LA BATAILLE
Organe révolutionnaire, n'est pas tendre pour M. Delamarche, car il a refusé de servir la i Commune, mais il apprécie avec sévérité, dans j un article que nous reproduisons dans son ; entier, la conduite du propriétaire du Cri du ! Peuple y qui aurait, dans un simple but de i spéculation, provoqué intempestivement ce procès qui peut nuire à la cause révolutionnaire.
Tous les ennemis de la Commune, réactionnaires, libéraux, opportunistes et clémencistes, vont jcertainement triompher de la condamnation prononcée par le jury de la Seine contre le journal le Cri du Peuple traduit en Cour d'assises par un certain Delamarche accusé d'avoir, pendant la semaine sanglante, fusillé des prisonniers fédérés.
Le propriétaire du Cri du Peuple n'ayant pas fourni de preuves en est pour cinq ou six mille francs d'amende. Cela nous tx)uche fort peu. Puisqu'il vise au commerce de VEvénement Parisien^ ce monsieur doit en subir les mécomptes. Nous réservons notre sympathie pour les rédacteurs qu'il a fait condamner à deux mois de prison. Contre lui nous n'aurons jamais assez d'indignation puisqu'il se permet de trafiquer de nos morts.
Nous ne relevons pas d'habitude les cabotinages de
son orgade sans tète ni queue, car il n'a aucune inâuence sur les milieux révolutionnaires, mais quand il vient compromettre la mémoire de nos compagnons d'armes pour faire sa fortune et celle des camelots, nous crions halte-là !
Depuis cinq années nous demandons, nous, les rentrés de la Commune, une enquête contradictoire sur les massacres de la semaine sanglante ; nous voulons mettre aux bourreaux le nez dans le sang qu'ils ont versé; montrer au peuple que beaucoup de ces bouchers font la loi encore, et, par le plus vil des mercantilismes, un monsieur qui vend du révokitionnarisme s'efforce de tuer notre démonstration.
Qu'on en juge.
Il prend dans un roman un individu quelconque, accusé d'avoir fusillé des fédérés; cet individu traduit le Cri du Peuple en Cour d'assises. A deux reprises, le propriétaire de ce journal annonce qu'il a les mains pleines de preuves. Le public attend anxieusement ces débats; le journal les annonce avec toutes sortes de trompettes: gravures, titres en relief, etc. Et quand nous arrivons en Cour d'assises, que voyons-nous? Un accusé qui prétend démontrer son innocence accompagné d'un peloton de témoins, qui joue au petit manteau bleu, qui affirme avoir sauvé des fédérés. Et en face de cet homme que met le propriétaire du Cri du Peuple^ quels témoignages, quelles accusations? Rien. Rien. Et de plus il s'esquive méprisablement.
De sorte que cet accusé, fusilleur sûrement, — il n'y a qu'à le regarder, — mais fusilleur en sourdine, brassardier qui a opéré hors de son quartier, ce Delamarche a pu sortir victorieux de l'audience après avoir
fait déposer en sa faveiit nos pife^ erinfeinîs: Et quels? Un misérable comme Héligôn» crapaud qui aprefe quinze ans énierge des marais bùà^êtaires ou ses ifalii— sons le font engraisser." " ^
Voilà le résultat du procès que le Cri du Pëiéple ^sl. cherché potfr augmenter son tiirage : la glorification d^ Delamarche et de Héligbn. ' ' ^
El aujourd'hui) demain, les Maxime Du Camp et les Pessard ; toute la tôiirbcf dés fusilleurs du passé et des fusilleurs de l'avenir va se frôtteY lés main^ et'daineY qu'après l'audience d'hier tout débat est clos sur la semaine sanglante, que l'enquête si souvent provoquée par les fédérés survivants a tourné à notre confusion.'
De là à dire qu'il n'y a pas eu de semaine sanglote ^t qu'elle est de l'invention des historiens et journalistes communards, il n'y a qu'un pas. 11 serait franchi avant huit jours.
Nous ne le permettrons pas. Le propriétaire du Cfi du Peuple et la Commune ça n'a fien de commun. Toutes lés sottises qu'il pourra faire n'écorneront jamais notre cause.
11 lui a plu d'entamer l'histoire de la semaine sanglante saris preuves et sans témoins, pour faire du tapage, s'inquiétant peu d'être battu si son tirage montait. Qu'est-ce que cela prouve contre nous?
Parce qu'on n'a pas pu démontrer devant la Cour d'assises qu^e le Delamarche a fusillé des fédérés de ses propres mains, parce qu'on' n'a pas produit aux débats les parents ou les amis des victimes sacrifiées dans un certain coin de Paris, est-ce qu'il f éssort dé* là qUîe nous n'avons pas les moyens d'établir l'authenticité des massacres et la personnalité des massacreurs?
Non, vous le savez bien, réacteurs hypocrites qui prétendez bénéficier de h sottise d'un seul. Osez soutenir le contraire, nous offrons le débat public, devant cette même Cour d'assise^ ou un fumiste vient d'échouer.
. Nous offrons de dévoiler devant les jurés de la .-Seiiie l'histoire des massacres de la semaine sanglante et d'un des princes de regorgement. 11 is'âppelleVabre. -11 commandait à THôtel de ville le i8 mars quand les bataillons fédérés lui firent prendre l'escalier de ser- -vice. H rentra à Paris avec les troupes. 11 s'installa au Châtelet et devant lui parurent des centaines de prisonniers, femmes et enfants, qu'il envoya fusiller à la caserne Lobau. Il vit insolemment; ilest marchand de <:harbon à Àsnières-CKchy. Faites-nous traduire par iui en Cour d'assises si vous parvenez à lui donner ce courage, et vous verrez si nous y ferons la figure du propriétaire du Cri du Peuple, si nous manquons de iémoignages, si vous pourrez après les débats nier ou pallier regorgement.
. -11 y-a d'autres noms sans doute, mais nous prenons le plus éclatant de tous, afin que le débat ait l'ampleur nécessaire. Quand la Bataille, l'organe des révolutionnaires, provoque ses adversaires, ce n'est pas pour faire une grimace. Montrez- vous donc un peu, vous qui prétendez éclabousser le parti révolutionnaire de la spéculation d'un seul.
- Et vous verrez, au grand }our que nous appelons, la différence qui. existe entre un canard et un drapeau. ,
• • - ' ... - - ,. Lissagarav,
Dans le compte-rendu que nous trouvons à Tarticle tribunaux du même journal, nous relevons les appréciations suivantes au sujet des témoins et de leurs dépositions :
Le citoyen Camélinat avait été également assigné, mais il nous a été impossible d'en découvrir la raison dans sa déposition.
Très net, très ferme, le citoyen Camélinat a dit ce qu'avait été la Commune et la répression versaillaise.
Quand aux faits relatifs à M. Delamarche, pas un mot!
M. Pelletan, député, vient ensuite déposer, Après des considérations générales, il déclare ignorer le rôle que M. Delamarche a joué à cette époque.
De M* Laguerre qu'elle comble de louanges, la Bataille dit:
D'une mauvaise cause insoutenable, il a su tirer des arguments.