INTERROGATOIRES
Faicts par nouSy Achilles DE HARLAI, Chermlier, Premier Président, Nicolas POTIER, Président, Jehan COURTIN et Prosper BA UIN, Conseillers du Roy y nostre Sire, en sa Cour de Parlement, Commissaires de par icelle en ceste partie y à la requeste du Procureur Général du Roy, au prisonnier accusé du parricide du feu Roy,
[n dix-sept may mil-six-cent-dix de relieuée au Pallais.
Le serment de luy prins et enquis de son nom, âge, qualité et demeure :
A dict auoir nom François Romaillac, natif d'An, gouksme^y demewrant» âgé de trente-xn h, trentedeux wns.
Enquis s'il est marié :
A dict que non.
S'il l'a été :
A dict que non,
A quoy il a employé sa ieunesse et s'est adonné : A dict qu'il estoit emploie a solliciter des procès en la Cour,
S'il a esté nourry à la pratique :
A dict que oui h Paris et h Angoulesme , et depuis quatorze ans sollicite des procès^ logé aux Rats deucmt le Pillier vert, rue de la Harpe, chez vn sauetier, et près les trois Chapellets, rue Callandre (1).
De quand il est en ceste ville le dernier yoïage:
A dict quHl y a ewuiron trois sepmaines.
S'il a eu volonté de s'en retourner :
A dict que oui,
Jusques où il a esté :
A dict quHl a esté par delà, Estampes h vn Ecce Homo.
Qui Ta faict retourner :
A dict que c'est la volonté de tvsr le Roy.
Enquis de l'occasion :
A dict plusiev/rs , entre aultres pour ce qu'il n*auoit voulu (comme il en auoit le pouuoir), réduire la religion préterhdue réformée h l'Église Catholique, Apostolique et Romaine,
{i) Calende. (Var.)
Enquis des aultres raisons :
À dict qu'il estait venu en ceste ville powr pa/rler au Roy, Va4uertir réduire ceulx de la religion prétendue réformée h la reUgion catholique, et h ceste fin a esté au Louure plusiev/rs fois chercher Sa Maiesté, a esté chez madame d'Angoulesme chercher quelqu'vn qui le peust introduire^ a/ussi au logis de monsieur' le cardinal du Perron, auquel ne parla, mais seullement h quelqu'vn de ses a/umosniers, qu'il ne cognoist de nom bien le recognoistroit, s'U le voïoit, et parla au père d'Aubign/y, lésuiste, CM» précédent voïage qui fust peu a/uant Noël, et parla encore om curé de Sainct Séusrin et au père Saincte Marie Magdelaine^ ProuindaldesFeuilla/ns.
Où il a parlé au Père d'Aublgny :
À dict qu'il luy en parla h l'église, rue Sainct Ànthoine, h Vissue de sa messe.
En quel temps luy en parla :
A dict qu'estant parti du paJis treize iours après Noël t a/uoit esté quatorze iours h venir en ceste ville , puis trois ou quatre iours après qu'il fust a/rriué, alla h la maison des lésuistes, près la porte Sainct Anthoine , oïl ledict d'Aubigny disoit la messe , après laquelle pria l'vn des frères c#j|uers le faire parler h iceluy d'Aubigny, ce qu'il /iW, et lui donna h entendre plusieurs visions précédentes de ses méditations qu'il a/uoit f aides par la permission de son Père Dom Fra/açois Marie Magdelaine, son Prouindal des Feuillans.
Pourquoy il a dict mon Prouincial :
À dict, c'est d'aultcmt que le dict Marie Magdelaine Va reçeu cormers aux Feuillans,
Enquis combien il a eu Tbabit de Feuillant et pourquoy 11 l'a laissé :
A dict qu'il l'a eu environ six sepmaines et que on le luy a os té pour ce qu'il amntdes méditations et visions.
Et sur ce enquis :
Dict qu'il l'a/uoit depuis redemandé, mais luy OAioit estérefusé h raison desdictes méditations. Sur ce a commencé à plorer, disant que Dieu lui auoU don/né cest habit et son regret estoit que l'on ne lu/y auoit voulu rendre,
Enquis s'il cognoist le soubs- prieur et son nom :
A dict ne le cognoistre pour ne sçauoir son nom, et n'auoir pas redemandé son habit, mais parce que Nostre Seigneur vouloit qu'il demowrast OAk monde, dont désir oit se retirer, il eust voulu seruir comme frire lai. Et en s'exclamant auec pleurs^ a dict auoir beaucoup de desplaisir de n'estre demewré auec les FeuUlans en faueur de Dieu.
Enquis de qu'elles visions il parla au Père d'Anbigny :
A dict qu'il luy dict qu'aiant esté prisonnier h Angoulesme, pendant qu'il y estoit retenu pour
debteg, il cmoit eu des visions comme des sentimens du feu de souffre et d'encens, et qu'estant hors de la prison f le samedi d'après Noël, aïant de nuict faict sa méditation accoustumée (1) les mains ioinctes et pieds croisés dans son lict^ auoit senti sa face couuerte et sa bouche d'vne chose qu'il ne peust discerner, par ce que c'estoit à l'heure de matines , c'est h dire de mirmit, et, estant en cest estât i eust volonté de chanter les Cantiques de Da/oid commençant Dixit Dominus^ iusques h la fin du Cantique , auec le Miserere et De Profundis tout Ott long; il luy sembla que les chantant il auoit h la bouche vne trompette faisant pareil son qu'vne trompette h la guerre ; le lendemain matin s'estant leué et faict sa méditation h genoulx, recolUgé en Dieu h la manière accoustumée , se leua, s'assit en vne petite chaise deuant le foyer, et puis s*estant passé vn peigne par la teste, voiant que le jour n'estoit encore venu , apperceut du feu en vn tison, s'a^cheua d'habiller , print vn morceau de sarment de vigne , lequel àiant allié auec le tison oUb estoit le feu, meist les deux genoulx en terre et se print h souffler, veit incontinent aux deux costez de sa face h dextre et h senestre, h la lueur du feu qui sortoit par le soufflement, des hosties semblables h celles dont l'on a accoustumé faire la com-
{î) A continuéy dans les Mémoires de Condéy ce qui n'a aucun
sens.
