INSTRUCTION
Du Procès, faicte par les S" Président JEANNIN, DELOMÈNIB, Secrétaire à: Estât, et DE BVLLION, Conseiller ^Estat.
u vendredy, quatorziesme iour de may, mil six cent dix, à Paris, au logis de |r l'hûstel de Retz , près le Louure.
Le serment de luy prias :
A Hct auoir nom François RawùUac, âgé de 33 ans, demeurant en la ville d'in^outesme.
Qu'elle est sa proresslon ?
À dût qn'ilmonstre aux enfOni àprierDieu en la religion Catholiqtte, Apoetolique et Romaine. Depuis quel temps il est en cesie ville T Diet qu'il y a quinze tours ou trois itpmaines, et est lOD^ou faulbourg Scùnet-Ioegueê , aux Cinq
Croix 0), oàila tousiaurs demouré, fors que deux otf trois iours après, estant arriué en ladiete hoS" tellerie, il s'en alla pour deux ou trois iours loger au faulbourg Sainct-Honoré, h t'enseigne des Trois Pigeorts, deuant l'Eglise Sainct-Roch»
Enquis si pendant qu'il a esté audict logis, il n'a hanté ni fréquenté auec quelques personnes et qui ils sont?
Dict n'auoir hanté personne.
Enquis pourquoy il estoit venu en caste ville?
Dict qu*il y est venu pour poursuivre vn procès, qu'il a au Parlement contre les acquéreurs des biens de Geoffroy Phyar, lequel procès a estéiugé, il y a longtemps, au rapport de M^ Sanguin, conseiller au Parlement t et estoit h Paris h faire taxer les despens.
Quelle estoit la nature de ce procès ?
Dict qu'il OAioit esté poursuivi pour vne occimotionde meurtre, dont il estoit innocent, et que San' guin, conseiller au Parlement j auoit esté rapporteur de son procès.
M' de BuUion, conseiller^ luy disant sur ce subiect que c'eust esté un grand bien pour la France et pour luy s'il eust esté puny de ce moment là, parce qu'il n'auroit pas attenté sur Toing du Seigneur^et donné la mort à un Roy trës-Ghrestien :
(I) Aux Cinq Croissana, ainsi qu'il le desclara plus iafd; msiigne qui convient mieulx à un tel mescréant. (Ms. da temps.)
Il répéta le mot de très-Chrestien en ricanant, et répondit que c'estoit la question de scauoir sHl estait véritablement Roy très-Chrestien, car sHl eust esté telf comme on le supposait, il eust fait la guerre aux sectateurs de la religion prétendue réformée qu*il protégeait.
Gomme on luy dict que le coup qu'il auoit donné au Roy n'estoit pas mortel :
Il respondict qu'il sca/uoit bien qu'il estait mort, veu le sang qu'il a/uoit veu h son Cousteau, et l'endroit où il l'atboit frappé; mais qu'il n'auoit point de regret de mourir, puisque son entreprinse estait venue h effect,
Enquls, s'il estoit yray que le Roy fùst mort, ce qu'il pensoit deuenir ?
Il respondict assez fièrement qu'il ne voulait point de pitié, et'que si lé coup estoit h faire, il le ferait encore,
Enquis s'il a iamais recen quelqu'onltrage du Roy, luy ou ses parens, et qui l'a meu d'entreprendre un acte si meschant que de le vouloir tuer ?
