier. Il est prouvé # le po
1 que, le même jour, le défunt quitta Pauberge du nommé Ducharme tait p 1 et se rendit à l’hôtel tenu par Guertin ; et là on trouve le prisonnier preuv
sur un sofa près du défunt et tous deux engagés dans une conversa- # me. I
3 tion intime. Un homme qui lui devait $25, le vit dans cette posi- M sé. Il l tion. Le défunt reçoit cette somme et jasqu’à deux heures dans N son d
À l'après-midi, il va d'auberge en auberge, reçoit $45 d’un nommé À re de À Evwing, puis il arrêta avec une de ses connaissances un ren- À voir
dez-vous à l'auberge de Laflamme. pour conclure un achat de dix où 1 dit le
| douze moulins à battre.—C’était là qu’il allait d'ordinaire transiger ment ses affaires. À 74 heures, on le voit prendre le thé chez Ewing. Il M se ré
hi | part de là dans l’intention, disait-il, d’aller acheter une terre à un VX défun | mille e* demi de St. Hyacinthe. Cependant à 8 heures, il est vusor- 4 funt & 1 tant d’une auberge en compagnie de plusieurs personnes pour aller # porta 'o chez Guertin on un steak et dés huitres. Le prisonnier est ià, { pariti D H-demande à boire et chaque fois le défuut paie lui-même, L’gceu». À nant.
lgré: les eu-nont” rs; dans ser qu’il eque de on d’he- :
e Jurés, que. vous
de vous- . :
et de la
êtrepro …
r la loi ement le aux mêle jeune .
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ime d’ho- 'accenter.
ntrer dans a changer > la peine tion de la mettre des rs, je vais s occuper;
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puleaux de A avec son
est prouvé Ducharme prisonnier
cette posiheures dans un nommé s un renat de dix ou re transiger Ewing.
terre à un l'est vu sor-
#t dans une .
> CONVETSA=
| Ceux-ci ont vu le
sé savait donc que Charron avait sur lui une somme d’argent. Le risonnier et le défunt, tard dans la soirée, sont vus ensernble dans auberge de Laflamme ; s’il n’est pas bien établi qu’ils y ont bu, il est prouvé, hors de tout doute, qu'ils en sont sortis ensemble. Il est aussi prouvé qu’ils furent rencontrés par deux hommes de police. risonnier tenant le défunt par le bras ; on lui de-
| mande où il va ? il repond :—* Ne soyez pas inquiets, j’aurai bien
soin:de Charron”. Les hommes de police stationnés dans la rue les
| virentalors prendre tous deux la direction du pont Biron. La maison du prisonnier est située à l'extrémité de ce pont : mais le pont.ne
| conduit ae le défunt vers sa demeure, : défunt c
| police, car Charron était ivre,
de On dit qu'en emmenant le z lui accusé l'empêchait de passer la nuit à la station de Mais le défunt a-t-il profité de cet
| acte de bienveillance? Le pont n’était pas sur son chemin et s’il eût | été laissé à lui-même, ou il serait retourné-chez Laflamme ou, il se-
TR EP er MEME ON
| rait allé où il avait laissé sa voiture. Mais dans tous les cas, il au-
rait évité le pont.
Un quart d’heure après, le prisonnier, chancelant, haletant, revient rapidement, mais Charron n’est plus avec lui ; et comme il a été prouvé, le prisonnier n’aurait pas eu le temps d’aller jusque chez lui-et de revenir dans 15 minutes. Un des connétables lui demande ce qu’il avait fait de Charron, où il l’a laissé. Que répond-t-il ?— ‘ [l'est très bien: il va comme un chapeau sur l’eau. J’en ai eu
bien soin.” Où va le prisonnier, après cela ? Chez Laflamme. La il | demande une traite et la paie, lui qui auparavant n’avait pas d’ar- | gent. Il reste là quelque temps, puis il se rend chez Poulin et y de-
| meure jusqu’à ce que celui-ci ferme sa porte. | sonnier, après cela ? Rien ne l’indique,
Où se rendit le pri-
Maintenant, je dois vous faire. remarquer qu'il n’est rien de plus
| incertain dans les cours de justice que l’heure du crime. La montre } trouvée sur le corps du défunt s’était arrêtée à 11 heures moins 13 } minutes. Il n’a pas été prouvé que c’était là l’heure précise de l’ho-
H micide.
