acte D’ACCUSATION
Les Jurés pour Notre Souveraine Dame la Eeine, sou^s leur serment, représentent que Modeste Villebrun dit Provencher, cultivateur de St ZéplÜTin de Courval, District de Eiclielieu est TOUT de Décembre, eii lan de N ''s** 1866, dans la Paroisse et District susdits.fe-
foniLemek, volontairement et avec
méditée tué et assassine Lks-Aavteu Jouikao, Onltivateur du même lieu, contre la paix de notre WmS Dame la Eeine, sa Couronne et sa
dignité.
Aunlioation étant faite do la part de la défense nuSre loTdonné de faire sortir les témoins de l’enceinte l’appel des témoins dont les «oms sm vent fat ^n conséquence fait, par ordre de la Cou-
roiine.
Témoins de la Couronne.
Dr. Ladoncenr,
Dr. J. Smith,
Dr. W. Smith,
Dr. Turcotte,
J os. Jouiras,.
Didace St. Pierre,
Nar. Jouiras,
J.Bte. Chassé,
Michel Lemaire,
G-eo. Boisclair, ^
O né sim e Oloutier, fils, Bazile Benoît, Mathilde Jouiras,
Elise Jouiras,
Marie Plourde,
Eév. Luc Trahan, Kose-Délima Benoit, Joseph Duguay,
E. M. Hart,
Louis Boisvert, Elzéar Pothier,.
James Johnston, David H irt, Antoine Houle, Michel Cajoiette, Eélix Jouiras, Edouard Amand, Théophile Lahaie, Marie Mathieu, Geneviève Lafond,-
PEOVENOaEK-BOISCLA.m.
Témoins Médico-Légaux de la Couronne.
Dr. Provost, Mignaiilt,
Dr. Brimeaii, Pr. Girdwood.
Ténioms de la Défense.
Alexandre Provencher, Marie Protencher, Elise Provenclierj Jean Lerassenr, Maxime C répeau, Louis Boucher, Abraham White, Hilaire Provencher, John Eaymondj Ed. Ar vieux,
Michel Caiolet,
Ls. José Marcotte,
Mo^se Maroche,
Délima Joutras,
Josep ite Eicard, épouse d’Antoine Boisclair, Ls., Thérien, fils de Louis Sévère Réné,
Owen Sweeney,
Louis Daneau,
Antoine Boucher, Méssire Thomas Caron, Joseph. Lasonde,
Moses Hart,
Témoins Médico-Légaux de la Défense.
Dr. Codère, St. Cyr.
Dr. Moll,
La Cour ordonne à tous les témoins en cette cause, excepté les témoins médico-légaux, de se retirer en chambre close, de manière à ne pas e^ntendre les témoignages, ni de la Couronne, ni de la JJefense.
M. Aemsteong, avocat de la Couronne, s’adresse ensuite aux jurés :
Qu’lli PLAISE À LA COUE.
Messieurs les Jurés.
L’accusation contre le prisonnier, malhenrensement pour lui, est fondée sur la preuve prise devant le coroner, et elle est d’une nature tellement concluante qu’il est du devoir de la couronne de faire
4 PROCÈS
toutes les démarches possibles pour éclairer les fins de la justice.
Ce meurtre, s’il a été commis, l’a été sous des circonstances affligeantes. La dernière femme du prisonnier était la belle-mère de l’autre accusée, Sophie Boisclair, son père ayant épousé feue Marguerite St. -Pierre, en secondes noces.
La situation si critique du prisonnier m’oblige de me dispenser de faire aucun commentaire sur le témoignage. Yoici les faits de la cause :
¥ endrt di, le 26 Octobre, Provencher et Sophie Boisclair partirent de grand matin de leur maison respective, située à une distance d’une couple d’arpents l’une de l’autre. L’un prétendait aller à Richmond, l’autre à Sorel. Ils se rendirent à la rivière aux Orties, à une distance de trois lieues, chacun dans sa voiture. La Boisclair paraissait surprise de renc >ntrer Provencher. Ils laissèrent là une de leurs voitures et s’embarquèrent ensemble dans l’autre. Ils ont dîné à Yamaska, où on les a pris pour mari et femme. Ils se rendirent à Sorel, à l’auberge du nommé Courchêne, où on leui donna une chambre à coucher pour les deux, les croyant mari et femme. Le samedi, lendemain, un de leurs co-paroissiens les rencontra tous deux à Sorel, et demanda tout bonnement à Provencher de le ramener à St.-Zéphirm. Provencher lui promit de le faire, et une heure ou deux après, l’informa qu’il ne le pouvait, parcequ’il était obligé d’aller à St.- Aimé. Malgré toutes les instances on n’a pu découvrir où iis ont couché le samedi soir. Le lendemain matin, dimanche, durant la messe, ils arrivèrent à la rivière aux Orties, et reprirent leurs voituif'S respectives. Ils ne se rendirent pas ensemble à St -Zéphirin, mais l’un avant l’autre. Le même soir, dimanche, 28 Octobre, Provencher passa la soirée chez Joutras, qui demanda à sa femnie des noiivelles du marché de Sorel. Sophie Boisclair à son tour demanda des nouvelles de Bich-
PROVENOHER-BOISOLAIR. S
mond. Provonclier lui répondit qu’il avait chanp de route, qu’il avait été à Tro s-Rivieres. Le lundi, Provenolier pria la personne qui 1 avait vu à Sorél de ne pas en parler.