Dict qu'il n'a receu, ne luy ny les siens aulcim oultrage de Sa Maiesté, qu'il n'a esté aussy m£u, ny induict par personne pour entreprendre cet attentat, mais l'a faict par vne ma^waise et diabolique tentation et que vena/nt en ceste ville, oultre ce que l'occasion de son vaiage estoit pour faire faire la taxe de ses despens, c' estait aussy son intention d'attenter contre Sa Maiesté,
Qu'il n'est vraysemblable que, aîant esté tenté desy long-temps, s'il eust eu recours à Dieu, qu'il ne luy eust osté ceste mauuaise youlonté, et qu'il y a apparence qu'il l'att faict à la poursuite et sollicitation de quelques-vns :
Dict que non, et que ses tentations, quand elles luy estaient faictes, quelquefois il y adhéroU, quelquefois non,
A quelle heure il est sorty auiourd'huy de son logis, où il a esté , et qui a parlé à luy :
Dict estre sorty de son logis entre six et sept heures; quHl estait seul et s'en est allé h V église Saint-Benoist , oH il a ouy messe; que personne n'a parlé h luy, ny par les chemins, ny audict lieu; et qu'aiant ouy la messe, il s'en est retourné h son logis, où il a disné auec l'hoste et vn ieune homm^ de ceste ville, nommé Colletet, qu'il dict estre marchand,
Enquis s'il cognoist ledict Colletet :
Dict n'a/uoir aultre cognoissance dudict Colletet, sinon depuis qu'il a logé audict logis, où ledict Colletet vint loger deux ou trois iours, après que luy d^osant y feust a/rriué,
Enquis où il a apprins à lire et escrire, et quels sont les maistres qui Font enseigné , puisqu'il dict qu'il faict profession d'apprendre à lire , escrire et prier Dieu aux enfants :
Dict qu'il y a plus de vingt ans qu'il n'a eu maistre pou/r l'enseigner, et qu'auant ledict temps.
il y a eu deux prebstres, sous lesquels il a apprins h lire et escrire.
Enquis s'il est marié :
A dict qu'il ne le fust onc.
Admonesté par plusieurs fois de considérer combien est meschant l'attentat qu'il a voulu faire (1) et qu'il doit espérer de la miséricorde de Dieu qui est vivant^ qu'il esuitera la punition et saunera son âma en disant la vérité :
J diet ne scauoir aultre chose, que ce qu*il a dict cy-dessus, et qu'il n'a esté induict par personne h commettre ce qu'il a faict;Men confesse-t-il que c'est luy qui a blessé le Roy d'un cot^teau, qu'il desroba il y a dix ou douze iours en vne hostellerie, proche les Quinze-Vingt, oà il entra pensant y loger, mais on ne l'y voulust recevoir, et qu'il desroba ledict Cousteau en intention de tuer le Roy.
SMl estoit venu d'aultrefois au Louure ou en aultre lieu, pour y trouuer le Roy et commettre ledict acte :
Dict qu'il y estoit venu deux aultres fois, scauoir h la Pentecoste dernière, et depuis à Noël dernier, mais que ce n' estoit pas en intention de faire ce mauuais acte, mMs que c' estoit pour parler a/u
(4) On laissait toujours Tinculpé dans Tincertitude de la vie ou
de la mort du Roi.
Roy et l'induire h faire la guerre h ceulx de la religion prétendue réformée.
Sur ce que l'on a trouué entre ses bardes quelques papiers^ roesmes un contenant des stances en rithmes françoises , pour dire par un criminel que l'on mène au supplice^ à la mort^ a esté requis si c'est luy qui a faict lesdictes stances et si c'estoit pour luy mesme qu'il les faisoit :
À dict quHl ne les auoit pas faictes, mais qu'elles Iwy furent données, il y a enuiron six mois, en la ville d'Àngoulesme, par tm nommé Pierre Bertheau, habita/nt de ladicte ville, pour veoir si elles estoient bien faictes, d'aultant que ledict déposant se mesle de poésie, ledict Bertheau lv>y OM/nt dict qu'il les auoit faictes sur le subiect d'v/a homme que Von m^enoit om supplice, que ledict déposant auoit prins et mis en poche,
Remonstré que s'il craignoit la vengeance de Dieu viuant, il deuoit dire la vérité et réuéler qui sont ceulx qui l'ont meu à cest attentat :
A dict que ce sont les sermons qu'il a ouys , a/uxquels il a apprins les causes pour lesquelles il estoit nécessaire de tuer un roy (1).
(I] Aussy sur la question, s'il cstoit loisible de tuer un tyran, il en sçauoit toutes les defifaictes et distinctions et estoit aysé de recognoistre qaUl auoit esté soigneusement instruit eu ceste matière, car en tout aultre poinct de théologie, il estoit ignorant et meschant, tautost disant une chose et puis la niant. [Procès du parricide François Rauaillac. Paris, 4640. In-S».)
