DÉPOSITION DE L'UNIVERSITAIRE JEAN BEAÛPÈRE
Nicolas Midi et moi, dans Tespoir que nous parlerions à Jeanne pour l'admonester et Finduire à persévérer dans le bon propos qu'elle avait eu enTéchafaud et à se garder d'une rechute. Mais nous ne pûmes trouver celui qui avait la clef de la prison. Tandis que nous attendions le gardien, quelques Anglais qui étaient dans la cour du château prononcèrent des paroles de njenace à notre adresse. C'est Midi qui me les rapporta. Ils disaient : <( Qui les jetterait tous deux dans la rivière, ce serait bien fait. » Sur ces propos, noufl nous en retournâmes. Comme nous traversions le pont du château, ledit Midi ouït et me rapporta des propos pareils ou à peu près pareils, tenus par d'autres Anglais. Cela nous épouvanta et nous nous en vînmes sans parler à Jeanne.
Quant à ce qui touche Tinnocence de Jeanne, je no dirai rien, sinon que Jeanne était bien subtile de subtilité appartenant à femme, comme il me semblait *. J'ajoute que je n'ai point su par aucune parole d'elle qu'elle fût corrompue de corps.
De sa pénitence finale je n'ai rien ù dire; car le lundi d'après l'abjuration, je partis de Rouen pour q^ller à Bâle par mandat de l'Université de Paris. Or, Jeanne fut condamnée le mercredi suivant. De cette condamnation je ne sus aucunes nouvelles, sinon par ouï-dire à Lilie-en-Flandre.
1. Od a vu dans le Procès ds coNDAUifATiON que Jean Beaupère remplit Je rôle d'interrogateur, pendant les séances du 22, du 23 et du 27 février. Il dut être maintes fois déconcerté par les réponses de Jeanne.