HUSSON LEMAITRE
»l<W M »<»^»»^«*«<W«>««fc
Après le chevalier, rartisan. Honnête homme, HussoN Lemaître, chaudronnier, âgé de cinquante ans, et domicilié à Rouen où il fut interrogé, dit :
Je suis originaire de Viville, à trois lieues de Domremy. J'ai connu le père et la mère de Jeanne. C'étaient de bonnes et simples gens, qui vivaient chrétiennement.
J'étais dans mon pays au temps où Jeanne alla à Vaucouleurs vers le seigneur Robert de Baudricourt pour obtenir qu'il la menât ou la fît mener au roi de France. Dès ce temps, on disait qu'il y avait là un trait de la grâce de Dieu et que Jeanne était animée par l'esprit divin.
Il me fut raconté que Jeanne avait requis le sire Robert de lui donner des gens pour être ses conducteurs auprès de monseigneur le dauphin.
Dans le pays, Jeanne était réputée une bonne et honnête jeune fille. On ajoutait qu'elle était demeurée autrefois avec une honnête femme nommée la Rousse, résidant à Neufchâleau; qu'elle se confessait très souvent, et qu'elle aimait à faire la communion.
. J'ai ouï dire que, lors du voyage de Vaucouleurs à Chinon, quelques-uns des homines d*armes qui la conduisirent faisaient semblant d'être du parti contraire, et que, comme ceux qui étaient avec elle feignaient de vouloir fuir, elle leur disait : « Gardez-vous de fuir, en nom Dé ; ils ne nous feront pas de mal*. »
On assin^ait aussi que, lors de sa visite au roi, elle sut le reconnaître, quoiqu'elle ne Feût jamais vu.
Jeanne finit par mener le roi à Reims sans empêchement ; et c'est à Reims que je la vis.
Je ne l'ai connue que dans cette ville, quand elle y vint pour le couronnement du roi. J'habitais Reims à cette époque. Il y avait aussi le père de Jeanne et messire Pierre, son frère. L'un et l'autre, vu leur qualité de compatriotes, étaient très familiers avec moi ainsi qu'avec ma femme, qu'ils appelaient « voisine ».
De Reims le roi s'en vint à l'abbaye de Saint-Marcoul de Corbeny {pour'guérir les écrouelles) ; puis il alla à' Château-Thierry, qui se rendit à lui. Gomme on était là, le bruit vint que les Anglais arrivaient pour combattre contre le roi. Mais Jeanne dit aux gens du roi: « Ne craignez point ; les Anglais ne viendront pas^. »
Je ne sais rien autre.