Dictœ villœ honestam mulierem
Lorsque Jeannette quitta la maison paternelle, je la vis passer devant le logis de mon père, avec un oncle à elle nommé Durand L'axart. Elle dit à mon père : « Adieu, je vais à Vaucouleurs*. » Plus tard on m'apprit qu'elle partait pour France.
Je ne sais rien autre.
Simonin Musnier, laboureur de Domremy, âgé de quarante-quatre ans^ dit :
J'ai été élevé avec Jeannette, et tout à côté de la maison de son père. Je sais que Jeannette était bonne, simple, pieuse, craignant Dieu et ses saints. Elle aimait à fréquenter l'église et autres lieux de dévotion ; consolait les souffrants, donnait l'aumône aux pauvres. J'ai éprouvé sa bonté ; car, tout enfant, je fus malade et Jeannette m'as&ista. Qand les cloches sonnaient, Jeannette se signait et s'agenouillait. Elle n'était pas une oisive, mais une travailleuse. Elle filait, accompagnait son père à la charrue, bêchait la terre, et faisait les autres travaux nécessaires de la maison. Il lui arrivait aussi de garder les animaux. Elle se confessait volontiers; et je l'ai vue porter des cierges à l'église devant la bienheureuse Marie.
Au sujet de l'arbre des Dames, j'ai bien ouï dire qu'anciennement les fées y allaient; maisjafnais je n'ai vu signe quelconque de malins esprits. Au printemps et le dimanche des Fontaines, on va sous l'arbre faire ses
• 1. « Ad Deum, ego vado ad Vallis-Colorem. »
fontaines. En mon jeune temps, j'y suis allé, avec Jeannette et les autres filles et garçons, jouer et courir.
Quand les habitants de Domremy se réfugièrent a Neufehâteau, j'y fus avec eux. Dans le nombre était Jeannette en compagnie de son père et de sa mère. Elle resta à Neufchâteau peu de temps. Aussitôt que les hommes de guerre eurent passé outre, elle s'en revînt, toujours accompagnée de son père et de sa mère.
Je ne sais rien autre.
Jean Jacquard, laboureur de Greux, fils de Jean dit Guillemette , âgé de quarante-quatre ans , dit :
Jeannette avait pour parents d'honnêtes laboureurs. Je la voyais souvent dans le village et dans les champs. C'était une fille admirablement douce, bonne, chaste et sage. Jamais je n'ai entendu mal parler d'elle. Elle était réputée pour sa bonté et sa piété. Elle fréquentait l'église ; notamment elle allait volontiers à la chapelle delà bienheureuse Marie de Bermont : j'en ai été témoin.
Pendant l'été, les jours de fête et le dimanche des Fontaines, c'est la coutume que les jeunes filles et les jeunes garçons aillent sous l'arbre des Dames; ils chantent, ils mangent, ils dansent, et, en jouant, en gambabant, ils reviennent àlafontaine-des-Groseilliers, où on se rafraîchit. Je crois que Jeannette était de ces parties avec les autres jeunes filles.
Lorsque les habitants de Domremy et 4© Greux s'en furent à Neufchâteau, je vis Jeannette conduisant les animaux de son père. Elle rentra au pays avec les autres et en compagnie de son père et de sa mère*.
Au sujet de l'enquête faite au pays de Jeannette par ordre des juges, lorsqu'elle était aux mains des Anglais, ' je me souviens d'avoir vu Nicolas d'Andelot et Guiot, son clerc, avec plusieurs autres, à Domremy, où on assurait qu'ils faisaient une information sur le fait de la Pucelle. Il me semble d'ailleurs qu'ils ne forçaient personne. Ils entendirent, je crois, Jean Morel, Jean Guillemette, mon père, Jean Colin ^, feu Jean Hannequin de Greux, et plusieurs autres. Après quoi, lesdits commissaires enquêteurs se retirèrent prudemment, par crainte des gens de Vaucouleurs.
C'est, je crois, à la requête du bailli de Chaumont, qui tenait le parti des Anglais et des Bourguignons, que cette enquête avait été faite.
Je ne sais rien autre.