mvmon aux catfêoliqueg en l'Église de Dieu , et au dessoubs de sa face au droict de sa bouche voïoit par le costé vn roulleau de la mesme grandeur que celle que leue le prestre h la célébration du seruice diuin h la Messe, dont il auoit faict révélation auâict d'Àubigny, qui luy fist response qu'il ne se debuoit arrester h tout cela, craignoit qu'il eust le cerueau troublé, debuoit dire son chappellet et prier Dieu, et s'estoit deu addresser h quelque grand pour parler au Roy,
S'il demanda audict d'Anbigny qu*aîant en des visions qni passoient sa puissance comme mesme de tuer les Roys , il 8*en falloit confesser :
À dict que non ,etnelwy dict que ce qu'il nous a respondu, sinon qu'il vouloit dire au Roy qu'il chassast ceulx de la religion prétendue réformée et les conuertist h VÉglise Catholique, Apostolique et Romaine.
Enquis de la response dudict d*Aubigny :
À dict qu'U luy dict qu'il debuoit oster tout cela de son esprit, prier Dieu et dire son chappellet.
S'il n*eust aultre propos auec luy et 8*11 ne Ta yen que ceste fois :
À dict que non.
Enquis pourquoy s*est adressé à d'Aubigny plustost qu'à yn aultre :
À dict que c'estoit parce qu'estant hors des Feuillans, il auoit eu volonté se rendre lésuisteou le
prier parler h son Provincial, pour le faire remettre aux Feuillans, mais ne Vaïant troimé la première fois, fvn des con/uers dit h l'accusé que l'on ne receuoU en leur maison eeulx qui a/uoient esté d'aullre religion; dict que n'aiiantpeu parler au Roy^ retowma aux lésuistes pour la seconde fois , qu'U parla h di'Àubigny comms il nous a dict , et luy monstra im petit cousteau auquel il y OAioit vn eœwr et vne croix, kby disant que le cœw du Roy debuoit estre porté à faire la guerre omx huguenots,
Enquis qui Tauoit empescbé de parler au Roy : À dict que ce fust le Grand-Préuost (1) qui luy a baillé la question du chien de son a/rquehuse, depuis qu'il a esté prisonnier h Vhostel de Retz.
Enquis à qui il s'estoit adressé pour parler au Roy:
À dict que c'estoit a des archers qui VoMoient renuoié et mené parler au Grand-Préuost qui lui dict que le Roy estoit malade.
Enquis quand il fut au Louure :
A dict que ce fust après Noël, et, quelques deux iours après, rencontra Sa Uaiesté près Sainct Innocent en son carrosse, luy vouhtst parler, s'escria en ces mots : Sire , au nom de Nostre Seigneur lésus- Christ et de la Sacrée Vierge Marie , que ie parle à vous ; mms le repoussa a/uec vne baguette , ne le
(1) H. de Bellangrcville.
voulust (myr parler; lors V accusé délibéra se retirer ensanpo/is, (yà s'en alla, etesUmt h Àngoulesmey fust trouuer frère Gilles Cheré (1), peu auparavant ga/rdiendes Cordelliers de Paris, luy confessa de ses visions et méditations, luy dict qu*il voïoit que nostre Seigneur vouloit réduire h la religion Catholique j Apostolique et Romaine ceulx de la religion prétendue réformée , h quoy ledict gardien lui fist response , qu'il n'en falloit point doubter. Peu de iours après le premier dimanche de Ca/resme, ledict accusé s'en alla h la messe au mesme monastère des Cordelliers d'Àngoulesme, se reconcilia a/uec Dieu, se confessa Uvn religieux de V ordre dont il ne scait le nom, se confessant de cest homicide volontaire.
Enquis d'interpréter ce mot de volontaire :
À dict que c'estoit de venir en ceste vUle en intention de tuer le Roy^ ce que néantmoins il ne dict pas h son confessev/r, lequel aussi ne luy demanda pas l'interprétation de ces mots.
Sur ce enquis :
A dict que lors il a^mt perdu ceste volonté y m^ais que retowmant en ceste vUle le iour de Pasques dernier, et dès lors de son pa/rtement il reprint sa volonté.
(I) Un ms. dit aussi Chérau; les textes imprimés nomment ce frère : Ozière ou Ozère.
Enquis quand il arriua en ceste ville :
A dict quHl vint h pied, arriua huit iours après son partement,
Enquis ce qu'il a faict depuis qu'il est en ceste yiUe:
À dict quHl fust loger aux Cinq Croissa/as faulbourg Sainct lacqv^s et pour estre proche du Lov/ure, se logea a/ux Trois Pigeons, faulbourg Saiifhct Honoré, où allant passa pour loger h l'hostellerie proche des Quinze-Vingts h costé, où y auoit trop d'hostes, fust refusé, et sur la table print vn cousteau, non h cause du refus, mais pour lui sembler le cousteau propre h exécuter sa volonté: le garda quelques quinze iours ou trois sepmaines, Valant en vn sac en sa pochette, dict que 8'estant désisté de sa volonté, ilprist le chemin pour s'en retowmer, fust iusques h Estampes, où y allant rompit la pointe du cousteau de la longueur d'environ vn poulce h vne charrette deuant le iardin de Chanteloup et estant deuant TEcce Homo du faulbourg d'Estampes, lui reuint la volonté d'exécuter son dessein de tuer le Roy et ne résista pas h la tentation comme il auoit faict auparauant; sur ce reuinst en ceste ville auec ceste délibération , parce qu'il ne conuertissoit pas ceulx de la religion prétendue réformée, et quHl auoit entendu qu'il vouloit faire la guerre au Pape, et transférer le Sainct Siège h, Pa/ris.
Enquis où il logea, et qui le ûct loger en ceste ville:
A dict qu'il chercha Voccasion de tuer le Roy, h ceste fin refist la pointe au cousteo/u auec vue pierre et attendit que la Reine fust couronnée et retov/rnée en ceste vUle , estimant quHl n'y auroit pas tcmt de confusion en la France de le tuer après le eourownement que si elle n'eust pas esté cour on/née (1).
