II. — DÉPOSITION DU PRÉSIDENT SIMON CHARLES
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Noble et savant homme messire Simon Charles, maître des requêtes eu 1429, était président de la chambre des comptes en 1456 lorsqu'il fit sa déposition, à Paris, devant frère Jean Brehal etTarchevêque de Reims, à Tâge de soixante ans. Non content de donner d'intéressants détails sur la campagne d'Orléans, sur la prise de Troyes et sur l'entrée à Reims, Simon Charles, qui était à Chinon quand Jeanne y arriva, a spécialement parlé de l'entrevue de Jeanne avec le roi et des difficultés qu'elle eut à vaincre \
L'année où Jeanne vint trouver le roi est précisément Tannée où le roi m'avait envoyé en ambassade à Venise. J'en revins vers le mois de mars. A ce moment, j'appris par Jean de Metz, le conducteur de Jeanne, que Jeanne était là attendant d*étre reçue par le roi.
1. Où rapprochera du témoignage de Simon Charles sur Cette entrevue le témoignage de Gaucourt qui, quoique y ayant assisté, en a parlé très brièvement (voir ci-après, page 204) et le témoignage plus explicite du chapelain Jean Pasquerel, qui a donné de nombreux détails^ sans avoir été témoin oculaire (voir page 218)* '
DÉPOSITION DU PRÉSIDENT SIMON CHARLES ikt
On mit en délibéralion dans le conseil si le roi Fentendrait ou non. Et tout d'abord on l'interrogea ellemême, lui demandant pourquoi elle était venue et dans quel but. Elle commença par répondre qu'elle ne dirait rien que parlant au roi. Mais on lui dit que c'était au nom même du roi qu'on l'invitait à s'expliquer, et elle fut amenée à fair« connaître le motif de sa mission. « J'ai, dit-elle, deux choses en mandat de la part du Roi des cieux : l'une, lever le siège d'Orléans, l'autre, conduire le roi à Reims pour son sacre et son couronnement*. »
Après l'avoir ouïe, un certain nombre de conseillers déclarèrent que le roi ne devait ajouter aucune foi à cette fille. D'autres furent d'avis que, puisqu'elle se disait envoyée de Dieu et avait à parler au roi, le roi devait aumoinsl'entendre.Leroi toutefois voulut qu'elle fiH préalablement examinée par des clercs et gens d'Église. Ce qui eut lieu.
Enfin, quoique non sans difficulté, il fut décidé que le roi entendrait Jeanne. Mais quand elle entra au château de Ghinon pour venir devant le roi, le roi encore, sur l'avis des principaux de sa cour, hésita à lui donner audience. Alors> il fut représenté au roi que
1. « Fuit tamen compulsa ex parte régis de dicendo causam suae legationis, et dixit quod habebat duo in mandatis ex parte régis cœlorum, unum videlicet de levando obsidiouen Aurélia* nensem; aliud de ducendo regem Remis, pro sua coronatione et consecrationc. » — Un moment j'ai songé à traduire ainsi : « J'ai, BNTRB AUTRES, deux mandats... » Mais, après examen, il nia paru que ce serait forcer le tcjcfc.
Robert de Baudricourt lui avait annoncé par lettre l'envoi de cette femme ; quelle avait été amenée à Iravers des provinces occupées par Tennemi et qu'elle avait, de manière en quelque sorte miraculeuse, traversé à gué de nombreuses rivières pour arriver jusqu'à lui. Cela décida le roi, et audience fut donnée à Jeanne.
Informé qu'elle venait, le roi se retira en arrière des autres. Cependant Jeanne le reconnut bien et lui fit révérence» Elle s'entretint longtemps avec lui. Après l'avoir entendue, le roi se montra joyeux.
Cependant, ne voulant rien faire sans le conseil des gens d'Eglise, le roi envoya Jeanne à Poitiers pour y être derechef examiné par les clercs ^e cette ville.
Lorsqu'il sut qu elle avait été examinée et qu'on lui eut rapporté qu'on n'avait trouvé que bien en elle, le roi lui fit confectionner des armes, lui donna des gens^ et l'institua chef de guerre.
Jeanne était une fille fort simple en toutes ses actions, excepté au fait de la guerre où elle était supérieurement experte*.
Moi qui parle, j'ai entendu de la bouche du roi beaucoup de bonnes paroles à son adresse. C'était à Saint- Benoît-sur-Loire. Le roi avait pitié de Jeanne et de toute la peine qu*elle se donnait. Il l'engagea à prendre du repos. Alors Jeanne lui dit en pleurant : « NWez doute ;
1. « Erat multum simplex in omnibui suis agendis, ejEcepto in facto guerrae, in quo erat quaui plurimum experta. »