LE MÉMOIRE DES DEMANDEURS
de la plus dolente compassion, faite pour être pleurée à jamais *.
» Soit quand elle a quitté ses parents ; soit quand ^lle s'est faite chef de guerre contre les Anglais ; soit quand elle a envoyé des lettres en y inscrivant le nom de Jésus; soit quand elle a cru en ses saintes; soit quand elle a fait le saut de Beaurevoir, Jeanne n'a fait qu'agir avec simplicité, patriotisme, piété, bonne foi et charité, obéissant à ses inspirations, soumise , . à Dieu et ne voulant que le bien.
» Si, à propos du signe donné au roi, Jeanne a voilé la vérité sous des fictions, elle n'a pas menti pour cela, ])as plus qu'Abraham ne mentit en présentant Sara sa femme comme sa sœur, en vue de s'assurer un bon accueil auprès des Egyptiens et de leurs Pharaons^. Jeanne ne pouvait-elle pas se désigner comme un ange,
1. « Quod pia, lamentabili et doleutissima coiupassiouc, œterna inemoria deflendum erit. »
2. En effet, dans la 6renè5e, au chapitre douzième, nous lisons ce qui suit :
« Comme il était prêt d'entrer en Egypte, Abram dit à Sarai :
« Je sais que vpus êtes belle.
» Et quand les Égyptiens vous ven'ont, ils diront : Voilà sa femme ; et ils me tueront et ils vous garderont.
h Dites donc, je vous prie, que tH)us êtes ma sœur, afin qu'à catise de vous, ils en usent bien envers moi, et qu*en votre faveur ma vie soit préservée. »
» En effet, il arriva, lorsque Abram entra en Egypte, que lés Égyptiens admirèrent cette femme qui était fortiielle.
» Le^ princes de Pharaon la virent et la louèrent devant lui ; et elle fut enlevée en la maison de Pharaon.
V Et ils en usèrent bien envers Abram pour l'amour d'elle ;
X " elle qui portait au roi un message divin? Donner à Charles VII les palmes de la victoire, n'était-ce pas lui donner une couronne ? N'était-il pas enfin naturel de déclarer que cette couronne était donnée par saint Michel, du moment où Jeanne ne faisait qu'exécuter les ordres de cet archange * ?
» Si Jeanne a pris l'habit d'homme, c'est pour obéir à Dieu ; si elle l'a gardé, c'est pour protéger sa virginité; si elle a repris cet habit après l'avoir quitté, c'est qu'elle y a été forcée matériellement et qu'elle a dû le faire pour la défense de son honneur.
» On ne veut pas croire que, pour le relèvement du royaume, la faveur divine soit allée prendre, dans sa chaumière, parmi les pauvres gens de la campagne, une fille de dix-sept ans, simple, ignorante et de basse condition. N'est-ce pas oublier le miracle de la conquête du monde au christianisme? Cette conquête a été faite par des hommes qui, bien loin d'être des grands
et il reçut des brebis et des bœufs et des ânes, des serviteurs ^ des servantes et des ânesses et des chameaux. »
Le chapitre vingtième de la Genèse nous montre le patriarche procédant de même avec le roi de Gérare, Abimélech. Abraham dit de Sara sa femme : « Elle est ma sœur. » Seu'a dit d^ Abraham : « Il est mon frère. » Et Abimélech enlève Sara.
1. « De seipsa Johanna potuit îd dicere, quia angélus, scUicet ipsa Dei nuntia, portavit régi coronam, id est palmam victoriôe, qua corona frueretur; nec in hoc mentita est sed caute locuta. ' Et si dixit quod ille angélus erat sanctus Michaël, hoc potuit; quoniam et qui per alium facit, per se ipsum facere videtur, et ipsa ex prscepto sancti Michaelis id feeit et fSetéere credidit. »