Enquis sur ce qu'il dict auoir voulu parler au Roy pour rinduire à faire la guerre à ceulx de la religion prétendue réformée, qui luy auoit donné ce conseil :
A respondM que c'est chose qui passe nostre cognoissa/nce et quHl n'en desclarera la vérité qu*au prebstre en confession et non ailleu/rs, encore qu'il ayt esté adjuré de la dire deua/nt nous en iu$tice par le serment qu'U a faict.
Et lecture faicte a persisté en la présente déposition et Ta signée : Rauaillac , a/oec paraphe.
Les Archeuesques d'Aix, d'Ambrun, et quelques aultres Euesques furent ensuite députez audict hostel pour tascher de tirer de luy la confession de son crime; mais ils perdirent leur temps, il leur desclara seulement qu'il auoit été feuillant à Paris, et que pour auoir composé quelques escrits sur les iu-
gements du Très-Haut^ le Prieur de leur monastère l'auoit chassé de leur compagnie comme vn visionnaire et incapable de soustenir la pureté de leur règle ; que néantmoins il s'estoit attaché depuis à la contemplation des secrets de la Prouidence éternelle, dont il auoit eu de fréquentes réuélations, tant en veillant qu'en dormant. On connut bien alors
que son esprit estoit entièrement brouillé et qne ses resueries chimériques et ridicules Tauoient rendu susceptible de toutes les impressions du démon. Plusieurs personnes éclairées qui estoient présentes^ réfléchissant iudlcieusement sur sa manière de parler et ses différens mouuemens, creurent que ces visions qui l'agitoient iour et nuit, l'air impérieux qu'il prenoit sur tous les aultres,la présomption qu'il auoit de participer aux conseils de Dieu^ d'entendre ses voulontés, et d'estre enfin choisi pour les exécuter, deuoient estre des preuues certaines que son esprit estoit absolument obsédé du démon. Il s'estoit fait dans son imagination vue créance toute opposée à la iustice et à la piété du deffunct Roy^ et sur ce principe il déclama auec brutalité contre sa souueraine puissance , disant qu'il estoit nécessaire qu'elle fust punye , que Ton pouuoit sans scrupule tuer yn tyran et que ce grand monarque estoit réputé estre tel , parce qu'il ne vouloit point en aulcune manière desclarer la guerre aux huguenots, ny les contraindre sur peine de la vie de croire aux vérités de la religion Catholique.
Il est vray qu'entre toutes les inuectiues qu*il proféra contre le Roy, sa conscience ne luy pust permettre de luy donner le tiltre de tyran ; mais il aduoua que tout ce qu'il auoit déclaré sur les louables actions de ce Prlnce'^luy auoit esté malheureusement inspiré dans son âme par le mesme conseil qui luy auoit faict méditer le dessein d'attenter à sa vie.
Le sieur de Bellangreuille^ Grand Préuost de l'hostel du Roy voulant vaincre son obstination, luy fit serrer les pouces de près auec vn rouet d'arquebuse ; le scélérat luy demanda s'il estoit plus habile que ceulxqui Tauoient interrogé auant luy^ et rappela hv^umotf ce qu'il répéta depuis en Tvn de ses interrogatoires. Il fust fouillé partout et on ne trouua sur luy que trois quarts d'écus d'argent auec quatre ou cinq sols de monnoye ; il confessa ensuite que s'il n'eust point faict son coup ce iour-là> il se seroit déterminé à s'en retourner le lendemain en sa prouince. z
On le trouua saisi de plusieurs papiers, entre aultres d'yn sur lequel estoit peinct les armes de France colorées et soubstenues par deux lyons, l'vn tenant vne clef« et l'aultre vne espée, qu'il dict auoir apporté d'Angoulesme.
L'on luy trouua encore vn aultre papier dans lequel estoit escrit le nom de lésus en trois différens endroits; plus vn chapelet et vn cœur de cotton dans lequel il se persuadoit y auoir vn morceau de la vraye croix, qu'vn chanoine d'Angoulesme luy auoit donné pour présent. Mais quelques couleurs qu'il donna à toutes ses prétendues inspirations^ on n'eust pas de peine à s'imaginer qu'vn coup si abominable n'eust esté produit par d'aultres mouue* mens que celui du démon qui l'obsédoit entièrement.