1 Des cris venant du pont furent entendus. De l’autre côté de la riviè-
Dans ce temps, là on jouait aux cartes chez Marchessault.
« re, quelques personnes jouant aussi aux cartes entendirent la même 4 chose. Un M. Nagle a juré qu'il avait entendu des cris, au meurtre. 4 Il se lève et court sur le pont et croit y voir un objet se mouvant,
4 mais il n’était pas sûr. Le prisonnier avoue lui-même avoir été sur 4 le pont cette nuit là, Le lendemain, il demande à Guertin si ce n’é- 4 tait pas lui qu’il avait rencontré sur le pont.
Ainsi vous avez une preuve distincte de la présence du prisonnier sur le théâtre du cri-
{ me. Le témoin Austin passant sur le pont a cru reconnaitre l’aceu- 1 sé. Il est une autre circonstance qui le prouve. La porte de la mai-
4 son du coin du pont est enfoncée. Le lendemain, Girard, propriétai-
re de cette maison, voit le prisonnier et lui dit qu'il était surpris de
4 voir que quelqu’un lui en voulait assez pour enfoncer sa porte. ‘ On! ditle prisonnier, cela n’a pas été fait exprès, —ce sont probable- 4 nent quelques hommes ivres qui ont fait cela en
ant.” Ces faits
À se réunissent pour démontrer que, la dernière fois qu’il a été vu, le
4 défunt était ivre, et que l'accusé s'était constitué son gardien ; le dé-
funt a disparu cette nuit là. ln mois après, son cadavre est trouvé
4 portant des marques évidentes d2 violence. Neuf jours après la dis-
{ parition de Charron, un de ses amis vient à St. Hyacinthe et appre-
| nantque Beuuregard secompaguait le défunt, la dernière fois qu'il
ù at ge à sos RE 550 0 qui don os ms Are TS rare
fat vu, il le fait venir et lui demande ce qu’il est devenu. ‘Je ne m’en souviens pas,” répordit-il L’autre ajoute : ‘ Un des hommes de police vous a vu avec Charron ; il vous a vu et vous lui avez répondu.” Et l’ami du défunt fait venir cette homme de police qui lui assure avoir vu le prisonnier avec: Charron.. L’ami se tourne alors vers l’accusé et lui demande ce qu’il a fait de Charron, et Beaurerd répond : ‘ J’ai oublié.” Messieurs, le prisonnier refuse de ire ce qu’il sait sur le défunt. Ildit: que la poursuite le.cherche : je ne veux donner aucune explication. Il est très naturel que les assassins de nos jours suivent l’exemple de Caïn; le premier meurtrier. Quand on demanda à Caïn ce qu’il avait fait d’Abel, il répondit : ‘Je ne suis pas le gardien de mon frère.” Mais le prisonnier lui, ne peut pas dire: ‘ Je ne suis pas le gardien de mon frère,” car il a reconnu avoir pris cette qualité. Cela est prouvé. Il a pris le défunt sous sa protection. Il l’a pris dans une maison qui aurait pu être un asile. Il dit au gardien de la paix que le défunt serait bien chez lui. Il ne l’a pas emmené chez lui ; où l’a-t-il mis ? Il garde le silence sur ce point. Il maintient qu’il n’est pas obligé de répondre. Mais, malheureusement pour lui, il verra qu'il doit parler et rendre compte de la conduite qu'il a tenue vis-à-vis du défunt. Quand il pe silence absolu, il élève contre lui une présomption de culpabilité.