Remonstré que puis qu'il différoit espérant qu'il y auroit moins de diuision après le couronnement, il pouuoit assez iuger que le couronnement ne feroit pas cesser tant de troubles que la mort du Roy apporteroit :
A dict qu'il se suhmettoit h la puissance de Dieu,
Enquis où il a cherché le Roy :
A dict qu'il l'a cherché au Lowt/re o^ a esté phir sieurs fois depuis son dessein , faisant estât de le tuer dans le louure, Ui oH fust vendredy dernier, entre les deux portes , le voïant sortir en son carrosse, le suiuit iusques deuant les In/nocens , enuiron le lieu oi^ il l'auoit aultrefois fortuitement rencontré, qu'il ne voulust parler h luy, et voïant son carrosse arrestépar des charettes, Sa Maiesté
(1) On Yoit par cette réponse que non-seulement ce crime étoit prémédité, mais même qu'il étoit fait avec une suite de raisonnements politiques qui ne pouvoit pas venir d'un honmie d'aussi basse extraction. {Mémoires de Condéy t. vi.)
au fond tournant le visage et panché du costéde monsieur d'Espemon , luy donna dans le costé vn coup ou deux de son cousteau, paissant son bras au dessus de la roue du carrosse,
Enquis ce qu'il pense auoir faict par cet acte :
A dict qu'il pense auoir fdict vne grandei faulte, et dont il dema/nde pardon h Dieu, h la Reine, h monsieur le Daulphin, h la Cour et h tout le monde qui en peut reçeuoir préiudice,
Luy auons représenté le cousteau^ mis par deuers nous, tranchant des deux costez par la pointe, suant le manche de corne de cerf :
L'a recogneu estre celuy dont il nous a pa/rlé, duquel a frappé le Roy, qui luy fast h Vinstant osté par vn gentilhomme qui estoit h cheual.
Remonstré qu'il n'a eu de subiect faire yn si meschantetdesloïal acte auquel vraisemblablement a esté poussé d'ailleurs :
À dict que personne quelconque ne l'a induict h ce faire que le commun bruit des soldats, qui disoient que si le Roy, qui ne disoit son conseil h personne , vouloit faire la guerre contre le Sainct Père , qu'ils Iv/y assisteroient et mourroient pov/r ceUit h laquelle raison s'est laissé persuader h la tentation qui l'a porté de tmr le Roy, parce que faisa/nt la guerre contre le Pape, c'est la faire contre Dieu , d'a/ulta/nt que le Pape est Dieu et Dieu est le Pape,
Enquis du temps qu'il ouyt tenir les propos aux soldats :
À dict que c'est depuis qu'il eust logé aux Cinq Croisscms,
Remonstré que le prétexte qu'il prend est faulx et mensonger^ parce qu'il nous a dict s*estre mis en chemin pour retourner en son païs^ aïant perdu la volonté, et qu'estant à Estampes auoit reprins la mesme volonté, ce qui fait cognoistre faulx qu'il a reprins ceste volonté sur le discours des soldats :
À dict qu'il auoit auparaua/nt parlé h eulx, néantmoins il auoit changé de dessein et qu'estant h Estampes , se ressouuena/nt de ce que les soldats luy auoient dict y il reprint la volonté.
Nous a demandé voir vn papier qu*il auoit lors de sa prinse , où sont peintes les armes de France^ à chaque costé deux lyons , l'vn tenant vue clef et l'aultre vue espée, lequel luy auons représenté ,
Et il a dict qu'il l' auoit apporté d'Àngoulesme cmec ceste intention de tuer le Roy; sv/r ce qu'estant h la m>aison d'vn nommé Béliart, il dict auoir entendu que l'ambassadeur du Pape auoit de sa part dict au Roy que s'il faisoit la guerre il l'excommunieroit , dict que Sa Maiesté auoit faict responce que ses prédécessev/rs auoient mis les Papes en leur trosne, et que s'il Vexcommunioit l'en déposséderoit , ce qu'aiant entendu se résolut du tout
de le tuer et h ceste fin meit de sa main au dessus de ces deux lyons :
Ne souffre pas qv^on fasse en ta présence Au nom de Dieu aulcune irréuérence.
Enquis si lors qu'il a prias le Cousteau, il auoit le manche qu'il a à présent :
A diet que non, et qu'il en a/uoit vn de ballaine, lequel s'estant rompu, y auoit faict mettre celuy de corne par le frère de son hoste nommé lehan Barbier {i), du mestier de tourneur, demeurant ou faulbourg Sainct lacques , ne luy parla point ce quHl en vouloit faire ny mettre plustost de la corne qu'aultre chose,
Bnquis si ce Béliart est de la Religion prétendue réformée:
A dict que non et qu'il est Catholique, touteffois tenoit ces propos sur lesquels print sa résolution.
Remontré que sur la parolle d'vn homme seul ny aultrement ne dehuoit prendre vne résolution si déterminée et abominable :
A dict qu'il s*estoit résolu de tuer le Roy pour Va/uoir ouy dire non seulement h cest homme, mais aussi h des soldats h^Paris^ entre aultres au sieur de Sainct Georges qui disoit que si le Roy vouloit faire la guerre contre le Sainct Père, il luy obéiroit,
(1) Barbut. (Kor.)
y estant tenu et que s'il la faisait mal à propos, cela tourneroit sur luy.
Lui auons représenté vn cœur de Gotton (l) :
Qu'il a recogneu luy a/uoir esté prins, et a dict luy OMoir esté baillé par monsieur Guillebaud, chanoine d'Ângoulesme , Vaccmé estant malade, pour le guérir de la fiebv/re, disant quHl y avM vn peu de bois de la vraie Croix , lequel auec le nom de lésus sacré par les Pères Capuchins auoit ceste vertu, et h ceste fin l'accusé awroit en/voïé Marie Moiseau son hostesse aux Capuchins,- depuis l'a tousiours porté au col.
(1) Ce Cœw de Coton fût pour lors sujet à bien des gloses peu fayorables an célèbre Jésuite qui portait ce nom; mais ce bon Père s'en tira en homme habile, et Ton jugea qu'on pouvoitle (a^ire. (Mémoires de Condé.)
