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disent : “On va avoir du plaisir” Il connait tout le monde, les trois quarts des gens l'ont vu ou entendu. Pour le choix d'un jury, il n'a pas de supérieurs duns le pays, Son œil noir lit avec une étonnante sûreté dans le cœur de celui qui demain décidera du sort de son client. De. l'instant où cet homme a prêté serment, jusqu'à la minute à laquelle il laisséra son siége pour aller délibérer — il est le sujet de l'attention du formidable avocat, M. Lemieux est un physionomiste, un juge de
nature humaine, De là sa puissunce devant un corps de
jurés,
Dans un procès criminel, les jurés sont les maîtres. C’est. pour eux que Lemieux parle, pour eux qu’il pleure—pour eux qu'il rt! Sans doute, il veut bien respecter le juge. Mais si le juge est dans son chemin, s’il se met entre les jurés et lui, tant pis—il passe par-dessus Son Honneur. Il à entrepris de défendre le prisonnier à la barre, il faut qu'il le sauve—s'il y à. un moyen ! Son espit fertile en ressources, s'accroche aux moindres xccidents d'une teinte favorable à la défense, Sur six pouces de terrain, il construit un monument,
Malheur au temoin qu’il lui est nécessaire de démolir, Il le guette au coin du bois, et l’assassine littéralement.
Son éloquence est à lui, à lui tout seul— faite de passion, de tendresse, de pitié ou d’invective selon le cas.
1l a déployé toutes ses brillantes qualités dans le procès Mer-
£ier. Le choix des jurés a été en grande partie son œuvre.
M. Lemieux est né à Lévis le 9 avril 1851, d'une famille de cultivateurs. Il est le neveu de l’hon. Frs. Lemieux, ancien ministre des Travaux-Publies et Commissaire des Terres. Il a fait ses études classiques aux collége de, Lévis et au séminaire de: Québec, et ses études de droit à l’Université-Laval. Admis au barreau en juillet 1872. Marié à l’une des filles de l’hon. juge Plamondon.
M. Lemieux à agi comm cat de la défense dans vingtquatre causes de meurtre, rmi lesquelles sont celles de la femme Boutet, accusée d’avoir empoisonné sa voisine ; dé Sougraine, le sauvage, accusé d’avoir tué sa femme; de Marcotte, accusé d'avoir tué un nommé Perreault, en défendant us pro-
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priété ; de Bartley, accusé d'avoir tué le sergent Doré, porteur d'un mandat d'arrestation ; de la femme Lagacé, accusée d'empoisonnement de son mari; de Rémi et de Léda Lamontagne : de Bélanger ; de Morin, qui dans une altercation avait causé 1 . mort d'un nommé Roy ; de Louis Riel, le chef d:3 Métis, accusé de haute trahison.
A pris part à presque tous les mouvements politiques depuis 1874. Brigué les suffrages en 1878 contre M. Tarte, lors du coup d'Etat Létellie:, et fut défait; s'est présenté aux élections fédérales de 1881, à la Beauce, contre le sénateur Bolduc, battu de nouveau. Candidat à Lévis en 1883, pour l'assemblée Législative, contre M. J. E. Roy, élu. Elu de nouveau en 1886, et en 1890.
S'est retiré de la politique après le renvoi d'office de M. Mercier, et s'occupe exclusivement de ses affaires professionnelles.
M. Lemieux est, légitimement fier de ses succès au barreau. Mais il est plus fier encore, je vous l’assure, des treize enfants vivants et solides qu’il a donnés à la patrie. Il a réclamé avec énergie du gouvernement de la Province les cent âcres de terre auxquels la loi—-dont M. Mercier est l’auteur-—lui donne titre parfait. Et ïl les a eus. ... en attendant !
J. N. GREENSHIELDS, C. R.
M. F. X. Lemieux avait été chargé de défendre Riel en 1885. Il jugeait essentiel de s'adjoindre.yn avocat d'origine anglaise. Quelqu'un sur lequel il comptait lni fit défaut, à la dernière houre. 11 était rendu à Montréal, en route pour Régina, quand M. Jules Tessier Ini suggéra le nom dé M. Gréenstiields. Le: mieux courut à son bureau, se présenta et éxposa le but de sa visite. Il n’y avait pas un sou à gagner, les dépenses de voyago n'étaiént pas même payées, il était quate heures de l'après
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midi, il fallait prendre : : convoi à huit heures, le même soir. M. Greenshields hésitait, naturellement. Il n'avait aucun préparatif de fait, il n'avait pas étudié la cause, il n'avait poift été averti à temps, ete.
Bref, il consentit. En route pour Regina, en route pour défendre gratuitement Riel — contre lequel l'opinion anglaise étsitsi violemment surexcitée.
Ce simple fait vous fuit connaître M. Greenshields, C’est un homme à larges vues, dans la poitrine duquel bat un cœur généreux.
Je l'évais rencontré avant de le voir à l'œuvre dans le procès Mercier. Je savais qu'il était à la tête d’une superbe clientèle commerciale, qu’il exploitait une très belle ferme, qu’il avait une grande réputation de probité, qu'il plaidait bien une cause. Mais j'admets qu'il s’es. révélé à moi —- comme à bien d’autres — dans son discours aux jurés dans la cause Mercier-Pacaud. L'impression qu'il a produite est méritée : il s'est élevé aux vraies hauteurs de l’éloquence.
Sa voix argentine, ferme de conviction et de volonté, empoi-
gna l'auditoire et le jury, dès les premiers mots qu'il prononça..
La dignité de son maintien, la méthode de son argument, la
correction de sa parase, la virilité de sa pensée, ont fait de la harangue de M. Greenshields l’une des plus impressionmantes qui aient jamris été entendues à Québec. S'attaquant aux seuls sommets de cette cause unique, l'éminent avocat n’a ni fait de sentiment, ni demandé de pitié. Il a réclamé justice et proclamé le droit. Son discours en anglais se trouve à la fin de ce livre.
Quand M. Greenshields le voudra, il deviendra le chef du parti libéral anglsis dans la Province. Il est de la jeune génération qui n’a pas peur plonger ses regards dans les horizons derrière lesquels notre avenir est caché, Sans doute ses prédilections sont pour sa race, mais il aime et respecte la nôtre. Le préjugé ne souille pas cette intelligence de choix. Il est partisan de cette démocratie éclairée, qui veut que tous les honnêtes gens, quelle que soit leur origine, marchent ensemble . la voie de l'harmonie et du progrès.
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