PROCÈS
DS
Marie- A n t o i n btt
^Du 2r3 du i** moi&, l'an 2 de la République.,
INTERROGÉE de ses noms, surnoms, âge, qualités, lieu dé naissance & demeure ;
A répondu se nommer Marie- Antoinette Lorrkîrie d'Autriche, âgée d'éhvîron 38 ans, veuve du t'oi dé ^France, née à Vienne, si trouvant lôrs dé son arrestation dans le lieu des séaiKes de F Assemblée lîationale.
' Le greffier donne lectute dé l'àdté d'accusa»tibft, dont la teneur suît':^ '
Antoine-Quentin Fouquiei*, accusateur "pifblîc près le Tribunal Crifninel Révolutlonnaiîéé, établi à Paris par décret de la Convention Natioîiàledtt 10 mars 1793, Tari deuxième de' la République, sans auéun recours au Tribiïhal dé Cassation, en vertu du pouvoir â lui dbnhé piâr Tarticle II d'un autre décret de la Convention,
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du 5 avril suivant, portant que l'accusateur public dudit tri^iiQAl ^t auto;:l3é ^ faire arrêter, poursuivre &rjiig#r,^ sui*Nla déindriciation des autorités constituées ou des Citoyens;
Expose que suivant un décret de la Convention du ffeffiy^ A^t dajnflçr, Ma^e-^Antoiitette, veuve de Louis Capet, a été tr^iduite au Tribunal Révolutionnaire, comme prévenue d'avoir conspiré contre la France ; que par autre décret de la Convention, du 3 Octobre, il a été décrété que jlei;Tribunal Révolutionnaire s'occupetbit sans délai & sans interruption du jugement; cjjue r2(,ccusate;ir public a reçu les pi^es çoncçrt nant la veuve Capet, les .19 &. 2a du premier D[ioi<5 de la seconde année, vulgairement dits 1 1 ^ X2 Octobre co^ira^t.içois; qu'il a été aussitôt {procédé, pax; l'un des }uges du tribunal,, à l'inîenrogatoire dç ja, ve^vç, Capet; qu'examen &it de toutes les pièces transmises pfir l'accusateur pji^lblic, il en résulte qfi'à l'instar des Messalji^es, Brunehauty Frédégonde & Médiqis, que Ton qj^alifioit. autrefois dç^. reines de France, & dont Içs- nom^s à ^mais' odieux ne s'effacçront pas des festes 4e rhistoire, Marie- A^itoinette, veuye 4? X'Oi^s Capeta été, depuis soii séjour en France^ le fléau & la, sangsue des. Français ; qu'avaolt notice rheuj;euse révolution qui a rendu au peuplé Français sa souveraineté, elle avoit des rap-
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ports politiques avec T homme qualifié de roi d|e Bohême & de Hongrie; que ces rapports étoient contraires aux intérêts de la France; que non contente, de concert avec les frères de Louis Ca- .p6t.& rinfâme & exécrable Galonné, d'avoir dilapidé les Finances de la France (fruits des sueurs du peuple), pour satisfaire à des plaisics 4ésordonn/$s & payer les agens de ses intrigues criminelles-; il est notoire qu'elle a &it passer, à différentes époques, à l'empereur, des millions qfxi lai opt servi & lui servent encore à soutenir la guerre contre la République, & que c'est par . ces dilapidations excessives qu'elle est parvenue àépuiser le trésor national ;
Que depuis la révolution, la veuve Capet n'a cessé un seul instant d'entretenir des intelligences & des correspondances criminelles & nuisibles à la France, avec les puissances étrangères Se dans l'intérieur de la République, par des ^gens d elle afiUdés, qu'elle soudoyoit & faisoit spudoyer par le ci-devant trésorier de là liste cidevapt civile; qu'à. différentes époques, elle a i^sé de toutes les manœuvres qu'elle croyoit prom-es^ ses vues perfides, pour opérer une contjte- . révplutkm; d'abord ayant, sous prétexte d'une réiuiîon nécessaire entre les ci-deyapts gardes do cpirps &, les officiers & soldats du régiment 4e Flwdres, mé^a,gé un repas entre ces deux çorp^.
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le premier Octobre 1789, lequel est dégénéré en une véritable orgîe^ ainsi qu'elle le àésîroit, & pendant le cours de laquelle les ageris de la veuve Capet /secondant parfeitement ses projets contre- Té volutionnaires', ont amené la plupart desf convives à chanter, dans l'épanchement de Tivresse, des chansons exprimant le plus entier dévouement pour le trône & Tàversion la plus cara<:térisée pburle peuple, & de les avoir insensiblement amenés à arborer la cocarde blanche & à fouler aux pieds là cocarde nationale ; & d' avoir, • par sa pi'ésence, autorisé tous ces excès contrè-
' révolutionnaires, surtout en encourageant' les femmes qui Taccompagnoient à distribuer dés cocardes blanches aux convives; d'avoir, le 4 du mois d'Octobre, témoigné la joie la plus immo-
' dérée de ce qui s'étoit passé à cette orgie'; *
En second lieu, d'avoir, conjointement avec Louis Capet, fait imprimer i& distribuer avèc profusion, dans toute l'étendue de la RépuWique, des ouvrages contre- révolutionnaires, <Je ceux même adress.es a\x% conspirateurs d'outre- Rh'in ou publiés en leur hom, tels que Wp^tftions aux émîgrans, la réponse des émigrani, tes érhigrans au peuple, les plus courtes foHés
'sont lés meilleures,' le journal à deàâè Hàrds,
' l'ordre, la marche et Ventrée des émîgrans;
'd*àVoir même poussé la perfidie &' la dîflîmulà-
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tion au point d'avoir fait imprimer & diftribuer avec la même profusion des ouvrages dans lesquels elle étoît dépeinte sous des couleurs peu avantageuses, qu'elle ne méritoit déjà que trop en ce temps, & ce, pour donner le change & persuader aux puiflahces étrangères qu'elle étoit maltraitée des Français, & les animer de plus en plus contre la France; que, pour réuffir plus promptement dans ses projets contre-révolution^ naires, elle avoît, par ses agens, occasionné danS Paris & les environs, les premiers jours d'Octobre 1789, une disette qui a donné lieu à une nouvelle insurrection, à la suite de laquelle une foule innombrable de citoyens & de citoyennes s'est portée h Versailles, le cinq du même mois; que ce fait est prouvé d'une manière sans réplique par l'abondance qui a régrié le lendèrtiaîfi même de l'arrivée de la veuve Capet à ^Paris & de sa famille;
Qu'à peine arrivée à Paris, la veuve Capet, fëconidc en intrigues de tout genre, a-formé de^ conciliabules dans son habitation ;.que ce* cùn*^ cilîabules, composés dé tous lés contre-i'évolutionnaires & intrigans des assemblées cbnsti^ tuante & législative, se tenoient dans les téhè^bres de la huit; que Ton y avisoit aux moyérts "d'anéantir les droits de l'homine & les décréta déjà rendus, qui devoîèiit fiiite la bàiè delà
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coj^stitution; que c'est dans ces conciliabule^ qu'il a été dçlibéré sur les mesures à prendre pour faire décréter la révision des décrets qui étoient favorables au peiiple; qu'on a arrêté la fuite de Louis Capet, de la veuve Capet & de tou^e sa famille» sous des noms supposés, au mois de mai 1791, tentée tant de fois & sans succès à différentes époques; que la veuve Capet convient dans son interrogatoire que c'est elle qui a tout ménagé & tout préparé pour effectuer cette évasion, & que c'est elle qui a ouvert & fermé les portes de l'appartement par oti les fugitifs sont passés; qu'indépendamment de l'aveu de la veuve Capet à cet égard, il est constant, d'après les déclarations de Louis-Charles Capet, & dç I4 fîUe Capet, que Lafayette, favori sous tous les rapports de la veuve. Capet, & Bailly,, lors maire de Paris, étaient présents au moment de cette évasion, & qu'ils l'ont fevorisée de tout leur pouvoir; que la veuve Capet, après ^11 retoqr.de Varennçs, a recommencé ces concUi^bulieç; qu'elle les présidoit elle-même, & que d: intelligence avec sqn favori Lafayette^ Ton ar f^rm© les Tuillerie5,,& privé par ce mpyen les/citipyons d'aller & venir librement dans les a»xrs.& le ci^dçvant château des Tuileries; qu'il ^*y AVpU que les persoi^nes munies de cartes qui ^eu$^nt leur entrée ; que cette clptûre, présentée
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avec emphase par le traître Lafayette, comm^ ayant pour objet de punir les fugitifs de Vareiines, étoit une ruse in^aginée & concertée dans ces conciliabules ténébreux^ pour priver les citoyens des moyens de découvrir ce qui se trainoit contre la liberté dans ce lieu infâme; K^i^ c'est dans ces . mêmes conciliabules qu a été dér ternainé T horrible msj^^jicre qui a eu lieu, le 17 Juillet 1791^ des plus zélés pfl[triote$ qui se sont trouvés au Champ-de-Mars; que le massacre qui avoit eu lieu précédemment Nancy & ceux q;ui ont eu lieu depuis dans les divers siutr^ points de J^ république ont été arrêtés & d^tçf,minés dans ces mêmes conciliabules; que ces mouvements, qui ont; feiit couler le sang d'uop foule immense de patriotes, ont été imaginés pour arriver plus tôt & plus sûrement à If .révision des décrets rendus & fi^ndés sur ks drqilts 4e, l'homme^, & qui par là jétoient nuisibles aufc vues ambitieuses & contre-révqlut^onnaires die Louis ^Capet & de Marje- Aj^tpinette ; . que U constitution de 179 1 une fois.acceptée^ la yeuye ,,Ç^pet s'est occupé^ d® la détruire insen§iblem(çat par toutes les mai^o^uvres q,u'ejle &,sesage|),s ont employées sur le^ diveirs points de la repu»- . blique ^ que toutes ses déniiarches ont toujoiufs W pour but jd anéantir la Jiberjté.^ dç feirç^ftatrer les; Français sous le joug tyranuiflue, so^is
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lequel ils n'ont langui que trop de siècles ; qu'à cet effet, la veuve Capet a imaginé de faire discuter dans ces conciliabules ténébreux, & qualifiés depuis long-tems avec raison de Cabinet Autrichien, toutes lés loix qui étoient portées par rassemblée législative; que c'est elle, & par suite de la détermination prise dans ces conciliabules, qui a détidé Louis Capet à apposer son veto au femeux & salutaire décret rendu par l'assemblée législative contre les ci-devant princes, frères de Louis Capet & les émigrés, & contre cette horde de prêtres réfractaires & fanatiques, répandus dans toute la France ; veto qui a été Tune des principales causes des maux qù^a depuis éprouvés la France ;
Que c'est la veuve Capet qui faisoit nommer les ministres pervers,' & aux places dans les armées & dans les bureaux des hommes connus de la nation entière pour des conspirateurs cbritre là liberté ; que c'est par ses manœuvres & celles de ses agens, aussi adroits que perfides, qu'elle est parvenue à composer la nouvelle ^arde dé Louis Capet d'anciens officiers qui avoient quitté leurs corps lors du serment exigé, de prêtres réfractaires & d'étrangers, & enfin de. tous hommes réprouvés pour la plupart de là rtation, & dignes de servir dans l'armée de Coblentz, où
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un très-grand nombre est en effet passé depuis k licenciement ;
Que c'est la veuve Capet, d'intelligence avec la faction liberticide qui dominoit alors l'assemblée législative, & pendant un temps la Convention, qui a &it déclarer la gperre au roi de Bohême & de Hongrie, son frère; que c'est par ses manoeuvres & ses intrigues toujours funestes à la France, que s'est opérée la première retraite des Français du territoire de la Belgique;
Que c'est la veuve Capet qui a fait parvenir aux puissances étrangères les plans 4e campagne & d'attaque qui étpient convenus dans le conseil; de manière que^ par cette double trahison, les ennemis étoient toujours instruits à l'avancé des mouvements que dévoient faire les armées de la république; d'où suit la conséquence que la veuve Capet est l'auteur des revers qu'ont éprouvés, en différens tems,- les armées françaises;
Que la veuve Capet a médité& combiné, avec $es perfides agens, l'horrible conspiration qui a éclaté dans la journée du lo Août, laquelle n a échoué que par les efforts courageux & incroyables des patriotes ; qu'à cette fin, elle a réuni dans son habitation, aux Tuileries, jusques dans des souterrains, les Suisses qui, aux termes des décrets, ne dévoient plus composer. la garde de
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Louis Capet; qu'elle les a entretenus dans un ètàt d'ivresse depuis le 9 jusqu'au 10 au matin, jour convenu pour l'exécution de tette horrible conspiration; qu'elle a réuni également, & dans le même dessein, dès le 9, une foulé de ces êtres, qualifiés de chevaliers du poignard, qui avoient figuré déjà dans ce même lieu le 23 Février 1791, & depuis, à l'époque du 20 Juin 1792.
Que la veuve Capet, craignant sans doute que cette conspiration n'eût pas tout l'effet qu'elle s'en étoit promis, a été dans la soirée du 7 Août, vers les neuf heures & demie du soir, dans la salle où les Suisses & autres à elle dévoués travailloient à des cartouchesV qu'en même temps qu'elle les encourageoit à hâter là confection de ces cartouches, pour les exciter de plus en plus, elle a pris des cartouches & a mordu des balles. (Les expressions manquent pour rendre un trait aussi atroce.) Que le lendemain 10, il est notoire qu'elle a pressé & sollicité Louis Capet d'aller dans les Tuileries, vers cinq heures & demie du matin, passer la revue des véritables Suisses & autres scélérats qui en avoient pris l'habit, & qu'à son retour elle lui a présenté un pistolet, en lui disant : « Voilà le moment de vous montrer» & que sur son refus, elle ra traité de lâche ; que quoique dans son interrogatoire la veuve Capet ait persévéré à nier qu'il ait été donné aucun
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ordi*e de tirer sûr le peuple, k conduite qtfdk; a tenue le dimanche 9, dans la salle des Suîsstt, les conciliabules qui ont eu lieu toute la nuit & auxquels elle a assisté, Fartide du pistolet & son propos sur Louis Capet, leur'retraîte subite des Tuileries & les coups de fusil tirés au moment même de leur entrée dans la salle de ras-* semblée législative, toutes ces circonstances réii- 'nies ne permettent pas de douter qu'il n'ait été convenu, dans le conciliabule qui a eu lieu péri* dant toute la nuit, qu'il falloit tirer sur le peuple, & que Louis Capet & Marie- Antoinette qui étoit la grande directrice de cette conspiration; îi'aît elle-même donné Tordre de tirer ;
Que c'est aux intrigues & manœuvres perfide^ de la veiive Capet, d'intelligence avec cette feftîon liberticîde, dont lia ^é déjà parlé & tous les ennemis 5e la république, que la France est redevable de cette guêtre intestine qui la dévore depuis si long-tems, & dont heureusement la fin n'est pas plus éloignée .que celle de ses auteurs;
Qtie dans tous les tfems, c'est la veuve Capet, qui, pai* cette influence qu'elle avoit acquise sur resprîtde Louis Capcrt, lui avbît insinué cet art profond & dangereux dé dissimuler & d'agir, de promettre par 'des à£teà publics le contraire de ce qu'i:l pensoit & detÀiher coiijointementjavec elle dans les ténèbres, pour âétrûire cette liberté
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si chère aux Français & qu'ils çauront conserver, & recouvrer ce qu'ils appeloient la pléni- ' tude des prérogatives royales ;
Qu'enfin la veuve Capet, immorale sous tous les rapports, & nouvelle Agrippine, est si perverse & si femilière avec tous les crimes, qu'oubliant sa qualité de mère et la démarcation prescrite par les loix de la nature, elle n'a pas craint de se livrer avec Louis-Charles Capet, son fils, & de l'aveu de ce dernier, à des indécences dont l'idée & le nom seul font frémir d'horreur.
D'après l'exposé ci-dessus, l'accusateur public a dressé la présente accusation contre Marie- Antoinette, se qualifiant dans son interrogatoire de Lorraine d'Autriche, veuve de Louis Capet, pour avoir méchamment & à dessein :
lO De coi^cert avec les frères de Louis Capet & l'infâme ex-ministre Calonne, dilapidé d'une manière effroyable les finances de la France, & avoir fait passer des sommes incalculables à l'Empereur & avoir ainsi épuisé le trésor national.
2* D'avoir, tant par elle que par ses agens contre-révolutionnaires, entretenu des intelligences & des correspondances avec les ennemis de la république ; d'avoir informé & fait informer ces mêmes ennemis des plans de campagne et d'attaque, convenus & arrêtés dans le conseil.
30 D'avoir, par ses intrigues, manœuvres &
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celles de ses agens, tramé des conspirations et des complots contre la sûreté intérieure & extérieure de la France, & d'avoir à cet effet allumé la guerre civile sur divers points de la république et armé les citoyens les uns contre les autres, & d'avoir par ce moyen fait couler le sang d'un nombre incalculable de citoyens; ce qui est contraire à l'article IV de la section première du titre premier de la secondp partie du code pénal, & à l'article II de la seconde section du titre premier du même code.
En conséquence, l'accusateur public requiert qu'il lui soit donné acte, par Iç tribunal assemblé, de la présente accusation; qu'il soit ordonné qu'à sa diligence & par un huissier du tribunal, porteur de l'ordonnance à intervenir, Marie- Antoinette, se qualifiant de Lorraine d'Autriche, veuve de Louis Capet, actuellement détenue dans la maison d'arrêt, dite la Conciergerie du palais, sera écrouée sur les registres de ladite maison, pour y rester comme en maison de justice ; comme aussi que l'ordonnance à intervenir sera notifiée à la municipalité de Paris & à l'accusée. Fait au cabinet de l'accusateur public, le premier jour de la troisième décade du premier mois de l'an second de la république, une & indivisible.
Signé: FOUQUIER.
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LE TRIBUNAL, faiss^nt droit au réquisi^ toii;e de Taccusateur public, lui donne aôe dcj laccusation par lui portée contre Marie-Antoinette, dite Lorraine d'Autriche,^ veuve de Louis Capet ;
1^ conséquence, ordonne qu'à sa diligence & par un huissier du tribunal, pqrtemç de la. présente ordonnance, ladite Marie- Antoinette ^ veyve de Louis Capet, sera prise au corps, arrétée & éçrouée sur les registres de la maison d'arrêt, dite de la Conciergerie, à Paris, où elle est actuellement détenue, pour y rester comme; en maison de justice; cqmmq ^ussi que la présente ordonnance sera notifiée, tant à la municipalité de Paris qu'à l'accusée. '
Fait & jugé au tribunal, le second jour d^ la troisième décade du premier mois de l'an second de la, république : Amand-Martial- Joseph Her- MAND, Etienne Foucault, Gabriel-Toussaint ScELLiER, Pierre- André CoFFiNHAL, Gabriel ï)e- LiÉGE, Pierre- Louis Ragiœy, Antoine- Marie Maire, François-Joseph Denizot, Etienne Maçon, tous juges du tribunaj, qui ont signée.
