‹ Procès de J.-Bte. Beauregard convaincu du meurtre d'Anselme Charron [microforme]Chapitre 9 sur 14 · AVEC · texte numérisé non relu

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Tous les incidents qui se rapportent à son | Exécution.

Vendredi, 16 décembre, la population de Montréal, pour la seconde fois depuis longtemps, put assister à la représentation gratis d’un drame bien lugubre : l’application de la peine de mort. Ce jour-là, Jean Baptiste Beauregard, trouvé coupable du meurtre d’Anselme Charron, aux dernières assises de la Cour du Banc de la Reine, montait sur l’échafaud,afin de venger par son supplice la société qu’il avait outragée dans ses lois et servir d’exemple à ceux qui seraient tentés de limiter. En vain on avait tenté d’arracher ce malheureux à la mort en envoyant une requête au digne gouverneur de cette province ; la justice de Son Excellence est inflexible.

Dès neuf heures de l’avant-midi, c’est-à-dire, une heure avant le moment fixé pour l’exécution, on voyait arriver par les différentes rues qui mènent à la place de la prison, un grand nombre de personnes de tout âge, de tout sexe et de toute condition. Bientôt l’affluence devint si grande, que les abords de la prison furent complètement encombrés, ainsi que les fenêtres et les toits des maisons voisines. Chose étrange ! le sexe réputé faible et timide formait au moins la moitié de cette foule immense, Ici, c’étaient des mères de famille

lraînant par la main ou portant dans leurs bras de tout petits enfants ; là, des jeunes filles qui venaient, parées comme au jour de fête, flétrir au pied d’un échafaud la fleur de leurs vingt ans. Fatale curiosité qui étouffe tout sentiment de bienséance !

La potence s’élevait au-dessus du mur qui entoure la cour de la prison, et à une hauteur suffisante pour que tous pussent être témoins du triste évènement quial!ait s’y passer. Aussi, tous les regards étaient-ils tournés de ce côté avec une anxiété profonde et chaque minute qui s'écoulait, arrachait un tressaillement à des milliers dé poitrines.

A dix heures précises, on alla trouver le condamné dans sa cellule pour le prévenir que son heure était venue. Depuis longtemps préparé à ce momert fatal, il reçut cette nouvelle avec calme et suivit le geolier dans l’infirmerie. (C’était là que devaient se faire les derniers préparatifs. En y arrivant, Beauregard s’assit dans une chaise qui avait été placée là pour lui. Quoiqu'il conservât une attitude ferme, il était à peine reconnaissable. Il n'avait plus cette physionomie dure et farouche, ses yeux ternes et louches, cette froideur impassible, qu’on avait remarqués pendant'son procès, Une douce sérénité régnait sur sa figure pâle et amaiïgrie par les veilles et les privations. Le Révérend M. Villeneuve, son confesseur, lui ayant demandé s’il était préparé à mourir, il répondit que oui.

Le digne aumônier, ainsi que M. Resther, lui prodiguèrent alors toutes sortes de consolations, lui montrant le ciel comme terme de ses maux, et lui faisant embrasser le crucihix, Ce que redoutait le malheureux condamné, c’était la honte qu’il allait ressentir ; il demanda qu’on lui lât forteinent les bras de peur qu’il ne résistât ou qu’il ne se débattît dans les dernières convulsions, On lui répondit qu’il serait fait selon ses désirs.

Le bourreau, ce monstre qui n’a d’humain que l’apparence, fut alors introduit dans l’appartement. C’était un homme d’environ six pieds, paraissant être d’une très forte constitution. Il était complètement enveloppé dans une espèce de robe noire, et un masque de mêne couleur voilait sa figure. Ce funèbre accoutrement lui donnait un aspect hideux et féroce très propre à augmenter encore l’horreur que ne peut manquer d’inspirer la vue d'un bourreau,

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Pendant qu’il remplissait son ignoble office, avec une adresse et une de: ‘érité qui dénotait de l'expérience, les ministres du .gneur continuaient leur œuvre de dévouement auprès du malheureux condamné qui, pendant qu’on l’attachait, était doux comme un enfant. Mon fils, luiditle Révérend M. Villeneuve, rappelez-vous que votre Sauveur a souffert la mort comme vous dans quelques moments; mais il était innocent ct vous êtes coupable. Pour mériter la couronne,il faut que vous portiez la croix.” M. Resther commença alors la récitation des Litanies des Saints et de quelques oraisons d’usage. Beauregard répondait à toutes ces prières avec ferveur, portant souvent à ses lèvres le crucifix qu’on lui présentait. Ces derniers devoirs religieux remplis, le condamné déclara qu’il était suffisamment attaché, que les liens étaient. assez serrés. Le bourreau lui passa la corde autour du cou, lui couvrit la tête d’un capuchon noir et Je lugubre cortége se mit en marche pour se rendre à l’échafaud.

En tête, venait le geolier, puis l’infortuné Beauregard ayant à ses côtés les deux vénérables prêtres qui récitaient à voix basse le Misercre.

Iminédiatement derrière le condamné, s’avançait le bourrea" tenant entre ses mains le bout de la corde fatale.

Le Luvurif Boston suivait à quelques pas de distance.

Douze à quinze sœurs de charité, rangées deux par deux et disant des prières, fermaient la marche.

Plongé depuis longtemps dans un obscur cachot, le malheureux condamné parat éprouver un moment de plaisir en se voyant tout-à-conp exposé à la lumière du jour et en respirant l’air vifet pur. Cependant, lorsqu'il eut fait quelques pas, son regard s’étant porté sur la potence, il revintau sentiment de la triste réalité ; sa physionomie devint plus sombre et sa démarche moins ferme, Mais cette faiblesse fut de courte durée. En quelques instants, à la voix du prêtre qui répétait, ‘‘ courage, mon ami, courage,” il put maîtriser son émotion et reprendre le calme qu’il avait si bien conservé, surtout pendant les derniers jours de sa captivité. J1 regarda ceux qui étaient groupés sur son passage et salua plusieurs personnes. Arrivé au pied de l’échafaud, il secona la neige qui se trouvait collée à ses chaussures,

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