Le IS juillet, le Père Coton fit mettre en lumière sa Lettre déclamatoire de la doctrine des lésuites conforme aux décrets du concile de Trente, qu'il adressa à la Reyne régente.
Le 12 septembre parut en réponse cette célèbre satire contre les Jésuites, appelée V Anti-Coton, sans noms d'auteur ni d'imprimeur, in-S» de 74 pages, attribuée d'abord à P. du Moulin et à P. du Coignet, mais donnée assez généralement aujourd'hui à un avocat d'Orléans, nommé César de Plaix : ce qui paraît confirmer cette attribution, c'est qu'on découvrit à la bibliothèque publique d'Orléans un exemplaire qui portait écrits à la main, à la fin de l'épître dédicatoire, ces mots : César de Plaix, sieur de l'Ormoye, avocat au parlement. Malgré cette prétendue preuve, qui n'eu est pas une, selon nous, nous persistons à attribuer l' Anti-Coton au célèbre et violent Pierre du Moulin , l'auteur de l^Anatomie de la Messe,
Auons faict faire ouuerture dudict cœur en sa présence, ne s'y estant trouué aulcun bois ,
À dict que ce n'est pas luy qui s'est trompé t ains celuy qm luy a baillé.
Luy auons représenté vn papier auquel en trois lieux est escrlt le nom de lésus :
L'a recogneu a/uoir estéprins sur luy,
Luy auons représenté vn chappelet :
Qu'il a dict auoir achepté rue Sainct lacques y a sept ou huict ûmrs, a faict ses prières auec iceluy, l'a tousiours porté.
Enquls de ceulx qu*il a fréquentez depuis qu'il est reuenu en volonté d'exécuter son intention :
À dict qu'U ne fréquentoit que des religieux de sonpaiis qui sont a/uxiacobins où il allait ouyr la Messe et Vespres.
Enquls quels propos il a eu auec eulx, et s'il leur a parlé de ses visions :
A dict que oui, leu/r faisant entendre ce qu'il a dict aux aultres,
Enquls de la cognoissance qu'il a d'vn nommé Colletet et des propos qu'ils ont eus ensemble :
À dict quHl ne le cognoist que pour auoir logé en mesme logis et couché ensemble, ne l'wy a parlé de son dessein.
S'il a communiqué auec d*aultres religieux :
A dit que non, de ce dernier voïage.
S'il a communiqué auec vn Cordelier qui est d'Angoulesme :
A dict que oui et ne luy parla point de son entreprinse et imaginations.
Remonstré qu'il ne dict la vérité et qu'il luy a parlé des imaginations, demandé aduis si celuy qui en a eu les doibt desclarer à son confesseur :
À dict quHl n'en a parlé h celuy de son pais, mais bien h vn auli/re qu'il trowua proche du Bourg la Reine auec lequel print accès pour Vaccompagner et pa/r ce qu'U n'auoit cognoissance en ceste ville le logea en son logis, portoit des lettres de ses amis pour estre receu au cou/uent . a/ussi luy portoit ses hardes , lequel religiev>x se nommoit Le Fehv/re,
Luy a esté remonstré que pendant la lecture de l'interrogatoire , en ce qui faict mention des coups par luy donnés , il en demandoit pardon à Dieu, et que pour l'obtenir le vray moïen estoit recognoistre la vérité et que le prétexte par luy prins est si léger qu'il est fort vraysemblable qu'il a esté porté par quelqu'un qui auoit Intelligence au malheureux éuènement dont nous resentons les effects:
À dict que depuis qu'il est prisonnier plusieurs persormes Vont invité h faire cette recognoissance mesmes monsieur VArcheuesque d'Aix et plusieurs auUres , mats quHl n'a esté poussé par personnes quelconques que pa/r sa volonté seule, et quelque torment que l'on luy puisse faire, n'en dira aultre
chose ; que si le torment le luy debuoit faire confesser, il en a receu assez par la question que luy a donné vn huguenot de son a/uthorité priuée le tenant prisonnier h Vhostel de Retz dont a les os du poulce rompus.
Remonstré qu'il a esté choisi a faire cest acte comme organe propre à faire mal , mais toute sa vie a esté meschante , a commencé en oultrageant père et mère réduicts à mendicité :
Dict qu'il ne se souuient pas et que son père et sa mère sont encore viuam^s qui diront tout le contraire, aussi tout le peuple, et bien a esté accusé et condamné, mais pair faulx tesmoings estant innocent
Enquis en quel temps 11 a esté à Bruxelles :
A dict qu'il ne sortit iamais du roïaume et ne scait où est Bruxelles,
Lecture faicte, a persisté en ses responces et signé : Rauaillag.
;u lendemain matin an Palais, ledict sieur Premier Président indisposé, par nous aultres Commissaires,
De rechef mandé et par serment ledict Rauaillac, enquis de sa qualité et de ses père et mère :
À dict qu'U est praticien et de présent mstruict la ieunesse, et son père suiua/nt la praMcque et sa mère séparée d*auec le père,
Luy auons de rechef faict faire lecture de ses interrogatoires et responces à iceulx^
Et y a persisté, sans vouloir adiouster ni diminuer, sinon qu'il a obmis que ce qui Va induict h son entreprise, a esté d'aultant que le Roy n'auoit voulu que la iustice fust faicte de l'entreprise faicte par les huguenots de tuer tous les Catholiques le iouT de Noël dernier, dont amlcv/ns ont esté prisonniers , amenez en ceste ville , sans qu'il en ait
Remonstré qu*il ne peust estre en la grâce de Dieu après yn acte si misérable :
A dict qu'il espère que Nostre Seigneur tout puissant fera quHl n'en arriuera aultre inconuénient.