Le Président à Vaccusée, Voilà ce dont on vous accuse. Prêtez une oreille attentive; vous^ allez, entendre les charges qui vont êtrc| portées, contre vous.
Ou procède à Faudition des témoins.
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LautentLecôintre, députéà la Converitîon nationale, dépose connoître l'accusée , pour avoir été autrefois la femme du ci-devant roi de France, & encore pour être celle qui; lors de sa translatiez au Temple, Tavoit chargé de présenter une réclamation à la Convention, à l'effet d'obtenir pour ce qu'elle appelloît son service, treize ou •quatorze personnes^qu'elledésignoit. La Convention passia à l'ordre du jour, motrré sur ce qu'il falïoit s'adresser à la municipalité.
Le déposant entre ensuite dans des détails de fêtes & d'orgies, qui eurent Keu dans là ville de Versailles, depuis l'année 1779 jusqu'au commencement de celle de 1789, et dont le résultat a lèé%ne dilapidation effroyable des finances de la France.
Le témoin dontîe des détails de ce qui a précédée suivi lea assemblées dés notables, jusqu'à Fépoque de l'ouverture des état^-générâux; l'état ob. se trouvoient les' gétiéreui habitants, dt Versailles, leurs perplexités doulouretises à l'époque du 23 Juin 1793, oîi les artilleurs de Nassau, dottt raTtîllefie étoit placée dans les écuries de l'accusée, refusèrent de fkire feu sUr le peuple. Enfin les Parisiens, ayant isecoué le joug de la tyrannie, ce mouvement révolutionnaire ranima l'énei-gïe dés^ francs Vërsaitlfens^'lU' fôrmètiéiït le projet trèsî- hardi, 8c tburagèiix àahs doute'i <ié
s'affranchir de l'oppression du despote & de ses agens.
Le 38 Juillet, les citoyen» de Versailles, formèrent le vœu de s'organiser en gardes nationales, à rinstar de leurs frères de Paris; on proposa néanmoins de consulter le roi. L'intermédiaire étoit le ci-devant prince de Poix. On chercha à traîner les choses en longueur; mais l'organisation ayant eu lieu, on forma un étatmajor. D'Estaing fut , nommé commandantgénéral; Gouvernet, commandant en second, &c.
Le témoin entre ici dans les détails des &its qui ont précédé & suivi l'arrivée du régiment de Flandre. Le 29 septembre, l'accusée fit venir chez elle les officiers de la garde nationale, & leur fit don de deux drapeaux. Il en restoit un troisième, lequel on leur annonça être destiné à un bataillon de prétendue garde soldée , à l'effet, disoit-on, de foulager les habitants de Versailles que l'on sembloit plaindre en les cajolant, tandis que d'un autre côté ils étoient abhorrés.
Le 29 septembre 1789, la garde nationale donna un repas à ses braves frères, les soldats du régiment de Flandre ; les journalistes ont rendu compte dans le tems que dans le repas des citoyens, il ne s'étbit rien passé de contraire aux principes de la liberté, tandis que celui du
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premier octobre suivant, donné par les gardes du corps, n'eut pour but que de jprovoquer Ja garde nationale contre les soldats ci-dfevant de Flandre & les chasseurs des trois évêchés.
L'accusée js'est préfentée dans ce dernier repas avec son mari ; ils y fureftt vivement applaudis; Tair O Richard, ô mon Roi, y fut joué; Ton y but à la santé du roi, de la reine & de fon fils, mais la fanté de la nation, qui a voit été propofée, fut rejetee. On fe tranfporta au château de la ci-devant cour dite de Marbre, & là, pour donner au roi vraifemblablement une idée de la manière avec laquelle on étoit difpofé èi défendre les intérêts de fa famille, fî l'occasion s'en préfentoit, le nommé Percçval, aide-decamp de d*Eftaing, monta le premier au balcon; après lui, ce fut un grenadier du régiment de Flandre; un troifième, dragon, ayant auffî eflayé d'efcalader ledit balcon & n'à)rant pu y réuflir, voulut fe détruire; quant audit Perceval; il ôta la croix dont il étoit décoré pour en faire don au grenadier qui, comme lui, avoit escaladé le balr con du ci-devant roi.
Le tribunal ordonne qu'il sera décerné un mandat d'amener contre Perceval & d'Estaing.
. Le 3 Octobre, même: nlois, les. gardes du corps donnèrent un second rej)as; ce fut laque les outrages les plus vÎQleris furent &it3.à là cocarde
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nationale^ qui fut foulée aux pieds^ &c., &c.
Les 5 & 6 Octobre ; — nous mbiis'dtôpenserons d'en i^ndre compte^ attendu que ceâ nvSines fiihs ont déjà.*été imprimés dans le recueil ded dépositions reçues au^ eiT^devant Châjtelet de Paris^ siar les événemensdes 5 & 6 Octobrè,"&: imprimés par les ordres de T Aflfemblée eohstkuante.
Dans la journée du 5 Octobre^ d'Estaing, instruit des mouvémiens qui se manife$t<Ment dans Paris, se transporta à la municipalité de Versailles^^ à l'effet d'obtenir la permission d'emmener le ci -devant roi qui pour lors étoit à la chasse, (& qui vraisemblablement ignoroit ce qui se 'passoit ;) avec promesse de la part de d*Es- • taing de le ramtefler lorsque la tranquillité seroit rétablie.
Le témoin dépose sur le bureau les pièces concernant les faits contenus dans sa' déclaration; elles demeureront jointes au jprocès;'
Le PfctsmENT : Avez-vou^ quelques observations à faire sur la déposition du témoin?
Marie Antoinettie : Je n'ai aucune coÂnois-; sance de la majeure partie des faits dont parle le témoin. Il est vrai que j'ai donné deux' drapeaux à la garde nationale de Versailles. Il est virai que nousavéïis fok Jeteur de la table lejoiir dû repas des^gardcs dû corps, mais voilà tout.
Lie P. Vous^àveùeiiavoirété dans la salle des
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ci-devant gardes du corps. Y étiez-Vbus lorsque la musique a joué l'air : ô Richard, 'feïhbh roi?
R. Je ne me le rappelle pas.
Le P. Y étiez- vous lorsque la santé de la nation fut proposée et rejetée?
R. Je ne le crois pas.
Le P. Il est notoire que le bruit de la France entière, à cette époque, étoit que vous avifei visité vous-même les trois corps armés qui se trouvoient à Versailles, pour les engager à défendre t:e qufe vous appeliez les prérogatives du trône?
R. Je n'ai rien à répondre.
Le P. Avant le 14 Juillet 1789, ne teniez-vous point <l6s iconciliàbules nocturnes où assiftoit la Polignac, & n étoit*cfe point là que l'on délibéroit fur les moyens de faire passer des foiids à l'empereur?
R. Je n'ai jamais aflîfté à aucun conciliabule.
Avez-vous connaissance du fameux lit de justice teftu pair Louis Capet au milieu des repréfiientan* du peuple ?
R. oui. .
Le P. N'étoit-cepasDesprèmesnil & Thourer, assistés de Barentin , qui rédigèrent les articles qui fùretit proposés?
R. J'ignore absoluinent ce fait.
Le P. Vos réponses ne sont point exaftes, car
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c'çst dans \ios appartements que les articles ont été rédigés.
R. C'est dans le conseil où cette affaire a été arrêtée.
*Le P. Votre mari ne vous a-t-il point lu son discours une demi heure avant que d'entrer dans la salle des représentants du peuple, & ne Tavezvous point engagé à le prononcer avec fermeté?
R. Mon mari avoit beaucoup de confiance en moi, & c'est ce qui l'avoit engagé à m'en faire la leâure ; mais je ne me suis permis aucunes observations.
Le P. Quelles furent les délibérations prises pour faire entourer les représentants du peuple de bayonnettes, & pour en faire aiTafliner la moitié, s'il avoit été poflîble^
R. Je n'ai jamais entendu parler de pareille chose.
Le P. Vous n'ignoriez pas sans doute qu'il y avoit des troupes au Champ-de-Mars ; vous deviez savoir la cause de leur rassemblement?
R. Oui, j'ai su dans le temps qu'il y en avoit; mais j'ignore absolument quel en étoit le motif.
Le P. Mais, ayant la confiance de votre époux, vous ne deviez pas ignorer quelle en étoit la cause ?
R. C'étoit pour rétablir la tranquillité publique.
Le P. Mais à cette époque, tout le monde étoit
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tranquille; il n'y avoit qu'uncri,celui4e la liberté. Avez- vous connoiflance du projet du ci -devant comte d'Artois pour feire sauter la salle de l'Aflemblée Nationale? Ce plan ayant paru trop violent, ne l'a-t-on pas engagé à voyager^ dans la crainte que, par sa présence & son étourderie, il ne nuisît au projet que Ton avoit conçu, qui étoit de dissimuler jusqu'au moment favorable aux vues perfides que l'on se proposoit?
R. Je n'ai jamais entendu dire que mon frère d'Artois eût le dessein dont vous parlez. Il est parti de son plein gré pour voyager.
Le P. A quelle époque avez- vous employé les sommes immenses qui vous ont été remises par les différents contrôleurs des finances?
R. On ne m'a jamais remis de sommes immenses ; celles que l'on m'a données ont été par moi employées à payer les gens qui m'étoient attachés.
Le P. Pourquoi la famille Polignac & plusieurs autres ont-elles été par vous gorgées d'or?
R. Elles a voient des places à la cour qui leur procuroient des richesses.
Le P. Le repas des gardes |dù corps n'ayant pu avoir lieu qu'avec la permission du roi, vous avez dû néceffairement en connoître la cause?
R. On a dit que c'étoit pour opérer leur réunion avec la garde nationale.^
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Le P. Comment connoiHez-vous Perceval?
R. Comme un aide-de-camp de M: d'Eftaing.
Le P. Savez-vous de quels bl"df es il étoit décoré ?
R. Non.
L'accusateur public tequiert, & le tribunal ordonne unttiandat d^amenercontre leC.Rollin,sergent ■'major des Suisses de la caserne Poiffonnière .
On eiitend un autre témoin.
Jean-Baptîfte Lapierre, âgé de 44 ans, adjudant-général par intérim de la quatrième division, dépose des faits relatifs à ce qui seft paffë. au ci-devant château des Tuilerie^, dans la nuit dtt2fôau2i Juin 179 1, où lui, dépofant, fetronuvoit de fervice. Il a vu dans le courant de la nuit un grand nombre de particuliers à lui inconnus, qui alloient & venoient du château dans les cours & des cours au château ; parmi ceux qui ont fixé son attention, il a reconnu Barré, homme de lettres.
Le P. N'eft-il pas à votre connoiflance qu'après le f etour de Varennes, le Barré dont vous parlez se réndoit tous les jours au château, où il patK)ît qu'il étoit bien venu, & n'efî-ce pas lui qui provoqua du trouble au théâtre du Vaudeville ?
R. Je ne peux pas affirmer ce feiit.
Le Président à Faccusée, Lorsque vous êtes sortie, ëtoit-cè à pied ou en voiture?
R. C'étoit à pied.
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• Le P. Bar quel encbioit?
R. PariecariouseL ^ *
Le P. Lafayette & Bailly étoient-tl^ au '^rtoâ teau au moment de vQtre dj$g9>n} . R. Je ne le crois pas.
Le P. N'êtes-YOUspoifiitiie^çeiMlueparr^ppAr-: temeat d'une de vos femmea?
R. J'avaûi, â la vérité sous jmes «f^^art€;m«|is«. une femme de garde-robe.
Le P. Comment nommez-vo^s cette femiae ?
R. Je ne m'en rappelle pas:
Le P. N'eft-ce point yous <jui nvez ouvert iss portes?
R. Oui.
Le P. La&yette n'eft^il poiat venuriansil'ap* partement de Louis Capet?
R. Non.
Le P. A quelle heure êtes^vous partie?
R. A onze heures trois quarts.
Le P. Avez-vous vu Bailly au château cç jour-là ?
On entend un autre témoin.
N... RouflîUon, chirurgien & canonnier, dépose que le 10 Août 1792, étant entré au château des Tuileries, dans îappartement de faccusèe, qu*elle avoit quitté peu d'heures avant, il trouva sous son lit des bouteilles, les unes pleines, les autres vides, ce qui lui donna E«i dé ctx)ire
dbyGoogk
qu'elle avoit donné à boire, ^taux officiers des Suisses, soit aux chevaliers du poignard ^ui rempliflbieiit le château.
Le témoin termine en reprochant à Faccusée d'avoir été Tinftigatrice des maffacres qui ont eu lieu dans divers endroits de la France, notamment à Nancy & au Champ-de-Mars; comme auflî d'avoir contribué à mettre la France à deux doigts de sa perte, en faisant paffer des fomines immenses à son frère (le ci-devant roi de Bohême & de Hongrie), pour soutenir la guerre contre les Turcs, & lui faciliter enfuite les moyens de faire un jour la guerre à la France , c'ôft-à-dire à une nation généreuse qui la nourriâbît, ainil que son mari & sa famille.
Le dépofant obferve qu'il tient ce fait d'une bonne citoyenne, excellente patriote, quiafervi à Versailles fous l'ancien régime, & à qiii un favori de la ci-devant cour en a fait confidence.
Sur l'indication faite par le témoin de la demeure de cette citoyenne, le tribunal, d'après le réquifitoire de l'accusateur public, ordonne qu'il fera à l'inftant décerné contre elle un mandat d'amener, à l'effet de venir donner au tribunal les renfeignemens qui peuvent être à fa conngiffanice^ ,
Le Président à l'accus4e. Avez- vous quelques
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observations à fisiire contre la dépofîtioa du témoin ?
R. J'étois sortie du château & ignore ce qui s'y efr paffé.
Le P. N'avez- vous point donné de l'argent, pour faire boire les Suisses?
R. Non.
Le P. N'avez- vous point dit en fortant, à un officier suifle : Buvez^ mon ami , je me recommande à vous?
R. Non.
Le P. Ou avez-vous paffé la nuit du 9 au 10 Août dont on vous parle?
R. Je l'ai paffée avec ma foeur Elisabeth dans mon appartement, & ne me fuis point couchée.
Le P. Pourquoi ne vous êtes- vous point couchée?
R. Parce qu'à minuit nous, avons entendu le toçfin sonner de toutes parts, & que Ton nous annonça que nous allions être attaqués.
Le P. N'eft-ce point chez vous que se sont affemblés les ci-devant nobles & les ofiiciers suisses qui étoient au château, & n'efl-ce point là que l'on a arrêté de faire feu fur lé peuple?
R. Personne h'eft entré dans mon appartement.
Le P. N'avez- vous pas dans la nuit été trouver le ci-devant roi ?
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R, Je fi^is te&ée dax^ ^an appàrtemept jusqu'à une heure du matin.
, Le P. y©us y ave» vu iekv^ doute tftu^.l^s cbevaliers du poignard & Tétat-major 4t&r Suifles ^ui. y étpient?
R. J*y ai vu beaucoup de monde.
Le P. N*avez-vous rien vu écrire fur la table du d-devant roi?
]^, Non.
Le P. Etiez-vous avec le roi, lors de la ce vue qu'il a faite dans le jardin?
,ïL Noi^.
Le P. N'étiez-vous point pendant, ce tems à vQtre fenêtre ?.
»;,Non*
Lc.P. Pétion étoit-il avee Rœderer dans le château ?
R^ Je r ignore.
Lb p. N!avez*vous point eu un entretien avec d' AfFry dans lequel vous Tavez interpellé de s*expUiquer si Ton pouvoit compter sur les Suisses, pûUT fiûre feU/ sur le peuple, & sur la réponse n^ativtt qu'il vous fit v n'avez* vous pas pntployé tout-à-tmir ka cajoleries et les: menaces?
- R. Je ne crois poi^ avoir vu d' Affrf ce |ouF*là.
Le P. Depuis quel tems n'aviez-vous vu d'Affry?
R. n m^iest iolpossible de me te rappeler eh ce moment.
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Le P. M^is lui avez-vous demandé si Ton poqvoit, compter sur Içs Suissç^?
R. Je ne lui ai jamais parlé dje cela.
Le P. Voi^s ijieiz doftc qu,ç v^us lui ayez fait des menaces ?
R. Jaxôais je ne lui en ai fait aucunes*
L^çcusateur pu,W.icob^rv.e qued*Affry,aprQs l'agaire du.io août, fut arrêté &. traduit pg|r devait le tribunal du 17, & que. là, il ne fuj mi^ en liberté que parce qu'ijL prouva que, n'ayant point voulu participer à ce qui se tramoit au château, vous Taviez menacé, ce qui Tavoit forcé de s'en éloigner.
Un autre témoin est entendu.
Jacques- René Hébert, substitut du procureur de la commune, dépose qu'en sa qualité de ngiembre de la commune du 10 Août, il fut chargé de différentes missions in^portantes, qui lui ont prouvé la conspiration d'Antoinette; notamment un jour au temple, il a trouvé un livre d'église à elle appartenant, dans lequel étoit un de ces signes contre-révolutionnaires, consistant en un cœur enflammé, traversé par une floche, sur lequel étoit écrit : Jésus, miserere notais. Une autre fois, il trouva dan^ la, chambrq d'Eli3abeth un cha^peau, qui fut reconnu pour avoir appsirtenu à Louis Capçt,; cettç déçou,ver,te ne^ lui permit plus. de douter qu'il existât parmi ses collègues
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quelques hommes dans le cas de se dégrader au point de servir la tyrannie. Il se rappelle que Toulan étoit entré un jour avec son chapeau dans la Tour, & qu'il en étoit sorti nu-tête, en disant qu'il Tavoit perdu ; il ajoute que Simon, lui ayant fait savoir qu'il avoit quelque chose d'important à lui communiquer, il se rendit au Temple, accompagné du maire & du procureur de la commune. Ils y reçurent une déclaration dé la part du jeune Capet, de laquelle il résulte, qu'à l'époque de la fuite de Louis Capet à Varennes, Lafayette étoit un de ceux qui avoient le plus contribué à la faciliter ; qu'il ,^voit pour cet effet passé la nuit au château ; que pendant leur séjour au temple, les détenues n'avoient cessé pendant long-temps d'être instruites de ce qui se passoit à l'extérieur; on leur feisoit passer des correspondances dans les hardes & souliers. Le petit Capet nomma treize personnes, comme étant celles qui avoient en parti coopéré à entretenir ces intelligences. L'une d'elles l'ayant enfermé avec sa sœur dans une tourelle, il entendit ^u'on disoit à sa mère : Je vous procurerai les moyens de savoir des nouvelles, en envoyant tous les jours un colporteur crier près de la tour le journal du soir. Enfin le jeune Capet, dont la constitution physique dépérissoit chaque jour, fut surpris par Simon dans des
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pollutions indécentes & funestes pour son tempérament ; que celui-ci, lui ayant demandé qui lui avoit aj5pris ce manège criminel, il répondit que c'étoit à sa mère & à sa tante qu'il étoit re- • devable de la connoissance de cette habitude funeste. De la déclaration, observe le déposant, que le jeune Capet a faite en présence du rçiaire de Paris & du procureur de la commune, il résulte que ces deux femmes le faisoient souvent coucher entre elles deux ; que là, il se commettoit des traits de la débauche la plus effrénée ; qu'il n'y avoit pas même à douter, par ce qu'a dit le fils Capet, qu'il n'y ait eu un acte incestueux entre la mère & le fils.
