‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 51 sur 171 · Audivit enim pluries sibi dici quod relevaret Franciam · texte numérisé non relu

Audivit enim pluries sibi dici quod relevaret Franciam

Colin, laboureur, fils de Jean Colin, âgé de cinquante ans, dit:

Les parents de Jeanne étaient d'honnêtes laboureurs, bons catholiques, de qui personne n'avait du mal à dire. Je les ai toujours entendu tenir pour de braves gens et je les estime tels. Jeannette était une fille bonne, simple, douce et pieuse. Presque tous les samedis, Taprès-midi, elle allait, avec une sœur à elle et d'autres femmes, à TErmitage ou église de la bienheureuse Marie de Bermont. Elle apportait des cierges et était très dévouée au service de Dieu et de la sainte Vierge, si bien que mes camarades et moi, qui alors étions jeunes, nous nous moquions d'elle à cause de sa dévotion. Jeannette était bonne travailleuse. Elle pourvoyait à la nourriture des bestiaux et s'occupait volon-

et sanguinem regalem. » Un moment, je me suis demandé s'il ne fallait pas traduire cette phrase ainsi : « Il lui a entendu dire plusieurs fois que c'était elle qui devait relever la France et le sang royal. » Après examen, j'ai reconnu que non. Le témoin vient de signaler le départ de Jeanne pour Vaucouleurs. Il ajoute un mot sur ce qu'il a entendu dire ensuite de sa mission. Mais il ne parle pas de confidences explicites faites par Jeanne. L'existence de telles confidences est démentie par les réponses de Jeanne dans l'interrogatoire du 12 mars. (Voir Procès de condamnation de Jeanne d'Arc, page 138.) C'est d'ailleurs une chose frappante que le silence gardé par Jeanne 8«r ses voix et sur l'œuvre qu'elle méditait. On ne trouve dans les dépositions que deux allusions rapportées l'une par Gérardin d'Épinal (voir ci-dessus, page 91), l'autre par Michel Lebuin (voir ci-dessus, page 93); et, dans le procès de condamnation, il est constaté que Jeanne cacha ses visions à tout le monde, même à son curé, « etiam curato ».

tiers du gouvernement des animaux de la maison de son père*; elle filait et vaquait aux soins du ménage; elle allait à la charrue, bêchait et, son tour venu, gardait les bêtes. Je me souviens d'avoir entendu dire par feu notre curé d'alors, messire Guillaume Fronte, que Jeannette était une bonne catholique et qu'il n'avait jamais vu ni ne possédait meilleure qu'elle dans sa paroisse.

C'est l'habitude que la jeunesse de notre village aille à l'arbre des Dames, le dimanche de Lœtare et au temps de la belle saison, au mai. On y fête le mai. Jeunes gens et jeunes filles portent de petits pains ; chacun a le sien. On mange, on danse, on chante, on va, au retour, à la fontaine-aux-Groseilliers, et on boit. Ainsi fait-on parce qu'on a des loisirs et que c'est l'usage le dimanche des Fontaines. Je n'ai jamais vu Jeanne aller à l'arbre des Dames. Mais j'ai ouï dire qu'elle y allait avec ses camarades pour courir et manger comme les autres.

Quand les habitants de Domremy s'enfuirent à Neufchâteau, Jeanne y fut avec son père et sa mère, dans la maison d'une femme appelée la Rousse. Ses parents et elle revinrent ensemble ; j'en fus témoin.

Je ne sais rien autre.

Gérard Guillemette, de Greux, laboureur, âgé de quarante ans, dit:

1. « Vidêbat uutrituram bestiarum; libenter gubernabat animalia domus patris. »

J*ai connu Jeannette depuis le temps où j'ai pu me connaître moi-même. Elle était bonne, honnête, simple, ne fréquentant que les filles et les femmes honnêtes, allant souvent à Teglise et à confesse. A mon avis, il n'y avait pas meilleure qu'elle dans le village *.

Anciennement , les seigneurs de Domremy et leurs dames, avec leurs demoiselles et leurs suivantes , avaient l'habitude d'aller se promener sous l'arbre des Dames. La jeunesse de Domremy y va généralement faire ses fontaines et folâtrer et boire à la source aux groseillers, le dimanche de Lœtare. J'y ai vu Jeannette une fois, à pareil jour, avec les autres jeunes filles ; mais je ne l'y ai plus revue.

C'est à l'église de la bienheureuse Marie de Bermont que les jeunes filles et les garçons de Greux vont faire leurs fontaines.

Je fus à Neufchâteau avec Jeannette et ses parents ; et je l'y vis toujours avec son père et sa mère, sauf que, pendant trois ou quatre jours, ses parents étant présents. Jeannette aida l'hôtesse chez qui ils étaient logés. Cette hôtesse était une honnête femme de Neufchâteau^, nommée la Housse. Je sais parfaitement que Jeannette et ses parents ne restèrent à Neufchâteau que quatre ou cinq jours, attendant la disparition des gens de guerre. Jeannette rentra à Domremy en compagnie de son père et de sa mère.

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