Remonstré qu'il ne dolbt espérer la miséricorde de Dieu , s'il ne recognoist la vérité , et desclare ceulx qui Tout poussé et persuadé à ceste meschanceté :
À dict qu'il n'y a eu aultre subiect que ce qu'il a ci-deuant desclare au procès,
À qui il a desclare sa volonté :
À dict h personne,
Remonstré que sa qualité et condition est trop basse pour auoir eu ceste volonté qu'il n'y ait esté conseillé et fortifié :
A dict qu'il n'y a eu personne,
Remonstré qu'il est d'aultant plus misérable s'il n'a suiuant le conseil et aduis de quelqu'vn entreprins un tel coup, l'interpellant de le desclarer :
Respondu que la cause pourquoy il n'a desclare ceste pernicieuse intention a/ux prehstres et aux hommes wiant charge d'ames, a esté pour estre du tout certain que s'il lev/r eust desclare l'attentat qu'il vouloit commettre contre le Roy, c'estoit leur debuoir se saisir de sa personne et le rendre entre les mains de la lustice, d'aultant qu'en ce qui concerne le public les prebstres sont abUgés de ré-
uéler le secret y occasion qu'il ns la oncque vo^u desclarer à persoimcy craignant que on le fdst omssitost mourir de la volovUé que de Veffect qu'il a commis, dont U requiert h Dieu pa/rdon.
Remonstré que TEglise commande desclarer les tadauuaises pensées à son confesseur, aultrement on est en pesché mortel :
À dict qu'U recognoist cela»
Remonstré qu'il en a donc parlé :
A dict que non.
S'il en a parlé à vn Cordellier :
A dict que non.
Remonstré qu'il est menteur et qu'il s'est descouuert à vn Cordellier, luy aïant demandé si , quand on a des visions de choses estranges , comme vouloir tuer vn Roy, il s'en fault confesser :
A dict que la vérité est quHl a faict ceste consultation, mais n'a dict qu'il le vouloit faire.
Enquis aussi à qui il a faict ceste consultation : A dict au ieune enfa/nt le Febure Cordellier, cmquel demanda si aiant eu vne tetitatûm comme de tuer vn Roy, s'il s'en confessoit au penitender, il seroit tenu la réuéler : Sur ce fust ledict le Febure interrompu pa/r d'aultres Cordellier s, ne lui en rendit de résolution qu'il aye mémoire,
Remonstré qu'il ne dict vérité et que ledict Cordellier lui feit response s'il l'en veult croire : A dict qu'il le veult croire, dict qu'U pense Hen
que 8*U luy a donné résolution y c'est qu'il le foudroit réuéler, mais fust interrompu, et ne luy donna response, aussi ne luy proposa cela, comme Vamnt V accusé eu Vintention, ains luy fict vne proposition généralle si vn homme l'auoit.
Remonstré qu'il n'a recogneu la vérité et qu*il luy a desclaré sa volonté :
A dict qu'il n'y a aulcune apparence et que s'es* tant adressé tam,t h, séculiers que tmltreSy mesmes h vn escuyer de la Roy ne Margueritte, nommé de Ferrait (1), desclaré ses visions, le priant le faire parler au Roy, lu/y auoit respondu qu'il falloit voir, mais qu'il n'y auoit pas grande apparence qu'il fust vn sainct personnage et homme de Men^ h quoy luy accusé r^licqua quHlpensoit estre assez homme de bien pour parler au Roy, et peut-estre s'il eust parlé h Sa Maiesté, œuroit perdu sa tentation; par après s'adressa au secrétaire de madame d'Angoulesme, qui luy dict qu'elle estoit malade, et encore chez monsieur le Cardinal Du Perron , oi^ on luy fist la response qu'il nous a dict, qu'il eust mieulx faict de se retirer en sa maison.
Remonstré que c*estoit bon conseil qu'il le debuoit suinre :
A dict qu'U est vray, mais qu'il a esté si imbécile (2) qvs le Diable l'a faict tomber en la tentation.
(I) De Ferrare. [Var.)
(f) Bt tellement tnenglé du péché. {Procès, etc., 4640.)
Remonstré qu'il y a aaltre que le Diable qui s'^st seruy à le tenter :
À dict que iamais homme ne luy en a parlé.
Remonstré qu'il ne peust espérer la grâce de Dieu sans descbarger sa conscience :
A dict quHl a la crainte , mais aussi l'espérance en la grâce de Dieu.
. Remonstré qu'il ne la peut espérer qu'en desdii^ rant la vérité :
A dict que s'il auoit été induict par quelqu^vn de la France ou parEstranger, et qu'il fust tant abandonné de Dieu que de vouloir mourir saais le desclarer, il ne croiroit pas estre sauuéni qu'il y eust Paradis pour luy parce que abyssus abyssum^ comme U a apprins des prédicateurs de Nos ire Seigneur qu'vn abisme de pesché en attire vn OAiltre, partant que ce seroit redoubler son offenc&, que le Roy, spécialement, la Royne et toute la maison de France, les Princes, la Cour, la Noblesse et tout le peuple seroit porté h son occasion offencer Dieu, leur esprit démettront en inquiétude perpétuelle, soupsonnant iniustement tantost l'vn tantost l'oAiltre de leurs subiects , lesquels il ne croit pas a^oir esté si mal aduisez d'auoir iamms pensé d'estre wultres que fidèles h leur Prince,
Remonstré qu'aïant ceste croïance , il doibt d'aultant plustost desclarer qui l'a persuadé :
A dict que iamais Estranger, François nt aultre
m l^a ùomeillé, penwM ni parlé, comme l'aeeusé de sa part n*en a parlé h personne, ne vowdroit estre si misérable que de l'auoir faiot pour a/ultre que le subiect qu*il nous a desùlaré qu'il a àreu que le Roy vouloit faire la guerre au Pape,
Remonstré qu'il a prins vn faulx prétexte :
A dict qu'il en a desplaisir, suppliant tout le monde qui se seroit porté h ceste deffUmce de l'oster et croire que tout est vetiu de luy accusé, n'en regarder ni de l'œil ni de l'ame personne de mmtluaise volonté.
Enquis s*il a seruy :
A dict qu'il a seruy deffunct Roziers, conseiller h Angoulesme, et demeuré auec des procureurs décèdes.
S'il a esté Page ou Lacquais ou Valet de chambre de quelque grand ou aultre :
A dict que non, sinon serua/nt de clerc le conseiller Roziers, le seruoit OAèssi de valet de chambre.
S'il aveu le couronnement ieudy dernier à Sainct- Denys» et s'il y a suiuy le Roy :
A dict que non.