Il y a lieu de croire que cette criminelle Jouissance n'étoit point dictée par le plaisir, mais bien par l'espoir politique d'énerver le physique de cet enfant, que l'on se plaisoit encore à croire destiné à occuper un^rône , & sur lequel on vouloit par cette manœuvre s'assurer le droit de régner. Par les efforts qu'on lui fît faire, il est demeuré attaqué d'une descente, pour laquelle il a fallu luimettre un bandage; & depuis qu'il n'est plus avec sa mère, il reprend un tempérament robuste & vigoureux.
Le Président à V accusée. Qu'avez- vous à répondre à la déposition du témoin ?
R. Je n'ai aucune connaissance des faits dont
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parle Hébert; je sais seulement que le cœur dont il parle a été donné à mon fils par sa sœur; à regard du chapeau dont il a également parlé» c'est un présent fait à la sœur du vivant du frère.
Le P. Les administrateurs Michonis, Jobert, Marinot& Michel, lorsqu'ils serendoientprès de vous, n*amenoient-ils pas des personnesavec eux ?
R. Oui, ils ne venoient jamais seuls.
Le P. Combien amenoient-ils de personnes chaque fois?
R. Souvent trois ou quatre.
Le P. Ces personnes n'étoient-elles point ellesmêmes des administrateurs?
R. Je l'ignore.
Le P. Michonis & les autres administrateurs, lorsqu'ils se rendoient près de vous, étoient-ils revêtus de leurs écharpes?
R. Je ne m'en rappelle pas.
Sur l'interpellation faite au témoin Hébert, s'il a connaissance de la manière dont les administrateurs font leur service, il répond ne pas en avoir une connaissance exacte ; mais il remarque, à l'occasion de la déclaration que vient de faire l'accusée, que la famille Capet, pendant son séjour au Temple, étoit instruite de tout ce qui se passoit dans la ville. Elle connoissoit tous les officiers municipaux qui venoient tous les jours y faire leur service, ainsi que les aventures de
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chacun d'eux, de même que la nature de leurs différentes fonctions.
Le citoyen Hébert observe qu'il avoit échappé à sa mémoire un fiait important qui mérite d'être mis sous les yeux des citoyens jurés. Il fera connoitre la morale de l'accusée & de sa belle-sœur. Après la mort de Capet, ces deux femmes traitoient le petit Capet avec la même déférence que s'il avoit été roi. Il avoit, lorsqu'il étoit à table, la préséance sur sa mère & sur sa tante. Il étoit toujours servi le premier & occupoit le hautbout.
Le P. L'avez- vous vu?
Hébert, Je ne l'ai pas vu, mais toute la municipalité le certifiera.
Le président à Vacctisée, N'avez-vous pas éprouvé un tressaillement de joie, en voyant entrer avec Michonis, dans votre chambre à la conciergerie, le particulier porteur d'un œillet?
R. Étant depuis treize mois renfermée sans voir personne de ma connoissance, j'ai tressailli dans la crainte qu'il ne fût compromis par rapport à moi.
Le P. Ce particulier n'a-t-il pas été un de vos agens ?
. R. Non.
Le P. N*étoit-il pas au ci-devant château ^es Tuileries le io Juin?
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R. Oui.
Le P. Et sans doute aussi dans la nuit du 2 au 10 Août?
R. Je ne me rappelle pas ïy avoir vu.
Le P. N'avez- vous pas eu un entretien avec Micfaonis sur le compte du particulier porteur de Toeillet ? G>mment nommez-vous ce particulier?
R. J'ignore son nom.
Le P. N'àvez-vous pas dit à Michonis que vous craigniez qu'il ne fût pas réélu à la nouvelle municipalité?
R. Oui.
Le P. Quel étoit le motif de vos craintes à cet égard?
R. C'est qu'il étoit humain envers tous les prisonniers.
Le P. Ne lui avez- vous pas dit le même jour ; «'est peut-être la dernière fois que je vous voifr?
R. Oui.
Le P. Pourquoi lui avez- vous dit cela?
R.C'étoit pour l'intérêt général des prisonniers.
Un juré. Citoyen président, je vous invite à vouloir bien observer à l'accusée qu'elle n'a pas répondu sur le fait dont a parlé le citoyen Hébert, à l'égard de ce qui s'est passé entre elle & son fils.
Le président fait l'interpellation.
L'accusée. Si je n'ai pas répondu, c'est que la
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nature se refuse à répondre à unei pareille inculpation faite à une mère. (Ici Taccusée paroît vivement émue.) J'en appelle. à toutes celles qui peuvent se trouver ici !
On continue Faudition des témoins. •
Abraham Silly, notaire, dépose qu'étant de service au ci-devant.château des Tuileries, dans la nuit du 20 au 21 juin 1 791, il vit venir près de lui l'accusée, vers les six heures du soir, laquelle lui dit qu'elle vouloit se promener avec son fils; qu'il chargea le sieur Laroche de l'accompagner; que quelque tems après, il vit venir Lafayette cinq ou six fois dans la soirée chez Gouvion; que celui-ci, vers dix heures, donna Tordre de ^rmer les portes, excepté celle donnant sur la cour dite des ci-devant princes; que le matin ledit Gouvion entra dans l'appartement où il se trouvoît, lui, déposant, & lui dit en se frottant les mains avec un air de satisfaction : ils sont partis; qu'il lui fut remis un paquet qu'il porta à l'assemblée constituante& dont le citoyen Beauharnois, président, lui donna décharge.
Le président. A quelle heure Lafayette .est-il âorti du château, dans la nuit?
Le témoin. A minuit moins quelques minutes.
Le président à l'accusée. A quelle heure êtesvous sortie ?
R. Je l'ai déjà dit, à onze heures trois quarts.
dbyGoogk
Le P. Etes- vous sortie avec Louis Capet?
R. Non, il est sorti avant moi.
Le P. Comment est- il sorti ?
R. A pied, par la grande porte.
Le P.'Et vos enfants?
R. Ils sont sortis une heure avant, avec leur gouvernante; ils nous ont attendus sur la place du petit carrousel.
Le P. Comment nommez-vous cette gouvernante ?
R. De Tourzel.
Le P. Quelles étoient les personnes qui étoient avec vous ?
R. Les trois gardes du corps qui nous ont accompagnés, & qui sont revenus s^vec nous à Paris.
Le P. Comment étoient-ils habillés?
R, De la même manière qu'ils Tétoîent lors de leur retour.
Le P. Et vous, comment étiefe-vous vêtue?
R. J'avois la même robe qu'à mon retour.
Le P. Combien y avoit-îl de personnes instruites de votre départ?
R. Il n'y avoit que les trois gardes du corps à Paris qui en étoient instruits ; mais sur la route, Bouille avoit placé ses troupes, pour protéger notre départ.
Le P. Vous dites que vos eniftins sont sortis
dbyGoogk
une heure avant vous, & que le ci-devant roi est sorti seul : qui vous a donc accompagnée?
R. Un des gardes du corps.
Le P. N'avez-vous pas, en sortant, rencontré Lafeyette?
R. J*ai vu en sortant sa voiture passer au carrousel, mais je me suis bien gardée de lui parler.
Le P. Qui vous a fourni ou fait fournir la fameuse voiture dans laquelle vous êtes partie avec votre feimille ?
R. C'est un étranger.
Le P. De quelle nation ?
R. Suédoise.
Le P. N'est-ce point Fersen, qui demeuroit à Paris, rue du Bac ?
Le P. Pourquoi avez- vous voyagé sous le nom d'une baronne i;psse?
R. Parce qu'il n'étoit pas possible de sortir de Paris autrement.
Le P. Qui vous a procuré le passeport?
R. C'est un ministre étranger qui Tavoît demandé.
Le P. Pourquoi avez- vous quitté Paris ?
R. Parce que le roi vouloit s'en aller.
On entend un autre témoin.
Pierre- Joseph Terrasson, employé dans les bureaux du ministre de la justice, dépose que
dbyGoogk
lors du retour du voyage, connu sou^ le nom de Varennes, se trouvant sur le perron du ci-devant château des Tuileries, il vit Taccusée descendre de voiture, & jeter sur les gardes nationaux qui Tavoient escortée^ ainsi que sur tous les autres citoyens qui se trouvoient sur son passage, le coup-d'œil le plus vindicatif; ce qui fit penser sur le champ à lui, déposant, qu'elle se vengeroit; effectivement, quelque tems après arriva la scène du champ de Mars ; il ajoute que Duranthon, ministre de la justice, avet qui il avoit été très-lié à Bordeaux, à causç de la même profession qu'ils y a voient exercée ensemble, lui dit que l'accusée s'opposoit à ce que le cidevant roi donnât sa sanction à différens décrets; mais qu'il lui avoit représenté que cette affaire étoit plus importante qu'elle ne pensoit, . & qu'il étoit même urgent * qu'ils cédassent promptement ; que cette observation fit impression sur l'accusée, & alors le roi sanctionna.
Le Président à V accusée. Avez- vous quelques observations à faire sur là déposition du témoin ?
R. J'ai , à dire que je n'ai jamais assisté au conseil.
Un autre témoin est entendu.
Pierre Manuel, homme de lettres, dépose connoître l'accusée, mais n'avoir jamais eu avec
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elle ni avec la famille Capet aucun rapport, sinon pendant qu'il étoit procureur de la commune ; il s'est transporté au Temple plusieurs fois pour faire exécuter des décrets ; du reste, il n'a jamais eu d'entretien particulier, avec la femme du ci-devant roi.
Le Président au témoin. Vous avez été administrateur de police?
R. Oui.
Le P. Eh bien ! en cette qualité, vous devez avoir eu des rapports avec la cour ?
R.C'étoit le maire qui avoit des relations avec la cour.
Le P. Sur la journée du 20 Juin, avez-vous quelques détails à donner?
R. Ce Jour-là, je n'ai quitté mon poste que pendant peu de tems, attendu que le peuple auroit été fâché de ne point y trouver un de ses premiers commettans ; je me rendis dans le jardin du château; là je parlai avec divers citoyens, & ne fis aucune fonction de municipal.
Le P. Dites ce qui est à votre connoissance sur ce qui s'est passé au château, la nuit du neuf au dix Août.
R. Je n'ai point voulu quitter le poste oti le peuple m' avoit placé; je suis demeuré toute la nuit au parquet de la commune.
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Le P. Vous étiez très-lié avec Pétion ; il a dû vous dire ce qui s'y passoit.
R. J'étoîs son ami par fonction & par estime, & si je Tavois vu dans le cas de tromper le peuple & d'être initié dans la coalition du château, je Taurois privé de mon estime. Il m'avoit à la vérité dit que le château désiroit la journée du lo août, pour le rétablissement de Tautorité royale.
Le P. Avez- vous eu connoissance que les maîtres du château aient donné l'ordre de faire feu sur le peuple?
R. J'en ai eu connoissance par le commandant du poste, bon républicain, qui est venu m*en instruire. Alors j'ai, sur le champ, mandé le commandant général de la force armée, & lui ai, en ma qualité de procureur de la commune, défendu expressément de faire tirer sur le peuple.
Le P. Comment se fait-il que vous, qui venez de dire que, dans la nuit du 9 au lo, vous n'avez point quitté le poste où le peuple vous avoit placé, vous ayez depuis abandonné l'honorable fonftion de législateur où sa confiance vous avoit appelé?
R. Lorsque j'ai vu les orages s'élever dans le sein de la Q)nvention, je me suis retiré j j'ai cru mieux faire ; je me suis livré à la morale de Thomas Fayne^ maître en républicanisme ; j*aî
dbyGoogk
désiré comme lui voir établir le règne de la liberté & de Tégalité sur des bases fixes & durables; j'ai pu varier dans les moyens que j*ai proposés, mais mes intentions ont été pures.
Le P. Comment, vous vous dites bon républicain, vous dites que vous aimez l'égalité; & vous avez proposé de faire rendre à Pétion des honneurs équivalents à l'étiquette de la royauté?
R. Ce n'est point à Pétion, qui n'étoit président que pour quinze jours, mais c'étoit au président de la Convention nationale que je voulois faire rendre des honneurs ; & voici comment : Je désirois qu'un huissier & un gendarme le précédassent & que les citoyens des tribunes se levassent à son entrée. Il fut prononcé, dans le tems, des discours meilleurs que le mien. & je* m'y rendis.
Le P. Connaissez-vous les noms de ceux qui ont dit que Pétion courroit des risques au château?
R. Non, je crois Seulement que ce sont quel* ques députés qui en ont averti l'assemblée lé-* gislative.
Le P. Pourquoi avez- vous pris sur vous d'entrer seul dans le Temple, & surtout dans les appartemens dits royaux?
R. Je ne mé suis jamais permis d'entrer seul dans les appartemens des prisonniers ; je me
dbyGoogk
suis, au contraire, touJQurs feiît accompagner par plusieurs des commissaires qui y étoient de service,
Le P. Pourquoi avez- vous marqué de lasollicitude pour les valets de laccusée, de préférence aux autres prisonniers,
R. Il est vrai qi^*à la Force, la fille Tourzel croyoit sa mère morte ; la mère en pensoit autant defsa fille; guidé par un aète d'humanité, je les ai réunies.
Le P. N'avez-vous pas entretenu des correspondances avec Elisabeth Capet?
R. Non.
Le Président à l'accusée. N'avez- vous jamais eu, au Temple, des entretiens particuliers avec le témoin?
Jean-Sylvain Bailly, homme de lettres, dépose n'avoir jamais eu de relations avec la famille ci-devant royale ; il proteste que les faits contenus dans lafle d'accusation, touchant la déclaration de Charles Capet, sont absolument faux; il observe à cet égard que, lors des jours qui ont précédé la fuite de Louis, le brqit couroit depuis quelques temps qu'il devoit partir; qu'il en fit part à Lafayette, en lui recommandant de prendre à cet égard les mesures nécessaires.
Le Président àJean-SylvainBailly: N'étiez-
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VOUS pas en liaison avec Pastoret & Rœderer (ex- procureurs généraux syndics du département de Paris) ?
R. Je n'ai eu avec eux d'autre liaison que celle de rapports entre magistrats.
Le P. N'est-ce pas vous qui, de concert avec Lafayette, avez fondé le cliib connu sous le nom de club de 1789?
R. Je n'en ai pas été le fondateur, & je n'y allai que parce que des Bretons de mes amis en étoient. Ils m'invitèrent à en être, en me disant qu'il ne m'en ooûtéroit que cinq louis; je les donnai & fus reçu. Depuis, je n'ai affisté qu'à deux dîners.
Le P. N'avez- vous pas affisté aux conciliabules tenus chez le ci-devant la Rochefoucault ?
R. Je n'ai jamais entendu parler de conciliabules. Use peut faire qu'il en existât, mais je n'ai jamais affisté à aucuns.
Le P. Si vous n'étiez pas des conciliabules, pourquoi, lors du décret du 19 Juin 1790,. par lequel l'Assemblée constituante, voulant donner aux vainqueurs de la Bastille le témoignage éclatant de la reconnoissance d'une grande nation, les récompensoit de leur courage & de leur, zèle, notammenit en les plaçaat d'une manière distinguée au milieu de leurs frères dans le Champde-Mars, le jour de la fiédérafion; pourquoi,
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dis-je, avez- vous excité des troubles entre eux & leurs frères d-armes, les ci-devant gardes françaises , pour ensuite faire le pleureur à leur assemblée, & les forcer de reporter la gratification dont ils avoient été honorés?
R.. Je ne me suis rendu auprès d'eux qu'à la demande de leurs chefe, à l'effet d'opérer la réconciliation des deux partis ; c'est d'ailleurs l'un d'eux qui a fait la motion de remettre les décorations dont l'assemblée constituante les avoit honorés, & non pas moi.
Le P. Ceux qui ont fait cette motion, ayant été reconnus pour vous être attachés en qualité d'espions, les braves vainqueurs en ont feiit justice en les chassant de leur sein.
R. On s'est étrangement trompé à cet égard.
Le P. N'avez-vous pas prêté les mains au voyage de Saint-Cloud, au mois d'avril, & de concert avec Lafayette, n'avez-vous pas sollicité auprès du département l'ordre de déployer le drapeau rouge ?
Le P. Étiez- vous instruit que le ci-devant roi recéloit dans le château un nombre considérable .de prètres réfraâaires ?
R. Oui, je me suis même rendu chez le roi à la tête de la municipalité, pour l'inviter à renvoyer les prêtrék insermentés qu'il avoit chez lui.
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Le P. Pourriez-vous indiquer les noms des habitués du château, connus sous le nom de chevaliers du poignard ?
R. Je n'en connois aucuns.
Le P. A l'époque de la révision de la Constitution de 1 79 1 , ne vous êtes- vous pas réuni avec les Lameth, Barnave, Desmeunier, Chapellier& autres, fameux réviseurs coalisés, ou pour mieux dire, vendus à la cour pour dépouiller le peuple de ses droits légitimes & ne lui laisser qu'un simulacre de liberté.
R. Lafayette s'est réconcilié avec les Lameth, mais moi je n'ai pu me raccommoder, n'ayant pas été lié avec eux.
Le P. Il paroît que vous étiez très-lié avec Lafayette, & que vos opinions s'accordoient assez bien?
R. Je n'avois avec lui d'autre intimité que relativement à sa place; du reste, dans le tems, je partageois sur son compte l'opinion de tout Paris.
Lé P. Vous dites n'avoir Jamais assisté à aucun conciliabule, mais comment se fait-il qu'au montent où vous vous êtes rendu à l'Assemblée constituante, Charles Lameth tira la réponse . qu'il vous fit de dessous son bureau; cela prouve qu'il existoit une criminelle coalition?
R. L'Assemblée nationale avoit, par un dé-
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cret, mandé les autorités constituées ; je me suis présenté avec les membres du département & les accusateurs publics. Je ne fis que recevoir les ordres de l'Assemblée & ne portai point la parole ; ce fut le président du département qui prononça le discours sur Tévénement.
