LE MÉMOIRE DES DEMANDEURS
et des riches, appartenaient aux classes les plus humbles et les plus misérables.
» Toutefois, admettons par impossible que Jeanne ait été rinstrument de mauvais esprits. Encore faudrait-il Texcuser, parce qu'elle les aurait crus sincèrement de bons esprits; qu'elle aurait été dupe des apparences les plus spécieuses; et qu'elle aurait toujours entendu n'obéir qu'à Dieu.
» Mais pourquoi attribuer aux démons les visions qui ont apparu à Jeanne et les révélations qui lui ont été faites? La sagesse de sa vie, l'ardeur de sa piété, son horreur des moindres péchés, sa virginité qui, selon le mot de saint Ambroise, faisait de sa personne le temple de Dieu, toutes ses qualités enfin ne prouvent-elles pas que Jeanne était inspirée d'en haut? Un mauvais esprit lui aurait-il jamais donné les bons conseils que lui donnaient ses voix en la sollicitant au bien? Eût-elle invoqué Jésus à sa dernière heure, si elle eût été la proie des pourvoyeurs de Tenfer ? Les voix ne lui ont-elles pas toujours parlé avec une céleste clarté, au lieu d'avoir ce langage enveloppé et obscur qui est le propre des démons ? Ne lui suggéraient-elles pas et des propos merveilleux bien au-dessus de la portée de son esprit, et des prédictions dont la réalisation est humainement inexplicable, et des hauts faits qui passent toute créance ? Voilà les Anglais maîtres d'une bonne moitié de la France ; ils marchent de victoire en victoire ; ils vont visiblement subjuguer tout le royaume. Jeanne parait I Elle promet, contre toute
apparence, que le siège d'Orléans va être levé ; et le siège d'Orléans est levé. Elle annonce le sacre du roi à Reims, jugé par tous impossible; et le roi est sacré à Reims. Elle prophétise les événements les plus inespérés ; et ces événements s'accomplissent. La France Ta vu ; elle le voit ; elle en jouit. Qui dira que tout cela est Tœuvre de l'esprit de mensonge?
» Quant à la soumission envers l'Eglise, Jeanne ne s'y est jamais formellement refusée. Elle n'a pas voulu laisser mettre en doute ses visions, parce que c'était une question de fait et que, sur les choses de telle sorte, la décision appartient à Dieu. Elle n'a pas voulu non plus accepter comme juges des hommes d'église en qui l'expérience lui avait fait reconnaître des ennemis acharnés. Mais, dès qu'elle a été bien instruite de ce qu'était l'Eglise, elle a fait preuve de docilité malgré les subterfuges auxquels on a eu recours pour l'en détourner, et elle s'est notamment déclarée soumise au pape et au concile.
» En conséquence, il est besoin que, conformément au vœu formulé dans le rescrit papal, l'intégrité et l'innocence de la Pucelle soient manifestées et sa réhabilitation proclamée *, tant pour son honneur que pour celui de sa famille. »
1. '< Dictae Johannae virginis intcgritatem, inaoceutiain et expurgationem manifestare opiis est. »
w«»^WW^^^»«WW*W»W»»W»«