PREMIER JOUR
A onze heures moins vingt minutes, M. Sickles, accompagné du shérif et de plusieurs amis, entra dans la cOur et prit sa place à la barre. Il était habillé avec goût et sa contenance était facile et digne.
L'avocat des Etats-Unis, Robert Ould, écr., annonça à la cour que J. M. Carlisle, écr., deWashington, agirait comme son associé durant le procès.
MM. James T. Brady et John Graham, de New- York ; E. H. Staunton, écr., de Washington, et plusieurs autres avocats de Washington, représentaient l'accusé.
L'acte d'accusation fut alors lu, et à l'interrogation d'usage, l'accusé, d'un ton de voix ferme, répondit : " Non coupable !"
Le juge fit alors observer que la pratique de la cour avait été précédemment de faire des questions aux jurés afin de s'assurer d'un jury impartial. La même pratique devra être suivie dans cette affaire.
Le premier juré assermenté fut Jos.
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B. Dryan, auquel la cour lit cette question :
— Avez-vous en aucun temps formé ou exprimé une opinion à l'égard de la culpabilité ou de l'innocence de l'accusé 1
Le juré. — Oui.
M. Phillips, un des conseils de la défense, demande à la cour s'il lui sera permis de demander au juré sur quoi il a basé l'opinion qu'il a formée, pour ensuite lui demander si, dans le cas où la preuve serait différente de ce que la rumeur a redit, il croirait pouvoir rendre un verdict impartial.
La cour décide que les questions qui viennent de lui être soumises peuvent être faites au juré, quoiqu'il ait déclaré qu'il a formé une opinion.
Le juré dit alors qu'il a formé son opinion d'après les rumeurs courantes.
Ayant ajouté qu'il ne pouvait rendre un verdict impartial, parce qu'il était trop prévenu en faveur du prisonnier, il est déclaré disqualifié.
Plusieurs autres jurés sont alors successivement assermentés, et chacun d'eux se trouve disqualifié pour la même raison que celle que nous venons de rapporter.
Henry Hurdle, étant assermenté, répond qu'il croit pouvoir rendre un verdict impartial, n'ayant ni formé ni exprimé aucune opinion.
L'avocat du gouvernement. — Avezvous des scrupules qui vous feraient hésiter à rendre un verdict qui impliquerait la peine capitale 1
Le jury. — Non.
L'avocat du gouvernement. — Valezvous $ 800 1
Le jury. — Non.
Dans mon opinion, cela constitue la disqualification du juré.
M. Staunton, conseil de la défense. — Je désire savoir si mon savant confrère a l'intention d'insister sur ce point, comme étant essentiel à la qualification requise de chacun des jurés ? Je ne crois pas que la loi l'y oblige ; elle confère simplement à l'avocat du gouvernement le droit d'exercer sa discrétion à cet égard. La défense, de son côté, ne fera aucune objection de ce genre.
La cour décide ainsi : — Par une loi de l'état du Maryland, le jury, pour être dûment qualifié, doit posséder des propriétés au montant de $ 800. Si l'objec-
tion est faite et maintenue par l'avocat du gouvernement, le juré doit être déchargé.
Lewis Brook, ayant été subséquemment assermenté,déclare qu'il entretient des sympathies, mais qu'il croit, néanmoins, pouvoir rendre un verdict impartial d'après la preuve.
M. Staunton prétend que la déclaration que vient de faire le juré n'est pas de nature à le disqualifier. La cour décide le contraire, la défense prenant exception de cette décision.
Sur un grand nombre de jurés qui répondent successivement à leurs noms, un seul est déclaré qualifié. L'un d'eux déclare que les préjugés sont une chose qu'il n'a jamais entretenue dans son esprit et qu'il n'a aucun scrupule contre la peine capitale. Il est néanmoins récusé. Un autre dit qu'il se croit qualifié sous tous les rapports, — " mais malheureusement , ajoute-t-il, c'est cet argent qu'il faut, et je vaux moins que rien."
La liste régulière de trente jurés, étant épuisée, la cour ordonne d'assigner 75 jurés supplémentaires, pour le lendemain, à 10 heures a. m.
M. Staunton, de la part de la défense, demande que la boîte où est reléguée le prisonnier soit changée de place, de manière à permettre à l'accusé de pouvoir communiquer facilement avec ses avocats.
La cour promet que ce privilège sera accordé au prisonnier dès le lendemain.