Le P. N'avez- vous point aussi feçu les ordres d'Antoinette, pour l'exécution du massacre des meilleurs patriotes?
R. Non; Je n'ai été au Champ-de-Mars que d'après un arrêté du conseil général de la commune.
Le P. C'étoit avec la permission de la municipalité que les patriotes s'étoient rassemblés au Champ-de-Mars ; ils en avoient fait leur déclaration au greffe; on leur en avoit délivré un reçu. Comment avez- vous pu déployer contre eux l'infernal drapeau rouge ?
R. Le conseil ne s'est décidé que parce que depuis le matin l'on avoit été instruit que deux hommes avoient été massacrés au Champ - de - Mars ; les rapports qui se succédoieift devenoient plus allarmans d'heure en heure ; le conseil fut trompé, & se décida à employer la force armée.
Le P. N'est-ce point le peuple, au contraire, qui a été trompé par la municipalité? ne seroitce point elle qui avoit provoqué le rassemble-
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ment, à l'effet d'y attirer les meilleurs patriotes & de les égorger?
R. Non certainement.
Le P.- Qu'avez-vous feit des morts, c'est-àdire des patriotes qui y ont été assassinés ?
R. La municipalité, ayant dressé procès-verbal, les fit transporter dans la cour de l'hôpital militaire, au Gros-Caillou, oti le plus grand nombre fut reconnu.
Le P. A combien d'individus se montoit-il?
R. Le nombre en fut déterminé & rendu public par le procès- verbal que la municipalité fit afficher dans le tems ; il y en avoit douze ou treize.
Un juré. J'observe au tribunal que, me trouvant ce jour-là au Ghamp-de-Mars avec mon père, au moment où le massoicre commença, je vis tuer près de la rivière où j etois, dix-sept à dix-huit personnes des deux sexes; nous-mêmes n'évitâmes la mort qu'en entrant dans la rivière jusqu'au cou.
Le témoin garde le silence.
Le présidât à l'accusée. A combien pouvoit se monter le nombre des prêtres que vous aviez au château ?
R. Nous n'avions auprès de nous que les prêtres, qui disoient la messe.
Le P. Ils étoient insermentés?
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R. La loi permettoit au roi, à cet égard» de prendre qui il vouloit.
Le P. Quel a été le sujet de vos entretiens ^ur la route de Varennes, en revenant avec Barnavc et Pétion à Paris?
R. On a parlé de choses et d'autres fort indd férentes. »
On continue Tauditipn des témoins.
Jean- Baptiste Hébain, dit Perceval, ci-devant employé aux chasses, et actuellement enregistré pour travailler à la fabrication des armes, dépose que le premier octobre 1789, se trouvant à Versailles, il a eu connaissance du premier repas des gardes du corps, mais qu'il n'y a point assisté; que le 5 du même mois, il a, en sa qualité d*aide-de-camp du ci-devant comte d*Estaing, prévenu ce dernier qu'il y avoit des mouvemens dans Paris; que d'Estaing n'en tint pas compte; que, vers l'après-midi, la foule augmenta considérablement; qu'il a averti d'Estaingpourla seconde fois, mais qu'il ne daigna pas même l'écouter. (Le témoin entre dans le détail de l'arrivée des Parisiens à Versailles entre onze heures et minuit.)
Le Président, Ne portiez- vous point à cette époque une décoration ?
R. Je portois le ruban de l'ordre de Limbourg;
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j*en avoisy comme tout le monde, acheté le brevet moyennant 1 5oo livres.
.Le P. N'avez-vous point, après l'orgie, des gardes du corps, été dans la cour de marbre, & là, n*avez-vous pas, un des premiers, escaladé le balcon du ci-devant roi ?
R. Je me fuis trouvé à Tiffue du repas dés gardes du corps, et comme ils dirigeoient leurs pas vers le château, je les y ai accompagnés.
Le Président au témoin Lecointre. Rendez compte au tribunal de ce qui eft à votre connoiflance, sur le témoin présent. •
R. Je fais que Perceval a escaladé le balcon de Tappartement du ci-devant roi, qu'il fut fuivi par un grenadier du régiment de Flandre, & qu'arrivé dans l'appartement de Louis Capet, Perceval embraffa, en présence du tyran qui s'y trouvoit, ledit grenadier & lui dit : Il n'y a plus de régiment de Flandre; nous sommes tous gardes royales! Un dragon des Trois- Evéchés, ayant essayé de monter après eux, & ne pouvant y réuffir, voulut se détruire. Le déposant observe que ce n'est point comme témoin oculaire qu'il dépose de ce fait, mais bien d'après le témoin Perceval qui, le même jour, lui en fit confidence ; ce récit, par la suite, a été reconnu exact. Il invite en conséquence le citoyen Président à vouloir bien demander à Perceval de dé-
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clarer si, oui ou non, il se rappelle lui avoir tenu les propos dont il est question.
Perceval, Je me rappelle avoir vu le citoyen Lecointre ; je crois même lui avoir fait part de l'histoire du balcon ; je sais qu'il étoit le 5 octobre & le lendemain à la tête de la garde nationale, en Tabsence de d'Estaingquiavoit disparu.
Lecointre soutient que sa déposition est sincère & véritable.
On entend un autre témoin.
Reine Millot, fille domestique, dépose qu'en 1788, se«trouvant de service au grand commun de Versailles, elle a voit pris sur elle de demander au ci-devant comte de Coigny, qu'elle voyait un jour de bonne humeur : Est-ce que l'empereur continuera toujours à faire la guerre aux Turcs? mais cela finira par ruiner la France, vu le grand nombre de fonds que la reine fait passer pour cet effet à son frère, & qui en ce moment doivent au moins se monter à deux cent millions. — Tu ne te trompes pas, répondit-il ; oui, il en coûte déjà plus de deux cent millions, et nous ne sommes pas au bout.
Il est à ma connaissance, ajoute le témoin, qu'après le 23 juin 1789, me trouvant dans un endroit où étoient des gardes d'Artois & des officiers de hussards, j'entendis les premiers dire, à l'occasion d'un massacre projeté contre les
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gardes françaises : Il faut que chacun soit à son poste & fasse son devoir. Mais, les gardes françaises, ayant été instruits à tems de ce qui se tramoit contre eux, crièrent aux armes ; alors le projet se trouva découvert et ne put avoir lieu.
J'observe auss;, continue le témoin, que j'ai su, par différentes personnes, que l'accusée avoit conçu le dessein d'assassiner le duc d'Orléans. Le roi, qui en fut instruit, ordonna qu'elle fût incontinent fouillée; à la suite de cette opération, on trouva sur elle deux pistolets; alors il la fit consigner dans son appartement^ pendant quinze jours,'
L'accusée. Il se peut que j'aie reçu de rrion époux l'ordre de rester quinze jours dans mon appartement, mais ce n'est pas pour une cause pareille.
Le témoin. Il est à ma connoissance que, dans les premiers Jours d'Octobre 1789, des femmes de la cour ont distribué à différens particuliers de Versailles des cocardes blanches.
L'accusée. Je me rappelle avoir entendu dire que le lendemain ou le surlendemain du repas des gardes du corps, des femmes ont distribué de ces cocardes; mais ni moi, ni mon époux n'ayons été les moteurs de pareils désordres.
Le Président. Quelles sont les démarches que
vous avez Élites pour les £eiire punir» lorsque vous en avez été instruite?
R. Aucune.
On entend un autre témoin.
Jean- Baptiste Labénette dépose quil est parfaitement d'accord avec un grand nombre de ÉEiits contenus en Tafte d'accusation; il ajoute que trois particuliers sont venus pour Tassassiner, au nom de Faccusée.
Le Président à V accusée. Lisiez- vous Y Orateur du peuple?
R. Jamais.
François Dufresne, gendarme, dépose s'être trouvé dans la chambre de Taccusée, au moment où rœillet lui fut remis ; il a connoissance que sur un billet, il y avoit écrit : Que faites- vous ici ? Nous avons des bras & de l'argent à votre service.
Magdelaine Rosay, femme Richard, ci-devant concierge de la maison d'arrêt, dite la Conciergerie du palais, dépose que le gendarme Gilbert, lui ayant dit que l'accusée avoit reçu la visite d'un particulier, amené par Michonis , administrateur de police ; lequel lui avoit remis un œillet, dans lequel étoit un billet ; elle a pensé qu'elle pou voit être compromise, elle déposante; elle en fit part à Michonis, qui lui répondit que jamais il n'amèneroit personne auprès de la veuve Capet.
Toussaint Richard déclare connoître l'accusée, pour ravoir eue sous sa garde» depuis le a août dernier.
Marie Devaux, femme Arel, dépose être restée auprès de l'accusée, à la Conciergerie, pendant quarante & un jours ; elle n'a rien vu ni entendu, sinon qu'un particulier est venu avec Michonis, & a remis un billet ployé dans un œillet ; elle, déposante, étoit à travailler & elle a vu revenir ledit particulier une seconde fois dans la journée.
Uaccus^e.' Il est venu deux fois dans l'espace d'un quart-d'heure.
Le Président au témoin. Qui vous a placée près de la veuve Capet ?
R. C'eft Michonis & Jobert.
Jean Gilbetert, gendarme, dépofe du bit de rœillet. Il ajoute que l'accufée fe plaignoit à eux, gendarmes, de la nourriture qu'on lui don* noit, mais qu'elle ne vouloit pas s'-en plaindre aux adminiftrateurs. Un jour, il appela Micho* nis, qui monta, et il entendit l'accusée lui dire : Je ne*vous reverrai donc plus? — Oh! pardonnez*moi, répondit-il; je serai toujours au moins municipal, & en cette qualité, j'aurai le droit de vous revoir. Le dépofant observe que l'accusée lui a dit avoir des obligations à ce particulier.
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L* accusée. Je ne lui ai d'autres obligations que celle de s'être trouvé près de moi le 20 Juin.
Charles- Henri Estaing, se disant matelot & soldat, se présente.
. Sur la demande du président, — pourquoi il ne prenoit que des qualifications militaires & s'il n'en avoit pas d autres ; il a répondu que cetoient les premières de toutes; qu'il étoit aussi lieutenant-général de terre, d'après un décret de l'Assemblée législative, qui voulait qu'il fût susceptible de servir sa patrie sous ces deux différents rapports.
A lui demandé s'il connoît l'accusée, il a répondu qu'il la connoît depuis qu'elle est en France, & qu'il a beaucoup à se plaindre d'elle, car il croit qu'elle l'a empêché de recevoir la récompense de ses services & du sang qu'il a répandu en Amérique sur la terre de la liberté, ainsi que d'être &it maréchal de France. Après avoir laissé échapper les mots : Je la déteste ! il ajoute : & Peuple français, je vous demande parc don de ce que je viens de dire; mais vous vou- € liez la vérité, je vous l'ai dite. » H prétend avoir blâmé les avis donnés par les complaisants; mais Taccusée a refusé de suivre ses conseils.
Le Président au témoin. Est-il à votre con-
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noissance que Louis Capet & sa famille dévoient partir de Versailles le 5 Octobre ?
Le P, Avez-vous connoissance que les chevaux aient été attelés & ôtés plusieurs fois?
R. Cela résulte des conseils que recevoît la cour; mais j'observe que la garde nationale n'auroit point souffert ce départ.
Le P. N*avez-vous pas vous-même fait sortir des chevaux, ce jour-là, pour faire fiiir la '&mille royale?
R, Non.
Le P. Avez-vous connoissance des voitures arrêtées à la porte de l'Orangerie?
R. Oui.
Le P. Avez-vous été au château ce jour-là?
R. Oui,
Le P. Y avez-vous vu Taccusée ?
R. Oui.
Le P. Qu'avez- vous entendu au château ?
R. J'ai entendu des conseillers de cour dire à l'accusée que le peuple de Paris alloit arriver pour la massacrer, & qu'il fallait qu'elle partît; à quoi elle répondit avec un grand caractère : Si les Parisiens viennent ici pour m'assassîner, c'est aux pieds de mon mari que je le serai, mais je ne fuirai pas.
L'accusée. Cela est exact; on vouloit m*enga-
gcr à partir seule, parce que, disoit-pn, il n'y avoit que moi qui courois des dangers ; je fis la réponse dont parle le témoin.
Le Président au témoin. Avez-vous connoissance des repas donnés par les ci -devant gardes du corps?
R. Oui.
Le P. Ayez-vous entendu crier vive le roi & Vive la famille royale?
R. Oui ; mais dès que Lafayette arriva, il me témoigna qu'il vouloit avoir affaire au commandant en second. Alors je me retirai pour ne reparaître que le matin, & accompagner à cheval la ci-devant famille royale à Paris, ainsi que je l'avois promis à la municipalité de Versailles.
Le P. Etîez-vous le 5 Octobre, en votre qualité de commandant général, à la tête de la garde nationale?
R. Non; j'ai simplement traversé un des escadrons pour aller me placer au milieu de la foule des Parisiens & parler spécialement aux citoyens de la halle , qui me connaissoient, m'écoutèrent & me traitèrent bien. Lorsque f ai vu le ci-devant roi, décidé à souscrire aux vœux de la garde nationale parisienne ; lorsque l'accusée se présenta sur le balcon de l'appar.
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tement du roi, avec son fils, pour annoncer au peuple qu'elle alloit partir avec le roi & sa famille pour venir à Paris, j'ai demandé à la municipalité la permission de l'y accompagner.
L'accusée convient d'avoir paru sur le balcon pour annoncer au peuple qu'elle aUoit partir pour Paris.
Le P. Vous avez soutenu n'avoir point mené votre fils par la main dans le repas des gardes du corps.
R. Je n'ai pas dit cela, mais seulement que je ne croyois pas avoir entendu l'air : O Richard, 6 mon roi!
Le Président au témoin Lecointre. Citoyen, n'avez- vous pas dit, dans la déposition que vous avez faite hier, que le déposant ne s'étoit point trouvé, le 5 Octobre, à la tête de la garde nationale, oii son devoir l'appelait?
Lecointre, J'affirme que non-seulement Estaing ne s'est point trouvé, depuis midi jusqu'à deux heures, à l'assemblée de la garde nationale qui eut lieu ce jour-là, 5 Octobre, mais qu'il n'y a point paru de la journée ; pendant ce tems, il étoit à la municipalité, c'est-à-dire avec la portion des officiers municipaux vendus à la cour; là, il obtint d'eux un ordre ou pouvoir d*accompagner le roi dans sa retraite, sous
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la promesse de le ramènera Versailles le plus tôt possible.
J'observe, continue Lecoîntre, que les municipaux alors trahirent doublement Ifur devoir: lO parce qu'ils ne dévoient point se prêter à une manœuvre criminelles en favorisant la fuite du ci-devant roi ; 2^ parce que, pour prévenir le résultat des évènemens^ ils eurent grand soin de ne laisser subsister aucuns indices sur leurs registres, qui pussent attester que cette permission eût été délivrée à d'Estaing.
Le témoin. J'observe au citoyen Lecointre qu'il se trompe, ou que du moins il est dans l'erreur, attendu que la permission dont il est question est datée du 6, & que ce n'est qu'en vertu de cette permission que je suis parti le même jour, , à onze heures du matin, pour accompagner le ci -devant roi à Paris.
Lecointre, Je perfifte à soutenir que je ne fuis pas dans l'erreur à cet égard ; je me rappelle trèsbien que la pièce originale, que j'ai dépofée hier entre les mains du greffier, contient en subftance que d'Estaing eft autorifé à employer les voies de conciliation avec les Parifiens, &, en cas de non-réuffitç, à repoufler la force par la force ; les citoyens jurés comprendront aisément que ces dernières difpofitions ne peuvent être applicables à la journée* du 6, puifqu'alors la cour
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étoit au pouvoir de l'armée parifienne. J'invite l'accufateur public & le tribunal à vouloir bien ordonner que la lettre de d'Estaing, que j'ai dépofée hier, foit lue, attendu qu'elle porte avec elle la preuve des faits dont je viens de parler.
Leâure eil faite de ladijte pièce, dans laquelle fe trouve ce qui fuit :
« Le dernier article de rinftru£lion que notre « municipalité m'a donné, le 5 de ce mois, à « quatre heures après midi, me prescrit de ne « rien négliger pour ramener le roi à Versailles « le plus tôt poffible.» '• '
• Le président, Perfiftez-vous à dire que cette permiflîon ne vous a pas été délivrée le 5 Octobre?
Le témoin. Je me fuis trompé de date ; j'avois pensé qu'elle étoit du 6.
Le P. Vous rappelez- vt)us si la permiflîon que vous aviez obtenue vous autorifaît à repoufler la force par la force, après avoir épuîfé les voies de conciliation?
R. Oui, je m'en rappelle.
D'Estaing, dans ses réponses aux citoyens Jurés & aux objections du citoyf^Q Lecointre, s'eft occupé à éclairer le patriotisme de ce député, en lui témoignant en même t^ms^ tout le respect
qu'il avoit pour un représentant du peuple. Lorsqu'il a été reproché au C. Estaing d'avoir voulu engager le C. Lecointre à se trouver à un second dîner des gardes du corps, il a répondu que, s'il l'avoit fait, ce qu'il ne se rappeloit pas, il avoit sans doute eu pour objet, ne devant pas y aller lui-même, d'y envoyer un officier dont le patriotisme étoit auffi reconnu. Estaing observe que le but de toute sa conduite a été d'empêcher l'effusion du sang, et de veiller à ce que la portion de peuple habitant Versailles attendît & reçût avec calme la mafl'e du peuple de Paris, pour suivre son impulsion. Lorsqu'il étoit à la municipalité de Versailles, une ■ grande foule de Parisiens, non organisée, étoit déjà arrivée; sous le prétexte de cette foule, il auroit pu se comiinettre des vols & la propriété des citoyens de Versailles auroit pu être attaquée; c'étoit pour l'éviter que la municipalité de cette ville l'avoit autorisé par écrit à repoufler la force par Ja force. En lui recommandant d'employer auparavant tous les moyens de douceur, c'étoit indubitablement la seule chose qu'elle aVoit entendue, l'unique qu'il vouloit & qu*îl jpouvôit exécuter, & la seule que la municipalité dé Versailles devait entendre en donnant un pareil ordre» La ioule parisienne, arrivée à Versailles vers les onze heures du
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matin, étoit déjà immense ; elle avait avec elle deux petites pièces de canon ; si les voleurs avoient voulu profiter de l'occasion pour commettre <les brigandages & piller les magasins de Lecointre, Estaing seroit mort devant la porte* de ce citoyen pour Tem pêcher. A l'égard du retour de la ci-devant famille royale à Versailles, il sembloit alors pardonnable à la municipalité de le désirer. La révolution étoit naissante, & tout le monde n' étoit pas encore inspiré par cet élan sublime qui a fait totalement oublier les intérêts particuliers.
