‹ Procés Provencher-Boisclair [microforme]Chapitre 16 sur 31 · QU'IL PLAISE À LA COUR · texte numérisé non relu

QU'IL PLAISE À LA COUR

MM. les Jurés.

Pourquoi ce peuple accouru de tous côtés ! Pouruoi cette foule immense qui encombre les abords de ce palais et qui se presse dans cette enceinte ? Pourquoi cette anxiété, cette attente ? Pourquoi cette émotion dans tous les cœurs ? Pourquoi cette solemnité dans les procédés de cette Gour, ces témoins entendus, ces débats entre le savant avocat de la Couronne et les avocats de la défense ? De semblables choses se sont-elles déjà présentées à vos regards et de semblables paroles ont-elles déjà frappé vos oreilles ? Les tribunaux et les jurés du pays ont-ils déjà eu occasion de s'occuper d’un procès aussi important ? Mais pourquoi toutes ces questions ? La circonstance actuelle est trop imposante, trop solennelle, trop terrible pour en faire davantage. Nolennelle pour vous et pour moi, MM. les Jurés, et terrible pour cet homme que vous yoyez depuis plus de huit jours assis au banc nel accusé d’un crime capital, Le ministère public depuis plus de huit jours lui dit par ses paroles : vous êtes un assassin ! De sang froïd et sciemment vous avez donné la mort à F, X. Joutras, qui vous avait donné l’hospitalité! Le prisonnier MM. les Jurés, a répondu à cette accusation qu'il n’était point coupable, Je viens aussi moi dans ce moment, vous donner la même réponse à cette accusation.

Je ne serai pas long dans les considérations que j'ai à vous faire : car je sens que vous êtes déjà fatigués de lalonguenr de ce procès. Cependant, M.

M. quand il s'agit de l'honneur de toute une fumille respectable, d'enfants qui chérissent un père et qu’un père aime comme de bons enfants ; quand il s'agit de la vie ou de la mort d’un homme plein de force et decourage, et à qui Dieu a dit. comme à tous autres : je place en toi le principe de la vie qui ne te sera enlevé que par mon autorité, les jurés ne doiventse prononcer qu'après müre délibération. Eh bien vous êtes appelés àjuger. Quelie responsabilité avez vous assumée ! Vous êtes juges, quels devoirs incombent à cette haute et honorable fonction ? Vous êtes la sauvegarde des droits sacrés de chaque citoyen : vous ètes les vengeurs des lois divines et humaines : vous étes nommés pour punir les inlracteurs de ces lois ; mais vous êtes aussi Les protecteurs dt faible. Le grand, devant vous, s'il est coupable, doit subir les rigucurs de la loi ; le pauvre, s’il est innocent, doit s'élever dans la société, par le verdict qne vous prononcez, au nom du pays qui vous délèsue ici, pour être ses représentants. Ces principes d’éternelle justice doivent servir de bâse au Jugement que vous avez à porter; principes à la lumière desquels vous devez me cher; principes qui, je l'espère, ont guidé vos aélibérations jusauw’à ce moment et les guideront jusqu'à la fin de nos séances solennelles, jusqu'à ce que convaineus enfin de l'innocence du prisonnier, vous Île renvoyiez au sein de sa famille.

Ni d’un côté vos devoirs sont si grands et entrairent une si grande responsabilité, je ne me dissimule pas l'importance de ceux que j'ai à remplir moimême. Aussi, dès le premier instant que le prisonnier eut placé sa confiance en moi, et qu’ilm'eût dit : Je vous choisis pour mon défenseur et pour me réhabiliter dans la société, je me suis assuré les services des confrères que vous voyez assis au banc de fa défense. Plus habitués que moi d'adresser la parole dans de semblables occasions, vous aurez le plaisir de les entendre, et si je ne puis jeter dans

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vos âmes la conviction que le prisonnier n’est pas coupable de ce dont il est accusé, j'espère que leurs voix éloquentes réussiront à vous faire connaitre sa non-culpabilité. Cependant je vous dirai avec franchise, que les sentiments de crainte que j'éprouvais avant ce jour sur le sort du prisonnier, se sont changés en sentiments de joie. Car après avoir entendu le témoignage de tous les témoins de la Couronne, je suis persuadé plus que jamais que l'accusé n’est paint coupable du crime de meurtre, Jai trop confiance dans votre intégrité, MM. pour croire un seul instantque vous vous laisserez influencer par les bruits courants et que vous préterez l'oreille à des rumeurs populaires. Il est vrai, le cri: cet homme est coupable, a été lancé dans le public. Ab lque ce criest faux ! qu'il est méchant !méchant! Oh !'noire calomnie, quand disparaîtras-tu de la société ! Que ce cri, MM. s'éloigne de vous ; qu'il ne retentisse plus à vos oreilles ! chassez-le dans je silence, Lorsque vous avez été assermmentés, vous avez juré solennellement, en présence de votre Dieu et de cet honorable tribunal, que vous examineriez tous les faits qui vous seraient présentés, et que vous renderiez un verdict suivant la preuve. Vous devez donc mettre de côté tons les bruits et toutes les rumeurs extérieures ainsi que les ouidires et les préjusés. Bien saisir tous les faits de ce procès important tel que rapportés par les témoins de la Couronne, et ceux que la défense offrira pour contrecarrer et renverser certains points de la poursuite qui semblaient ètre établis, est un de vos principaux devoirs.

