DÉPOSITION DU PRÉSIDENT SIMON CHARLES U
VOUS gagnerez tout votre royaume et serez bientôt cou* ronné*. »
N'ayant pas été présent, je ne sais rien de ce qui ee passa à Orléans, sinon par ouï-dire. Voici un fait que je tiens du seigneur de Gaucourt. Jeanne étant à Orléans, les capitaines qui avaient le poids de la guerre avaient décidé qu'il n*était pas opportun qu'on donnât un assaut le [lendemain du] jour où fut prise la bastille des Âugustins * ; et c'est le sire de Gaucourt qui fut commis à la garde des portes pour empêcher qu'on ne sortît. Mais cela ne fut pas au gré de Jeanne. A son avis, les hommes d'armes devaient sortir avec les gens de la ville et aller à l'assaut de la bastille. Maints bourgeois et tnaints'hommes d'armes pensaient de môme. Jeanne dit au sire de Gaucourt : « Vous êtes un vilain homme. Veuillez ou non, les gens d'armes viendront et gagneront comme ils ont gagnée » En effet, malgré l'opposi-
1. « Tuuc ipsa Joliamia dixit régi lacryuiando quoJuoDdubitaret et quod obtiucret totuin regnuin suiuii et qiiod iu brevi coronaretur. » — Remarquez ca don des larmes chez la bouno lorraine.
2. Les mauuscxits partent : <» Die qua fuit capta bastilia Augustineuslum » H y a ici confusion. Simon Charles dut nommer par mésarde la bastille des Âugustins au lieu de nommer Ja bastille des Tourelles. Eu réalité, comme Tindique-la chronique de la Pucelie et comme le précise la déposition de Louis de Contes qu'on lira plus loin, c'est au jour où fut prise la bastille des Tourelles — et par suite au lendemain du jour où fut prise la bastille des Augustins -^ qu il faut rapporter les faits ici relatés.
3. « Dixitque ead«m Johanna eidem domino de Gaucourt quod erat unus malus bomo diccndo eidem: Velitis, nolitis, armati venicut et obiinebunt prout ulius obtinucnmt. »
tien du sire de Gaucourt, les gens d'armes sortirent et a,llèrént à Tassant de la bastille de Saint-Augustm (lisez : des Tourelles) qui fut prise de force. Selon ce qu'il me dit,' le sire de Gaucourt fut ce jour-là en très grand péril.
Jeanne alla avec le roi jusqu'à Troyes. Le roi voulait traverser cette ville pour aller à Reims se faire couronner. Etant devant les murs de Troyes, comme les vivres manquaient, l'armée se mit à désespérer et on fut sur le point de s'en retourner. Alors Jeanne dit au roi : « N'ayez doute, demain vous aurez la ville *. »
Elle prit sa bannière, et, suivie de nombreux fantassins, elle ordonna que chacun fît des fascines pour remplir les fossés. Le lendemain Jeanne cria : « A l'assaut^ ! » en faisant le geste de jeter des fascines dans les fossés ^. A cette vue, les gens de Troyes eurent peur d'un assaut et ils envoyèrent au roi pour traiter. L'entente faite, le roi entra dans la ville avec grande pompe. A ses côtés était Jeanne, sa bannière à la main.
Peu de temps après, le roi sortit de Troyes avec son armée et alla à Chàlons, puis à Reims. Le roi craignait de rencontrer à Reims de la résistance. Jeanne lui dit : • « N'ayez crainte, les bourgeois de Reims vous viendront au-devant, » et elle l'assura qu'avant qu'il fût
1. « Dkit régi qi^od non dubitaret de aliquo et quod in crastino obtineret civitatem. »