Au sujet de l'équivoque de date du 5 au 6 Octobre, Estaing répète ce qu'il a dit au commencement de sa déposition : « C'est que, dans c Tàge mûr, il est difficile de se ressouvenir « ponftuellement de tout ce qui s'est paffé « lorsqu'on étoit au berceau. » Il est évident qu'il ne pouvoit être à la municipalité le 6 Octobre après midi, puisqu'alors la famille ci-devant royale étoit sur le chemin de Paris, & que lui, Estaing, étoit à cheval à côté de la voiture. Sa miéprise ayant entraîné la lefture de la lettre qu'il avait écrite, le 8 Octobre, à la garde nationale de Versailles, lettre dont elle avoit ordonné l'impression, & dont un exemplaire a été remis par le citoyen Lecointre au citoyen greffier, Estaing se trouve, par cette ledure, avdir
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prévenu d'autres objections et fait preuve de ses sentimens patriotiques.
La lettre ayant été lue en entier , son insertion totale au procès, telle qu'elle a été imprimée alors, importe essentiellement à la justification du citoyen Estaing.
Estaing répond, au sujet de l'importance que la ci-devant cour paroissoit mettre à l'arrivée du régiment de Flandre, qu'il lui avoit paru que ses désirs étoient fondés sur la crainte que Versailles avoit d'un pillage exécuté par des brigands. Un régiment de plus ne pouvoit rien contre un mouvement général, et il savoit d'ailleurs, avant l'arrivée de ce régiment, qu'il étoit déjà dans les bons principes.
Estaing dit, au sujet de sa lettre écrite le 8 Octobre à la garde nationale de Versailles, qu'il ne feit point d'apologie sur le nom du ci-devant roi & de la famille royale, dont il est parlé dans cette lettre, parce que tel étoit l'idiome du I temps, & qu'on s occupoit encore de ces misères là.
COPIE de la lettre de M, E)staing à MM. de l'assemblée des capitaines * officiers dé l'état major de Versailles.
A Paris» le 8* Octobre 1789.
MESsmuRS, Ceux -de mes camarades qui sont venus hier à Paris ont bîeti voulu me confirmer les excel» lentes dispositions dont votre sagesse & lés soiits 4ie VÔ6 <&fficiers supérieurs & généraux ne m*affoient pas permis de douter un seul instant. M. Oirtatse, qui avoit suivi le roi volontaîretnent, ttms aura sûrement rendu compte de ce 4fai s*étoit passé & de la bonne santé de toute -k famille royale. Je prie M. de Perceval de s'ac- ^quitter aujourd'hui de la rtrême commission 8c 4t vous remettre la lettre que f ai Thonneur de if0Qs écrire. Le dernier ordre que la municipalité m*a donné, letinq de ce mois, à quatre heuf€S «près midi, mé prescrit de ne rien négliger -pour ramener le roi à Versailles, le plus tôt pos- 4*tble. Ce devoir m'est trop précieux à remplir; il importe trop à la prospérité de la ville, pour ilu'îl n'ait pas dominé impérieusement tous les autres sentiments qui m'auroîent fait désirer de tester avec Vous. Ce n'est pas des consolations, tnéssieurs, dont les gens tels que voirs ont besoin; il faut les servir. C'est ce que Yoti m'a vu
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ffiire, lorsqu en me mettant devant ks fusils qui tiroient sur les gardes- du -corps, je conjurois de tirer plutôt sur moi, parce que me tuer seroit moins contraire aux intérêts de ceux que la colère aveugle. J'agirai toujours de même, & rattachement dont on m'a donné quelques marques, dans ce malheureux moment, n a pu qu'accroître tous les sentimens qui m'unissent à vous.
Un autre devoir ne m'imposoit pas moins la loi de suivre le roi. Le règlement discuté pstr l'état major, corrigé par les commissaires, communiqué au ministre, & qui, au moment d'être sanctionné par tout le corps municipal, allolt être ensuite recommandé, par le moyen de l'impression & par un discours que j'y ai joint, à l'influence des capitaines & au zèle des compagnies; ce règlement, devenu exécutoire pour moi, me prescrit l'honneur précieux de mettre, en cas d'absence, sous les yeux du roi, le nom de ceux à qui Sa Majesté permettra de continuer à former une partie de sa garde. Je n'ai pu que me proposer, & j'ai rempli à cheval ces augustes fonctions, pendant la route. Plût au ciel que je fusse à la veille de les remplir de même pour le retour. Je ne vous cache point que l'exacte & totale adoption & que l'exécution du règlement seront un des moyens secondaires sur lesquels
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je compte davantage. lien est un autre qui n'est pas moins indispensable ; c est de considérer, de traiter sous tous les rapports & d'aimer la garde nationale de Paris comme nos frères. Ils sont nos aînés parles moyens. Se plaindre d*uh droit d'aînesse, dont le bien général diminuera sans doute le poids, ce seroit en rendre la force plus durable. Vous coonoissez ma sincérité; c'est celle d'un citoyen qui, élevé avec vos pères, a toujours vécu depuis, en soldat & en matelot, & qui a toujours dit la vérité à ceux à qui l'on craint trop souvent de la montrer dans toute son étendue.
J'ai l'honneur d'être, avec un tendre attachement & avec respect.
Messieurs,
Votre très-humble, &c.
Signé: ESTAING.
P, S, Comme le compte que je rends à la municipalité est peu détaillé, je vous supplie de lui communiquer cette lettre. Il me paroît nécessaire qu'elle le soit aussi aux compagnies, lorsque la prudence des chefs trouvera convenable que messieurs les capitaines les assemblent.
Le citoyen Lecointre dit, dans le cours des dépositions, qu'il rend justice au patriotisme du citoyen Estaing.
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Antoine Simon, ci-devant cardonnier, employé «n ce moment en qualité d* instituteur, aaprèsdeCharles-X^uis-Capet, fiis de Taccusée, cMclare -connoître Antoinette depuis le 3q août dernier, lorsqu'il monta pou^ la première fois la g«rde ^u Teiisiple.
H^t déposant observe que pendant le temps que Louis Capet & sa kmiile avaient la liberté de se promener dans le )ardin du Temple» ils étoient instruits de tout ce qui se passoit, tant à Paris que dans l'intérieur de la répabliqMe.
te Président au témoin. Avez-vous eu icoonoissance des intrigues qui ont eu lieu au Temple, pendant que l'accusée y étoit?
R. Oui.
Le P. Quels sont les administrateurs qui étoient dans l'intelUgence ?
R, Le petit Capet ma déclaré que Toulan, Pétion, Lafayette, Lépitre, Bougot, Michonis, Vincent, Manuel, Lebœuf, Jobert et Dangé étoient ceux pour qui sa mère avoit le plus de prédilection; le dernier Tavoit pris entre ses bras et lui kvoit dît, en présence de sa mère : Je voudrois bien que tu fusses à la place de ton père;
t' accusée^ J'ai vu mon fils jouer aux petits palets dans le jardin avec Dangé ; mais je n'ai jamais vu celui-ci le prendre entre ses bras.
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Le P. Aye2s*vôus; connoisâancb qçue pendant que les sdfflmîslisate^rs étoient ai^ecraccuséeâq àâ helte^SQi^u]?, ott ait enfennélepetk Capet &5« s^etir dans isfie tauvelle ?
R, Oui.
Le R Ë^t-il à votive coaisoisssiice que le petift Capet ait été trâfft&eii xoi, prin<tipalêmenjt fersi»» qu'il étciit à table ?
R. Je âdis que sa mère &,sal tente àb tàblâ lu dennoient le pas.
Le président à Tacc^iâxé^. Depuis vottedétcA^ tion, ave2^vous écrit à la. Polignax^?
R, Noa.
Le P. N'avez-voas pas signé des< hcins pous toucher des foudis cfaei le trésodec de' la liste dvile?
R. Non.
Uaccusateur^pubUù^ Je* vous observe que, vch tre dénégation deviendm inutile daiM> un^ moh ment, attendu qu'ila été trouvé, danslespapicars de Septeuil, deux bons signés dû voua. A la vé* ^ rite, ces deux pièces, qui ont été déposées daaa Le comité des 24, se tvauvcnt: en. ca momeiKt ^a* rées, cette commissknti a^yaolété dissoute ;. mais vous allez entendre les ténuâna qui lés olit viles.
Un autre témoin est entendui.
François Tiase^^nafcàanid,. rut delà Batillerie, employé sans. salaire^ àiTépoque. du i^o «oât
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1792, au comité de surveillance de la municipalité, dépose qu'ayant été chargé d'une mission à remplir chez Septeuil» trésorier de la ci-devant liste civile, il s'étoit fait accompagner par la force armée de la section de la place Vendôme, aujourd'hui des Piques ; qu'il ne put se saisir de Septeuil, attendu qu'il étoit absent; mais qu'il trouva daiis sa maison Boucher, trésorier de la liste civile, ainsi que Morillon et sa femme, qu'il conduisit à la mairie ; parmi les papiers de Septeuil il trouva deux bons, formant la somme de 80,000 livres, signés Afane-ilnto/nette^ ainsi qu'une caution de. deux millions, signée Louis^ payable à raison de 110,000 liv. par mois, sur la maison Laporte, à Hambourg ; il fut trouvé également un grand nombre de notes de payements faits à Favras et à d'autres, un reçu signé Bouille^ pour une somme de 900,000 liv., un autre de 200,000 liv., &c., ces pièces ont toutes été remises à la commission des 24 qui en ce moment est dissoute.
L* accusée. }t désirerois que le témoin déclarât de quelle date étoient les bons dont il parle.
Le témoin. L'un étoit daté du dix août 1792, quant à l'autre, je ne m'en rappelle pas.
L'accusée. Je n'ai jamais fait de bons, et surtout, comment en aurois-je pu faire le dix août.
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quand nous nous sommes rendus vers les huit heures du matin à TAssemblée nationale.
Le P. N'avez-vouspasce jour- là, étant à l'Assemblée législative dans la loge du Moniteur, reçu de l'argent de ceux qui vous entouroient ? R, Ce ne fut pas dans la loge du Moniteur j mais bien pendant les trois jours que nous avons . demeuré aux Feuillans, que nous trouvant sans argent, attendu que nous n'en avions pas emporté, nous avons accepté celui qui nous a été offert.
Le P. Conibien avez-vous reçu ?
R. Vingt-cinq louis d'or simples ; ce sont les mêmes qui ont été trouvés dans mes poches, lorsque j'ai été conduite du Temple à la Conciergerie; regardant cette dette comme sacrée, je les avois conservés intacts afin de les rendre à la personne qui me les avoit remis, si je l'aVois vue.
Le P. Comment nommez- vous cette personnes^ R. C'est la femme AugueL Un autre témoin est entendu.
Jean- François Lépitre, instituteui', dépose avoir vu l'accusée au Temple, lorsqu'il y faisoit son service, en qualité de commissaire notable de la municipalité provisoire ; mais il n'a jamais eu d'entretien particulier avec elle, ne lui ayant jamais parlé qu'en présence de ses collègues .
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Le président* Ne \m avee-vcxa^ pit9 quelquefois parlé politiques?
Le témoin. Jamais.
JL^ P* Ne lui ' aTe«-VQus pat ptoca^té tes mf^y^n^' de savoir <tes pouvelleâ, en eayoyant: toua les jours un colporteur i^riev le journal du soir prèj la tour du Temple ?
L^ président à l'accusée. Ave?i-vws <ii*elques ob^rvatioûs à faire sur la déclamation d^ témoin ?
R. Je n'ai janwi^ eu • de conversation avec le témoin ; d'uA autre côté, je n'avais pas besoin qui^ 1 on engageât \&^ cplpoiteura ^ venir prtodo la tour; je les ent^ndoi^asae^ tous leaj<mr9, l^a^^ qu'Us passaient rue de k CcwdeJîie.
Repré^ent^ticai faite d'u» peik pacpiwt à Faecusé^^ elte d4çkre k reconnoltire paw? être; h même sur lequel elle a apposé son cachet, loraqu'elle a été transférée du Tempte à la Cepiciergerie.
Ouverture feitç dudit paqiUet» le gpefiSer en &it l'inventaiire aiasi qvi'il suit :
Up paquet 4e ch^veu^ de diversea cpuleura.
L'accu^é^. Ils viennent de mes^^enfents morts & vivans & 4^^ moçi 4pw».
Un, autre paqu^ d^ cbeveu^^.
L'a(fcus4^- Ils viesmentdes^ mêmes individus*
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Un papier, sur lequel soat des chifires.
L'accusée. Cest un« table pQUC apprendra A compter à mon fils.
Divers papiers de peu d'importance, telsi <iuc des mémoires de blanchisseuses, &iÇv, &c.
Un portefeuille ea parchemin & ç«t papier, sur lequel se trouvent écrits lea noms de diverses personnes, sur l'état desquelles le président invite l'accusée à s'expliquer :
Le P. Quelle est la femme Salentin ?
R. C'est celle qui étoit depuis long-terop?
chargée de toutes mes affaires.
Le P. Quelle est la demoiselle Vion?
R. C'est celle qui étoit chargée du soia de^ bardes de mes enfans.
Le P. Et la dame Chaumettc ?
R. C'est celle qui a succédé à la demoiselle Vion.
Le P. ,Quel est le nom de la fenune qvi prenoit soin de vos dentelles?
R. Je ne sais pas soa nom; c'étoiei\t les femmes Salentin & Chaumette qui L'em^ ployoient.
L^ P. Quel est le Bernier dont le nom^ se trouve écrit ici?
R. C'est le médecin qui avçit soin dp mesçn-
L'accuaateur-public ceq^uiert qu'il soit à l'ins^
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tant délivré des mandats d*amener contre les femmes Salentin, Vion & Chaumette, & qu*à regard du médecin Bernier, il soit simplement assigné. %
Le tribunal fait droit à ce réquisitoire.
Le greffier continue l'inventaire des effets.
Une servante ou petit porte - feuille garni de ciseaux, aiguilles, soie et fil, &c.
Un petit miroir.
Une bague en or sur laquelle sont des cheveux.
Un papier, sur lequel est écrit : Prière au sacré cœur de Jésus; prière à Vimmaculée conception.
Un portrait de femme.
Le Président. De qui est ce portrait ?
L'accusée, De madame de Lamballe.
Deux autres portraits de femmes.
Le Président. Quelles sont les personnes que ces portraits représentent?
Uaccusée. Ce sont deux dames avec qui j'ai été à Vienne.
Le Président, Quels sont leurs noms?
V accusée. Les dames de Mecklembourg & de ' Heffe.
Un rouleau de vingt-cinq louis d'or simples.
L'accusée. Ce font ceux qui m'ont été prêtés pendant que nous étions" aux Feuillans.
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Un petit morceau de toile, sur lequel Se trouve un cœur enflammé traverfé, d'une flèche.
L'accusateur-public invite le témoin Hébert à examiner ce cœur qu'il a déclaré avoir vu au Temple.
Hébert, Ce cœur n'est point celui que j'ai vu ; mais il lui ressemble, à peu de chofe près.
L'accusateur- public obferve que parmi les accusés qui ont été til^duits devant le tribunal, comme conspirateurs, & dont la loi a fait jystice en les frappant de son glaive, on a remarqué que la plupart, ou pour mieux dire, la majeure partie d'entre eux portoit ce signe contrerévolutionnaire.
Hébert observe qu'il n'est point à sa connoissance que les femmes Salentin, Vion & Chaumette aient été employées au Temple pour le service des prisonniers.
Vaccusée. Elles l'ont été dans les premiers temps.
Uaccusateur -public. N'avez-vous point fait, quelques jours après votre évasion du 20 juin, une commande d'habits de sœurs grises ?
R. Je n'ai jamais fait de pareilles commandes.
On entend un autre témoin.
Philippe- François-Gabriel La-Tour-du-Pin- Gouvernet, ancien militaire, au service de
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FrancevtiépasecoitnxïStre l'accusée depisis qu'elle eft en France; mais il: ne saôt aucna desr faits contenus en l'acte d'accusation.
Le Président au témoinL N'avcas-vous pas assisté aux fêtes du château ?
R. Jamais, pour ainsi dire^ je n'ai £ré(|netité la cour.
Le P. Ne vous étesi- vous pas trouvé aust repas des ci-devanf gardes du corps ?
R. Je ne pouvois point y assister, puisqu'^à cette époque j^étois commandant en Bourgogne.
Le P. Comment ! est-ce que vous n'étiez pomt alors ministre ?
R. Je ne l'ai jamais été, & n'aurois point vouhi rêtre, srceux qui étoîertt alors en pferce me l'eussent offert.
Le Président au témoin Lecoitare, O)nnoissez-vous le déposant pour avoir été, en 1789, ministre de la guerre?
R. Je ne connois pas le témpin pour avoir été ministre; celui qui Tétoit â cette époque eft ici & va étreentendu à rînstaiit.
On fait entrer le témoin. .
Jean- Frédéric îa Tour-du-Pîn, militaire & ex-ministre de la guenrtif/dépose connaître Faccusée; maifi il déclare m coonoiCtfe aucun des laits portés en. l'acte d'aeeusatîofr. '
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ÏÏ^e Pré^dent avL témoin. Etiez- vous ministre le premier Octobre 1789?
R.Oui.
Le P. Vous avez san^ doute, à cette époque, entendu parler des repas des ci-de{vant gardes duicerps?
R. Om.
Le P, N'étiez^vous point ixitnistm à Fépoque otidestiTOftipfis^isMit arrivées à Vensfidlies, dans le mois die..toiE s'jêgè
R. Nc^n ; ifétois «lofé député à rAssem^lée.
Le P. Il paroît que la cour vous avoit des eMiga/tions, pour «rous avoir fait ministre de la gueiïe?
R. Jeuc croi» pas qu'elle m'en eût aucune.
Le P. Otï écicz^irmis le 23 juin, lorsque le cidevant roi est venu tenir le &meux Ut de jù>stice an milieu <des représentants du pettpie ?
R. J'étofe à ma place de députe à l'Assemblée naticmale.
Le P. Connoissez-vous les rédacteurs de la déclaration dont ile 4roi 6t lecture à l'assemblée?
R. Non.
Le P. N'avez-vous point entendu dire que ce fut Linguet, d'Esprémenil, Ba^eMin, Lally- ToUendal^ Deamcoxriers, Bergasse ou Thouret?
R. Non.
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Le P, Avez- vous assisté au conseil du ci-devant roi, le 5 Octobre 1789 ?
Le P. Estaing y étoit-il?
R. Je ne ïy ai pas vu.
Estaing prend la parole & dit : Eh bien I j'avois donc ce jour la vue meilleure que vous, car je me rappelle très- bien vous y avoir vu.
