‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 15 sur 171 · ET LA MÈRE DE JEANNE · texte numérisé non relu

ET LA MÈRE DE JEANNE

m0*^0*ftft0t^^^^^0»

L'instance fut solennellement ouverte, le 7 novembre 1455, dans Téglise Notre-Dame de Paris.

Ce dut être un spectacle touchant quand la mère de Jeanne, Isabelle Romée, âgée de soixante-sept ans, soutenue par ses deux fils Jean et Pierre d'Arc *, accompagnée de bonnes gens venus exprès de la ville d'Orléans ^, et assistée de maître Pierre Maugier son avocat, ancien recteur de l'université de Paris, au milieu d'une grande affluence d'hommes et de femmes, s'avança devant l'archevêque de Reims, l'évêque de Paris et l'inquisiteur de France, et dit :

i. Les manuscrits de la rédaction définitive ne nomment ici que Pierre d'Arc. Mais, dans le manuscrit de la rédaction primitive telle que nous la fait connaître le manuscrit de d'Urfé, je trouve le nom de Jean à côté de celui de Pierre. « Petrus et Johannes d'Arc. » Au surplus, dans la suite du texte des deux manuscrits de la rédaction définitive, Jean se trouve plusieurs fois nommé à côté de Pierre, notamment à propos de la séance du 7 novembre : « Ysabellis, vidua antea dicta ac Petrus et Johannes antedicti. » : ce qui marque bien qu'il n'y a ici qu'un oubli.

2. « Nonnullis civitatis Aurelianensis » Cet intéressant détail ue se trouve que dans le manuscrit de la rédaction primitive. — £n 1440, la mère de Jeanne d'Arc était allée demeurer à Orléans ; et la ville, fidèle à sa reconnaissance pour la Pucelle, lui avait fait une pension de 48 sous parisis par mois (environ 24 francs), dont elle bénéficia jusqu'à sa mort, arrivée en 1458.

« Jeanne d'Arc était ma fille; je l'avais élevée dans la crainte de Dieu et dans les traditions de l'Église suivant son âge et suivant son état qui la faisait vivre dans les prés et dans les champs. Elle fréquentait l'église, se confessait et communiait tous les mois, et jeûnait aux jours prescrits. Jamais elle n'a rien fait ni médité contre la foi. Cependant ses ennemis, au mépris du prince sous lequel elle vivait, lui ont fait un procès illégitime en matière de foi. Ils n'ont eu égard ni à ses récusations ni à ses appellations tacites ou expresses; ils lui ont imputé de faux crimes à la perte de leur âme ; ils ont cruellement réduit soii corps en cendre, dans les ïlammes d'un bûcher, au milieu d'une multitude en larmes; ils lui ont enfin infligé, ainsi qu'à moi sa mère et à toute sa famille, avec un irréparable dommage, une tache d'infamie *. Aujourd'hui q ue notre saint-père le pape, défenseur de la vérité et soutien des opprimés, a bien voulu m'accorder des juges, je viens ici faire éclater mes plaintes longtemps contenues; je viens réclamer justice. »

En même temps, Isabelle, tenant en main le rescrit du pape, se jeta aux pieds des commissaires du pape avec grands soupirs et gémissements *.

Il y avait là maints doctes hommes, tant laïques qu'ecclésiastiques, qui avaient été témoins du procès

1 . « In dictsB Ysabellis et suorum notam, infamiam etirrepara-* bile detrimentum. »

Page 1