Ce devoir vous sera bien facile à remplir: car la conscieuce d’un honnèéte homme nese trompe pas, et son intelligence ne s'égare point.

MM. il faut, pour rendre un verdict de culpabilité, que vous ayez des preuves certaines et con-

raincantes. Dans le cours de ces considérations, nous examinerons toutes les preuves que la

Couronne vous a offertes ; convaincu d'avance que vous les trouverez insuflisantes et le doute qu’elles apporteront dans votre esprit, vous mettra en état de rendre le prisonnier à sa liberté ; car pour condamner cet homme à mort, il faut que vous puissiez avoir acquis, par la preuve de la Couronne, un dégré de certitude tel, qu'il ne reste aucun doute dans votre intelligence; il faut que vous puissiez dire: c’est le prisonnier, et nul autre, qui est l’assassin ; il faut que l’ensemble de la preuve vous démontre d'une manière aussi clair et aussi évidente que c’est cet homme qui est le coupable ; qu'il est clair et évident que ce n’est pas vous-mêmes qui êtes les auteurs de ce crime. Ah! MM. vous êtes bien convaincus que ce n’est pas vous qui êtes la cause de la mort de ce ma heureux Joutras. Eh bien, encore une fois, il faut que vous soyiez aussi fortement convaincus, d’après les faits de la cause, que ce soit le prisonnier qui est le coupabie et nul autre; car en ie déclarant coupable, vous le condamnez à mort, il n’y a point d’alternative : oui, c’est à votre voix qu’il monte à l’échafaud.

Je sais qu'il est malheureusement, dans la nature humaine, un sentiment qui lui fait écouter, avec un certain plaisir, l'accusation et les preuves à son appui, fussent-elles frivoles. Je sais que la Défense est presque toujours accueillie avec défiance. Mais MAT. je vous supplie d'entendrela défen-. se avec toute l'impartialité que vous commandent les lois ; votre serment vous y oblige, votre conscience vous l'ordonne, votre religion vous en fait un devoir sacré.

Messieurs.

Le Prisonnier à la barre est accusé d’avoir le 31 Decembre 1866, félonieusement et volontairement etavec malice préméditée, tué et assassiné François . Xavier Joutras, cultivateur de St.-Zéphirin : tel est. l'acte d'accusation.

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Pour commettre un crime semblable, il faut que le meurtrier ait des intérêts considérables à le faire, ou que sa nature soit bien pervertie, bien dégradée. Provencher a cependant toujours joui d’une bonne réputation et d’un bon caractère. C’est un homme sobre, et honnête dans toutes ses transactions. Jusqu'à cette malheureuse accusation, il a toujee possédé l'estime et la considération non-seu-

ement de ses concitoyens de la paroisse de Nt.-

Zéphirin, mais encore et surtout de ceux de la paroisse de Ste.-Monique et des paroisses environnantes.

À Ste.-Monique il a même occupé plusieurs charges publiques. Il à été Conseiller, Commissaire et Juge de Paix, et a rempli ces charges à la satisfaction publique. Il ne s'est jamais écarté des principes religieux qu'il a reçus dès son enfance. Il a accompli jusqu'à tout dernièrement encore ses devoirs religieux comme un bon catholique doit le faire. [la élevé une famille nombreuse, chétiennement et comme un bon père de famille. Une de ses filles que Dieu a enlevée de cette terre avant cette malheureuse époque était un modèle des vertus chrétiennes et un exemple pour toutes les personnes de St.-Zéphirin qui l'ont connue ; et celles qui sont dans cette enceinte et qui versent des larmes de douleurs sur le triste sort de leur malheureux père ne le cèdent en rien à celle qui n’est plus. Ah ! Messieurs les Jurés, que votre verdict fasse sécher ces larmes, et relève le courage abattu de ces deux autres enfants, ses deux fils que vous voyez dans cette audience.

Vous ne pouvez donc pas dire, Messieurs, vous ne pouvez pas même penser, n1 soupçonner que le prisonnier soit un homme dégradé, un homme qui repousse toute idée de bien et qui n’inspire qu'idées de mal.

Provencher n'était-il pas bien vu dans la famille Joutras ? n’était-il pas jusqu'au dernier instant

l'ami intime du défunt? Les enfants ne l’aimaientils pas beaucoup, ne l’appelaient-ils pas leur grandpère ? ? Est-ce que jamais et dans aucune circonstance, la conduite du prisonnier a été autre que celle que je viens de vous ripporior ? La Couronne n'a pas osé dire le contraire. Klle n’a pas même tenté de faire une preuve sur le caractère, la bonne conduite et les mœurs du prisonnier à venir jusqu'au 26 Octobre dernier, époque du voyage de Sorel, à propos duquel on a fait tant de bruit et raconté tant d'histoires. Je vous parlerai de ce voyage dans ele s instants.

Le prisonnier à la barre n’a donc pas été poussé au crime, sil y a eu un crime de commis, par une nature perverse et démoralhsée.