Maintenant, messieurs, quels étaient les motifs qui poussaient le prisonnier à amener le défunt chezlui? Les voici :—Le vendredi précédent, il y eut une assemblée du Conseil de ville de St. Hyacinthe, pour accepter ou rejeter les requêtes pour obtention de licences d’auberges. Celle du prisonnier fut rejetée. Il disait que, s’il pouvait avoir de l'argent, il aurait une licence. Le lundi suivant, il dit qu’il avait assez d’argent pour en obtenir une. Il était donc plus intéressé qu’aucune autre personne, à obtenir une somme d'argent. Son existence et celle de sa famille en dépendaient. Il est maintenant démontré que le prisonnier avait un motif pour faire disparaftre le défunt, Dans une autre occasion, vous avez vu aussi son anxiété à cet égard. Un des témoins lui dit qu’ilavait vendu une terre et que le
prix lui avait été payé. Le prisonnier lui dit :—‘ Père, vous de- | vez prendre garde d’aller dehors la nuit, car vous pourriez être tué et volé. Quant à moi, je ne sais pas ce que je pourrais faire pour | avoir de l'argent,” Telles sont les expressions elles-mêmes du pri- ! sonnier. Loin de moi la pensée d’y attacher une trop grande impor- | tance, mais elles font voir la détermination du prisonnier d'obtenir
de l’argent par un moyen ou par un autre. Maintenant, messieurs, À
venons-en à un autre point. Ila été prouvé que le prisonnier portait | AA | terri
| a été | temps | d’inse
d’ordinaire une arme nommée garcette. Cet instrument est décrit comme étant fait de cordes et assez pesant pour porter un terrible coup. Le prisonnier a été vu, à plusieurs reprises, avec cette arme. Le corps du défunt a été trouvé à 15 ou 18 arpents du pont. Mais malgré l’espace considérable de temps écoulé depuis la disparition de Charron, le cadavre était, par la ‘volonté de la Providence, dans un état de conservation étonnant. Le témoignage vnanime des médecins a prouvé que la mort du défûnt avait été causée par une com-
motion du cerveau À peste par: des coups assénés sur la tête par } i et obtus. etje; crois qu’il est impossible d’en |
un instrument arrou venir à une autre conclusion. Maintenant messieurs, il est une au-
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pont. Mais a disparition idence, dans ime des mépar une com-
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BEAUREGARD. 4û
tre circonstance. Le samedi, le prisonnier va d’auberge en auberge sans pouvoir payer pour de la Loisson : cependant, le lundi suivant, il entre dans un auberge et paie 7 verres. On n’a trouvé sur le corps du défunt que la somme de $24 et 5} deniers. Combien le défunt avait-il reçu d’argent, ce jour-là, sans compter la somme qu’il avait apportée de chez lui ? Les témoins établissent la différence. Parmi les billets de banque que Ewing donna à Charron, il s’en trouvait de d'une banque américaine ; ces billets ont disparu complètement.
Mais voici le témoignage de Lusignan. Je dois dire qu’il est impossible de baser un jugement sur un tel témoignage, à moins qu’il n’y ait de fortes circonstances qui le corroborent. Il est prouvé que Lusignan est un ivrogne. Un certain nombre de témoins ont été examinés pour prouver qu'ils ne le croiraient pas sous serment ;— mais je suis tenu de dire qu’un témoin tel que M. Dessaulles doit aussi compter pour quelque chose. Cependant, messieurs, la crédibilité de Lusignan est laissée à votre propre jugement. Lusignan assure que le prisonnier à la barre lui a dit qu’il avait ces deux billets de banque en sa possession et que, pour certaines raisons, il
| les avait brûlés. Il dit aussi que l’accusé lui a montré une montre ur qu’il disait appartenir à Charron. Cela peut être ou ne pas | être vrai.
C’est à vous qu’il incombe de décider cela ; et vous devez exercer votre jugement sur les circonstances relatées par cet homme.
| Votre tâche n’est pas au-delà du pouvoir d’un homme ordinaire ;
vous n’êtes pas appelés pour accomplir une impossibilité. L’obligation que vous devez remplir est à la hauteur de votre devoir. Ne
| vous embarassez pas des incidents extrinsèques, tels que le sort du
prisonnier, et les souffrances auxquelles votre verdict peut vouer sa famille. De telles considérations ne doivent entrer pour rien dans
| votre décision. Vous êtes juges, et vous ne devez vous guider que | sur les faits eux-mêmes. Vous avez aucun compromis à faire; | aucune indulgence à exercer ; aucune faveur à accorder; aucune | autre chose à faire, si ce n’est votre devoir. Vous devez protéger
la société, vous avez aussi un devoir à remplir vis-à-vis du défunt. S’il cst vrai que cet homme avait devant lui la perspective d’une longue vie, et la jouissance d’une santé parfaite, même après avoir passé son temps dans la débauche et l’ivrognerie ; s’il est vrai que cet homme, sans avoir dans son esprit une pensée sérieuse, a été traîné sur le pont et là assassiné, la conduite que vous devez tenir est évidente. Si cet homme, sur le point de quitter cette vie pour l'éternité, n’a pu adresser au ciel une prière, s’il ne lui a été laissé
terrible injustice, —la plus grande dont on puisse se rendre coupable, a été commis contre lui. Priver cet homme de la réflexion et du
| temps nécessaire au repentir, le précipiter dans un état d’ivresse et | d’insensibilité profonde, en présence de son créateur, c’est agir
à son égard avec la plus grande barbaric. Les conséquences ne doivent pas être perdues de vue ; quant à la décision finale, vous n'avez rien à y voir. Faites votre devoir et rendez un verdict conforme à la preuve. Si vous pensez que le prisonnier a causé la mort du défunt, suivez la dictée de votre conscience. Mais si vous êtes convaincus qu’il n'existe pas de preuves suffisantes contre l’accusé, donnez lui le bénéfice du doute. Vous êtes un jury qui ne
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peut être supposé avoir des préjugés dans cette cause. Vous êtes appelés des parties différentes du district. Vous avez maintenant tous les faits devant vous, et, sans doute, vous agirez suivant votre conscience et votre jugement.