Comme chacun désiroit ardemment que ce malheureux fust puny de son parricide, on le mit aussitost entre les mains du Parlement, et Ton se saisit de ses parents et alliés, mesmes de tous ceulx auec lesquels il auoit eu quelque relation d'affaires.
La nuict du samedy quinsiesme iour de may, il fost mené à la conciergerie du Palais (1) ; messire Àchilles de Harlay^ Nicolas Pottier et Blancmesnil, Premier et Seconds Présidons , et M«* Bauin et Gourtin, conseillers, Commissaires députés pour luy faire son procès , trauaillèrent diligemment et auec de sérieuses réflexions. La Royne enuoïa plusieurs fois M' le marquis d'Ancre pour leur faire cognoistre plus particulièrement ses intentions et le désir qu'elle auoit que la vérité fust découuerte. Plusieurs docteurs et religieux allèrent par ordre de Sa Maiesté le visiter dans les prisons, pourtascher à le mettre par leurs sages conseils dans la voye du salut et de cognoistre adroitement ceulx qui Vslvl-
{i) Sur les registres d'écroa de la Conciergerie, on lit à cette date:
Du sabmedy XV^ may YI c. dix.
François RACàiLLAC, praticien natif d'Angoulesme, amené prisonnier par Ma*"* Joachim de Bellangreuille, cheualiert a' du Neuuy, préuost de Vhostel du Roy et Grand Preuost de France par le commandement du Roy po** linhumain paricide par luy commis en la personne du roy Henry quat^,
*En marge est transcrit l'arrêt de condamnation, à la date du 37 mai, émané du Parlement.
roient conseillé à commettre vn si exécrable parricide.
Les sieurs Seruin et Le Bret^ aduocats du Roy^ et Duret, premier substitut du Procureur Général, emploîèrent auprès de luy toute la force de leur iugement et de leur capacité pour le persuader ; mais ce malheureux leur respondict lamesme chose qu'il auoit déià dict à plusieurs particuliers qui l'auoient interrogé auant eulx dans la Conciergerie, qui est : « Qu'U n^atwit été inêpiré ny conseillé de personne que de luy mesme, »
Les aduocats du Roy firent ensuite venir ceulx auxquels ils auoient appris qu'il auoit parlé : on leur amena entr'aultres deux lacobins, à qui il disoit auoir proposé cette question , scavoir : si vn confesseur estoit obligé de réuéler la confession d'vn particulier qui luy auroit déclaré auoir esté tenté de tuer le Roy ; mais aïant connu leur simplicité et leur ingénuité , ils les laissèrent aller parce qu'ils disoient qu'ils l'auoient enuoyé au Père d'Aubigny, iésuiste , homme fort expert dans la résolution des cas de conscience; ils le mandèrent aussitôst et l'examinèrent sérieusement sur ce subiect ; il leur respondict, particulièrement à M. Seruin^ que depuis qu'il auoit quitté la prédication pour s'attacher entièrement aux confessions suiuant-les ordres de ses supérieurs , Dieu luy faisoit la grâce d'oublier dans le mesme moment ce qu'on luy réuéloit sous le sceau de la confession.
On leur amena ensuite vn jeune cordelier à qui il auoit proposé la mesme question, mais il n'y auoit rien respondu^ soit à cause de son incapacité ou aultrement; ils le traitèrent auec la mesme douceur et mandèrent à ses supérieurs si par yne discipline régulière on ne pourroit pas en tirer plus d'esclaircissement.
