BAZILE
Ji
La calomnie, Monsieur ? vous ne savez guère ce que vous dédaignez . J'ai vu les plus honnêtes gens prêts d*en être accablés, croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté^ pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse colporter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien; et nous avons ici des gens d'une adresse!..,. D'abord, un bruit léger, rasant le sol comme l'hirondelle avant l'orage, pianissimo, murmure et file et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe^ il chemine et rinforzando, de bouche en bouche il va le diable; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil. Elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qttl diable y résisterait ?
Le Barbier de Sévillê, acte ii, scène xiii