S'il a esté sur le chemin de Sainct-Denys :
A diet qu'il n'y a point esté ce voïage, bien h ce- Ivy de Noëlf y allant chercher l'aumosne.
S'il y a esté la dernière sepmaine :
A dict qu'il n'a passé Sainct Jea/n en Grèue et le poM NosIre^Dame.
S'il a eu des charactères (1) et qui luy en a baillé : À (Uct qu'il, croiroit faire mal (2).
Lecture faicte, a persisté en ses responses et signé : Ravaillag,
Que tousiours en mon cceur lésiu soit le vainqueur.
(1) Charactères, sortilèges, pactes avec r Esprit du mal,
(2) S'il en auoit. (Procès, 1610.)
AMDÉ Frère Iaques d'Aubigny, prebstre du Collège des lésulstes, par nous celourd'huy, ouy en présence dudict Rauaillac, le serment de rechef prins, iceluy Rauaillâc, l'a recogneu pour estre celuy qu'il a veu dire la messe à l'Eglise Sainct Lois rue Sainct Antoine, en leur couuent, après Noël dernier, lorsqu'il Talla chercher, aïant entendu qu'il estoil ami de frère Marie Magdaleine, feuillant , pour le prier le faire receuolr aux feuillans et à l'issue de la messe parla à luy par le moïen d'vn frère conuers , luy desclara qu'il auoit eu de grandes visions et imaginations, que le Roy debuoit réduire ceulx de la Religion prétendue réformée, et monstra audict d'Àubigny un lopin de cousteau où il y auoit vn cœur et vne croix , croïant que le Roy debuoit conuertir ceulx de la Religion prétendue réformée à la Catholique et Romaine.
Lediet d'Àubigny a diet que tout cela estfaulx, et n'auoir iamais veu lediet RauaUlac qu'il scache,
Lediet Rauaillâc a dict : Aux enseignes que vous me donnastes vn sol que vous demandastes à vn qui estoit là.
Et d'Aubigny a dict que cela est faulx et que iamais ils ne donnent d'argent , n'en porta/nt point.
Lediet d'Àubigny a dict que l'accusé est fort meschant et après vn si meschant acte ne deburoit accuser personne , ains se contenter de ses peschez sans estre cause de cent mil qui arriueront.
L'accusé admonesté, s'il le veut reprocher, le faire promptement :
À dict que non, le tient pour homme de bien, bon religieux et le veult croire.
Pareillement lediet d'Aubigny aduerty reprocher, et de l'ordonnance qu'il n'y seroit plus reoeu si présentement ne le propose :
À dict qu'il ne veult alléguer amltres reproches, sinon que c'est vn meschant gui vfient impudemment.
Lecture faicte de la déposition et response du dict d'Aubigny en présence dudict Rauaillâc, iceluy d'Aubigny l'a soustenu véritable.
Lediet Rauaillâc a soustenu au contraire qu'il a communiqué audit d'Aubigny; le fust trouuer sor* tant du LovAvre et luy dict comme il OAtoit des ten-
tations qui estaient telles que estant en prison faisant ses méditations par la licence de frire Marie Magdaleine, a/uoit senty des puanteurs de souffre et feu aux pieds et mains , qui demonstroient le Purgatoire contre V erreur des hérétiques, auec des visions de sainctes hosties aux deux costés de sa face, aiant auparauant chanté les Cantiques de David j comme il nous respondit hier des aultres choses contenues par ses interrogatoires, h quoy le Père d'Auhigny lui fist response que luy Rauaillac se debuoit adresser h quelque grand pour en aduertir Sa Maiesté, touteffois puisqu'il ne Vauoit pas faict qu'il estoit h propos h Iwy Rauaillac s'arrester h prier Dieu,, croient que & estoit plus imaginations que visions , qui procédait d'auoir le cerueau troublé, comme sa face démonstroit, debuoit manger de bons potages, retourner en son pais y dire son chapellet et prier Dieu,
Ledict d^Âubigny a dict que ce sont toutes resvsries fa/ulses et menteries,
Auons aussi faict faire lecture des interrogatoires et responses dudict Rauaillac de ce qui concerne ledict d'Aubigny luy présent , et a ledict Rauaillac persisté en ses responses et ce qu'il a dict soustenu véritable.
Ledict d'Âubigny que tout ce que ledict Rauaillac a mis en a/uant contre luy est faulx , comme il,nous a desclaré.
Et 8ar ce ledict Rauaillac enqais :
A dict qu'il n'a iamais veu ledict d'Aubi(iny que ceste fois.
Lecture faicte, ont persisté et signé.
r dlx-neut dudlct mois, du matin, au t Palais , par dous Commissaires.
Ledict Rauaillac mandé, le serment ' par luï réitéré, admonesté recognoistre qui l'a induict et porté à ceste mescbante entreprinse :
À dict gue ce qui luy reste h desetarer eêt vne nue intention et disir qu'il a de se releuer du pesehé que commet tout le peuple h son occasion se persuadant et se laissant transporter à leur oppinion que l'accusé a esté induict h tuer le Roy par argent ou par des grands ermemis de la France ou par des Rays et Princes estrangers, désireua; de s'agrandir, comme est trop plus communément le désir des Roys, des grands Potentats de la terre , sans considérer si la raison powrquoy
iU H réêoluent h faire la guerre est conforme h la volonté de Dieu ouhvn désir de s'appropritr de la terre d'auUruy iniustement, mais que la vérité est que, luy accusé, n'a estéinduiet ni poussé h ce pair aulcun qui soit au monde, et que si tant estoit que cela fust vray, qu'il eust esté si abominable que d'auoir consenti h vn tel acte par argent ou en faneur des estrangers, il l'eust recogneu de prime face deuant la iustice de Dieu , deuant laquelle il respond maintenant la vérité.