Pourquoi done aurait-il commis un crime on méme pourquoi, y aurait-il participé : £

Deux motifs induis ent généralement un homme à commettre le crime : : l'argent ou les passions de la chair.

Quant au premier motif, il n'existe certainement pas ; aussi il n'en a pas été question. Le prisonnier, sans étre un homme riche, vivait et pouvait vivre à l'aise jusqu’à la fin de ses jours. Il est renuicr, ef ses fils sont en état de lui fournir plus que le suffisant ; d’ailleurs il est lui-même industrieux et peut pourvoir à tout ce qui lui est nécessaire ; je puis donc dire en toute assurance que l'intérèt pécuniaire n’a pu le porter en aucune façon à faire le mal.

Mais vous pensez peut-être, messieurs, que le prisonnier à eu des rapports criminels avec sa préténdue complice et que de là, il aurait conçu le projet de donner la mort à F, X. Joutras. En supposant pour un moment, que tel serait le cas, qu’en effet 1! se serait mal comporté avec la prisonnière, chose que je nie, car la preuve de la couronne n’établit rien de certain sur ce point, vous ne pouvez point et vous ne devez point condamner cet homme à

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mort; car telle n’est point l'accusation. Qu'aurait done fait le prisonnier pour jeter dans vos esprits cette idée de commerce illicite avec la prisonnière ? Le voyage de St. Zéphirin à Norel,le ou vers le 26 Octobre 1866, me répondrez-vous. Messieurs, y at-il quelque chose d’extraordinaire dans ce voyage ? Voyons les fuits mémestelsqu'établis par les témoins de Ia couronne. Quoi ! le prisonnier part avec Sophie Boïselair à la connaissance de K. X. Joutras, son mari. On parle de ce voyage {5 jours d’avance comme on vous le prouvera. bien plus, c'est Joutras iui-même qui demande le prisonnier de vouléir bien accompagner sa femme à Morei, et lui dit : va, ne crains rien, tu es avec un bou homme. Lui, Joutras, qui connaissait la fidélité de sa femme et l’honnéieté du prisonnier n'a pas ième le moindre soupçon. il eut connu Provencher pour un maihonnète homme, fui aurait-il confié sa femme ?

SU out eu des craintes sur la fidélité de son épouse, Panraitil laissé aller avec le prisonnier Cer: tainement non. Et messieurs, jusqu’à son dernier instant, le défunt Joutras a-til jamais fait le moindre reproche à sa femme où à son ami Provencher sur leur conduite on sur les histoires qne des langues méchantes pouvaient faire, où faisaient sur ce voyage à Sorel ? Mais pour faire taire ces langues calomnieuses qui ne se plaisent qu'à fure le mal, quand ily avait des étrangers à la maison, Joutras et sa femme ne voulaient pas parler du voyage de Sorel. Tout ce que je viens üe vous dire au sujet de ce voyage est sorti de la bouche méme d'un témoin de la Couronne qui est des plus hostile à la Défense : je veux parler d'Elise Joutras, fille de la prisonnière, Oui MAL. ce témoin est hostile aux prisonniers. Le sentiment filial n’existe plus chez cette enfant. Vous l'avez vue, elle a donné son témoignage avec une espèce de satisfaction, tandis que la honte de voir sa mère au bane exminel aurait dù la faire rougir, Ah !'il faut que

des chosès extraordinaires soient passées devant ses yeux depuis l'arrestation de sa mère ; car les sentiments qu’une fille doit avoir pour sa mère sont bien grands ! ils sont impérissables ! il faut que l’abime qui les engloutit soit profond pour qu’une jeune fille pousse l’indiflérence jusqu’au point de renier sa mère par ses actes, sinon par ses paroles, dès que cette malheureuse mère est jetée dans les fers. Je reviendrai à ce témoignage quand je vous parlerai du 31 Décembre, jour du décès de F. X. Joutras.

MM. c’est donc un fait établi que Provencher est venu à Sorel avec Sophie Boisclair, à la demande, à la connaissance et avec le consentement de Joutras.

Puis, l’orateur parlant de ce voyage, appuie d’une manière énergique sur le témoignage de Rose-Delima Benoit, s'attachant à faire voir son peu d’importance et à démontrer que les faits qui se sont alors accomplis sont des faits ordinaires de la vie, La prisonnière arrive chez une amie qui est contente de la revoir et la félicite sur le bon état de sa santé. Le prisonnier dit qu’en effet elle est belle et grosse femme et bien portante. Puis ils laissent là un cheval infirme et incapable et ‘font la route dans une seule voiture. Rien ne prouve de commerce criminel entre le beau-père, prisonnier à la barre, et sa brue Sophie Boisclair.

