fc Ad lobias dominarum
remy s'enfuirent à Neufchâteau et y emmenèrent leurs animaux. Jeannette fit comme tout le monde. Elle fut à Neufchâteau avec son père et sa mère. Tout le temps elle fut en leur compagnie et repartit avec eux. J'affirme ces faits parce que j'en ai été témoin. Plus tard, quand elle voulut aller à Vaucouleurs, elle dit à Durand Laxart, son oncle, qui demeurait à Burey-le-Petit*, de la demander à son père et à sa mère pour soigner sa tante. En quittant Domremy, elle me dit : « Adieu Mengette ; je te recommande à Dieu. »
De quatre ou cinq ans plus âgée qu'Hauviette et Mengette, Isabellette, femme du laboureur Gérardin d'Épinal, avait cinquante ans quand elle fit sa déposition. Quoique moins jeune que Jeanne, elle allait souvent avec elle ; et, s'étant mariée de bonne heure, elle l'eut pour marraine d'un de ses enfants.
Isabellette dit :
Depuis mon premier âge j'ai toujours connu le père et la mère de Jeannette. Quant à Jeannette, je Tai connue dans ma jeunesse aussi longtemps qu'elle demeura chez ses parents. Jeannette était une brave
1. 11 y a deux Burey, Biirey-ea-Vaux et Burey-la-Côte. Burey-le-Petit était probablement Burey-la-Côte, village plus petit que Burey-en-Vaux.
fille, bonne, chaste, pieuse, craignant Dieu, pratiquant Taumône et faisant le bien. Elle recueillait les pauvres; et elle voulait coucher au coin du foyer et qu'ils couchassent dans son lit*. Elle ne dansait pas; et nous, ses camarades, nous la grondions de cela. Elle aimait le travail, filait, cultivait la terre avec son père, faisait le ménage et quelquefois gardait les bêtes.
On ne la voyait pas par les chemins; elle était le plus souvent dans l'Église à prier. Elle se plaisait à fréquenter les lieux de dévotion et se rendait de temps à autre à la chapelle de la bienheureuse Marie de Bermont*. Souvent je l'ai vue se confesser; car il faut dire qu'elle (3tait ma commère, ayant tenu sur les fonts du baptême mon fils Nicolas. Bien des fois je l'accompagnais et je la voyais aller à confesse, dans l'église, aux pieds de messire Guillaume, alors curé.
Quand le château était en prospérité, les seigneurs du village et leurs dames allaient prendre du bon temps aux Loges-les-Dames. Le dimanche de Laetare, que nous appelons aussi le dimanche des fontaines, et
1 . Faciebat hospitare pauperes, et volebat jaeere in focario et quod paupere8 jacerent m leeto.
2. La chapelle de Termitage de Bermont, déformée sous prétexte de restauration et enclavée dans une propriété particulière, se trouve à une demi-lieue de Greux, sur la route de Domremy à Vaucouleurs. On y voit des statues de Notre-Dame et de sainte Marguerite que la tradition fait remonter au temps de Jeanne d'Arc. A ren^arquer aussi une petite cloche qui date probablement de l'époque où eut lieu le jugement de réhabilitation et où se détachent en relief les initiales A. V. E. M. P. E. I. A. D. E. P. M. A. N. G. T. Voici une interprétation de ces ini-
certains autres jours, dans la belle saison, ils amenaient avec eux garçons et filles : je le sais, car jadis Pierre de Bourlemont, seigneur du village, et sa femme, qui était de France, m'y ont conduite avec les autres petites filles du village, à divers jours du printemps, et notamment le dimanche des fonjtaines. Ce dimanche-là, c'est la coutume que toute la jeunesse du village, garçons et filles, aille à l'arbre jouer et danser. Jeannette allait avec nousjouer et danser; comme nous elle portait son petit pain et puis s'en venait boire à la fontaine des groseîUers. Encore aujourd'hui, on va à l'arbre des Dames, et petits pains, jeux et danses, tout est resté de mode.
