Erat induta veste inulieris rubea
2. « Respondebat quod non timebat armatos, quia habebat viain suam expeditam; quia, si armati essent perviam, babebat Dcum, dominum suum, qui sibi faceret viam ad eundurn juxta dominum delpbinum, et quod crat nata ad hoc faciendum. »
fille ^e bonne nature et de bonne conduite. Elle allait volontiers à la messe et à confesse. Je puis le dire j cap je Tal menée à l'église et je Tai vue se confesser à messire Jean Pournier, qui était alors curé de Vaucouleurs. Jeanne aimait à fller et filait bien. Je nous revois encore, filant ensemble, chez moi.
Jeanne est restée dans notre maison environ trois semaines, en plusieurs fois. Elle fit parler au sire Robert de Baiidricourt, capitaine de Vaucouleurs, pour qu'il la menât où était le Dauphin. Sire Robert ne voulut pas. Un jour, j'aperçus le capitaine Robert qui venait chez nous en compagnie de messire Jean Pournier, notre curé. Ils virent Jeanne à part. Ensuite j'interrogeai Jeanne, et elle me raconta ce qui s'était passé. Le curé avait apporté sonétole; et, en présence du capitaine, il Tavait adjurée, disant : « Si tu es chose mauvaise, éloigne-toi de nous; si tu es chose bonne, approche *. » Pour lors Jeanne se traîna vers le prêtre et resta à ses genoux. Toutefois, elle disait que le curé n'avait pas bien fait, vu qu'il la connaissait, l'ayant ouïe en confession.
Gomme Robert n'était pas disposé à la conduire au roi, Jeanne me dit ; « Bon gré, malgré, ij faut que j aille là ou est le dauphin. Ne savaz-vous pas qu'il a été prophétisé que la France serait perdue par une femme et qu'elle serait relevée par une pucelle des
1. a Dicendo sic, quod si esset naalares, quod recederet ab ois* et si bona, veniret jiiita ipsos. »
DéPOgrriQNS DES HOTES DE JEANNE 183
itoarehe» de Lorraioe*? » Je me rappelai en effet qette prophétie et je demeurai stupéfaite. Le désir de Jeannette était bien fort ; et le temps lui pesait comme ai elle eût été une femme enceinte, parce qu'on ne la n^enait pas vers le dauphin ^ Depuis lors, bien d'autres et moi nous eûmes foi en elle. Aussi arrivat*il qu'un certain Jacques Alain et Durand Laxart voulurent eux-mêmes la conduire. Ils la conduisirent jusqu'à Saint-Nicolas s. Mais ils revinrent à Vaucou-?
i. Audivit eidem Johannce dici quod oportebat quod iret ad d|ctum locum ubi erat delphimis, dicendo : << Nonne audistis ({ quod propbetisatum fuit quod Fraooia per muliarcm deper- <( depetur, et per unam yirgincpi de marcbiis tothariagio) a restauri^retur ? )> — Jlapprocbex ce témoiguago du tômoignago de léQuyùV Robert Thibault {page 16^), du témoignage de Dunoia et de la citation de Merlin (page ^03), du témoignage de Migiet (page 366) et de la déclaration de Jeanne lors de son troisième interrogatoire : « Dicit quod, quando ipsa venit versus u regem suum aliqui petebant sibi an in patria sua erat aliquod « nemus quod vocaretur gallice le Bois-Chesnu, quia erant pro- '< phetiœ dicentes quod circa illud nemus debebat venire quœ- M dam puella quœ faceret mirabilia. » [Pour la traduction , voir Procès de condamnation, page 76.)
2. Et erat tempus sibi grave ac si esset mulier prognans, eo quod non ducebatur ad delpbinum. »
3. Saint-NicoIas-du-Port, situé à buit kilomètres de Nancy, était un centre de pèlerinages où on venait de plusieurs lieues à la ronde. En se rendant à Saint-Nicolas, Jeanne allait à l'opposite de la route de France. Mais il faut croire qu'elle tenait îi faire ses dévotions en cet endroit révéré, avant de prendre le chemin de Cbinon. Quant à imaginer qu'il s'agit ici de la chapelle de Saint-Nicolas, qui se trouvait dans la vallée de Sept- Fonds, à une lieue de Vaucouleurs, sur la route de France, c'est ne pas tenir un compte suffisant de la déposition de Durand
leurs, Jeanne leur ayant dit, à ce que j'appris, qu'il n était pas honnête à elle de partir en telles conditions. Alors les habitants du village lui firent faire une tunique, des chausses, des guêtres, un éperon, une épée et tout un équipement. Un cheval lui fut acheté par les gens de Vaucouleurs; et Jean de Metz, Bertrand de Poulengy, Colet de Vienne, avec trois autres, la conduisirent au lieu où était le dauphin. Je les vis monter à cheval pour s'en aller.
Je ne sais rien autre.
LAsart (page 119), ni de la déposition de Bertrand de Poulengy, qui, comme on va le voir {page 132), dira que Jeanne fut en pèlerinage à Saint-Nicolas et parlera immédiatement de sa visite au duc de Lorraine ; « Fuit in peregrinagio in saucto Nicolao et exstitit versus dominum ducem Lotharingiœ » : Voilà qui marque bien qu'il s'agit de Saint-Nicolas près Nancy, la ville où résidait le duc.