Les témoignages de Geneviève Laforce et Sophie Mathieu, ceux sur lesquels la couronne s'appuie le plus, sont aussi sans force pour une telle preuve. Sophie Boisclair ne se cache pas, au contraire, déclare parenté avec la femme Courchaine, témoin entendu. Tout en admettant ce témoignase et celui de la servante de ce témoin, il ne nous fait rien voir autre chose, que les deux accusés ne se cachaient pas, ni ne cherchaient à se cacher:

Mais la défense prouvera d’une manière indubitable que les accusés n’ont pas couché, le soir du

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26 Octobre, chez l’hôtellier Courchaine, mais bien chez un nommé Lafontaine ; qu’ils ont mis leur voiture chez un nommé Bourret. Elle nous fera voir ce qu'ils ont fait le lendemain, jour du marché. Si il y a contradiction dans une partie de la preuve que la couronne considère comme essentielle, de toute ‘nécessité il n’y a rien de certain dans cette preuve. Au contraire, cette preuve étant contredite complètement, on ne peut plus soupçonner un seul instant qu’il y ait eu commerce criminel entre les deux accusés dans cette circonstance, Puis l’orateur continue :

MM. comme des hommes intelligents, mettant de côté tout préjugé et bruit populaire, ne vous en rapportant qu'à la preuve faite et celle que la Défense va vous offrir, vous ne devez pas, en conscience et d’après les choses qui se passent tous les jours sous vos yeux, dire autrement, que ce voyage de St. Zéphirin à Sorel, est un voyage semblable à celui que vous et vos épouses faites tous les jours, et que même l’idée d'une mauvaise conduite entre les accusés, ne peut pas et ne doit pas exister dans votre intelligence. Où est donc alors la preuve de circonstance ? Qui donc, d’après elle, a pu conduire le prisonnier à commettre un crime ? Quel motif aurait pu l’induire à participer à un crime ? L'argent ? Non. Les mauvaises passions ? Non. Les mauvaises mœurs ? Une nature dépravée et désireuse de commettre un crime? Non. Cet homme, Messieurs, n’est pas un monstre. Vous le voyez ; et d’après ce que vous connaissez vous-mémes maintenant, vous devez le juger, d'après ce queje viens de vous dire, comme vous vous jugeriez vous-mêmes. Votre serment, Messieurs, ne vous dit pas de juger et de condamner cet homme, d’après ce que vous pouvez croire par vous-mêmes et d’après les connaissances que vous avez pu acquérir en dehors de la preuve; quand bien même vous penseriez pour un instant que Provencher a

eu des rapports criminels, s'en suivrait-:1l que pour cela seul vous devriez le condamner à mort ? Non : ce n’est pas votre devoir ; car ce n’est pas l'acte d'accusation.

Puis l'orateur passe cn FEvRE quelques 1 témoignages qu'iliuit voir comme nonimportants et continue £a Couronne a tenté d'établir que le prisonnier avait acheté du poison chez le Dr. Giroux à Trois Rivières. Le fait predomimant, Messieurs, le fait qui doit vous préoccuper spécialement est celui-ci : de savoir comment l'accusé quise serail procuré du polson chez le Dr. Giroux de Trois-Rivières, chose que je nie, parce qu’elle n’est pas établie par aucun des témoins de la Couronne, anrait pu, de ee même où de concert avec Nophie Boisclair, le 22 De- 1E06, donner du poison, au défunt Joutras, qui aurait pu pe pue cnez Pui les rs d'empoisonne: nent décri s par Ma ie Plourde. Comnent ! Marie Plourde nt décrit les symptômes de l’empoisorn ment par la strychiine, et le Dr. Ladoucour s;pelé près du mala de n'aurait reconnu en lui qu'une maladie de nerfs ! Chose extraordinaire |! Quant moi, Messienrs, quantau témoignage de Marie F'lourde, je le regarde comme une histoire faite après coup ; car d’après les symptômes qu'elle Géertt, si ce sont réellement ceux causés par la strychnine, comment Jou ne Del pu survivre ? Fit connent pouveait-il se faire que le prisonnier à la bar: , donnât du poison Nr 22 Décembre, 1569, quand, après les témoignages du Dr. Giroux et de lhdace SE Pierre, témoins de la Couronne, il n’en aurait acheté chez le Dr. Giroux que le 80 Déc mibre, 1866 ; chose que je nie formellement, carilvac entradiction flaorante entre le témoienage dt "Dr. Giroux et du témoin Didace St. Pierre. Vons avez entendu, messieurs les Jurés, ces deux té if dans cette boîte, dire ce quw’ils pensrient des actes du prisonnier, le 80 Décembre, 1866, Le D: Garoux reconnait-il le prisonnier ?

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Non. D'après lui, il lui semble, il Jui parait, que c'est la même personne ; mais, il, celui qui est venu chez mot le 20 Décembre, ait une moustatache forte, noire et erisonnante Le retombant sur la bouche et qui certainement n'était pas une moustache oube Messieurs, la Défense vous Ctablira que jamais le prisonnier n’a porté une moustache. Et des lors n'y aurait-il pas contradiction entre la preuve de la Couronne et de la Défense sur l'identité du prisonnier ? Mais direz-vous : il y avait Didacc St. Pierre dans le bureau du Dr. (Ciroux, qui vient aujourd'hui confirmer le témoignace An Docteur. Messieurs, vous . vu ce témoin: vous avez vu la manière dont ila donné son témoisnage. Il l'a donné en riant, en s'amusant : Jui, ce témoin qui vient de la part de la Couronne, dire d’une manière positive que le prisonnier à la barre est la personne qui, Je 30 Décembre, a achété du poison chez le Docteur Ciroux, et qui vient vous dire d'une manière positive qu il a cu connaissance de cet achat.