Le criminel respondit aux interrogations à luy faictes par les commissaires, et protesta haultement que personne que luy ne l*auoit conseillé à commettre ce parricide, et quMi n'auoit jamais desdaré son dessein à son directeur dans la crainte qu'il auoit qu'on ne le réuélast, et qu'il ne fust également puny pour la volonté que pour le faict ; il dict que la résolution qu'il auoit formée de ce noir attentat ne procédoit vniquement :
10 Que de certaines méditations et visions qu'il auoit eues en veillant au subiect que le Roy n'auoit point voulu soubmettre par son autorité les prétendus réformés sous l'estendart de la religion Catholique, Apostolique et Romaine;
2« Qu'on luy auoit fait croire que le Roy vouloit prendre les armes contre le Pape et que faire la guerre au Pape c'estoit la faire à Dieu;
30 Que le Roy n'auoit point faict périr suiuant la rigueur des loix les huguenots qui auoient entreprins aux festes de Noël dernier de tuer les Catholiques ;
40 Que dans ceste opinion il auoit souuent souhaitté parler à Sa Maiesté, mais qu'il auoit esté renuoyé par les officiers auxquels il s'estoit adressé et repoussé par les gardes qui luy en auoient deffendu rentrée;
50 Qu'il auoit parlé de ses réuélations au Père d'Àubigny lésuiste , et luy auoit monstre vn Cousteau rompu, où il y auoit vn cœur et vne croix grauée^ luy disant qu'il croïoit que le Roy debuoit réduire les huguenots à l'Église Catholique ;
6o Que dans ceste conionction le Père d'Aubigny Fauoit exhorté d'auoir recours à Dieu et de prendre quelques bouillons pour rétablir son cerueau blessé; mais le Père d'Aubigny, après auoir esté ouy, et le criminel luy estant représenté , dict que tout ce qu'il auoit allégué estoit faulx et dépouillé de prennes.
Comme chacun désiroit passionnément scauoir les noms de ceulx qui auoient conseillé ce malheureux à commettre vn crime si énorme , on imagina plusieurs genres de supplices , pour les luy faire desclarer.
La Roynemère dict aux commissaires qu'il y auoit vn boucher qui se présentoit pour l'escorcher tout vif, et se promettoit de le faire encore vivre longtemps et de luy laisser suffisamment de force après qu'il seroit dépouillé de sa peau pour luy faire endurer le plus cruel tourment. La Cour, louant l'aiTection d'vne Princesse pénétrée de douleur, qui
Youloit auoir vengeance de la mort de son époux et le soin d'vne pieuse et tendre mère, qui craignoit tout pour le Roy son fils, accorda oeste proposition au zèle et à la ferveur de Sa Maiesté.
fialbany, inuenteur des nouvelles citernes, flst faire un artifice en forme d'obélisque renuersé pour presser ce misérable auec de viues douleurs sans lui faire rien diminuer de ses forces; il le monstra à M. Seruin^ mais la Cour ne iugea pas à propos d'user d'aultres tourments quedeceulx qu'on exerce pour l'ordinaire en pareil cas.
On fust quelque temps à se déterminer si on Iny donneroit la question ou non auant de le condamner à la mort, parce que les formalités des procédures accoustumées sembloient ne le permettre pas> attendu que la question ne s'applique au criminel auant son dernier iugement que pour tirer de luy la preuue de la vérité de son crime, ce qui flst conclure à la Cour qu'il n'estoit point absolument nécessaire de l'y appliquer puisqu'il auoit esté prins en flagrant délit, et qu'il auoit confessé son parricide publiquement ; cependant on trouua vn arrest qui condamnoit vn malheureux qui auoit attenté par le poison à la vie du Roy Louis Vnze, à subir la question par trois différens iours auant d'estre condamné au supplice ; et la Cour ordonna en conséquence que Rauaillac y seroit aussi appliqué par trois diuerses fois; mais comme il soustint constamment la première sans rien desclarer et que l'on
appréhendoit que ses forces ne s'affoiblissent trop pour supporter le tourment qu'on luy préparoit^ elle fust discontinuée.
M. de la Guesle, Procureur Général du Roy, quoiqu'il fust indisposé , se flst porter au parquet pour rendre ses conclusions auec les aduocats du Roy ; ensuite M. le Premier Président supplia la Royne d'auoir pour agréable qu'on l'expédia promptement, et Sa Maiesté l'aïant remis à la prudence du Parlement ,
La grande Chambre, la Toumelle et celle de l'Édict assemblées,
Il fut procédé au iugement définitif du procès.