‹ Proces du tres meschant et detestable parricide Fr. Ravaillac, publ. sur des MSS. du tempsChapitre 9 sur 16 · ARREST CONTRE LE TRES MESCHANT PARRICIDE FRANÇOIS RAVAILUC · texte numérisé non relu

ARREST CONTRE LE TRES MESCHANT PARRICIDE FRANÇOIS RAVAILUC

I 'horrible monstre de nature François Rauaillac^ natif d'Angoulmois> suscité par les furies d'enfer, aïant mal-heureusement et proditoirement tué de deux coups de cousteau^ dans le corps de defunct Roy Henry IV, de très-bonne et tres-loûable mémoire, en la ville de Paris, le vendredy quatorziesme iour de may mil-six cent-dix ; il fust incontinent appréhendé^ son procès luy fust faict et parfaict

(1) Cette pièce étant, nous le croyons, totalement inconnue, nous avons pensé devoir la publier intégralement.

par Messieurs de la Cour de Parlement» et après auoir esté appliqué à la question, le yingt-cinquiesme dudict mois , il fust donné arrest de mort contre luy le vingt septiesme iour du mesme mois de may, par lequel fust déclaré deuêment attaint et conuaincu du crime de Leze Maiesté diuine et humaine au premier chef. Et pour réparation d'iceluy, il fust condamné à faire amende honorable deuant la principalle porte de l'Eglise de Paris, nud en chemise , tenant yne torche ardente du poids de deux liures , et de là estre conduit en la place de Grèue , et sur vn eschaffault estre tenaille aux mamelles, bras, cuisses et gras des iambes, sa main dextre tenant le Cousteau duquel il auoit commis ledict parricide, arse et bruslée de feu de souffre, et sur les endroicts où il seroit tenaillé, estre ietté du plomb fondu , de i'huille bouillante, et de la poix raisiné bruslante . de la cire et souffre fondus ensemble : ce faict, son corps estre tiré et desmembré à quatre cbeuaux, ses membres et corps consommez au feu et réduits en cendre, qui seroient iettées au vent. Aussi par mesme arrest tous et chacuns ses biens furent déclarez acquis et confisquez au Roy : et oultre fust ordonné que la maison, où il estoit nay, seroit démolie , celuy à qui elle appartenoit préalablement indemnisé , sans que sur le fonds il pust à l'aduenir estre faict aultre bastiment. Que dans quinzaine après la publication dudict arrest à son de trompe et cry public en la ville d'Àngoulesme, son père et sa mère vuideroient le

Royaume» auec deffenses d'y reuenir jamais, à peine d'estre pendus et estranglez, sans aultre forme ni figure de procès : et deffenses faictes à ses frères , sœurs, oncles et aultres de porter cy-après le nom de Rauaillac , leur enioignant le changer en vn aultre, sur les mesmes peines : et au Substitut de Monsieur le Procureur General du Roy, de faire publier et exécuter ledict Àrrest , à peine de s'en prendre à luy : et auant l'exécution d'iceluy, ordonné qu'il seroit derechef appliqué à la question pour la réuélation de ses complices. Lequel Arrest luy fust prononcé et exécuté le mesme iour, en la présence d'vn nombre inûny de peuple de diuers âges, sexes et qualitez : et tout le peuple par des iniures, conuices (1), huez, imprécations, maiedictions , et exécrations proferez unaniment contre le traistre parricide , monstra combien il regrettoit la mort funeste du deffunct Roy, et combien la punition de cest horrible crime luy estoit agréable. Car lors que ce misérable estoit au milieu des supplices et hurloit de douleur, tous les assistans s'en resiouissoient, disans qu'il n'estoit encores assez tourmenté selon ses démérites, et refusant de prier Dieu pour luy comme en estant indigne : ains qu'il meritoit d'estre condamné éternellement au feu d'enfer, comme vn Gayn et ludas, et remarquable l'affection d'vn Gentil -homme qui se trouua là

(1) Outrages, injures. (Roquefort.)

monté sur yn puissant et fort chenal , lequel voyant qu'vn des eheuaux destinés pour le supplice tiroit lascbement^ mlst pied à terre, et ostant la selle de son chenal, l'attache luy-mesme à vn des membres de ce mal-heureux ; qui fust quelque temps après escartelé. Et le reste du iour on veit grande partie du menu peuple qui traisnoient par les boues et fanges en diuers endroits de la ville , les pièces et parties du corps de ce traistre qu'ils auoient tirées du feu et d'entre les mains de Texécuteur de la haute lustice, monstrant par ces actes extérieurs la grande et sincère affection qu'ils portoient an deffunct Roy, nostre père commun et le protecteur del'Estat, auquel Dieu fasse paix et miséricorde (1).

(1) Ce placard était surmonté d'une curieuBe gravure sur bois, marquée du monogramme L G (peut-être Léonard Gaultier), renfermé dans une sorte d'écusson, et représentant le traistre et parricide Rauailku; donnant le coup de couteau fiital : cette fièee, très-curieuse au point de vue iconogrq)hique, était tronquée si malheureusement, qu'il nous a été impossible de la reproduire; mais nous donnons ici une pièce de vers qui suivait le rëdt de l'exécution , sorte de complainte inspirée à un poète populaire par ce tragique événement: en France, on le sait, l'un ne YB pas sans l'autre.

DISCOVRS EN VERS

Sur la rencontre de tanagramme du parricide François RauaillaCy Praticien d'Angoulesme.

(aitteleux Practicien^ noarry aneo cantelle, Tu cuidois nous troubler, et engendrer querelle^ Dieu mercy nous viuons trestous en bonne paix : Mes toy meschant damné, tu vis et te repais

De tourmens infernaux , deubs à ton démérite ,

Desloyal, détestable « inhumain plus qu'vn Scythe ,

Qui ne voudroit auoir en rien imaginé

D'auoir désobéy à son Roy couronné.

Et toy peruers infect , tu osas entreprendre D'assassiner le nostre , et iceluy surprendre , D*vn courage félon le blesser d'vn cousteau , Le voiant deuisant , en pourpoint , sans manteau , Auec quatre Seigneurs ^ aymans trestous sa gloire, L'vn Pautre résolu de suiure la victoire Qu'il auoit entreprins^ à vue bonne fin.

Laissant entre nos mains son excellent Dauphin.

C'est faict, tu Pas oooU , maudiot toit ta naissance , Père, mère et parens, qui ont faict ton engeoce , Si est-ce qu*il repose au nombre des benicts , Et toj, meschant Cajo , auecques les maudicts, Qu'à ta condition , mesmes portent emiie , Et Youdroyent que la leur n'eussent iamais sninie. Hélas I Démons , Sathans , puis que vous le tenes , Faictes luj donc souffrir plus qu'à tous les damnez,

Sj renuojer pouuiez ceste ame tant peruerse.

Nous luy appliquerions aultre peine diuerse,

A celle qu'il receut de la main du bourreau ,

Quand il exécuta ce traistre vipereau.

Hà I meschant Iscariot , tu es par anagramme

Prouué de cauteleuse , et d'vne infidelle'ame ,

Qui sont deux qualités de personnes sans loy ,

Ton nom aussi t'accuse , A Cauillab (4 ) sahs fot.

(I) Cauiller: tromper, calomnier. (Nicot.)

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