le Vendredi suivant, (le jour des morts) 2 Novembre, la femme de Provencber, avec son mari, passa la soirée chez Joutras. A la veille de mrtir, on ottrit un verre de whiskey a madame Pro- Vencher qui l’accepta, et elle se trouva tellement saisie, qu’à peine pût-elle se rendre chez elle, a la maison voisine. Cette femme était en très bonne santé le 2, et est morte le 6 N ovembre.
Après la mort de sa femme, malgré qu’il courut des bruits contre les accusés, par rapport a leur conduite ; malgré tous les efforts du aigne cure de la-pavoisse qui prévoyait l’avenir, ^ allé demeurer avec Joutras, en disant qu il n® ® occupait pas de ce que le monde disait, car ça faisait
*°L?ou vers le 26 Décembre, Provencber se rendit
à LaBaie, chez le Dr. Smith, pour
strychnine ou poison à renard, ue Dr. n en ayant
pa^ il tâcha de s’en procurer ailleurs ;
qu’il en ait trouvé chez deux ou trois '^C^rnit
derniers n’ont pas voulu lui en donner. 11 serait
peut-être bon de vous donner, (d’apres <1®? '‘^vch
bien connus,) les symptômes produits pai la strjch-
nine r“ Malaise général, douleurs vives dans la région épigastrique, irrégularité des “r
teflectuelles, yeux proéminents, , kmielle
raie de tous les muscles du corps pendant laqueüe
la colonne vertébrale (ép.ne du dos) est les extrémités fléchies et le corps suppoi te pai U tête et les pieds. A cette contraction, dont la dm oe n’est pas longue, succède un calme niaique,^su v lui-même d’un nouvel accès qui ^
que le premier. Vient ensuite un état d aspltjïn qui dure une ou deux minutes, pendant lesquelles L organes des sens et du cerveau continuent
^ PEOCÈS
exercer leurs fonctions, à moins que Fasphyxio ne soit porlee an plus liant point ; car alors l’action de ces organes commence à s’affaiblir. La Un de cet accès est annoncée par la disparition subite du tétanos, et par le rétablissement graduel de la respiratioii. Bientôt après,, une nouvelle attaque a lieu et cette fois les contractions sont des plus violentes ; les secousses convulsives de tous les muscles du corps sont très fortes. Une chose-dioiie de remaîqiie, dit Orlîla, et que l’on n’observe que dans 1 empoisonnement par la strychnine et queloues autres poisons, c’est que le contact d’une partie quelconque du corps, la menace et le bruit déterminent facilement cette roideur tétanique géné-
La strychnine a l’apparence d’une poudre blanche, sans odeur, très amère, presque insoluble dans
I eau, mais soluble dans l’aicool.
La sirycnniiie est un poison végétal, et en conséquence il est bien plus difficile de sui^ue ses traces. L’analyse chimique des viscères du défunt Joutras, faite par les habiles médecins de la Couronne, a cependant révélé l’empoisonnement par ce poison, comme ils vous le diront eux-mêmes. Ce poison n’est connu que depuis 1818.
Samedi inatin, 22 Décembre, Joutras proposa. d aller au bois, à une distance d’une lieue de sa maison et dans une autre concession. Il se plaicrnait de n être pas bien. U désira amener avec luF son garpon, âgé d’une dizaine d’années : sa femme s’y opposa et Provencher offrit de l’accompagner. Ils partirent vers 8 ou 9 heures du matin. Sa femme lui prépara un flacon de vvffiiskey, qu’elle donna à Provencher. ^ Ils revinrent du bois vers une heure de l’après-midi ; Joutras s’arrêta à la porte de la première maison, chez un nommé Michel Cajolet ;
II était à cheval. Ln voyant madame Cajolet, il lui dit : ‘Je suis bien malade ; je crois que je vais mourir. Je ne suis pas capable de débarquer.” Ses
PROVENCHER-BOISCLAIR. T
nieds étaient fléchis en dedans. Elle lui aida à
Ltrer dans la maison, et essaya de le dechausbeT mais il avait les jambes trop roides ; il poussait de hauts cris. Placé sur un lit, le défunt se sonleTOi et avait des crises affreuses. Il dit a madame Oaiolet ; “ j’ai pris un peu de boisson au bois , ] ai voulu lui faire préndr« le reste (a Provencher) , mais il refusa en me disant d’en prendre,encore
"^XârÎTmaXîe docteur. En voyant ce der^ nier, Joutras dit : “ Docteur, je suis Çontpt de vous voir, je pense que je vais mourir. ^ tous les svmptômes de rempoisonnement par la strvohnine. Sophie Boisclair, femme de Joutra., aSva chez cScflet vers 2 ou 8 heures de l’aprèsmidi ■ Quelques minutes après, elle en repaitit et “vtnt Æles 7 ou 8 heures du soir avec Proven-
""^La maison de Joutras a trois appartements mi bas, et trois au haut ; le grenier du haut, et fautre moitié est divisee en cha bres avec une place pour une porte qui seit d communication ; mais il n’y a pas de porte
T.P ^4 le défunt reçut les secours de la religion le moindre bruit et le plus léger toucher le convulsaient tellement que, quand le cure lui -saintes huiles aux pieds, il l>^t^ hauts ci s, s mp tome ordinaire de rempoisoiinement pat l.i sti ycn nine. Malgré ces attaques, Joutras redevint mieux.