Le Président. Avez-vous connoissance que ce jour, 5 Octobre, la famille royak devoit partir pour Rambouillet, pour se rendre ensuite à Metz.î^
La-Tour-du-PlnJe sais que ce jour-là il a été agité dans le conseil si le roi partiroit ou non.
Le P. Savez- vous les noms de ceux qui provoquoient ce départ? Quel pou voit être le motif sur lequel ils s appuyoient?
R. Sur FafHuence de gens qui étoient venus de Paris à Versailles & sur ceux qu'on y attendoit encore et qu'on disoit en vouloir à la vie de Taccusée.
Le P. Quel a été le résultat de la délibération?
R. Que Ton resteroit.
Le P. OCi proposoit-on d'aller?
R. A Rambouillet.
Le P. Avez-vous vu l'accusée en ces momenslà au château ?
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Le P. N*est-elle pas venue au conseil?
R. Je ne Tai point vue venir au conseil; je l'ai seulement vue entrer dans le cabinet de Louis XVL
Le P. Vous dites que c'étoit à Rambouillet que la cour devoit aller ; ne seroit-ce pas plutôt à Metz?
R. Non.
Le P. En votre qualité de ministre, n*avezvous point fait préparer des voitures & commander des piquets de troupes sur la routc^ pour protéger le départ de Louis Capet?
^ R. Non.
Le P. Il est cependant constant que tout étoit préparé à Metz pour y recevoir la famille Capet ; des appartements y avoient été meublés en con-» séquence.
R. Je n'ai aucune connoissance de ce fait.
Le P. Est-ce par l'ordre d'Antoinette que vous avez envoyé votre fils à Nancy, pour diriger le massacre des braves soldats qui avoient encouru la haine de la cour, en se montrant patriotes ?
R. Je n'ai envoyé mon fils à Nancy que pour y faire exécuter les décrets de l'Assemblée nationale ; ce n'étoit donc pas par les ordres de la cour que j'agissois, mais bien parce que c' étoit alors le vœu du peuple; les Jacobins même, lors-
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que M. Camus fut à leur société foire lecture du rapport de cette affaire, ratoient vivement apt^lâudi.
, Un juré. Citoyen président, je vous invite à vouloir bien observer au témoin qu'il y a de sa part erreur ou mauvaise foi, attendu que jamais Camus n^a été membre des Jacobins, & que cette société étoit loin d'approuver les mesures de rigueur qu'une faction liberticide avoît feiit décréter contre les. meilleurs citoyens de Nancy.
R. Je Tai entendu dire dans le tems.
Le P. Est-ce par les ordres d'Antoinette que vous avez laifTé l'armée dans l'état où elle s'eft tfo^avée?
R. Certainement, je ne crois point avoir mérité des reproches à cet égard, attendu ^u'à l'époque où j'ai quitté le minîfftèFe, T^^rmée française .étoit fur un pied i^pectable.
Le V. Etoit-ce pour la mettre sur un pred respectable que vous avez licencié phis de^etite raille patriotes qui s'y trouvôiént, eifiteur feisant diflribuer des cartouches jaunes , pour efirayer par ' cet exemple tes défenseurs de la ptftrie, & tes empêcher de se livrer aux élans du patri<Jtisme & à Tamour de la liberté?
"R. Ceci eft étranger, pou>*ainsî dire, au miniftre. Le licenciement des foldats ne le regarde
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pas; ce font les chefs des différents corps qui fc mêlent de ces choses-là.
Le P. Mais vous, miniftre, vous deviez vous feire rendre compte de pareî-lles opérations par les chefs des corps, afin de savoir qui avoit tort ou raison.
R. Je ne crois pas qu'aucun soldat puiffe être dans le cas de se plaindre de moi.
Le témoin Labénette dçmande à énoncer un tait. Il déclare qu'il eft un de ceux qui ont été honorés par La-Tour-du-Pin d'une cartouche jaune, signée de sa main, & cela, parce qu'au régiment dans lequel il servoit, il démasquoit ^'aristocratie de messieurs les muscadins qui y ' Soient en grand nombre, fous la dénomination tf état-mâjor. Il observe que lui, déposant, étoit has-offiçier, & que le témoin se rappellera peut- ^élre son nom qui eft Clair- Voyant, caporal au tiégiment de...
La-Tour-du-Pin. Monsieur, je n'ai jamais entendu parler de vous.
Le Président. L'accusée, à l'époque de votre 'ministère, ne vous a-t-elle pas engagé à lui remettre l'état exact de l'armée françoise.
R. Oui.
Le P. Vous a-t-elle dit quel usage elle en vouloit faire ?
R. Non.
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Le p. Où est votre fils?
R. Il est dans une terre près Bordeaux, ou dans Bordeaux.
Le Président à Vaccusée. Lorsque vous avez demandé au témoin Téta.t des armées, n*étoit-ce point pour le faire passer au roi de Bohême et de Hongrie?
R. Comme cela étoit public, il n'étoit pas besoin que je lui en fisse passer Tétat, les papiers publics auroient pu assez l'en instruire.
Le P. Quel étoit donc le motif qui vous faisoit demander cet état ?..
R. Comme le bruit couroit que l'Assemblée vouloit qu'il y eût des changements dans l'armée, je désirois savoir l'état des régiments qui seroient supprimés.
Le P. N'avez-vous pas abusé de l'influence que vous aviez sur votre époux pour en tirer des bons sur le Trésor public ?
R. Jamais.
Le P. Où avez- vous donc pris l'argent avec lequel vous avez fait conftruire & meubler le Petit-Trianon, dans lequel vous donniez des fêtes, dont vous étiez toujours la déefTe.
R. C'étoit un fonds que l'on avoit deftiné à cet
effet.
Le Président à l* accusée. Il falloit que ce fonds
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fut conséquent, car le Petit-Trianon doit avoir coûté des sommes énormes?
R. Il eft possible que le Petit-Trianon ait coûté des sommes immenfes, peut-être plus que je ne Faurois désiré; on avoit été entraîné dfcins les dépenfes peu à peu ; du reste, je désire plus que personne que Ton soit instruit de ce qui s'y est passé.
Le P. N'est-ce pas au Petit-Trianon que vous avez connu pour la première fois la femme Lamotte?
R. Je ne l'ai jamais vue.
Le P. N'a-t-elle pas été votre victime dans Taffaire du fameux collier ?
R. Elle n'a pu l'être, puisque je ne la connoissois pas.
Le P. Vous persistez donc à nier que vous l'ayez connue?
R. Mon plan n'est pas la dénégation ; c'est la vérité que j'ai à dire & que je persisterai ^ dire.
Le P. N'étoit-ce pas vous qui faisiez nommer tes ministres & autres aux p4aces civiles & militaires?
R. Non.
Le P. N'aviez- vous pas une lîstedes personnes que vous désiriez placer, avec des notes, edcsfdréo sous verre?
R. Non. •' , '
Le P. N'avez- V0U5. pas forcé différents ministres à accepter, pouf les places vacantes, les per- «Qnnes que vous leur désigniez?
R. Non.
: Le P. N'avez-vous pas forcé les ministres des finances de vous délivrer des fonds, ^ sur ce que ^elques-uns d'entr'eux s'y sont refusés, ne les avez-vous pas menacés de toute votre indi- ;gpation?
.;; R. Jamais.
Le P. N'avez-vous pas sollicité Vergennes de faire passer six millions au roi de Bohême & de Hongrie?
R. Non.
On entend un autre témoin.
Jean- François Mathey, concierge de la tour ;du Temple, dépose qu'à l'occasion d'une chanson dont le refrain est ; i4A/ il t'en souviendra, -du retour de Varennes , il avoit dit à Louis- Çharles Capet : T'en sou viens- tu, du retour de .Varennes? — Oui, répondit-il, je m'en souviens >ten. Lui ayant demandé ensuite comment on s'y étoit pris pour l'emmener, il répondit qu'il avoit été emporté de son lit oti il dormait, & jiju'on l'avoit habillé çn fillç, en lui disant : Viens ItMontmédy,
Le Président au témoin. N'avez- vous point remarqué, pendant votre séjour au Temple, la
familiarité qui régnoit entre quelques membres de la Commune & les détenus?
R. Oui. J*ai même un jour entendu Toulafn dire à raccuséé, à Toccasion des nouvelles ékc* tions faites pour Torganisation de la municipalité défiilitive : Madame, je ne suis poinl nommé, parce que Je suis Gascon. lia remarqué qile Lepitre'& Toulan venoient souvent ensemble; ils montoient tout de suite, en disant : Montons tpujours, nous attendrons noscollè- • gués là-haut. H a vu un autre Jour Jobert remettre à Taccusée des médaillons en ciré ; la fille Capet en laissa tomber un qui se cassa. Le dé* posant entre ensuit^ dans les détails de l'histoire du chapeau trouvé dans la cassette d'Elisabeth, &c.
Uaccusée. J'observe que les médaillons dont parle le témoin étoient au nombre de trois;' celui qui tomba & fut cassé étoit le portrait de Voltaire; les deux autres représentoient, Vuti Médée, & l'autre des fleurs.
Le Président à l'accusée, N'avez-vous pas donné une boîte d^or à Toulan?
R. Non, ni à Toulan ni à d'autres. ^ •
Le témoin Hébert obsefve qu'un officier de paix lui est venu apporter au parquet delà commune une dénonciation, signée de deuxGommb du bureau des impositions, dont Toulan éteAk
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chef; elle établissait ce fait de la manière la plus claire, en prouvant qu'il s'en étoit vanté lui-même dans le bureau ; cela fut renvoyé à l'administration de police, nonobstant les réclamations de Chaumette et de lui, déposant, qui n'en a plus entendu parler depuis. ^
On entend un autre témoin.
' Jean-Baptiste-Olivier Garnerin, ci-devant secrétaire de la commission des vingt-quatre, dépose qu'ayant été chargé de faire l'énumération & le dépouillement des papiers trouvés chezSepteuil, il a vu parmi lesdits papiers un bon d'environ 80,000 livres, signé Antoinette y slu profit de la ci-devant Polignac,avec un billet relatif au nommé Lazaille ; plus une autre pièce qui attestoit que l'accusée avoit vendu ses diamans pour faire passer des fonds aux émigrés françois. Le déposant observe qu'il a remis dans le temps toutes ces pièces entre les mains de Valazé, membre de la commission, chargé alors dç dresser l'acte d'accusation contre Louis Capet ; mais que ce ne fut pas sans étonnemént que Itii, déposant, apprit que Valazé, dans le rapport qu'il avoit fait à la Convention nationale, n'avoit pas parlé des pièces signées Marie-Antoinette.
Le Président à l'accusée, Avez-vous quelques observations à feire sur la déposition du témoin ?
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R. Je persiste à dire que je n'ai jamais fait de bons.
Le P. Connoissez-vous le nommé Lazaille?
Le P. Comment le connoissez-vous?
R. Je le connois pour un officier de marine & pour l'avoir vu à Versailles se présenter à la cour comme les autres.
Le témoin. J'observe que les pièces dont j'ai parlé ont été, après la dissolution de la commission des vingt-quatre, transportées au comité de sûreté générale; elles y doivent être en ce moment, attendu qu'ayant ces jours derniers rencontré deux de mes collègues, ci-devant employés comme moi à la Commission des vingtquatre, nous parlâmes du procès qui allait s'instruire à ce tribunal contre Marie-Antoinette; je leur demandai s'ils savoient ce que pouvoient être devenues les pièces dont il est question; ils me répondirent qu'elles avoient été déposées au comité de sûreté générale, où ils sont en ce moment l'un & l'autre employés.
Le témoin Tisset invite le président à vouloir bien interpeller le citoyen Garnerin pour savoir s'ilpe se rappelle pas avoir également vu, parmi Jes papiers trouvés chez Septeuil, des titres d'acquisition de sucre, café, blé, &c., &c., montant à la somme de deux millions, dont quinze cents
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mille livres avoient déjà été payées, & s'il ne sait pas aussi si ces titres, quelque temps après, ne se sont point retrouvés.
Le Président au témoin. Citoyen, vous venez d'entendre Tinterpellation ; voudriez-vous bien y répondre?
Garnerin, Je n'ai aucune connoissance de et fait. Je sais néanmoins qu'il y avoit dans toute la France des préposés, chargés de titres pour faire des accaparements immenses, à l'effet de produire une hausse considérable dans le prii des denrées, pour dégoûter, par ce moyen, \t peuple de la révolution & de la liberté, & par suite le forcer à redemander lui-même des fers.
Le Président à l* accusée. Avez- vous connois* sance des accaparements immenses des denré« de première nécessité, qui se faisoient par ordre de la cour pour affamer le peuple & le contrain* dre à redemander l'ancien ordre de choses, si favorable aux tyrans & aux infâmes agents qtri l'ont tenu sous le joug pendant 1,400 ans?
R. Je n'ai aucune connoissance qu'il ait été fait des accaparements.
On entend un autre témoin.
Charles-Éléonore Dufriche-Valazé, propriétaire, ci-dévant député à la Convention nationale, dépose que parmi les papiers trouvés chite Septeuil, et qui ont servi, ainsi que d'autres, &
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dresser l'acte d'accusation contre' feu Louis Oa*^ pet, ^ la rédaction duquel il a coopéré, comm#> membre de la Commission des vihgt-quatre, il en a remarqué deux qui avoient rapport à Taccusée. Le pr^oaier étoit un bon, ou plutôt une quittance signée d'elle» pour une somme de quin2£ Qit vingt mille livres, autant qu'il peut se le rappeler ^l'autre pièce est une lettre dans laquelle le ministre prie le roi de vouloir bien communiquer à Marie-Antoinette le plan dç camp^^f; qu'il avoit eu l'honneur de lui présenter.
Le Président à Vala^é, Pourquoi n'avez- voy^ point parlé desdites pièces dans le rapport que vous avez fait passer à la Convention?
R. Je n'en ai point -parlé, parce que je n'ai pas cru qu'il fût utile de citer dans le procès de Capet une quittance d'Antoinette. ^
Le P. N'avez- vous point été me*nbfe de bi Commission des vingt-quatre?
R. Oui.
Le P. Savez- vous ce que ces deux pièces peuvent être devenues ?
R. Les pièces qui ont servi à dresser l'acte d'accusation de Louis Capet ont été réclamée^ par la commune de Paris, attendu qu'elles comportoient des charges contre plusieurs individus, soupçonnés d'avoir voulu conlpromettre plu* sieurs membres de la Convention, pour en obte^
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nir des décrets favorables à Louis Capet. Je crois qu'aujourd'hui toutes ces pièces doivent être au pouvoir du comité de sûreté générale de la Convention.
Le Président à V accusée. Qu'avez- vous à répondre à la déposition du témoin ?
R. Je ne connois ni le bon, ni la lettre dont il parle.
L'accusateur-piiblic. Il paroît prouvé, nonobstant les dénégations que vous faites, que, par votre influence, vous feisiez faire au ci-devant roi, votre époux, tout ce que vous désiriez.
R. Il y a loin de conseiller une chose à la faire exécuter.
Le P. Vous voyez qu'il résulte de la déclaration du témoin que les ministres connoissoient si bien l'influence que vous aviez sur Louis Capet, que l'un d'eux l'invita à vous faire part d'un plan de campagne qui lui avoit été présenté quelques jours avant; il en résulte que vous avez disposé de son caractère foible pour lui taire exécuter de bien funeftes choses; car, en supposant que de vos avis il n'ait suivi que les meilleurs, vous avouerez qu'il n'était pas possible d'user de plus sûrs moyens pour conduire la France au bord de l'abîme qui a manqué de Tengloutir.
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. R. Jamais je ne lui ai connu le caractère dont vous parlez.
On entend un autre témoin.
Nicolas Lebœuf, instituteur, ci-devant officier municipal, proteste ne rien connoître des faits relatifs à l'acte d'accusation ; car, ajoute-t-il, si je m'étois aperçu de quelque chose, j'en aurais de suite rendu compte.
Le Président au témoin. N'avez- vous jamais eu de conversation avec Louis Capet?
Le P. N'avez- vous pas, étant de service au Temple, conversé sur les affaires politiques avec vos collègues & les détenus?
R. J'ai causé avec mes collègues, mais nous ne parlions pas d'affaires politiques.
Le P. Ayez- vous souvent adressé la parole à Louis-Charles Capet?
R. Jamais.
Le P. N'avez- vous pa's proposé de lui donner à lire le Nouveau-Télémaque?
R. Non.
Le P. N'avez-vouspasmanifesté le désir d'être son instituteur?
R. Jamais.
Le P. N'avez-vous pas témoigné du regret de voir cet enfant prisonnier?
R. Non*
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L'accusée, interpellée de déclarer si elle n'a pas eu de conversation particulière avec lé témoin, dit que jamais elle ne lui a parlé.
On entend un autre témoin.
Augustin-Germain Jobert, officier municipal, déclare ne.connoître aucuns des feiits portés feîi l'acte d'accusation.
Le Président au témoin. N'avez- vous pas eu^ pendant le temps de votre service au Temple, des conférences avec l'accusée?
R. Jamais.
Le P. Ne lui avez-vous pas fait voir un jour quelque chose de curieux ?
R. J'ai, à la vérité, montré à la veuve Capet & à sa fille des médaillons en cire, dits camées; c'étoient des allégories à la révolution.
Le P. Parmi ces médaillons, n'y avait-il pas un. portrait d'homme ?
R. Je ne le crois pas.
Le P. Par exemple, le portrait de Voltaire.
R. Oui ; d'ailleurs, j'ai chez moi environ quatre mille de ces sortes d'ouvrages.
Le P. Pourquoi, parmi ces sortes d'ouvrages, se trou voit-il le portrait de Médée ? Vouliez- vôu^ en faire quelque allusion à l'accusée ?
R. Le hasard seul l'a voulu ; j'en ai tant ; ce ' sont des ouvrages anglais dont j6 fais commerce î j'en vends aux négociants.
,. Le P. Avez-vous connoissance que de temps en temps on enfermoit le petit Capet, pendant que vous & d'autres administrateurs aviez des entretiens particuliers avec l'accusée?
R. Je n'ai aucune connoissance de ce fait.
Le P. Vous persistez donc à dire que vous n'avez point eu d'entretien particulier avec l'accusée?'
R. Oui.
Le Président à Vaccusée. Persistez-vous à dire que vous n'avez pas eu d'entretiens au i!*emple avec les deux derniers témoins?
R. Oui.
Le P. Soutenez- vous également que Bailly & Lafayette n'étoient pas les coopérateurs de votre fuite, dans la nuit du vingt au vingt-un juin 1 79 1 ?
ft. Oui.
l^e P. Je vous observe que, sur ces faits, vous 'vbtis trouvez en contradiction avec la déclaraiîon de votre fils?