Lors d'une irruption d'hommes d'armes. Jeannette se réfugia à Neufchâteau avec son père, sa mère, ses frères et ses sœurs*, emmenant avec eux leurs animaux menacés. Mais son séjour à Neufchâteau fut court. Elle revint à Domrémy avec son père. Ce que je vous dis
tiales, qui me parait un peu forcée, mais qui est très respectable, puisqu'elle émane de l'Académie des inscriptions et belleslettres, d'après les renseignements que je tiens du propriétaire actuel de la chapelle, neveu de Guillaume Sainsère, son zélé mais maladroit restaurateur : « Ad virginem e manibus populi extrahentem imperium Anglicani dedicatum est post mortem ad nominis gloriam tiniinnabulum, » A la Vierge arrachant le royaume aux mains du peuple anglais, a été dédiée, après sa mortf pour la gloire de son nom, cette petite cloche.
1. « Gum fratribus et sororibus suis. » — Jeanne avait plusieurs soeurs, d'après ce témoignage. — Plus loin (p. 96), le laboureur Colin nous montrera Jeanne allant k l'ermitage avec une sœur à eUe (« cum quadam sorore sua »).
là, je l'ai vu. Elle ne voulait pas rester à Neufchâteau et disait qu'elle aimait mieux demeurer à Doiîiremy*
C'est Durand Laxart qui amena Jeannette à Rob/ert de Baudricourt. Voici un propos de Durand que j'ai entendu : « Jeannette, disait-il, me pria de dire à son père qu'il fallait qu'elle vfnt assister ma femme en couches, afin d'avoir ainsi moyen de se faire conduire par moi à messire Robert *. »
Je ne sais rien autre.
1. « Quod ipda dixerat sibi quod ipse diceret patri suo quod ipsa iret relevatum suam uxorem» ad finem ut eam duceret dicto domino Roberto. »
Selon l'usage de Fépoque, Jeanne avait eu plusieurs parrains et plusieurs marraines. Celles-ci étaient au nombre de quatre : Béatrix, femme Estellin ; Jeannette, femme Thévenin ; Jeannette, femme Thiesselin ; et Édite, femme Barrey. Édite, qui n'est nommée qu'une fois dans le procès-verbal par Mengette, l'ancienne amie de Jeanne, n'a pas fait de déposition. On va entendre les trois autres marraines de 'Jeanne.
Jeannette, veuve de TmEssELiN de Vit eau, en son vivant clerc à Neufchâteau, avait soixante ans lors de l'enquête. Elle dit :
Jeannette, dite la Pucelle, naquit à Domremy de Jacques d'Arc et dlsabellette, époux probes, catholiques, de bonne réputation, qui vivaient en simples laboureurs, honnêtement selon leur pauvreté, car ils n'étaient guère riches *.
1 . (c Qui se regebant ut laboratores, honeste secundum eorum paupertatem, quia non erant multam divites. »
Jeannette fut baptisée aux fonts baptismaux de la paroisse du bienheureux Remy. Je fus sa marraine; et c'est mon nom qu'elle portait. Jeanne, femme de Thévenin, a été ausôi sa marraine.
J'ai pu voir quelles étaient les mœurs de Jean* nette durant son enfance et tout le temps qu'elle resta à Domremv. C'était une bonne enfant, vivant honnêtement et religieusement, comme il sied à une fille sage*. Elle allait volontiers à l'église et craignait Dieu. Assez souvent elle se rendait à la chapelle de Notre-Dame de Bermont, avec quelques autres jeunes filles, pour y prier sainte Marie. Il m'est arrivé d'y aller avec elle. Ses confessions étaient fréquentes. Je l'ai vue plusieurs fois se confesser à messire Guillaume Fronte, alors curé de la paroisse. Elle ne jurait jamais, et, pour affirmer, elle se contentait de dire : « sans manque^ ». Elle n'était pas danseuse^; et maintes fois, tandis que les autres chantaient et dansaient, elle allait prier.
Jeannette était bonne travailleuse, filant, faisant le ménage, et, quand le cas se présentait, gardant à son tour les animaux pour son père.
Il y a chez nous un arbre qui s'appelle l'arbre des Dames, parce que, dans l'ancien temps, le seigneur Pierre Granier, chevalier, seigneur de Bourlemont, et une dame qu'on appelait Fée, se donnaient des rendez-
1 . « Erat bona filia, vivens probe et sancte, ut prudens filia. »