il vous dit : qu'il a vu Jui-même le porson, que ce poison s'appelle strychnine; que ce poison est motonneux ; qu'il a vu le Dr. Giroux en peser huit grains ; que c'était bien facile à voir ; que les œrains étaient ordinaires, gros comme un bl' ou comme un pois; que j'octeur luia pesé cela: que tont le temps 1} étuit à deux pas de lui ; qu'il n'a pas été question d’un écrit du Dr. Smith. Messieurs les Jurés, quand vous entendez un homme donner son témoignase de cette manière là, pouvez-vous Las

ser, pour un instant qu'il dit la vérité ? Comment

un homme qui compte des grains Ge strych nine donnés en poudre, comme je pourrais ou comme vous pourriez compter une maison, deux maisons etc, ete, et qui ne sait ni lire, ni écrire, comme ent pouvez vous dire que ce témoignage n'est pas un témoignawe de circonstance, et qu'il n’est pas fait dans le but exprès d'apporter contre le prisonnier

quelquechose quilui soit défavorable ? Réfléchissez,

messieurs, sur le témoignage de ‘ce Didace St. Pizrre et du Dr. ‘Giroux, et vous verrez qu'il y a entre eux, de grandes contradictions. Comment pouvez vous dire alors que ces témoins vous ont dit la vérité ? Et, messieurs, si tous les témoins de lu Couronne, loin de vous éclairer sur l'acte d’accusation, jettent dans votre intelligence la confusion et le trouble, comment pourrez vous en venir à la conciusion que le prisonnier est coupable ?

Il est donc, messieurs les Jurés, d’après les circonstances et d’après les témoignages de la Couronne, très douteux que le prisonnier ait acheté du poison chez le D. Giroux, le 30 Décembre, quoique ce jour là, il fut ‘à Trois-Rivières et qu’il soit revenu à ft. Zéphirin, avec un des témoins de la Couronne, Elzéard Pothier, dont le témoignage ne donne aucun éclaircissement dans ce procès.

Messieurs, une question qui doit vous frapper dans ce procèsest celle ci : comment peut-il se faire que Joutras ait pu être empoisonné, le 22 Décembre. quand la Couronne a prétendu que le Prisonnier était allé acheter du poison le 30 Décembre. C’est là une grave anomalie dans le cadre de sa preuve. Ÿ a-t-il un seul'témoin qui soit venu devant cette Cour et devant vous,messieurs, dire que l'accusé était en possession de poison le 22 Décembre, 1866 ? La Couronne vous a-t-elle prouvé qu’avant l'époque du 30 Décembre le prisonnier füt en possession de poison quelconque ?

Ne pensez-vous pas comme moi, Messieurs, que le témoignage de Marie Plourde soit un témoignage d'imagination. Croyez vous qu'elle dit la véri- ‘té ? Comment pourrait-il se faire que F. X. Jou tras, le 22 Décembre aurait été empoisonné suffisamment pour donner les symptômes décrits par le témoin, Marie Plourde, et que là et alors la mort

.ne s'en serait pas suivie ? La Couronne a-telle prouvé que le Prisonnier avait alorsdu poison en sa possession ? Personne ne peut le dire, personne

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ne peut l'établir. Qu'est-ce que la Couronue apporte pour prouver que le prisonnier à la barre, le 22 Décembre, ait cherché à donner la mort par le poison ? A part le témoignage d’'Elise Joutras, qui ne connait ni les dates, ni les mois, ni les heures, at-elle prouvé quelque chose qui puisse même faire planer un soupçon ? Joutrasdit qu'il veut aller au bois préparer sa sucrerie. Provencher répond : j'irai vous aider à travailler jusqu’à midi, si vous ie désirez, mais pas plus longtemps, car je dois rejoindre mon fils à midichez Moses Hart. Ils partent ; Sophie Boisclair, la prisonnière, donne une petite bouteille de whisky à son mari, qui la remet à Provencher pour l'emporter au bois. Rien d’extraordinuire. Joutras était dans l'habitude de faire la chose. Ils vont au bois, et.Provencher revient à midi, laissant Joutrasà manger et à boire, chose qu'il était dans l'habitude de faire. Là, messieurs, commence la maladie de Joutras que l’on appelle extraordinaire. D’après les aveux qu’il a faits à tous ceux qui voulaient l'entendre, n'étant pas à l’extrémité, x extremis,.et surtout à Marie Plourde. té6moin entendu en cette cause, l’on croirait, si l’on jageait les choses d’après les oui-dire et les préjugés, que le prisonnier lui aurait fait prendre du poison appelé strychnine, que la prisonnière aurait mis dans la bouteille emportée au bois par son mari.

