‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 40 sur 171 · VIII. Se confessait-elle souvent et volontiers · texte numérisé non relu

VIII. Se confessait-elle souvent et volontiers

IX. Que dit-on communément de l'arbre appelé l'arbre, des Dames? Servait-il de rendez-vous ordinaire pour les danses des jeunes filles ? Que dit-on aussi de la fontaine située près de Tarbre ? Jeanne fréquentaitelle ce lieu, avec les autres jeunes filles ? Pour quelle cause et à quelle occasion y allait-elle ?

X. Comment quitta-t-elle son pays, et de quelle manière s'effectua son voyage ?

XI. Dans le pays d'origine de Jeanne y eut-il quelques informations faites par l'autorité des juges, au temps où, ayant été prise devant Compiègne, elle était détenue par les Anglais ?

XII. Jeanne s'est-elle une fois enfuie de son pays à Neufchâteau à cause des hommes d'armes, et fut-elle alors toujours en la compagnie de son père et de sa mère?

Donné et fait à Rouen, l'an du Seigneur 1455, le 20 décembre. Signé : Lecomte et Ferrebouc.

1. « Si in primitiva œtate fderit in flde et in moribos eonve- Dienter imbuta. »

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Voici d'abord les gens de Domremy qui ont connu Jeanne enfant et qui viennent rendre témoignage de sa vertu.

Parmi eux sont les trois anciennes amies de Jeanne: Hauviette, la préférée; Mengette, qui tenait la seconde place; et Isabellette, qui, plus âgée, était moins intime.

Hauviette, femme du laboureur Gérard, âgée de quarante-cinq ans en 1456, parla ainsi :

Dès ma première jeunesse j*ai connu Jeannette 2. Son père et sa mère étaient d'honnêles laboureurs, gens de bonne renommée et vrais catholiques. De ses parrains

1. Dans le procès-verbal officiel, les dépositions se succèdent selon les hasards de l'audition des témoins. Dans le présent ouvrage, je les ai groupées le plus rationnellement qu'il m'a été possible. De plus, tout en m'astreignant & traduire intégralement chaque déposition, j'ai introduit dans la suite des détails constituant chacune d'elles un ordre logique que n'offre pas le texte latin.

2. Non seulement le procès-verbal officiel use toujours du style indirect, grande source de lourdeurs et d'équivoques; mais encore il morcelle et embarrasse chaque déposition par le 'rappel constant des articles auxquels se rapportent les diverses réponses des témoins, sous cette forme : « Super primo, secundo,

et de ses marraines je ne sais rien que par ouï dire, 'f parce qu'elle avait trois ou quatre ans de plus que moi *.

Tout enfants, Jeannette et moi nous restions volontiers ensemble dans la maison de son père. C'était plaisir pour nous de coucher dans le même lit. Jeannette était bonne, simple et douce. Elle aimait aller à Téglise; et comme les gens lui reprochaient de la fréquenter trop dévotement, elle avait honte *. J'ai ouï dire au curé d'alors qu'elle se confessait souvent. Pour ses occupations, elles étaient celles des autres

tortio, quarto, quinto, etc., articulo deponit quod. » Dans ma traduction, en même temps que j'ai adopté le style direct pour chaque témoignage, j'ai éliminé des renvois superflus, afin de donner à chaque déposition la forme d'un exposé suivi et susceptible d'intéresser le lecteur.

1. S'il était exact qu'HauYiettel eût quarante-cinq ans en 1456, comme l'indique Je procès-verbal, et que Jeanne eût trois ou quatre ans de plus qu'elle, Jeanne aurait eu vingt-trois ans ou vingt-quatre ans en i431. Mais, à coup sûr, il y a ici une erreur. Nous avons entendu «Jeanne déclarer, en 1431, dans l'interrogatoire du 21 février, qu'à cette date, elle avait, lui semblait-il, à peu près dix-neuf ans : « Respondit quod, prout sibi videtur, est quasi XIX annorum. » (Voir Procès de condamnation, p. 49.) De là il suit que Jeanne dut naître en 1412. Â quelle date ? on ne sait. La tradition veut qu'elle soit venue au monde durant la nuit de la fête des rois. (Voir, dans Jeanne d'Arc libératrice DE LA France, le chapitre sur la légende de Jeanne, page 260.) — a In nocte Epiphaniarum Doiiiini, quâ gentes jucundius soient actus Christi remioisci, banc intravit mortalium lucem », dit d'elle Perceval de Boulainvillers dans sa lettre au duc de Milan, Philippe- Marie Visconti-

2. Habebat verecundiam eo quod gontps dicebant sibi quod Dirais dévote ibat ad ecclesiam.

petites filles. Au logis elle faisait le ménage et filait *. Maintes fois je Tai vue gardant les animaux de son père.

