Procès de l'Hon. Daniel E. Sickles [microforme]
Le 27 février 1859, était un jour de dimanche. La population de Washington sommeillait paisiblement dans le repos du Seigneur. Rien ne paraissait devoir troubler, ce jour-là, la paix profonde qui caractérise le septième jour de la semaine, dans les villes protestantes surtout. ln un instant, cependant, la cupitile de la république, notre voisine, est jetée dans un émoi indicible:
la rumeur répète par ses cent bouches que Philipe Barton Key, homme de loi d’une notoriété considérable, a été tué par un personnage que les sphères politiques réclament comme un de leurs héros: son nom est encore dans toutes les bouches,— c’est l’honorable Daniel
E. Sickles, un des représentants de la!
nation américaine au Congrès des Etats- Unis. ,
La rumeur, qui, depuis plusieurs jours, a dirigé l’atteution publique du côté de ces deux hommes, en y mêlant le nom d’une femme, explique promptement la cause de cette terrible affaire, et chacun se dit ce que tout le monde ne sait que trop déjà : Sickles a tué cet homme, parce que celui-ci avait ravi à celui-là son honneur et celui de sa maison.
Key était l’ami de Sickles ; leur enfance s'était écoulée ensemble et le temps et les circonstances en avaient fait deux êtres intimes qui se voyaient souvent, s’affectionnaient beaucoup.
d’un défaut commun à l'humanité, com-
nouça bientôt à repaître sa curiosité de |certaines circonstances suspectes qui étaient remarquées tous les jours dans les rapports plus où moins secrets de Mme Sickles avec M. Key. La médisance et la légèreté se répétaient à l'envie que jamais matinée ne se passait sans que l’on vit Key, monté sur un cheval gris-fer, circuler autour de Pre- \sident’s Square, aussitôt que les devoirs ‘du représentant du peuple appelaient M. Sickles au Capitol, et s'arrêter à la porte de la maison de celui-ci pour causer avec Mme Sickles ou correspondre avec elle, an moyen de tout ce que l’a- |mourillégitime a inventé pour communiquer à ses victimes les sentiments qu’il leur inspire.
Néanmoins, trois jonrs avant le triste dénouement des criminelles intrigues de M. Key, rien n’était encore parvenu aux oreilles de époux déshonoré, puisque le | jeudi même, qui précéda le Jour où M.
| Key paya de sa vie la satisfaction passa- | gère de ses sens, on le vit comme d’ha- ‘bitude occuper sa place à la table de M.
: Sickles, qui, tous les quinze jours, réunissait chez lui un grand nombre de ses | connaissances,
: Le lendemain une lettre anonyme japprend à M. Sickles tout ce qu’il igno- ‘re. “Key, lui écrit-on, est dans l'habitude de rencontrer votre femme daus telle |maison, 15e rue, quartier de la popu-
lation nègre.” Immédiatement il con-
Key était de son ami l’hôte de pres- |State sans peine le fait que Key a loué que tous les jours. L’intimité qui régnait line maison à l'endroit indiqué, et de
entre ces deux hommes était partagée par Mme Sickles, sans qu'aucun nuage
Éa qu’il est dans l’habitude d’y ren-
contrer une femme; la description de
parût assombrir l'existence de ces trois |la toilette et de l’apparence de cette
personnes, sans que le bonheur d’aucun [femme ne l’identifie que trop avec Mme Sickles.
M. Sickler, en possession de ces preu-
parût en être affecté.
La haute société de la capitale, prise |