XV. — DEPOSITION DU BOURGEOIS JEAN LUILLIER
Jean Luiluer^ bourgeois d'Orléans et marchand de drap, âgé de cinquante-six ans, fît à Orléans une déposition • dont l'intérêt est d'autant plus grand qu'elle résume les impressions des habitants de la généreuse ville où s'est pieusement perpétué le culte de la Pucelle,
Il faut consulter les registres de la cité orléanaise, lire le Mystère du siège d'Orléans dopt je parlerai à la fin du \olume suivant^ recueillir les témoignages des chroniqueurs Armagnacs ou Bourguignons, pour se faire une idée de l'admirable patriotisme que déployèrent les habitants d'Orléans. Leur héroïsme pendant sept mois de siège les avait vraiment rendus dignes du secours de l'héroïne qui vint les délivrer en sept jours.
2jS procès de Réhabilitation de JEA^^'E
Mais écoutons Jean Luillier :
La venue de Jeanne était fort désirée par tous les habitants d'Orléans. De tous côtés il était parlé d'elle; car le bruit courait qu'elle avait dit au roi : « Je suis envoyée de Dieu pour lever le siège d'Orléans. » Or les Anglais nous avaient mis en telle extrémité que nous ne «avions 'plus à qui recourir pour avoir remède, sinon à Dieu.
J'étais à Orléans lors de l'entrée de Jeanne. Elle fut reçue avec si grande joie et si grand applaudissement par tous les habitants des deux sexes, grands et petits, qu'il eût semblé qu'elle était un ange de Dieu *, « Par le moyen de la Pucelle, se disait-on, nous allons enfin échapper à nos ennemis. » C'est bien ce qui arriva.
Aussitôt venue parmi nous, Jeanne nous exhorta à espérer en Notre Seigneur, assurant que, si nous avions confiance en Dieu, Dieu nous sauverait des Anglais.
Avant de permettre qu'on les attaquât, elle vouljit les sommer de se retirer. Elle leur mahda, par lettre, qu'ils eussent à quitter le siège et a s'en retourner dans le royaume d'Angleterre, sans quoi elle les ferait partir de force.
Dès cette heure, les Anglais furent terrifiés. Ils
1. « Recepta fuit ciim tanto gaudio et applausu ab omnibus iilrinsqiio p;»xii<, parvi.^ oî luaguis, ac si fiiissot angnlus Dei. »
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n eurent plus môme vigueur. Il suffit désormais de quelques-uns des nôtres pour lutter contre une grande multitude des leurs. Telle était l'impression produite qu'ils n'osaient plus sortir de leurs bastilles.
Je me rappelle bien l'assaut qui leur fut donné, le 7 mai de l'année du Seigneur 1429, contre le boulevard du Pont. On disait que Jeanne avait été blessée d'une flèche. C'était le soir. L'assaut avait duré depuis le matin, et on était en tel point que nos hommes songeaient à faire retraite vers Orléans. Tout à coup la Pucelle survint : « Ne vous retirez pas, ne rentrez pas encore dans la ville I » s'écria-t-elle. Gela dit, elle prend en ses mains son étendard, le pose au bord du fossé, et reste là, pressant l'ennemi. Les Anglais frémissent et sont saisis d'épouvante. Les hommes du roi reprennent cœur et recommencent l'assaut contre le boulevard. Plus de résistance. Le boulevard est h nous. Les Anglais qui y étaient se mirent à fuir, et tous périrent. Classidas et les autres principaux capitaines anglais qui commandaient là voulaient se sauver dans la tour du pont d'Orléans, mais ils tombèrent dans le fleuve et furent noyés. Devenus ainsi les maîtres de la bastille, on rentra dans la ville * .
Le lendemain, de très grand matin, nous vîmes les
i . Dicit quod in mense maii, die xvii, anni Domini MGGGCXXIX, bene recordatur quod fuit insultus datus contra adverdarios existentes iufra boulevardum Pontis ; in quo insultu dicebatur quod fuerat vulnerata de una sagitta ; et duravit ipse insultus ab bora matutina usque ad vesperam, et iu tantum quod ilUdc
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soldats anglais sortir de leurs tentes et se ranger en ordre de bataille, comme pour le combat. On informa la Pucelle. Aussitôt elle se leva de son lit et revêtit son armure. Mais elle fit défense d'aller sur les Anglais ou de rien exiger d'eux. « Laissez, qu'ils s'en aillent », dit-elle*. De fait, ils s'en allèrent sans être poursuivis, et à partir de cette heure notre ville fut délivrée de l'ennemi.
Quant à la demande que vous me faites, si le siège d'Orléans fut levé et la ville sauvée de l'ennemi par l'intervention et Je ministère de la Pucelle plutôt que par la puissance des armes, voici ma réponse :
Tous mes concitoyens et moi, nous croyons que si la Pucelle ne fût venue de la part de Dieu à notre aide, nous aurions été bientôt, la ville et les habitants, au pouvoir et aux mains des assiégeants. A mon avis,
civitate volebant se retrahere ad civitatem ; et tune ipsa Puella venit, prœcipiendo ne recédèrent nec se retraherent adhuc ad civitatem. Quo dicto, ipsa cepit vexillum suum in manibus ejus, et posuit supra bordum fossati, et instanti, ipsa ibi existentc, Anglici fremuerunt et pavidi effecti sunt ; armati autem régis resumpserunt animum et cœperunt ascendere dando insultum contra boulevardum, nec reperierunt quamcumque reslstentiam ; et ex tuuc dictum boulevardum fuit captum, et Anglici existentes in illo conversi sunt in fugam, omnes autem mortai. Dicit prœterea quod Classidas et alii principales capitanei dictœ bastiliœ, credentes se retrabere in turri pontis aurelianensis, ceclderunt in fluvium, et submersi sunt» et capta tune bastilià, C)mnes de parte régis regressi sunt in civitatem aurelianensem. »