Puis l’orateur continue à analyser le témoignage de Marie Plourde etle mettant sous les yeux des Jurés, leur dit d'y réfléchir sérieusement ; qu'une personne qui n’a pas d'éducationne peut décrire les choses tel qu'elle l’a fait. Il lui faillait' être inspirée de quelqu'un ; car le Dr. Ladouceur appelé auprès du malade, lors des crises décrites par Marie Plourde, n’a pas pu reconnaître l’empoisonnement par la strychnine, seulement'd’'après les symptômes remarqués alors ; il crut que tétait une attaque de rhumatisme. Analysant ensuite celui du Dr, Ladouceur, il en fait ressortir les contradictions et. le:

ridiculise. Il fait voir le peu de soin qu'il a apporté à l'analyse et au transport des viscères : le lieu où ils furent placés, dans le siège de Ja voiture ; le vase qui les contenait, une assiette : tout était irréiléchi au plus haut point et condamné par tous les auteurs. Il n'y a jamais de quoi se réjouir quand on aun cadavre sous les yeux, surtout quand on se prépare à en faire l’autopsie sous de telles circonstances, et quand la vie de plusieurs dépend du résultat de cette autopsie. Coinme je vous l'ai déjà dit, messieurs, comment le prisonnier aurait-il tenté d'empoisonur Joutras Le 22 Décembre, quand ilne s'est, d'après Ia prétendue preuve de la Couronne, procuré du poison que le 30 Décembre ?

Puis lorateur passant au témoignage du Dr.

Smith dit :

Le Prisonnier va le 20 ou 22 Décembre à la Baie du Febvre chez le Dr, Smith, demander des remèdes, De plus il demande du poison pour les renards, il ne connait pas méme le nom du poison qu'ildemande Le docteur dit qu'il n'en à pas, mais l'informe où il pourra s'en procurer. [ls partent tous deux, et ne peuvent pas en avoir chez les gens qui d'ordinaire font la chasse aux renards, Le Prisonnier ne connait pas même le nom du poison qu'il Fiut pour Les renards. Il va publiquement, franchement demander du poison à qui voudra lui en donner, où fui en vendre. Toutes ses démarches se font dans sa paroisse et la paroisse voisine, la Baie. Pensez-vous messieurs, pour un lstant qu'un homiae qui veui commettre un crime ag'isse de cette manière ? Lensez-vous que si je veux donner la mort à un de mes semblables j'irai chercher l'instrument ehex mes voisins, et sans déguisement ? Quelle est Ia conduite du prisonnier, dans cette circonstance ? N’a til aucun sujet d'aller chez le Dr. Smith ? La manière dont il agit dénotæt-elle chez lui quelque chose de mal honnête, de mal intentionné ! Non hounèteté ordinaire se fait connaître et le Dr, le considère

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comme tout le monde le considérait, comme un honnète homme, bien plus, le Dr, Ninith lui donne un écrit par lequel il pouvait se procurer du poison. À quoi messieurs devait servir Le poison ? Le prisonnier devant le Dr. Nmithle dit-il? Oui. Mes fils résident à 15 lieues de Boston, ils in'invilent d’alier les voir ; ils me demandent du poison pour les renards, c'est pourquoi je désire m'en procurer. De plus, M. Scott possède une jument semblable à la mienne, et je désire l'acheter; sil veut $50, comptant, et 590 à mon retour, je vais Pacheter ; ça payeia les dépenses de mon voyage.

La Défense vous prouvera que les paroles du prisonnier ne sont pas fausses. La Défense vous prouvera qu'un des fils. du prisonnier a écrit à son père d'aller le rejoindre auxiFtats-Unis et d'apporter avec lui du poison pour les renurds. Le prisonnier trompe-t-1l dans ce moment, rend-t-il compte de ses paroles ct de sa condute ? Cette conduite est-elle celle d’un homme qui veut commettre un crime ? Dès qu'un homme est accusé d'une faute, d'un eriane, numédiatement toutes les mauvaises langues, tous les compères et les commères du village, ou d'un rang se réunissent pour faire leurs histoires, pour lancer leurs inculpations. Dès linstantde l'accusation l'on trouve tout à redire contre la conduite de la personne accusée : ses actes les plus honnôtes sont interprétés en mal. Il suliit qu'un mot soit lancé pour que tout un rang, toute une concession fasse des cancans et à force de se répéter ces choses les personnes viennent à prendre ie mensonge pour la vérité, l’insjustice pour la justice, la vertu pour le crime. Tel est le sentiment, messieurs, vous le savez, qui domine notre population rurale et qui la conduit dans plusieurs de ses actes. Âfais, messieurs, comme je vous lai déjà dit, cela ne vous conduira pas. Vous mareherez à la Iumière de votre intelligence, sans peur, sans crainte, sans partialité. N’écoutant les conseils de la Cour que

sur les questions-.de droit vous devez être les seuls appréciateurs de la preuve et les seuls juges. Comme je vous le disais il y a un instant, des petits incidents pour faire preuve de circonstance se groupent, mais les faits dominants dans la cause jusqu’à ce moment sont ceux-ci: point d’extraordinaire dans le voyage de Sorel, manque de preuve de la part de la Couronne pour établir de mauvais rapports entre les accusés et qui n’ont existé que dans l'imagination des accusateurs et des calomniateurs, contradiction flagrante de la preuve de laCouronne sur tous les points déja discutés contradiction entre Giroux etSt. Pierre, Marie Mathieu et sa servante Délima Benoit, Thomas Hart et le Dr. Smith qui ne prouvent rien, contradiction dans le rapport de l’autopsie qui en fait connaître le prétendu auteur, la manière dont l’autopsie à été faite ; tout, messieurs, jusqu’au 22 Décembre, ne vous porte t-1l pas à croire que le prisonnier à la Barre n’est pas coupable ?