R. Il est bien aisé de faire dire à un enfant de huit ans tout ce que l'on veut.
.Le P. Mais on ne s'est pas contenté d'une seule déclaration ; on la lui a &it répéter plusieurs fois & à diverses reprises; il a tov^joursdit
: . R. Eh bien ! je nie le £ait.
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Le P. Depuis votre détention au Temple, ne vous êtes- vous pas feit peindre ?
R. Oui, au pastel.
Le P. Ne vous êtes-vous pas enfermée avec le peintre^ & ne vous étes-vous pas servie de ce prétexte pour recevoir des nouvelles de ce qui se passoit dans les assemblées législatives & conventionnelles?
R. Non.
Le P. Comment nommez-vous ce peintre?
R. Cest Goëstier, peintre polonais, établi depuis plus de vingt ans à Paris.
Le P. Oïl clemeure-t-il?
-R. Rue du Cocq-Saint- Honoré.
On entend un autre témoin.
Antoine- François Moyle, ci-devant suppléant du procureur de la commune auprès des tribunaux de police municipale & correctionnelle»
dépose que, sur trois fois qu'il a été de service au Temple, il Ta été une fois près de Louis Capet^ &les deux autres fois près des femmes ; il n*a rien remarqué, sinon l'attention ordinaire aux femmes de regarder un homme qu'on voit pour la première fois; il y retourna de nouveau en mars dernier» On y jouoit à différents jeux ; les détenues venoient quelquefois regarder jouer, mais elles ne parloient pas; il piK)teste d'ailleurs
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n'avoir jamais eu aucune intimité' avec Taccusée pendant son service au Temple,
Le Président à V accusée. Avez- vous quelques observations à faire sur la déposition du témoin?
R. L'observation que j'ai à faire est que je n'ai jamais eu de conversation avec le déposait. ' Un autre témoin est entendu.
Renée Se vin, femme Chaumette, dépose connbître l'accusée depuis six ans, lui ayant été attachée en qualité de sous-femme de chambre ; mais elle ne conndît aucun des faits portés en l'acte d'accusation, si ce n'est que, le dix août, elle a vu le roi faire la revue des gardes-suisses; voilà tout ce qu'elle dit savoir.
Le Président au témoin. Etiez-vous au château à l'époque du départ pour Varennes?
R. Oui ; mais je n'en ai rien su.
Le P. Dans quelle partie du château couchiezvous?
R. A l'extrémité du pavillon de Flore.
Le P. Avez- vous, dans la nuit du 9 au xo, entendu sonner le tocsin et battre la générale?
R. Non ; je couchois sous les toits.
i Le P. Comment ! vous couchiez sous les toits, & vous n'avez point entendu le tocsin?
R, Non, j'étois malade.
Le P. Et par quel hasard vous étes-vous trouvée présente à la revue royale ?
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; " . R. J'étois sur pied depuis six heures du matin. Le P. Comment, vous étiez malade & vous .vous leviez à six heures?
R. Cest que j'avais entendu du bruit.
Le P. Au moment de la revue, avez- vous en- .itendu crier vive le roi, vive la reine?
R. J*ai entendu crier vive le roi d'un côté, & -de l'autre vive la nation!
-, Le P. Avez- vous vu la veille les rassembk- : ments extraordinaires des gardes-suisses & des «célérats qui en avoient pris Thabit?
, R. Je ne suis pas ce jour-là descendue dans la , cour. .
. Le P. Mais, pour prendre vos repas, il fallait i^ten que vous descendiez ?
R. Je ne sortpis pas, un domestique m'apportoit à manger.
< Le P. Mais au moins, ce domestique a dû vous faire part de ce qui se passoit?
R. Je ne tenois jamais de conversation avec ,Aui.
; Le P. Il paroît que. Vous avez passé votre vie à la cour & que vous y avez appris Fart de dis- ^iflimuler. Comment nommez-vous la femme qui ' avoit soin des dentelles de l'accusée?
R. Je ne la connpis paJs; j'ai seulement en-
. I^du parler d'une dame Couêt qui raccommo-
doit la dentelle & iaiaoit la toilette des enfants.
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Sur l'indication faite par le témoin de la demeure de ladite femme Couët, Taccusateur-'public requiert, et le tribunal ordonne qu'il sera â l'instant décerné contre elle un mandat d'amener.
On continue l'audition des témoins.
Jean-Baptiste Vincent, entrepreneur maçon, dçpose. avoir fait son service au Temple, en sa qualité de membre du .conseil-général de la commune, mais il n'a jamais eu de conférence avec l'accusée. i
Nicolas-Marie-Jean Beugnot, architecte et membre de la commune, dépose qu'appelé par ses collègues à la surveillance des prisonniers. du Tepple, il ne s'est jamais oublié au point d'avoir des conférences avec les détenues, encoremoins avec l'accusée seule.
Le Président au témoin. N'avez- vous pas fait enfermer dans unç tourelle le petit Capet et sa sœur, pendant que vous et quelques-uns de vos collègues teniez conversation avec l'accpséé ?
R. Non.
Le P. Ne lui avez-yous pas procuré les.moyene de savoir des nouvelles par le cri des ,colpor^ teurs?
R. Non. .
Le P. Avez-vous entendu dire que l'accusée ait gratifié Toulan d'une boîte d'or?
R. Non.
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Uaccusée. Je n*ai jamais eu aucun entretien avec le déposant.
On entend un autre témoin.
François Dauger, administrateur de police, dépose avoir été un grand nombre de fois de service au Temple, mais dans aucun ternis, il n'a eu ni dû avoir de conférences ou d'entretiens particuliers avec les détenus.
Le Président. N'avez-vous jamais tenu le jeune Capet sur vos genoux ? Ne lui avez- vous pas dit : «c Je voudrois vous voir à la place de votre père? »
R. Non.
Le P. Depuis que l'accusée est détenue à lai Conciergerie, n'avez-vous pas procuré à plusieurs de vos amis l'entrée de sa prison ?
R. Non.
Le P. Avez-vous ouï parler qu'il y ait eu du monde introduit à la Conciergerie?
R. Non.
Le P. Quelle est votre opinion sur l'accusée •/
R. Si elle est coupable, elle doit être jugée.
Le P. La croyez- vous patriote ?
R. Non.
Le P. Croyez-vous qu'elle veuille la République ?
On passe à un autre témoin.
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Jean*> Baptiste Michonis, limonadier, membre de la commune du lo août et administrateur de police, dépose qu'il connoît l'accusée pour l'avoir, avec ses collègues, transférée, le 2 août dernier, du Temple à la Conciergerie.
Le Président au témoin. N'avez- vous pas procuré à quelqu'un l'entrée de la chambre de l'accusée, depuis qu'elle est dans cette prison?
R. Pardonnez- moi ; je Tai procurée à un nommé Giroux, maître de pension, faubourg Saint- Denis; à un autre de mes amis, peintre; au citoyen administrateur des domaines, et à un autre ami encore.
Le P. Vous l'avez sans doute procurée à d'autres personnes ?
R, Voici le fait, car je dois et veux dire ici toute la vérité. Le jour de la Saint- Pierre, je me trouvois chez un sieur Fontaine, oti il y avoit bonne compagnie, notamment trois ou quatre députés à la convention. Parmi les autres convives se trouvoit la citoyenne Tilleul, qui invita le citoyen Fontaine à venir faire la Madeleine chez elle à Vaugirard ; elle ajouta : Le citoyen Michonis ne sera pas de trop. Lui ayant demandé d'où elle pouvoit me connoître, elle répondit qu'elle m'avoit vu à la mairie où des affaires l'appeloient. Le jour indiqué étant arrivé, je me rendis à Vaugirard ; je trouvai une
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compagnie nombreuse. Après le repas, la conversation étant tombée sur le chapitre des prisons, on parla dç la Conciergerie, en disant : La veuve Capet est là; on dit qu'elle est bien changée, et que ses cheveux sont tous blancs. Je répondis qu à la vérité ses cheveux commençoient à grisonner^ mais qu'elle se portoit bien. Un citoyen qui étoit présent manifesta le désir de la voir; je lui promis dé le contenter, et je le fis. Le lendemain la Richard me dit : Connoissez-vous la personne que vous avez amenée hier ? Je lui répondis que je ne la connoissois que pour l'avoir vue chez un de mes amis. Eh bien! medit-elle, on dit que c'est un ci-devant chevalier de Saint- Louis. En même temps, elle me remit un petit morceau de papier écrit ou du moins piqué avec la pointe d'une épingle. Alors je lui répondis : Je vous jure que jamais je n'y mènerai personne.
Le Président au témoin. N'avez-vous' point dit à l'accusée que vos fonctions venoient de finir à la commune ?
R. Oui, je lui ai tenu ce discours-là.
Le P. Que vous a-t-elle répondu ?
R. Elle m'a dit : On ne vous verra donc plus ? J'ajoutai : Madame, je reste municipal, & je pourrai vous voir de tems en tems.
Le P. Comment avez-vous pu, vous, administrateur de police, au mépris des réglemens,
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introduire un inconnu auprès de l'accusée ! Vous ignoriez donc qu'un grand nombre d'intrigans mettent tout en usage pour séduire les administrateurs?
R. Ce n'est pas lui qui m'a demandé à voir la veuve Capet; c'est moi qui le lui ai offert.
Le P. Combien avez-vous dîné de fois avec lui?
R. Deux fois.
Le P. Quel est le nom 4e ce particulier?
R. Je l'ignore. *
Le P. Combien vous a-t-il promis ou donn6, pour avoir la satisfaction de voir Antoinette ?
R. Je n'ai jamais reçu aucune rétribution.
Le P. Pendant qu'il étoit dans la chambre de l'accusée, ne lui avez-vous vu faire aucun geste?
R. Non.
Le P. Ne l'avez- vous point revu depuis?
R. Je ne l'ai revu qu'une seule fois.
Le P. Pourquoi ne l' avez-vous point fait arrêter?
R. J'avoue que c'est une double faute que j'ai commise à cet égard.
Un juré. Citoyen président, je dois vous observer que la femme Tilleul vient d'être arrêtée comme suspecte & contre-révolutionnaire.
Un autre témoin est entendu.
Pierre- Edouard Bernier, médecin, déclare
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connoître l'accusée depuis quatorze ou quinze ans, ayant été depuis ce tems le médecin de ses enfans.
Le Président au témoin. N'étiez- vous pas, en 1789, îe médecin des enfants de Louis Capet, et en cette qualité, n'avez- vous pas entendu parler à la cour de la cause du rassemblement extraordinaire de troupes, qui eut lieu, à cette époque, tant à Versailles qu'à Paris ?
R. Non.
Le témoin Hébert observe, sur l'interpellation qui lui est &ite, que dans les journées qui ont 'suivi le 10 août, la commune républicaine fut paralysée par l'astuce de Manuel et de Pétion, qui s'opposèrent à ce que la table des détenues fût rendue plus frugale & à ce que la valetaille ^t chassée, sous le faux prétexte qu'il étoit de la dignité du peuple que les prisonnières ne manquassent de rien. Le déposant ajoute que Befnier, témoin présent, étoit souvent au Temple dans les premiers jours de la détention de la famille Capet, mais que ses fréquentes visites Tavoient rendu suspect, surtout quand on se fut aperçu qu'il n'approchoit des enfans de l'accusée qu'avec toutes les bassesses de l'ancien régime.
Le témoin assure que, de sa part, c'étoit bienséance et non bassesse.
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Claude- Denis Tavernier, ci-devant lieutenant â la suite de Tétat-major, dépose qu'étant de garde dans la nuit du 20 au ai juin 1 791, il a vu venir dans la soirée Lafayette à la cour. Il a vu ce dernier changer de couleur, lorsqu'on apprit que la &mille Capet avoit été arrêtée à Varennes.
Jean- Maurice- François Lebrasse, lieutenant <ie gendarmerie à la suite des tribunaux, déclare connoître l'accusée depuis quatre ans. Il . n'a aucune connoissance des faits contenus en l'acte d'accusation, sinon que se trouvant de service près de la maison d'arrêt de la Conciergerie, la veille du jour où les dépHtés Amar et Sevestre vinrent interroger la veuve Capet, un gendarme lui avpit fait part de la scène'de l'œillet. Il s'étoit empressé de faire connoître cette affaire à qui de droit.
Joseph Boze, peintre, déclare connoître l'accusée depuis environ huit ans, époque à laquelle il peignit le ci-devant roi ; mais il ne lui a jamais parlé. Le témoin entre ici dans les détails d'un projet de réconciliation entre le peuple et le ci-devant roi, par l'intermédiaire de TJiierry, valet-de-chambre de Louis Capet.
L'accusée tire de sa poche un papier et le remet à l'un de ses défenseurs.
L*accusateur-pubUc somma Antoinette de
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déclarer quel est l'écrit qu'elle vient de donner.
R.' Hébert a dit ce matin que dans nos bardes et ncfs souliers on nous faisoit passer des correspondances. J'ai écrit, dans la crainte de Toublier, que toutes nos bardes et nos effets étoient visités lorsqu'ils nous parvenoient, et que cette surveillance s'exerçoit par les administrateurs de police.
Hébert observe à son tour qu'il n'a été fondé à faire cette déclaration que parce que la fourniture des souliers étoit considérable, puisqu'elle se montoit à 14 et 1 5 paires par mois.
Didier Jourdbeuil, buissier, déclare qu'au mois de septembre 1792, il a trouvé une liasse de papiers cbez d'Affry, dans laquielle ^toit une lettre d'Antoinette. Elle écrivoit à celui-ci et lui disoit ces mots : « Peut-on compter sur vos a Suisses? Feront-ils bonne contenance lorsa qu'il en sera tems? »
Uaccusée. Je n'ai jamais écrit à d'Affry.
L'accusateur- public observe que Tannée dernière, se trouvant directeur du jury d'accusation, près le tribunal du 17 août, il fat chargé de l'instruction des procès dé d'Affry et de Cazotte. Il se rappelle très-bien avoir vu la lettre dont parle le témoin, mais la fection de Rofemd, étant parvenue à foire supprimer le tribunal, on enleva les papiers, au moyen d'un décret qui les
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fit disparaître, nonobstant les réclamations de tous les bons républicains.
Le Président à V accusée. Quels sont les papiers qui ont été brûlés à la manufacture de Sèvres ?
R. Je crois que c'étoit un libelle; au rçste, on ne m*a pas consultée à cet effet ; on me Ta dit après.
Le P. Comment se peut-il faire que vous ignoriez ce fait ? N'étoit-ce pas Riston qui fut chargé de la négociation de cette affaire ?
R. Je n*ai jamais entendu parler de Riston et persiste à dire que je n'ai pas connu la Lamotte. Si Ton m'avoit consultée, je me serois opposée à ce que Ton brûlât un écrit qui étoit contre moi.
On entend un autre témoin.
Pierre Fontaine, marchand de bois, déclare ne connoître aucun des faits portés en l'acte d'accusation; il ne connoît Taccusée que de réputation et n'a jamais eu aucun rapport avec la ci-devant cour.
Le Président au témoin. Depuis combien de temps connoissez-vous Michoriis ?
R. Depuis environ quatorze ans.
Le P. Combien a-t-il été dîner de fois chez vous?
R. Trois fois.
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Le P. Conament nommez- vous le particulier qui a dîné chez vous avec Michonis ?
R. On rappelle de Rougy. Cest un particulier dont les manières et le ton ne me revenoient pas; il avoit été amené par la dame Du Tilleul.
Le P. D*où connoissez-vous ladite femme Du Tilleul ?
R. Je Tai rencontrée un soir, avec une autre femme, sur le boulevard; nous tînmes conversation, et fûm^s prendre une tasse de café ensemble; depuis ce temps, elle est venue chez moi plusieurs fois.
Le P. Ne vous a-t-elle point fait quelque confidence?
R. Jamais.
Le P. Quels sont les noms des députés qui se sont trouvés avec de-Rougy et Michonis ?
R. 11 n*y en avoit qu un.
Le P. Comment le nommez- vous ?
R. Santereux, député de Ja Nièvre à la convention, et deux autres commissaires, envoyés par les assemblées primaires du même département, pour apporter leur acte d'acceptation de la constitution.
Le P. Quels sont leurs noms ?
R. Balendrot, curé de Beaumont, et Paulmier, du même département.
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Le P. Savez-vous ce que peut être devenu Rougy ?
R. Non.
Un autre témoin est entendu.
Michel Gointre , employé au . bureau de la guerre, dépose avoir lu attentivement Tacte d'accusation, et avoir été étrangement surpris de ne pas y voir figurer, l'article de la complicité des faux assignats de Passy. Polverel, accusateur-pul)lic près le tribunal du premier arrondissement, qui avoit été chargé de la poursuite de cette affaire, étant venu à la barre de l'assemblé constituante pour rendre compte de l'état oîi se trouvoit la procédure, annonça qu'il lui étoit impossible d'aller plus loin, à moins que l'assemblée ne décrétât qu'il n'y avoit que le roi d'inviolable.
Cette conduite donna lieu, à lui déposait, de soupçonner que c' étoit de l'accusée que Polverel vouloit parler, attendu qu'il ne pou voit y avoir qu'elle dans le cas de fournir les fonds nécessaires à une entreprise aussi considérable.
Le témoin TisseU Citoyen président, je voudrois que l'accusée fût interpellée de déclarer si elle n'a pas fait avoir la croix de Saint Louis & un brevet de capitaine au nommé Laregniè?-
R. Je ne connois personne de ce nom.
Le P. N'avez-vous pas fait nommer Collot de Verrière capitaine des gardes du ci-devant roi ?
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Le P. N'est-ce pas vous qui avez procuré au nommé Pariseau, du service dans la ci-devant garde du ci-devatit roi?
R. Non.
Le P. Vous avez tellement influé surTorganisation de la ci-devant garde royale, qu'elle n'étoit composée que d*individus contre lesquels s'élevDÎt l'opinion publique. En effet, les patriotes pou voient- ils voir sans inquiétude le chef de la nation entouré d'une garde oîi figuroient des prêtres insermentés et des chevaliers du poignard ? Heureusement votre politique fut en défaut; leur conduite anti-civique, leurs sentiments contre-révolutionnaires forcèrent l'assemblée législative à les licencier. Louis Capet, après cette opération, les solda jusqu'au lo août, époque où il fut renversé à son tour... Lors de votre mariage avec Louis Capet, n'avez- vous pas conçu le projet de réunir la Lorraine à l'Autriche ?
R. Non.
Lé P. Vous portez ces noms réunis ?
R. Parce qu'il faut porter le nom de son pays.
Le P. N'avez-vous pas, après l'affaire de Nancy, écrit à Bouille pour le féliciter de ce
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qu'il avoit fait massacrer dans cette ville sept à huit mille patriotes ?
R. Je ne lui ai jamais écrit.
Le P. Ne vous êtes- vous pas occupée à sonder Tesprit des départements, districts & municipalités?
