I. — MATIÈRE ET LACUNES DE L'ENQUÊTE SUR LES FAITS ET GESTES DE JEANNE
Sur les dits et les faits de Jeanne, depuis le moment où elle se présenta au roi jusqu^au jour du sacre, nous avons des dépositions détaillées. Pour la période suivante, depuis le sacre
du roi jusqu'à la captivité de Jeanne, Ues dépositions manquent ou sont très insuffisantes.
Cela ne doit pas nous étonner, quoi qu'en aient dit Quicherat et Henri Martin,
Une enquête judiciaire n'est pas une enquête historique. Il ne s'agissait pas d'approvisonnner d'informations les futurs biographes de Jeanne. Il s'agissait uniquement de réviser son procès. Aussi voyons-nous qu'en 1450 et en 1452, Guillaume Bouille , le cardinal d'Estouteville et Philippe de la Rose se bornèrent à provoquer les dépositions des témoins qui avaient assisté aux débats de Rouen.
Au lieu d'accuser les juges de 1456 d'avoir rétréci l'enquête, il faut leur savoir gré de l'avoir tant élargie.
Les juges du procès de réhabilitation avaient à cœur d'établir que le roi n'avait pas dû son sacre à une hérétique. Ce sont les faits et gestes de Jeanne avant le sacre qui avaient surtout alimenté l'accusation. C'est sur les faits et gestes de Jeanne avant le sacre que se concentrèrent les questions adressées aux témoins.
Au surplus, la matière des dépositions était précisée dans les articles n, m et iv de l'en-