Comment, Marie Plourde décrit si bien, le 22 Décembre, les symptômes de l’empoisonnement par la strychniné, et le Dr. Ladouceur, là présent sur les lieux, près du malade, lui administrant des remèdes ne peut pas même reconnaître la maladie dont Joutras est attaquée ! Ah! que detsmoins comme Marie Plourde apprennent après coup, ce qu’ils ne savaient pas d’abord! N’avez-vous pas pu, messieurs, découvrir dans ce témoignage ce que cachait le masque de l'hypocrisie ? Je ne vous en dirai pas plus long sur ce témoignage, convaincu moi même. comme vous devez l'être, que tous les incidents qu'il rapporte sont revêtus du manteau de la fourberie, du gain et d’autre chose que je vous laisse à. apprécier.

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Je vous parlerai maintenant, messieurs, de quatre ou cinq témoignages, qu, au premier abord, ont pu vous paraitre inculper le prisonnier; ces témoignages sont ceux'du curé L. Trahan, Jos. Joutras, M. Lemaire, Mathilde Joutras et E lize Joutras. Malgré la bonne volonté de ces témoins et l'entente que les Joutras ont mis dans leurs Gfnositions que vous avez entendues, il y a cependant entr'eux des contradictions suffisantes pour ne pas ajouter foi à ce qu'ils diser de surtout quand il est facile de s’apercevoir de leurs intérêts personnels. M. le Curé L. Trahan se contredit lui-meime. C’est malheureux. pour un homme de sa position; mais c'est cela. C’est le 24 Dédembre qu'il a vu Joutras. Il ne remarque rien d’extraordinaire ; cependant il dit qu’il n'a jamais vu une maladie semblable.

Il Jui a administré les sacrements sans inconvénients; cependant dit-il, 1l ris sonnaït à chaque onction et quand les femmes lui lavaient les pics, il

emuait; et M. le Curé a vu ccia pour la première fois et cependant ila administré plusieurs mille personnes. Sur la fin de sa première déclaration il

dit qu'il n'a jamais vu d’autres personnes £ ayant les mêmes symptômes. Quels symptômes at-il donc remarqués chez z Joutras ? vous l'avez entendu. Aucun. Joutras avait alors sa pleine conn aissance, 1l parlait distincetement ; 1l Jui dit qu'il avait une pelne, probablement la peine commune, celle d'avoir péché, d'avoir offensé son Dieu, comme nous tous qui le faisons à chaque instant de notre vie.

M. le curé vous a dit, quand mon confrère M.

Chapieau l'a transquestion: 16, que Joutras a frissonné eee il Jui a touché Les pieds, mais le reste du

rps, rien. Dans tous les cas dit ce témoin je ne l'ai pas PL Oh! Messieurs, c’est que tel e:t le cas, car, $ eût été autrement, M. le euré l'aurait remarqué, a, Trahan dans son examen en chef, vous a dit et vous l'avez entendu, que le défunt Joutras de Ja main droite Ini saisi le poignet et qu'il

le lui a tenu tout le temps qu'il l'avait fait communier; et six minutes plus tard, le même témoin vous à déclaré que Joutras ne tenait rien dans ses mains, et il ne se rappelle plus s’il remüuait, oui ou non, en recevant l’Extrème-Onction. Comme la mémoire se perd d’un moment à l’autre! Ce témoin, d’après ce que vous avez pu entendre, aurait désiré s’il eût été possible, décrire les symptômes de l’empoipoisonnement par la stryehnine. Malgré le ministère sacré que ce témoin remplit dans la société, vous devez MM. prendre son témoignage tel qu'il vous l'a donné, avec hésitation et contradiction.

Voyons le témoignage de Jos. Joutras. Quelle mauvaise foi quand 1l déclare : que le 31 décembre après que ce pauvre Joutras fut mort, enseveli, et que les personnes présentes eurent réveillonné, “ Provencher est monté se coucher et Sophie Boisclair est montée ensuite et on ne les a pas vus du reste de la nuit.” Ne veut-il pas vous douner à entendre qu’il y a eu du mal de fait entre le prisonnier et la prisonnière ? Ah: messieurs, la manière dont ce témoin à donné sa déposition doit immédiatement vous donner des craintes sur sa véracité—cet homme a intérêt à faire condamner le prisonnier, il le déteste. Dans sa déposition devant le coroner, il ne dépose pas de la même manière. Vous avez entendu lire cette: déposition. Et quand on lui demande pourquoi il ne se borne point à relater les mêmes faits, c'est que, dit-il, on ne m’a pas questionné dans ces termes-là. Ah! MM.ce n’est pas la raison ; car la raison, le motif est celui-ci: qu’il s’est consulté, et il le dit lui-même, avec d'autres, avec les autres Joutras, avec Mathilde Joutras surtout, qui a été et est encore, depuis la départ des prisonniers, la gardienne, la conductrice et la prétendue protectrice des enfants de la prisonnière. Cette malheureuse vicille fille Joutras et le nommé Jos. Joutras, qui m'ont déclaré à moi-même, quand je me suis rendu sur les lieux, à la demande