Sur ce nous a dict :
Faictes deux points, mais qu'il prie la Cour, la Royne et tout le peuple de croire qu'il sent son ame deschargée de la faulte qu'ils commettent erronément de penser que aultre que luy Vaye porté h, commettre l'homicide quHl a touiours confessé, et pour ce les supplie de cesser l'opinion qu'ils ont qu'aultre que luy ait participé a cest homicide pour ce que ce pesché tombe contre luy accusé pow les auoir laissé en ceste incertitude n'y aiant personne pour iuger du faict que luy et est tout ce qu'il a confessé,
Bemonsirô qu'il n'est vraysemblable qu'il aye attenté à la personne sacrée du Roy, qu'il scait estre l'oinct de Dieu^ sans auoir senti incomodité en sa personne ni en ses biens de commandement et ordonnance qui soit venue de luy, qu'il n'ait esté poussé d'ailleurs et aidé et moïenné pour ce qu'il
est pauure et nécessiteux, flis d'un père et mère qui sont à l'aumosne :
À dict que la Cour a assez d'a/rgumens suffisants par les interrogatoires et responses au procès, quHl n'y a nulle apparence qu'il aye esté inàaict pa/r argent ou suscité par gens ambitieux du sceptre de France, car si tant eust esté qu'il y eust esté porté pa/r argent ou aultrement, il semble qu'il ne fust pas venu iusques h trois fois et trois volages exprès d'Angoulesme h Paris distam,t Vvn de l'aultre de cent lieues pour donner conseil au Roy ranger h l'Église Catholique, Apostolique et Romaine, ceulx de la Religion prétendue réformée, gens du tout contraires h la voulonté de Dieu et de son Église; parce que qui a voulonté 4e tuer aultruy par argent, dès qu'il se laisse ainsi malheureusement corrompre pa/r auarice pow assasiner son Prince j ne va pas l'aduertir comme il a faiet trois diuerses fois , ainsi que le sieur de la Force, Capitaine des Gardes, a recogneu depuis l'homicide commis par l'accusé, auoir esté dans le Lou/wre et prié instamment le faire parler oai Roy^ luy feist response qu'il estoit unpapault et catholique h gros grain, luy demandant s'il cognoissoit monsieur d'Espernon, et l'accusé respondit que oui et qu'il estoit catholique h gros grain, m^ais que lors qu'il prirU l'habit au monastère Sainct-Bemard, l'onluy donna pour père spirituel frère François de sainet Père, et parce qu'il estoit catholique, apostoUqtte
et romain, désirait tel viwre et mourir, suppliant ledict de la Force le faire parler au Roy, d*aMltant quHl ne pouuoit et n'osoit desclarer la tentation que de longtemps le sollicitoith tuer le Roy, voulant la dire h Sa Maiesté afin de se désister tout h fait de ceste voulante moAjmaise.
Enquis si deslors qu'il fist ses voïages pour parler au Roy de faire la guerre à ceulx de la Religion prétendue réformée, il auoit proietté au cas que Sa Maiesté ne voulust accorder ce dont Taccusé le supplioit de faire le malheureux acte qu'il a commis :
A dictque non, et s'il Vauoit proietté s^ en estait désisté, et craioit qu'il estait expédient luy faire ceste remonstrance plutost que de le tuer.
Remonstré qu'il n'auoit point changé sa manuaise intention, parce que depuis le dernier volage qu'il a faict à Angoulesme le iour de Pasques, il n'a cherché les molens de parler au Roy , qui démonstre assez qu'il estoit parti en ceste résolution de faire ce qu'il a faict :
A dict qu'il est véritable.
Enquis si le iour de Pasques et iour de son partement , il fist la saincte Communion :
A dict que non, et qu'il l'auoit faicte le premier dimanche de Caresme, mais néantmoins qu'il feist célébrer le sainct sacrifice de la saincte Messe en l'Église Sainct-Paul d' Angoulesme, sa paroisse,
comme se recognoissant indigne d'approcher du trèS'Sainct et très-cmguste Sacrement plain de mystères des incompréhensibles vertus, pa/rce qu'il se sentoit encore vexé de ceste tentation de tuer le Roy, ek tel estât ne vouloit s'approcher du précieux corps de son Dieu,
Remonstré , puis qu'il se sentoit indigne de ce mystère qu'il a dict incompréhensible qu'elle déuotion il pouuoit auoir au sainct sacrifice célébré par le prestre auquel tous chrestiens participent et reçoiuent spirituellement ce que ceiuy qui consacre reçoit réellement ;
Sur ce est demeuré pensif, et aïant un peu pensé :
A dict estre bien empesché h respondre h ceste remonstrance ; puis après a dict se ressouuenir que V affection qu'il auoit au sainct Sacrement de l'Autel luy auoit faict faire, pour ce qu'il espéroit que sa mère qui alla receuoir son Dieu en ce sacrifice quHl faisoit faire, il seroit pa/rticipant de sa Communion ^ la croïant depuis qu*ilest au monde estre portée d'vne plus religieuse affection enuers son Dieu, que luy accusé, c'est pourquoy il pria lors Dieu , et en disant les dernières paroles a ietté plusieurs pleurs et larmes,
Remonstré qu'il ne pouuoit auoir de réuérance ni de créance à la saincte Communion et sacrifice de la Messe, parce que de longtemps il estoit faict enfant du Diable, inuoquoit les démons qu'il a faict
venir deuant luy, estant logé en ceste ville, y a plus de quatre ans :
k dici que non.
Enquis s'il a cogneu un nommé Dubois de Limoges et s'ils ont logé ensemble en ceste ville, couchés en mesme chambre :
À dict que oui, deuant le Pillier vert, rue de la Harpe, au logis où a esté l'enseigne des Ratz.
S'il veult croire ledict Dubois de ce qu'il dira: A dict que oui.