SaAMEpt1, 15 octobre.
Presence DE SoN Honneur M. LE JuGE AYLWIN.
L’Hon. Juge Aylwin continue. à donner en français la lecture des témoignages rendus en cette affaire. Il en fait ensuite la lecture en anglais. À deux heures et demie, le jury se retire dans la chambre des délibérations, puis revient en Cour après dix minutes. Interpellé par le Greffer de la Couronne, à savoir, s’il déclare le prisonnier coupable ou non coupable du crime dont 1l est accusé, il répond: COUPABLE.”
M. Drummond demande si la Cour voudra suspendré la sentence jusqu’à lundi, afin de donner aux avocats du prisonnier, le temps de voir s’il ne serait pas possible d’invoquer, en faveur de leur client, quelques uns des moyens auxquels on peut quelquefois avoir recours en pareil cas.
La Cour répond qu’elle ne peut se rendre au désir de cette application, attendu qu’aucune objection relative à ces moyens n'a été faite durant le procès.
Le Greffier de la couronne demande au prisonnier s’il n’a pas quelque chose à dire, pour que la sentence de mort ne soit pas prononcée.
Le prisonnier s’agenouille alors, mains jointes, comme au temps où l’on invoquait le Bénéfice du Clergé, mais ne dit rien.
L’hon. Juge Aylwin, s’adressani au prisonnier, dit :
Jean Bre. BEAUREGARD :—Le 2 avril dernier, vous vous êtes chargé d’avoir soin d'un homme, d’un de vos semblables. La
justice vous a demandé ce que vous aviez fait de cet homme et] vous n'avez pas répondu. Ce fuit limite contre vous. Dans ce moment même, vous n’avez rien à dire contre le verdiet qui vient E
d’être rendu. Ila été prouvé que le défunt est mort par votre main, quand cet infortuné vous avait donné sa confiance, sur une promesse de votre part que vous en autiez bien soin, que vous
veilleriez sur lui. Le verdict rendu par le Jury est tel que jel
l’eusse rendu moi-même, Quoiqu'il n’y ait pas à douter que la loi aura son cours, il n’est pas moins vrai que vous possèdez. des avantages que vous n’avez point voulu accorder au défunt. Vous avez, au moins, le temps de vous répentir, ce qui lui a été refusé. . Bientôt, vous entrerez dans un autre monde, vous aurez à comparaître devant un autre tribunal, mais vous pourrez vous y préparer, ce que n’a pu faire le défunt. Vous l’avez plongé dans l'éternité, coupable de péchés dont il ne pouvait, dans Île moment, se repentir. Îl est à espérer que vous emploierez le temps
qui vous reste à vivre, à réfléchir sur sa position et sur la vôtre ; |
il vous en est accordé suffisamment pour réparer toutes vos
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Vous êtes
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5 octobre.