de la prisonnière, qu'ils ne connaissaient rien dans cette affaire. Ouils ont menti à leur conscience dans cette circonstance là, ou ils vous ont dit faux, en vous rapportant les faits qu’ils ont cherché à vous faire accroire. Mais quel intérêt me direzvous, avaient tous les Joutras entendus comme témoins, de faire condamner l'accusé ? L'intérêt pé-. cuniaire; voilà la réponse. Jos. Joutras avait eu des chicanes avec l'accusé, ou plutôt, il a déclaré comme la défense vous le prouvera, que Provencher partirait de la paroisse. Il l’a sommé de sortir de la maison qu’il prétendait être à lui. Lui et ses cousins, frères du défunt, se sont consultés, ils ont, pour ainsi dire, référé la cause de la mort de Joutras à des arbitres, à M. le curé. Ils ont fait entendre, tous ensemble, à Elise Joutras qu'elle serait riche héritière, si elle témoignait fortement contre sa mère et le prisonnier, et à Mathilde J'outras, qui n'est pas d’une nature bien douce, comme vous avez dû vous en apercevoir, qu’elle aurait sa bonne part. Quand je suis allé à la maison de la prisonnière, il y a quelque temps, Elize Joutras fut tellement entourée des témoins Joutras, tellement pressée par eux, qu'elle n’a pas osé me dire un seul mot. Ces témoins ont même empêché cette jeune fille de venir voir sa mère. Et, Messieurs, je regrette de le dire, c'était à l’instigation de M. Trahan ; car, quand je lui demandai pourquoi elle ne venait pas voir sa mère, elle me répondit: M.ie Curé me l'a défendu, Malheur à ces témoins, Messieurs. La justice des hommes ne peut pas les atteindre maintenant, mais la justice de Dieu les a vu agir, les à entendu parler, les a compris dans leurs desseins. lle a vu leur trame ourdie avec toute l’ingratitude et avec toute la perfidie possibles ! à eux la responsabilité ! À moi la responsabilité si je ne fais pas mon devoir ; à vous, Messieurs, la responsabilité, si vous suivez ces méchantes inspirations, si vous croyez, si vous ajoutez foi aux fausses incul-

pations de ces témoins qui se contredisent entr’eux malgré leur commune entente !

Le public et vous-même, peut-être, Messieurs, avez 6t6 sous l'impression que c’était la prisonnière qui, le 31 Décembre au soir, avait donné de Ja soupe au défunt Joutras et que cette soupe était empoisonnée, et qüe Joutrus était mort immédiat ment après lavoir prise ; c’est là l’histoire populaire. Cette histoire a tellement frappé les esprits, que le témoin Michel Lemaire la crue ; ce témoin qui ne connaissait rien des symptômes, qui ne comprend même pas ce mot, n'a rien voulu dire devant le Coroner, car alors 1l y allait de bonne foi et n'avait reçu aticune instruction, aujourd'hui il se trouve tout à coup illuminé, connait toutes ces choses, parle en savant et décrit les symptômes que donne lempoisonnement par la strychnine, aussi bien que le ont les médecins. Quelques personnes ont semblé donner un grand poids à ce témoignage, surtout au mot etholer, si elles comprenaient que ee témoin n’a jamais dit ce mot ; mais qu'il a dit cajoter, mot qui n'est d'aucune langue et qui prouve qu'il ne savait pas ce qu'il disait en le disoni. Cet homme, comme généralement ceux de sa paroisse, disent toujours manher at lieu de manger, Lrrdin au lieu de jardin et ainsi de suite. Si ceux qui ont semblé et semblent être admirateurs de cette expression, cahoter, savaient que le témoin disait cajoter, peut-être la trouveraient-ils plutôt ridicule que savante. Laissons, Messieurs, le ridierle de cette déposition à quiil appartient, et voyons les contradictions. Lemaire jure positivement que c’est la prisonnière qui a donné la soupe, le 81 Décembre, et c'était devant mot, dit-il, Malgré que ce témoin ait beaucoup appris depuis l'enquête du Coroner, il n’a pas encore reçu assez de leçons pour savoir ce qu'il aurait dû dire : que c'était Elise Joutras, fille de la prisonnière qui a donné cette soupe à son père, par deux fois, et qu'à chaque fois, son père, le défunt, Pa trouvée

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bonne. Et Lemaire était là! Ah ! il croyait, le malheureux, d’inculper par 1à la prisonnière : il s’est trompé ! Elize Joutras jure que c’est elle qui a donné cette soupe sur laquelle on a raconté tant de fausses histoires, dans le but exprès de préjuger le public el vous-mèmes, Messieurs, contre les prisonniers. Pouvez-vous croire maintenant au témoignage de ce Lemaire ? IL a juré faux, ou Elize Joutras a juré faux : Choisissez.

Puis l'orateur résume en quelques mots la preuve de circonstance de la couronne, et termine en rappelant aux jurés leur devoir de ne condamner le prisonnier que s’ils sont convaincus fermement et certainement de sa culpabilité; ques’il y a doute chez eux, le bénéfice de ce doute appartient à l'accusé ; que vu les contradictions dans la preuve de circonstances ils ne peuvent être fermement convaincus que le prisonnier à la barre est coupable du meurtre dont il est accusé : mêmeils ne peuvent pas supposer qu'il est coupable,

Il laisse à son confrère M Chapleau, la discussion de la preuve médicale.

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