R. Non.
L'accusateur public observe à l'accusée que Ton a trouvé dans son secrétaire une pièce qui atteste ce fait de la manière la plus précise, & dans laquelle, se trouvent inscrits en tête les noms des Vaublanc, des Jaucourt, &c., &c.
Lecture est faite de ladite pièce; l'accusée persiste à dire qu'elle ne se rappelle pas avoir rien écrit dans ce genre.
Le témoin. Je désirerois, citoyen président, que l'accusée fût interpellée de déclarer si le même jour que le peuple fit l'honneur à son mari dé le décorer du bonnet rouge, il ne fut pas tenu un conciliabule nocturne dans le château, oti l'on délibéra de perdre la ville de Paris; & s'il ne fut pas aussi décidé que Ton feroit compose^ des placards, dans le sens royaliste, par le nommé Esménard, rue Plâtrière.
R. Je ne connois pas ce nom-là.
Le P. N'avez- vous pas, le 9 août 1792, donné votre main à baiser à Tassin de l'Étang, capitaine de la force armée des Filles Saint-Thomas,
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en disant à son bataillon : Vous êtes de braves gens, qui êtes dans les bons principes; je compte toujours sur vous ?
Le P. Pourquoi, vous qui avez promis d'élever vos enfants dans les principes de la révolution, leur avez-vous inculqué des erreurs, en traitant, par exemple, votre fils avec des égards qui semblent faire croire que vous pensez encore à le voir un jour le successeur du ci -devant roi son père ?
R. Il étoit trop jeune pour lui parler de cela. Je le faisois mettre au bout de la table & lui donnois moi-même ce dont il avoit besoin.
Le P. Ne vous reste-t-il rien à ajouter à votre défense ?
R. Hier je ne connoîssois pas les témoins; j'i- * gnorois ce qu'ils alloient déposer; eh bien ! personne n a articulé contre moi aucun Éait positif. Je finis en observant que je n*étois que la femme de Louis XVI, et qu'il falloitbien q[ue je me conformasse à ses volontés.
Le président annonce que les débats sont terminés.
Fouquier, accusateur-public, prend la parole & est entendu. Il retrace la conduite perverse de la ci-devant cour, ses machinations conti-
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nuelles contre la liberté qui lui déplaisoit, & dont elle vouloit voir la destruction à quelque prix que ce fût ; ses efforts pour allumer la guerre civile, afin d'en faire tourner le résultat à son profit , en appliquant cette maxime machiavélique : Diviser pour régner ; ses liaisons criminelles & coupables avec les puissances étrangères, avec lesquelles la république est en guerre ouverte; ses intimités avec une feiction scélérate, qui lui étoit dévouée & qui secondoit ses vues, en entretenant dans le sein de là convention les haines & les dissensions, et en employant tous les moyens possibles pour perdre Paris, en armant les départements contre cette cité; ses calomnies contre les généreux habitants de cette ville, mère conservatrice de la liberté; les massacres, exécutés par les ordres de cette cour corrompue, dans les principales villes de France, notammen^ à Montauban, Nîmes, Arles, Nancy, au Champ* de-Mars, &c., &c. Il regarde Antoinette comme l'ennemie déclarée de là nation française, comme une des principales instigatrices des troubles qui ont eu lieu en France depuis quatre ans & dont des milliers de Français ont été les victimes, &c., &c.
On entend dans le plus grand silence Chauvcau & Tronçon-Ducoudray, nommés d'office par le tribunal pour défendre Antoinette; ils
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s'acquittent de ce devoir avec autant de zèle que d'éloquence.
Heman, président du tribunal, prend la parole & prononce le résumé suivant :
Citoyens Jurés,
Le peuple Français, par roi;gane de l'accusateur-public, a accusé devant le jury national Marié-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis Capet, d'avoir été la complice ou plutôt l'instigatrice de la plupart des crimes dont s'est rendu coupable ce dernier tyran de la France ; d'avoir eu elle-même des intelligences avec le roi de Bohême & de Hongrie, son frère, avec les ci-devant princes français émigrjés, avec des généraux perfides ; d'avoir fourni à ces ennemis de la république des secours en argent, & d'avoir conspiré avec eux contre la sûreté extérieure & int^ieure de l'état.
Un grand exemple est donné en ce jour à l'univers & sans doute il ne sera point perdu pour leç peuples qui l'habitent. La nature & la raisoa si longtemps outragées sont enfin satis&ite^ f V Égalité triomphe. .
Une femme qu'environnoient naguère les prestiges les plus brillants que l'orgueil des rojis & la bassesp^ des esclaves, avoient pu inventjçr, occupe aujourd'hui au tribunal 4e la nation la place qu'occupoit, il y a deux jours, une autre
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femme, & cette égalité lui assure une justice impartiale. Cette affaire, citoyens jurés, n'est pas dé celles où un seul fait, un seul délit est soumis à votre conscience & à vos lumières; vous avez à juger toute la vie politique de Taccuséfe, depuis qu'elle est venue s'asseoir à côté du dernier rôi des Français; msSs vous devez surtout fixer votre délibération sur les manœuvres qu'elle n'a cessé uii instant d'employef pour détruire la liberté naissante, soit dans l'intérieur, par ses liaisons intimes avec d'infâmes ministres, de perfides généraux, d'infidèles représentants du peuple ; soit au dehors, en faisant négo- 'Cier cette coalition monstrueuse des despotes de l'Europe, à laquelle l'histoire réserve le ridicule pour son impuissance; soit enfin, par ses correspondances avec les ci-devant princes français émigrés & leu|p dignes agents.
Si l'on eût voulu de tous ces faits une preuve orale, il eût fallu faire comparoître l'accusée devant tout le peuple français. La preuve matérielle se trouve dans les papiers qui ont été sa'isis chez Louis Capet, énumérés dans un rapport ftit à la convention nationale par Gohier, l'un de ses membres; dans le recueil des pièces justificatives de l'acte d'accu«ation j)orté contre Louis Capet par la 0)nvention ; enfin & prihcipafemcnt, citoyens jurés, dans les, événements politi-
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. q,ues dQat vous avez tous été les témoins & les juges.
]Ët s*il eût été permis» en remplissant un ministère impassible, de s^ livrj^r à des mouvements que la passion de l'humanité commande, nous eussions évoqué devant le jury national les mânes de nos iiréres égorgés à Nancy, au Champ-de-Mars , aux frontières, en Vendée, à Marseille, à Lyon, à Toulous>e, par suite des machinations infernales de cette moderne Mé- ^ dicis; nous eussions fait amener devant vous les . j>ères, les mères, les épcKises, les en&n^s de ces malheureux patriotes. Que dis- je? malheureux! ils sont morts pour la liberté & fidèles à leur pfitrie. Toutes ces familles éplorées, dans le désespoir de la nature, auroient accusé Antoinette de , leur avoir enlevé ce qu!elles avoient de plwchcr » au monde, ce dont la privation rend la vie insupportable. Et en effet , ;Si les satellites du . despote autrichien ont entamé pour un moment nos frontières, s^ils y commettent des atrocités dont r histoire des peuples barbares ne fournit point d'exemples, si nos port§,. nos camps et .. nos villes sont vendus ou livrés, n'esit-ce pas évidemment le résultat des manœuvres combinées au château des Tuileries, & dont Antoinette d'Autriche est l'instigatrice & le centre. Ce sont, citoyens jurés, tous ces événements
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politiques qui fonncnt la masse des preuves qui accablent Antoinette.
Quant aux déclarations qui ont été faites daiis l'instruction de ce procès & dans les débats qui ont eu lieu, il en est résulté quelques faits qui viennent directement à la preuve de l'accusation principale portée contre la veuve Capet. Tous les autres détails, faits pour servir à Thistoire de la Révolution ou au procès de quelques personnages fameux & de quelques fonctionnaires publics infidèles, disparoissent devant l'accusation de haute trahison qui pèse essentiellement sur Antoinette d'Autriche, veuve du ci-devant roi.
Il est une observation importante à recueillir, c'est que l'accusée est convenue qu'elle avoit la confiance de Louis Capet.
Il résulte encore de la déclaration de Valazé qu'Antoinette étoit influente dans les affaires politiques, puisque le ci-devant roi vouloit qu'elle fût consultée sur un certain plan, dont le témoin n'a pu ou voulu dire Tobjet.
L'un des témoins, dont la précision & l'ingénuité ont été remarquées, vous a déclaré que le ci-devant duc de Coigny lui avoit dit, en 1788, qu'Antoinette avoit fait passer à Témpereur, son frère, 200 millions pour l'aider à soutenir la guerre qu'il nous faisoit alors.
Depuis la révolution, un bon de 60 à 80,000
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livres, signé Antoinette et tiré sur Septeuil, a été donné à la Polignac, alors émigrée, & une lettre de Laporte recommandoit à Septeuil de ne point laisser la moindre trace de ce don.
Lecointre, de Versailles, vous a dit, comme témoin oculaire, que, depuis l'année 1779, des sommes énormes avoient été dépensées à la coor pour des fêtes dont Marie- Antoinette étoit toujours la déesse.
Le i«' octobre, un repas, ou plutôt une orgie est ménagée entre les gardes du corps et les officiers du régiment de Flandres, que la cour avoit appelés à Versailles pour servir ses projets. Antoinette y paroît avec le ci-devant roi et le dauphin qu'elle promène sur les tables. Les convives crient : Vive le roi! vive la reine! vive le dauphin ! au diable la nation ! Le résultat de cette orgie est que l'on foule aux pieds la cocarde tricolore et que l'on arbore la cpcarde blanche.
L'un des premiers jours du même mois, ce témoin monte au château ; il voit dans une galerie des femmes, attachées à l'accusée, distribuant des cocardes blanches, et disant à chacun de ceux qui avoient la bassesse de lès recevoir : Cornerve3['la bien. Ces esclaves, mettant un genou en terre, baisoient ce signe odieux qui devoit feiire couler le sang du peuple.
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Lors du voyage connu sous le nom de Retour de Varennesy cest Taccusée qui, de son aveu, a ouvert ks portes pour sortir du château ; c*est elle qui a guidé sa famille.
Au retour de ce voyage & à la descente de la voiture» on a observé sur le visage d'Antoinette & dans ses mouvements un désir marqué de vengeance.
l^e lo août» quand les Suisses du château ont osé tirer sur le peuple, on a vu sous le lit d'An* toinette des bouteilles videâ & pleines. Un autre témoin a dit avoir connoissance que les jours q^i ont prêché cette journée, les Suisses ont été ré'galé^ potu: me servir de son expression, & ce témoin habitoit le château.
Quelques-uns des Suisses expirants dans cette journée ont déclaré avoir reçu de l'argent d'une femme, & plusieurs personnes ont attesté qu'aw procès de d'Affry, il fut établi qu'Antoinette liii avoit demandé, à l'époque du lo août, s'il pou-^* voit répondre de ses soldats. — Pouvons-nous, écrivpit Antoinette à d'Affry, compter sur vos Suisses? Feront ils bonne contenance lorsqu'il en sera temps?
Les personnes qui, par devoir de surveillance» fréquentaient le Temple, ont toujours remarqué dans Antoinette un ton de révolte contre la sou«^ veraineté du peuple^ £Ue0 ont saisi sur^eUeune
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image représentant un cœur, image qui est un signe de ralliement dont presque. tous les contrerévolutionnaires, atteints par la vengeance nationale, étoient porteurs.
Après la mort du tyran, Antoinette suivoit au Temple, à Tégard de son fils, toute l'étiquette de Tàncienne cour. Le fil^ de Capet était traité ca roi. Il avoit, dans tous les détails de la vie domestique, la préséance sur sa mère. A table, il tenoit le haut- bout, il étoit servi le premier^
Je ne vous parlerai point, citoyens jurés^ de riHicident de la Conciergerie, de Fentrevue du chevalier de Saint- Louis, de l'œillet laissé dans ràppartement de Taccusée, du papier piqueté, donné ou plutôt préparé en réponse. Cet incident j qui n'est qu'une intrigue de prison, ne peut figurer dans une accusation d'un si grand intérêt.
Je finis par une réflexion générale que f ai déjà eu- l'occasion de vous présenter : C'est le peuple français qui accuse -Antoinette; tous les événements politiques qui ont eu lieu depuis cinq années déposent contre elle*
. Voici les questions que le tribunal a arrêté de voos soumettre :
- i® Est-il constant qu'il ait existé des mano^u* vfè^ & des intelligences avec les puissancesétran-^gères & autres ennemis extérieurs de la républi'-
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que; lesditQ$i9anQHivrfç& intelligences tçndanf à leur fournie des secours en. argent, A leur don^ner accès sur le territoire française 4 y facili^r les progrès de leurs armes? ^
2* Marie- Antoinette d'Autriche , veuve de Louis Capety est-elle convaincue d*avoir coopéré à ces manœuvres & d'à Voir entretenu ces intelligences?
i^ Est-il constant qu'il ait existé un complot & une conspiration tendant à allumer la -guêtre civile dans rintérieur de k république ?
40 Marie- Antoinette d'Autriche, veuve ds.
Louis Gapet, est-elle convaincue d'avoir partâ-^ cipé à ce complot & à ceCte conspiration ? .
Xes jurésy après 4tre restés eavi,ron une heure en délibération, rentrent ^ 1 audience & font un^ répk>nse affirmative aui: toutes les questions qui leur ont été ^umiiea.
, Le Président s'adresse au, peuple çt prononce le dis«:ours suivant-; L
Si ce^n'étoient. pas des bammes libres & qui» par conséquent, senisnttoute b<lignitédeleur, position, qui remplissent l'auditoire, je dçvnd» peut-être leur rappeler i|a 'au moment oU lajus-^ tioe nationale va prononcer, la loi, la raison^ la» moralité leur commandent ie plus grand aJSmté» La loi leur défend' tout signe d'apfHrobatkmi* cftr ucie personne, de <ju^que crime qu'elle
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sbit chargée, une foi»- atteinte par la loi» n'appàirtient plus qu'au malheur & à rhumanité^
L'accusée est ramenée à Taudience.
Le Président à Faccusée. Antoinette, voilâ quelle est la déclaration du jury.
{On en donne lecture.) «
Vous allez maintenant entendre le réquisitoire de l'accusateur-pubUc.
'. Fouquier prend la parole & requiert que Tac* cusée soit condatni^éc à la peine de mort, oonforfflënsent àrrarticle premier de la première section du titre premier de :1a deuxième partie du Gode pénal, lequel est ainsi oooçu :
« Tome manœuvre/ tome ifttetti^nce avec les « ennemis de la France, tendant, soît à fociliter' « leur entrée dans les dépendaiMes de Tempiise < français; soit à leur livrer défi villes, fOrteres-* c^s, ports, vaisseaux, magasiné ou arsenaux «appartenant à la France; soit à leur fournir « éeè^coûrs en st^ldais, argent, vivres ou.mu- « nitionâ, soit à ftivbri^er d'une manîèi^ quel*. #^oonqûe4es prcg];és de leurs armes sur le.teErio «^toirâ -fratiçois ou^contareiios forces de terre ou « de mer ; soit à ébr^nkr la fidélité de» ofScierSi.. « -soldats &'de8 autres citoyens envers la natîaa «rfeançoise, s^ronit pimisidç mort* }» ^
Cûiiform^isitfr M^î à rarti^le II 4c h^ipn^
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mière section du titre premier de la secoodc pytie di^ même Code, lequel est aiasi conçu :,
« Toutes conspirations &. complots, tei;idant « à troubler TEtat par une guerre civile, en ar- « mant les citoyens les uns contre les autres ou « contre Texercice de l'autorité légitime, seront tt punis de mort. »
Le président interpelle l'accusée de déclarer si elle a quelques réclamations à faire sur l'application des lois invoquées par l'accusateur-public. Antoinette secoue la tête en signe de négative. Sur la même interpellation faite aux défenseurs, Tronçon prend la parole & dit : Citoyen président, la déclaration du jury étant précise & la loi formelle à cet égard, j'annonce que mon ministère, à l'égard de la veuve Capet, est terminé.
Le président recueille les opinions de ses collègues & prononce le jugement suivant :
.Le Tribunal, d'après la déclaration unanime du jury, faisant droit sur le réquisitoire de l'accusateur- public, d'après les lois par lui citées, condamne ladite MarierAntoinette, dite Lorraine d'Autriche, veuve de Louis Capet, à la peine de mort; déclare, conformément àlaJbi du lo mars dernier, que ses biens, si elle en a dans rétendue du territoire français, sont ac-
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quis Se confisqués au profit de la République ; ordonne qu'à la requête de Tacusateur- public, le présent jugement sera exécuté sur la place de la Révolution, imprimé & affiché dans toute Tétendue de la France.
Le visage de la condamnée n'est nullement altéré. On la reconduit à la maison d'arrêt de la G)nciergerie.
Cinquième jour de la troisième décade du premier mois de Tan second de la République Française une & indivisible.
A cinq heures du matin, le rappel fut battu dans toutes les sections ; à sept heures, la force armée fut sur pied; des canons furent placés aux extrémités des ponts, places & carrefours, depuisle Palais jufqu'à la place de la Révolution ; à dix heures, de nombreufes patrouilles parcoururent les rues de Paris ; la circulation des voitures fut interrompue partout où devoit paiTer la veuve Capet ; à onze heures , Antoinette fortit de la Conciergerie, vêtue d'un déshabillé
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de matin en piqué blanc. Elle montl dans la voiture de Texécuteur, ayant à ses côtés un piètre constitutionnel, & efcortée par de ©ombreux détachemens de gendarmerie à pied iSc à cheval.
Antoinette, le long de la route, regardoit avec indifférence la force armée qui, au nombre de plus de trente mille hommes, formoit une double haie dans les rues où elle a passé; on n'apercevoit sur son vîfage ni abattement ni fierté; elle avoit Tair calme et paroiflbit infenfible aux cris de « Vive la République ! A bas la tyrannie ! » qu'elle n'a ceffé d'entendre fur fon paflage. ^ Elle parloit peu au confefleur & regardoit avec une certaine insouciance les personnes qui fe trouvoient aux fenêtres ; les flammes tricolores parurent occuper son attention ; dans les rues du Roule & Saint- Honoré, on. remarquoit qu'elle jetoit les yeux sur les inscriptions placées aux frontispices des maisons ; celle qui est placée sur la porte du Palais de l'Egalité ne lui échappa point ; à midi , étant arrivée sur la place de la Révolution, elle tourna les yeux du côté du Jardin National ; ce fut alors qu'elle changea de couleur & devint beaucoup plus pâle qu'elle n'avoit été jusqu'alors ; elle monta sur l'échafaud avec assez de courage. Après sa mort, l'exécuteur montra sa tête au peuple, au
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inilieii dts cris mille M^ répétésde « vive la République ! Y
JLç tout conforme au Bulletin du Tribunal criminel révolutionnaire.