Il y avait au pays un arbre que depuis l'ancien temps" on appelait l'arbre des dames *, parce que, selon le dire des gens d'autrefois, il était fréquenté par des dames appelées fées. Cependant, jamais je n'ai ouï citer personne qui ait vu de ces fées.

Les enfants du village, fillettes et garçons, munis de pain et de noix, nous avions coutume d'aller à l'arbre des dames et à la Fontaine-des-Groseillers^, le dimanche de Lœtare Jérusalem *; dit le dimanche des fontaines.

1. Les témoins de Doini*emy s'accordent k dire que Jeanne filait ; et aucun ne spécifie qu'elle cousait. Pourtant, lors de son second interrogatoire, Jeanne répondit à ses juges qu'elle avait appris à coudre le linge et à. filer « ad suendum pannos lineos et ad nendum », ajoutant que pour coudre et filer elle ne craignait femme de Rouen.

2. « Arbor illa vocatur Vabre Dominarum. » — Cet arbre, qui malheureusement n'existe plus, existait encore au dixseptième siècle. Edmond Richer, dans le manuscrit dont je mo suis occupé ailleurs (Jeanne d'Abc, libératrice de la France, page 286), en parle ainsi : « Les branches de ce fau {hêtre) sont

» toutes rondes et rendent une belle et grande ombre pour w s'abriter dessous comme presque l'on ferait au couvert d'une » chambre. Et faut que cet arbre aye pour le moins trois cents « ans, qui est une merveille de nature. »

3. « Ad fontem Rannorum. » — Cette fontaine était aussi appelée la fontaine-at^T-Groseillers, « fons ad Rannos » ; mais son plus joli nom était celui-ci : « Bonne-fontaine-aux-fées-Notre- Seigneur. » Eclectisme charmant du bon peuple !

4. « In die dominico Lœtare Jherusalem. »— On appelait ainsi le quatrième dimanche du carême (dit dimanche de la mi-carème),

J'ai souvenir d'y être allée en compagnie de Jeannette, qui était ma camarade, et d'autres jeunes filles. Nous mangions, nous courions et nous jouions.

Il arriva que Jeannette fit un séjour à Neufchâteau. Mais je puis jurer qu'elle y fut toujours avec son père et sa mère. Moi-mètne j'étais alors à Neufchâteau et je ne cessai de la voir.

A l'époque où elle quitta définitivement le village Jeannette ne m'avisa point de son départ, je ne le sus qu'après ; et je pleurai fort. Elle était si bonne et je l'aimais tant I C'était mon amie *.

Mengette, femme du laboureur Jean Joyart, âgée de quarante-six ans ou environ, déposa ainsi :

Les parents de Jeanne la Pucelle étaient de bons chrétiens, estimés de tous. Elle avait eu divers parrains et diverses marraines. Jean Morel de Greux était son parrain. Jeannette, femme de Thévenin de Domremy, et Édite, veuve de Jean Barrey, demeurant à Frébecourt, près de Domremy, étaient ses marraines.

La maison de mon père et la maison du père d'Arc se tenaient. Aussi connaissais-je beaucoup Jeannette.

parce que ce jour-là on chante à Tintroduction de la messe : « Lœtare Jérusalem el conventum facile omnes qai diligitis eam.» Réjùuis-toif Jérusalenif et vous tous qui l'aimez, assemblez-vous. 1. Quse testis propter hoc multum flevit, quia eam multum dropter suam bonitatem diligebat, et quod'sua socla eraL

Souvent nous filions ensemble et vaquions de confipagnie aux travaux de la maison, soit de jour soit de nuit. Elle avait été nourrie dans la foi chrétienne et formée aux bonnes mœurs, aimait à aller souvent à TEglise et faisait des aumônes avec Tavoir de son père. C'était une fille bonne, simple et pieuse, si pieuse que ses camarades et moi nous disions qu'elle Tétait trop. ;^lle se confessait volontiers; et plusieurs fois je Tai vue agenouillée devant le curé du village.

Vaillante au travail et occupée à maintes besognes. Jeannette filait, faisait le ménage^ allait à la moisson, et, la saison venue, quand c'était son tour, gardait ^quelquefois les bêtes, sa quenouille à la main.

Il y avait chez nous un arbre qu'on appelait aux Loges- les-Dames *. C'est un arbre bien ancien. De mémoire d'homme on l'a toujours vu là où il est. Chaque année, au printemps, particulièrement le dimanche de Lxtare Jérusalem y dit le dimanche des Fontaines, cet arbre était un lieu de rendez-vous. Filles et garçons, nous venions en troupe apportant de petits pains. Souvent j'y fus avec Jeannette. Nous mangions sous l'arbre; puis nous allions boire à la Fontaine-des-Groseillers. Que de fois nous avons mis la nappe sous l'arbre et mangé ensemble I Ensuite on jouait, on dansait. Les choses se passent encore de même, et nos enfants font aujourd'hui ce que nous faisions.

Il y eut un temps où tous les habitants de Dom-

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