XXIV. — LETTRE DE TROIS GENTILSHOMMES ANGEVINS SDR LE SACRE DE REIMS
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Une très intéressante lettre fut écrite, le jour même du sacre, par Pierre de Beauvau et par deux autres gentilshommes angevins, Moréal et Lusse, à la femme et à la belle-mère de Charles VII.
Au xvif siècle, un jésuite très érudit, Claude- François Menestrier, a publié cette lettre pour la première fois, d'après l'original trouvé dans les archives de l'abbaye de Bénissons-Dieu en Porez.
Comme elle supplée au silence des témoins «ur le sacre de Reims, je la reproduis ici :
« Nos souveraines et très redoublées dames, plaise » vous sçavoir que yer le roy arriva en ceste ville de » Rains, ouquel {dans laquelle) il a trouvé toute et » pleine obéissance. Aujourd'hui a esté sacré et cou* » ronné ; et a esté moult belle chose à voir le beau » mystère, car il a esté auxi solempncl et accoustré
» de toutes les besongnes y appartenans, auxi bien et » si convenablement pour faire la chose, tant en abis » royaux et autres choses à ce nécessaires, comme s'il » eust\mandé un an auparavant; et y a eu autant de » gens que c'est là chose infinie à escrire, et auxi la » grande joye que chacun en avoit.
» Messeigneurs le duc d'Alençon, le conte de Gler- » mont, le conte de Vendosme, les seigneurs de Laval, » et de La Trémoille, y ont esté en abis royaux, et mon- » seigneur d'Alençon a fait le roy chevalier, et les des- » susditz représentoient les pairs de France ; monsei- » gneur d'Albret a tenu Tespée durant ledit mystère » devant le roy ; et pour les pairs de l'église y estoient » avec leurs croces et mitres. messeigneurs de Rains et » de Ghalons, qui sont pairs ; et en lieu des autres, les » évêques de Séez et d'Orléans, et deux autres prélas ; » et mondit seigneur de Rains y a fait ledit mystèfe^t » sacre qui lui appartient.
» Pour aller quérir la sainte ampolle en l'abaye de » Saint-Remy et pour l'apporter en l'église de Nostre- » Dame, où a esté fait le sacre, furent ordonnez le >) mareschal de Bossac, les seigneurs de Rays, Graville, » et l'admirai, avec leurs quatre bannières que cha- » cun portoit en sa main, armez de toutes pièces et »,à cheval, bien accom][^agnez pour conduire l'abbé » dudit lieu, qui apportoit ladite ampolle; et entrè- » rent à cheval en ladite grande église et descendirent » à l'entrée du chœur, et en cet estât l'ont rendue » après le service en ladite abaye; lequel service a
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» duré depuis neuf heures jusqu'à deux heures. Et à » Theure que le roy fut sacré, et auxi quand l!on lui » assist la couronne sur la teste, tout homme cria » Noël ! et trompettes sonnèrent en telle manière » qu'il sembloit que les voultes de Téglise se deussent » fendre.
» Et durant ledit mystère, la Pucelle s'est tousjours » tenue joignant du roy, tenant son estendart en sa » main. Et estoit moult belle chose de voir les belles » manières que tenoit le roy et auxi la Pucelle. Et Dieu » sache si vous y avez esté souhaitées,
)) Demain s'en doibt partir le roy tenant son chemin )) vers Paris. La Pucelle ne fait doubte qu'elle ne » mette Paris en obéissance.
» Nos souveraines et redoubtées dames, nous prions » le benoist Saint-Esprit qu'il vous donne boone vie et » longue.
)) Escript à Rains, ce dimanche xvu® de juillet.
» Vos très humbles et obéissants serviteurs, » Beauvau, More al, Lusse. »
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Pour les détails relatifs au siège de Paris el aux divers faits et gestes de Jeanne depuis le sacre du roi jusqu'à la Catastrophe de Compiègne, il faut consulter principalement la chronique de Perceval de Cagny et la chronique de Jacques le Bouvier, dit Berri.
XXV. — DÉPOSITION DE DEMOISELLE MARGUERITE LA TOUROULDE, HOTESSE DE JEANNE
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Honnête et prude femme, demoiselle Marguerite La Touroulde, âgée de soixante-quatre ans, veuve de feu maître René de Bouligny, de son vivant conseiller du roi dans le gouvernement de ses finances, avait connu Jeanne deux mois après le sacre, à Bourges, oîi elle fut son hôtesse. Sa déposition, faite à Paris, est semée de détails charmants :
Quand Jeanne arriva à Chinon j'étais à Bourges, où était la reine. En ce temps-là il y avait dans ce royaume, et notamment dans les parties du royaume restées sous Tobéissance du roi, une si grande calamité et une telle pénurie d'argent que c'était pitié*. Tous les sujets
1. « Tanta calamitas et pecuniarum penuria quod erat pietas. » ^ Le doyen de daint-^Thibaud de Metz dit dans sa chroDique : « Ay autrefois ouy dire que Charles fut en telle pau- » yreté, pour le temps qu'il se tenait à Bourges {au temps où il » se tenait à Bourges) y que un couvrexier {cordonnier) y ne lui » volt mie croire une paire de houzels {ne lui voulut point laisser » à crédit une paire de brodequins) y et qu'il lui en avoit chaussé n ung et pour tant qu'il ne le pehut payer contant {et parce qu'il