Si, estant couché auec ledict Dubois , il feist une coniu ration inuoquant les démons et en quelle forme :
A dict que tam>t s'en famlt, que ce que luy demandons soit véritable, qu'au contraire il n'estoit couché en mesme chambre que ledict Dubois , ains en vn grenier au dessus dans lequel, estant enuiron l'heure de minuit, fust prié et requis plusieurs et diuerses fois par iceluy Dubois descendre en sa chambre criant ledict Dubois par trois fois : « Credo IN Deuh , Rauaillac , mon amy^ descend ça bas , » en s'exclamant : «Mon Dieu, aïez pitié de moy; » alors l'accusé voulust descendre pour voir qui le mouMoit h implorer son secours de la façon et auec telles exclamations, mais les persormes couchées où estoit l'accusé ne luy voulurent permettre pour la crainte et frdiewr qu'ils eurent , de sorte qu'il ne
descendit point parler audictBubois, queltmgtemp$ après que ledict Dubois luy dict qu'en la chamt^re au dessoubs de l'accusé il auoit veu vn chien noir d'excessiue grandeur et fort efproiable, qui s'estoit mis les deux premiers pieds sur le lict, où seul il estoit couché, dont eust telle peur de ceste vision qu'elle Vauoit meu h faire telles exclamations et d^appeler Vaccusé pour luy tenir compagnie en sa peur; ce que diant entendu Vaccusé auroit le lenn demain matin donné aduis audict Dubois que pour renuerser ces horribles visions il debuoit auoir recours h la célébration du sainct Sacrement de l'Autel , faisant dire la saincte messe, ce quHl feist, et furent ensemble le lendemain matin au couuent des Cordelliers faire dire la saincte messe pour attirer la grâce de Dieu et le présenter des visions de Satan, ennemi commu/n des hommes.
Remonstré qu'il n'y a apparence que ledict Dubois Tait appelé d'en bault et qu'il eust ouy sa voix :
J dict que c'est chose triuialle commune que l'vne des propriétés de la voix est de monter en fèault et que de peur que n'adioustions pas de foy h ses responces, ceste vérité seroit attestée pa/r eeulx qui estoient en la chambre où il esloit couché, qui Vempeschèrenl de descendre parler audict Dubois, qui estoient l'hostesse de la maison Marie Moisneau et vne sienne cousine le Blond qui estoient en la chambre où Vaccusé estoit , le priant n'y aller h ca/use qu'elles auoient entendu vn grand
hruict qui s'y estait faict, occtision pour laquelle il y auait couché et quitté la chambre dudict Dubois ou avpara/uant couchoit.
Remonstré qu'il n'a point eu de voulonté de changer son malheureux dessein, ne voulant receuoir la Communion le iour de Pasques , parce que ce eust esté le vray moïen de la diuertir, duquel moïen n'aïant usé ains esloigné de la saincte Communion , il a continué en sa mauluaise entreprinse :
À dict que ce qui Vempescha de commu/iUerfiist qu'il auoit prins ceste résolution le iour de Pasques venir tuer le Roy, ne voula/nt pour ceste raison communier réellement et de faict au précieux corps de Nostre SeiffMur, mais auroit oï la saincte messe auanl que partir ^ croiant que la Communion réelle que sa mère faisoit ledict iour estoit suffisante pour elle et pour luy, et av^si requist h Dieu comme il requiert maintenant et iusqties h sa mort qu'il soit faict pa/rticipant de toutes les sainctes Communions qui se font par les religieux et religieuses , soeurs et bons séculiers et aultres qui sont de l'Eglise Car tholique^ Apostolique et Bomaine, communiant en la foy de nostre saincte Eglise le précieux Corps de Nostre Sa/uueur et Rédempteur, que la réception qu'ils en font luy soit attribuée comme croïa/nt estre l'vn des membres auec eulx en vn seul lésus-Christ
Remonstré que luy aïant ceste meschante intention de commettre cest acte il estoit en pesché et en danger de damnation et ne pouuoit participer à
la grâce de Dieu et Gommunion des fidèles chrestiens tant qu'il auoit ceste mauuaise volonté , dont se debuoit départir pour estre en la grâce de Dieu comme catholique et fidel chrestien qu'il se veult faire croire :
A dict qu'il ne faict pas difficulté qu'il n'aye esté porté de son propre mouuement particulier, contraire h la voulontéde Dieu, auteur de tout bien et vérité, et contraire cm Diable, père du mensonge, mais que maintenant h la remonstrance que luy faisons il recognoist qu'il n'a peu résister h ceste tentation esta/nt hors du pouuoir des hommes de s'empescher de malj et qu'à présent il a descla/ré la vérité entière sans rien retenir et cacher; il espéroit que Dieu tout bening et miséricordieux luy fera pardon et rémission de ses peschez, estant plus puissant pour dissouldre le pesché maiennant la confession et absolution sacerdotalle , que les hommes pour V offenser, priant la sacrée Vierge Marie , monsiev/r sainct Pierre, monsieur sainctPaul, monsieur sainct François (en pleurant), monsieur sainct Bernard et toute la cour céleste de Paradis, requiert estre ses aduocats et intercessewrs enuers sa sacrée maiesté, afin qu'il impose sa croix entre la mort et iugement de son ame et l'enfer, par ainsi requiert et espère estre participant des mérites de la passion de Nostre Seigneur lésus-Christ , le suppliant bien humblement luy faire la grâce qu'il demeure associé aux mérites de tous les trésors qu'il
a infus en la puissance apostolique, lorsqu'il a âiet : < Ta es Petras , > etc.
Lecture faicte a persisté en ses responses et a signé : Ravaillac.
;v vingt et vn may 1610.
Le Geollier a faict dire qu'il auoit ouy dire du prisonnier chose importante.
Sur ce mandé par serment :
A dict qu'hier soir sur les sept h huit heures, portant h souper au prisonnier auec l"vn de ses gens, y estant les deux archers qui le gardent, luy demanda ledict Geollier, oii il estoit quand le Roy partit du Louure, luy dict le prisonnier qu'il estoit en la salle où se mettent les Laquais; et s'enquérant qui luy auoit faict faire, dict : C'est vn grand que ie ne vous diray pas, mais h la Cour demain, et ne m'en pourray dédire^, comme ie feray recognoistre «wr mon corps, .
Mandé le nommé archer; prins le serment.
A dict comme ledict Geollier, et que sa mère auoit vne semblable marque par le mdien de laquelle ne
8'enpouuoit dédire, et qite vmant le Roy agreste, vUt quelque chose qui luy dict : « Il est temps. »
Ouy par serment le nommé aussi archer
du Préuost de l'hostel :
A dict comme le Geollier, et quHl estoit obligé h faire le coup pa/r vne marque que luy et sa m^re auoient, et que cela venoit du ciel , qu*il le diroit h la Cour,,,