‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 112 sur 171 · A^V«AA^A^V^W · texte numérisé non relu

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Noble et prudent homme, Louis de Contes, d'abord page du sire de Gaucourt, connu sous les deux surnoms âilmerguet et de Mugot^ avait quinze ans quand il fut appelé à riionneur d'être page de la Pucelle. Il était écuyer, seigneur de Novyon et de Reugles, âgé de quarantedeux ans, lorsqu'il fit sa déposition à Parié, le 3 avril 1456,

On remarquera les détails pleins d'intérêt qu'il donne sur les faits et gestes de Jeanne à

Orléans et durant la campagne de la Loire •

L'année où Jeanne vint à Ghinon j'avais quatorze ou quinze ans, et j'étais, comme page, de la suite du seigneur de Gaucourt, capitaine dudit lieu de Chinon,

Jeanne arriva à Chinon en compagnie de deux gentilshommes qui la conduisirent au roi. Plusieurs fois je la vis aller et venir chez le roi. On.lui donna logis dans une tour du château du Couldray, près de Chinon; et je demeurai là avec elle tout le temp& qu'elle y resta. J'étais continuellement en sa compa-

gnie pendant le jour; mais la nuit elle avait des femmes avec elle.

Je me souviens parfailement qu'au temps où elle habitait la tour du Gouldray, des personnages de grand état vinrent, pendant plusieurs jours, s'entretenir avec elle. Que faisaient-ils ou disaient-ils, je ne sais. Toujours quand je les voyais arriver je me retirais.

A la même époque et dans cette même tour où j'étais avec elle, je vis maintes fois Jeanne à genoux. Elle paraissait en prières ; mais je tie comprenais pas bien ce qu'elle disait. Assez souvent elle pleurait.

Peu après, Jeanne fut conduite à Poitiers, puis à Tours, dans la maison d'une certaine femme nommée Lapau K A Tours, le seigneur duc d'Alençon donna à Jeanne un cheval que j'ai vu précisément à la maison Lapau. C'est aussi à Tours que je devins page de Jeanne, avec un certain Raymond. Depuis lors je restai toujours avec Jeanne et j'allai constamment en sa compagnie, la servant dans l'office de page tant à Blois qu'à Orléans et jusqu'à ce qu'on allât devant Paris.

Durant le séjour de Jeanne à Tours, le roi lui fit faire une armure complète et lui donna une maison militaire.

De Tours Jeanne se rendit à Blois en compagnie de gens de guerre qui dès lors avaient tous grandie confiance en elle. Jeanne resta quelque temps à Blois

1 . Tout à l'heure (page 217) Pasquerel dira que l'hôte de Jeanne était le bourgeois Dupuy. — Dupuy était probablement le mari de la dame Lapau.

avec les troupes du roi. Combien de temps? je n'en ai pas souvenir. Mais on finit par décider de quitter Blois et d'aller à Orléams, par le côté de la Sologne. Jeanne partit tout armée, avec une escorte d'hommes d'armes. Elle ne cessait de leur conseiller d'avoir grande confiance en Dieu et de confesser leurs péchés. En route je l'ai vue communier.

Quand nous fûmes arrivés à proximité d'Orléans par le chemin de la Sologne, Jeanne, plusieurs autres et moi, nous fûmes conduits au delà de l'eau, sur le côté de la ville d'Orléans, et de là nous entrâmes dans ladite ville.

Durant le trajet de Blois à Orléans, Jeanne avait été fortement meurtrie, pour avoir couché tout armée la nuit du départ de Blois.

A Orléans elle fut logée dans la maison du trésorier delà ville, en face la porte Bannier. Il me semble même que dans cette maison elle reçut le sacrement de l'eucharistie.

Le lendemain de notre entrée dans la ville, Jeanne alla trouver le seigneur Bâtard d'Orléans et parla avec lui. Au retour, elle était fort courroucée, parce que, disait-elle, on avait décidé qu'il n'y aurait pas d'attaque ce jour-là.

Néanmoins elle alla à un boulevard que les gens du roi occupaient vis-à-vis d'un boulevard des Anglais ; et là, parlant aux Anglais qui étaient dans le boulevard en face d'elle, elle leur dit : « En nom Dieu, retirezvous. Sinon je vous [chasserai* .» L'un d'eux, appelé

1. « Eisdem dicendo quod recédèrent io nomine Dei : alias ipsa eos expelleret. »

le Bâtard de Granvilie, lui dit plusieurs injures : « Veux-'tu donc, lui criait-il, ((ne nous nous rendions^ à une femme? » Et il appelait les Français qui étaient aveo elle a maquereaulx, mescreansS » Sur ce, Jeanne revint à son logis et monta dans sa chambre.

Je croyais qu'elle allait dormir, lorsque presque aussitôt elle descendit et médit : u Ha, sanglant garson, » vous ne me dysiez pas que le sanc de France feust » répandu ! *. » En môme temps, elle m'ordonna d'aller quérir son cheval. Pendant que j'y allai, elle se fit armer par la dame de la maison et sa fille. A mon retour, je la trouvai déjà armée. Elle me commanda d'aller chercher son étendard qui était resté dans sa chambre ; et je le lui passai par la fenêtre. L*étondard une fois en sa main, elle partit au galop vers la porte de Bourgogne. « Courez après elle » me dit l'hôtesse. Ainsi fls-je.

Il y avait en ce moment une etcarmouche * vers la bastille Saint-Loup, et, dans cette escarmouche, le boulevard fut pris.

En route, Jeanne rencontra quelques Français blessés, ce qui la fâcha beaucoup. Pourtant les Anglais se préparaient à une bonne défense. Jeanne s'avança contre eux en grand hâte. Aussitôt qu'ils l'aperçurent, les Français se mirent à pousser de grands cris ; et fut prise la bastille de Saint-Loup

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