DÉPOSITION DE JEAN DE METZ, GUIDE DE JE.VNNE
qu après S » me dit-^elle. Je lui demandai encore si elle Toulait faire chemin avec ses vêtements de femme. Elle me répondit : « Je prendrai volontiers habit d'homme >. » Pour lors, je lui donnai les vôtements et la chaussure d'un de mes hommes. Ensuite, les gens de Vaucouleurs lui firent faire un costume d*homme, des chausses, des guêtres, tout l'équipement nécessaire, et lui donnèrent un cheval qui coûta seize francs ou à peu près.
Sur ce, munie d'un sauf-conduit de Charles, duc de Lorraine, Jeanne alla parler à ce seigneur, et je l'accompagnai jusqu'à Toul. Elle ne tarda pas à rentrer à Vaucouleurs ; et, le premier dimanche du carême que nous appelons le dimanche des bures, — il y aura, ce me semble, vingt-sept ans de cela au carême prochain, — Bertrand de Poulengy et moi, avec nos deux servants, Colet, envoyé du roi, et l'archer Richard, nous l'emmenâmes pour la conduire au roi, alors à Ghinon.
Le voyage se fit aux frais de Bertrand et à mes frais. 11 nous arriva de voyager la nuit, par crainte des Anglais et des Bourguignons qui étaient maîtres des chemins. Nous restâmes en route l'espace de onze jours, toujours chevauchant. Pendant le chemin, je dis plusieurs fois à Jeanne : « Ferez-vous bien ce que vous dites? » Et elle nous répétait : « N'ayez crainte : ce que je fais, je le fais par commandement. Mes frères du paradis me disent ce que j'ai à faire. Il y a déjà quatre
1. Quae "dicebat : « Citius nunc quam cras, etcras quam poat ».
2. i< Quae respondit quod lib«ater l^aberet vçstee liominis, »
OU cinq ans que mes frères du paradis et mon seigneur Dieu m'ont dit qu'il fallait que j'allasse en guerre pour recouvrer le royaume de France *. »
En route, Bertrand et moi, nous reposions chaque, nuit avec elle. Jeanne dormait à côté de moi, serrée dans son habit d'homme. Elle m'inspirait un tel respect que je n'aurais jamais osé la solliciter à mal ; et je puis bien vous jurer que jamais je n'eus pour elle de pensée mauvaise ni de mouvement charnel. J'avais pleine foi en cette jeune fille. J'étais enflammé par ses paroles et par l'amour divin qui était en elle *.
En route, Jeanne aurait été contente d'entendre toujours la messe. « Si nous pouvions entendre la messe, nous ferions bien ^ », disait-elle. Mais, par crainte d'être reconnus, nous ne l'eptendîmesquè deux fois.
En vérité, je crois que Jeanne ne pouvait qu'être envoyée de Dieu ; car elle ne jurait jamais, elle aimait à assister au saint sacrifice, elle faisait dévotement le signe de la croix, elle se confessait souvent et elle était zélée à faire l'aumône. Il m'est arrivé à plusieurs
\ . « Dicta puella seinper eis dicebat qaod non limèrent, et quod ipsa habebat in mandatis hoc facere, quia sui fratres de paradisio dicebant sibi ea quœ habebat agere, et quia aderant jamque quatuor vel quinque anni quod sui fratres de paradisio et Dominus suus, videlicet Deus, dixerant sibi quod oportebat quod iret ad guerram pro regno Franciœ recuperando. »
2. « Et ipsis dictis et ejusdem amore divino, ut crédit, inflamniatus erat. »