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il répond:
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Is vous êtes )lables. La
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t tel que je er que la loi >ssèdez. des
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jui lui a été vous aurez ourrez vous vez plongé ait, dans le
rez le temps | ar la vôtre ;
toutes vos
fautes. Vous avez vécu comme vivent un grand nombre de gens dans le Bas-Canad#;-iafs dans le cas actuel, les ‘eonséquences funestes de votre conduite doivent être attribuées à vôtre propre inclination. Songez sérieusement, en ce moment, qu’une prière adressée au Juge de toutes choses vaut bien mieux que toute autre considération, La religion à laquelle vous appartenez, est prête à vous donner tous les secours désirables ; et, en ceci, Vous avez encore uñ autre avantage sur le défunt. Pro-
fitez , cette fois ci, au moins, des consolations que procure cette
religion; vous avez zrandement besoin de son ministère. Le jury qui vous a condamné et:le juge qui va prononcer votre sentence, vous y engagent fortement. . Vous devez sentir vous méme combien vous avez besoin de vous préparer. , Maintenant, il ne reste plus à la Cour qu’à prononcer la sentence de mort.… Le jugement de la cour est que, pour le meurtre dont vous avez été trouvé coupable, vous suyez transporté de la place où vous êtes maintenant, à la prison commune; que Vendredi, le 16 Décembre prochain, sur la place des exécutions, vous soyez PENDU par le col jusqu’à ce que la mort s’en suive. Que Dieu ait pitié de votre âme. FES
Un silence solennel a régné dans la salle, pendant que cette sentence a été prononcée. De temps en temps, le prisonnier semblait faire de puissants efforts sur lui-même. Sesmains jointes s’appuyaient sur le rebord du la boîte. Ses yeux furent constamment fixés sur le Juge. Ses lèvres étaient comprimées.—Jusqu’à la fin, cependant il fut maître de son émotion. |
MONTREAL, le 13 Decembre 1859.
Voici le texte même de l’annonce qui a été faite dans les Eglises catholioués de Montréal dimanche dernier, au prône de toutes les messes solennelles On verra en la parcourant avec quelle tendre sollicitude l’Eglise prend soin du pauvre malheureux, coinbien elle s’attache à sauver l’âme qui ne recevra son jugement quie de la bouche même de Dieu, après que la justice humaine aura passé sur son corps ; aussi, de quels bons sentimens elle s’efforce de pénétrer le pays tout entier à la vue d’un spectacle aussi terrible.
Nous recommandons en même temps la quête qui sera faite avant l’exécution par les bonnes Sœurs ; le produit est destiné an soulagement de la famille que Beauregard laisse dans la misère. C’est une belie occasion pour les catholiques de montrer leur charité.
‘ On recommande à vos ferventes prières Jean-Baptiste Beauregard qui sera exécuté, vendredi prochain, 16 du courant, à 10 heures du matin. Nous demanderons pour cet infortuné frère la grâce de se préparer à la mort, en vrai pénitent, et pour tout le pays la grâce de bien profiter de ce terrible exemple.
“ Le St. Sacrement sera exposé, ce jour là, dans la chapelle de la Providence, depuis la première messe qui se dit à six heures jusqu’après la dernière, qui se dira au moment de l’exécution, savoir, vers les dix heures. Ceux qui n’assisteront pas à l’exécutien, seront avertis de prier avec instance, pour cet infortuné, par une des cloches de Ja cathédrale qui sonnera à neuf heures. Ils se souviendront que cette heure suprême est terrible ; et qu’il leur faut en conséquence doubler leur supplications, auprès du Père des miséricordes, en faveur d’un frère malheureux, qui sera alors sur le point d’être lancé dans l’éternité.
‘ Ceux qui se trouveront à l’exécution en feront autant ; et ils montreront par leur contenance, vraiment chrétienne, qu’ils sont profondément uffigés de ce grand châtiment, infligé à un de leurs semblables. 1ls ne manquerunt pas de recommander ainsi son âme à Dieu, avant comme après l'exécution, en faisant dévotement les prières qui leur seront suggérées.
“ Nous recommandons à tous les parents de faire à leurs enfants d’utiles leçons sur cette terrible exécution, pour leur inspirer de bonne heure, une vive horreur des crimes qui mènent à l’échafaud. Ilse fera sur le lieu même de l’exécution, par les Sœurs de Charité, une quête dont le produit sera appliqué au soulagement de lPâme de cet infortuné et au soutien de sa femme et de ses enfants qu’il laisse dans la pauvreté, Sar:edi, lendemain de l’exécution, il sera chanté un service, pour le repos de l’âme du défunt, dans l’Eglise de la Providence vers les huit heur2s du matin.”
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