Dimancbe le 30 Décembre, Proveiiclier alla a Trois-Rivières et y acheta 8 grams de s'rvchnme du Dr Giroux, pour le Dr Smith de DaBaiedu Pebvre Provencher, en retournant ciiez lui, de Lra qu’il avait acheté de la inedecnie a irois-
“mlmetiin^le SlTfeinine de Joutras alla ■chez le Dr. Ladouceur de St.-Zephinn, poui chtr cher une médecine pour apaiser ses Docteur lui donna une dose de morphine. U kn
PROCÈS
emam îe 31, Joiitras alla lui-même chez le Doc
ieur et lui remit la dose en disant qu'il n'en avait pas eu besoin. La, le Docteur lui donna huit poudres. Joutras dît au Docteur qu’il avait ^
bf e é e quelffeZl Jui
]Qt‘f Docteur alors lui recommanda du
■ a TAr
)p« 7 »,!* 1 • de l’après-midi. Vers
les 7 heures du soir, son voisin ayant apnris on’n
était malade, se rendit chez Ini.^ Joutras lu? dit
P”® *ies remèdes
il demanda une assiettée de sonne nue lui donna. Ce voisin resta cheTÆas etTron 2 heures et demie et trouva la conveTsatiordes accuses si peu convenable, qu’il laissa la maison
mandïr en^ d?®"f ® S* de!
coururèhe^ t mourait. IJ
Jputrasîil/rra^^^^^^^^
îi etes pas aile chercher le Docteur ?” IJ répondit qu’on ne le lui avait pas demandé. Provenche; s offrit pour y aller ; mais il prit son temp? : il en-
s’it, * 1°**+^ ou deux lois de là maison.^ Joutras
h impatientait de ces délais.
Les frères de Joutras qui demeurent dan^i lac makdTf ’ de cette dernière
5éc“S. ‘ seulement une prise par'
niiZZeT""''" connaissance jusqu’au der-
T adonné une des huit poudres du Dr
Dadoucenr a son mari. Elle dit ou’pIIp «-.tcU -
Zil ® de ces poudres pour lui donner mak
iTmort de s"o°f dehors après
produites • XstT”n- six poudres seront
a ilLS ku corSS^® 9-
PEOYENCHEE-BOISCLAIE.
11 ne peut y avoir de doute que les deux accusés ont commis le crime d’adultère. Il ne s’en suit pas que celui qui oublie le commandement de Dieu,
“ tu ne commettras pas d’adultère,” oublie l’autre commandement ‘‘ tu ne tueras pas mais quand ou se place sur la pente du vice, on n© sait pas où on s’arrêtera.
Dans les cas de meurtre, il y a, presque toujours sinon toujours, un motif ; généralement c’est l’argent qui est le mobile du meurtre. Dans ce cas, il ne paraît pas que l’argent ait été la cause dominante qui conduisit le prisonnier ; mais quand les passions animales s’emparent d’un bomnie, elles le mènent aux plus grands crimes.
Si les faits que je viens de vous relater sont prouvés par les têmoinS’; si cette preuve n’est pas contredite dans ses points essentiels, ye ne parle pas de la contradiction d’un fait qu’un . témoin dira être arrivé une demi-lie ure avant un autre, , car il faudrait avoir une montre toujours à la main, mais des faits importants,). votre devoir est de rendre un verdict de culpabilité, sans éconter ancnne considération ; mais an contraire, si la preuve est contredite ; si la couronne faillit dans la preuve des faits essentiels, vous rendrez un verdict d’acquittement.
Durant l’adresse que fit l’avocat de la Couronne aux petits jurés, le prisonnier prêta pendmit quelques moments une attention sérieuse,* puis ensuite de temps à antre, il. promenait ses regards sur la foule, ne laissant voir ancnne émotion.