‹ Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArcChapitre 55 sur 171 · DÉPOSITION DU TABELLION BAILLY · texte numérisé non relu

DÉPOSITION DU TABELLION BAILLY

pelle de Bermont et se confessant presque chaque mois. J'ai entendu assurer ce que je dis par plusieurs habitants de Domremy, et j'en ai fait là constatation dans une' enquête à laquelle je procédai jadis avec le lieutenant d'Andelot.

En effet, comme tabellion, je fus chargé d'informer de par messire Jean de Torcenay, chevalier, alors bailli de Ghaumont, ayant pouvoir et lettres commissoires de Henri VI, le soi-disant roi de France et d'Angleterre. J'étais associé pour cela à feu Gérard Petit, prévôt d'Andelot *. Notre mission était de nous enquérir sur le fait de Jeanne la Pucelle, alors détenue en prison, était-il dit, dans la ville de Rouen. Feu Gérard et moi, nous flmes cette enquête avec la diligence convenable, et nous nous mimes à même de pouvoir produire; sur les points examinés, à peu près douze ou quinze témoins pour attester la vérité de notre information ^. Notre information fut certifiée devant Simon de Thermes {ou Simon de Charmes) *, écuyer, lieutenant du capitaine de Montclair; car nous étions suspects : on nous en

1. Le village de Domremy, quoique foncièrement Lorrain par le terroir, se trouvait dans les appartenances de la France, non de la Lorraine, et était, au point de vue administratif, une dépendance de la Champagne.

2. (( Procuraverunt habere de examinatis quasi duodecim aut quindecim testes ad testiflcandum informationem. » On sait que le contenu de cette information ne fut pas consigné dans le Procès de condamnation. Cauchon nous en a soustrait la connaissance, et pour cause.

3. Manuscrit numéro 5970: « de Theivrnis, » Manuscrit du fonds Notre-Dame : « de Charmis »

voulait de ne Tavoir pas mal faite ^ Ledit lieutenant manda à messire Jean, bailli de Ghaumont, que les choses consignées dans Tinformation faite par le prévôt et par moi étaient vraies. Ce que voyant, le bailli déclara que nous étions des traîtres armagnacs^.

Ici les commissaires enquêteurs demandèrent à Bailly : « N'avez-vous pas cette information ou une copie? » Nicolas Bailly répondit: « Non^ »> Et il continua ainsi su déposition :

J'ai plusieurs fois entendu dire qu'au printemps et en été les fillettes de Domremy ont coutume d'aller, les jours de fête, sous l'arbre des Dames. Elles y dansent et cueillent des fleurs. Jeannette allait avec elles, et faisait comme chacune d'elles. Je me rappelle avoir vu un jour les jeunes filles revenir de l'arbre des Dames. Elles rentraient au village en jouant.

Dans le cours de l'enquête que je fis, je constatai, par la bouche des témoins entendus, que Jeanne et son père et sa mère s'étaient enfuis à Neufchâteau ; qu'elle fut, toujours en compagnie de son père, au logis d'une certaine la Rousse ; et qu'après y être demeurée trois ou quatre jours, elle rentra à Domremy avec son père et sa mère.

Je ne sais rien autre.

1. (c £o quod ipsi essent suspicionati non maie fecisse dictam informationem. »

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