IV. — DÉPOSITION DE L'UNIVERSITAIRE JEAN BEAUPÉRE
Vénérable et circonspecte personne, maître Jean Beaupère, docteur en théologie, chanoine de Paris, de Besançon et de Rouen, déposa uniquement dans r enquête ébauchée par Guillaume Bouille en 1450, avant la demande de revision du procès*. Il avait alors soixante-dix ans.
Comme Thomas de Courcelles, son confrère de l'Université de Paris, Jean Beaupère avait
i. J'ai déjà dit que les témoignages qui furent recueillis dans ce commencement d'enquête sont au nombre de sept.
Quoique non incorporés au procès de revision à cause du caractère laïque de Tinformation ébauchée par Bouille, j ai cru devoir faire entrer ces sept témoignages en ligne de compte à côté des vingt et un témoignages de la double enquête préparatoire de 1452 et des cent quinze témoignages de Penquête définitive de 1456.
Tandis que les cent trente-six témoignages de 1452 et de 1456 sont tous, — sauf un, celui de Jean d'Aulon — rédigés en latin, les sept témoignages de 1450 nous ont été transmis en français. J'en ai ici modernisé la forme en les faisant connaître, d'autant plus que, sur les sept déposants de 1450, il y en a quatre qui ont déposé & nouveau une ou plusieurs fois, soit en 1452, soit en 1456. Fondant leurs dépositions en une seule, j'aurais fait une bigarrure de mauvais goût si j'eusse marié dês archaïsmes avec ma traduction.
3o0 PROCÈS DE RÉHABILITATION DE JEANNE
été un des séides de Cauchon. Aussi fit-il une déposition peu favorable à Jeanne, où il s'appliqua à se décharger lui-même et à charger les Anglais :
Au sujet des apparitions mentionnées au procès de Jeanne, j'ai conjecturé et je conjecture qu'il y avait plus d'inlenlion humaine et de cause naturelle que de cause surnaturelle. Toutefois, là-dessus principalement, je m'en rapporte au procès.
Avant que Jeanne fût menée à Saint-Ouen, j'eut? congé d'entrer dès le matin en la prison où elle était, et je l'avertis qu'elle serait tantôt conduite à Téchafaud pour être prëcbée. « Si vous êtes bonne chrétienne, lui dis- je, vous direz là que vous soumettez tous vos faits et dits à notre sainte mère TÉglise et spécialement aux juges ecclésiastiques. » — « Ainsi ferai je, >^ me répondit-elle. Et, en effet, elle parla de façon conforme, sur ce requise par maître Nicolas Nidi. En conséquence, et pour cette fois, elle fut renvoyée, après son abjuration, malgré les reproches fails par quelques Anglais à Tévêque de Beauvais et à nous, les délégués de l'Université de Paris, qu'ils accusaient de favoriser les erreurs de ladite Jeanne.
L'abjuration faile, Jeanne revélit en sa prison l'habit de femme. Mais le vendredi ou samedi d'après, il fut rapporté aux juges qu'elle se repentait d*avoir laissé Tbabit d'homme et pris Tbabit de femme^ C'est
pourquoi monseigneur de Beauvais envoya mattrc