‹ Proces Provencher-BoisclairChapitre 3 sur 21 · TÉMOINS DE LA COITEONNE · texte numérisé non relu

TÉMOINS DE LA COITEONNE

Marie Ploorde, femme de Michel Cajolet, avant été appelée comme premier témoin de la Couronne, entre dans la narration des circonstances relatives à la maladie du 22 Décembre ; la Cour fait remarquer que la mort de Joutras, le corpus delicii doit d’abord être prouvé. Le Dr. L. U. Turcotte, Coroner, est appelé, mais vu que l’enquête n’a pas

PEOCÊS

été faite par lui, mais par le Dr. Edmond Gilbert Provost, son Député, ce dernier est entendu.

De. Edmond Gilbeet Pkovost, de Sorel.~80 ans.— Député coroner du District de Kichelieu.

Le 2 JaiiYier dernier, le Dr. Turcotte m’a requis d’aller faire une enquête à St. Zéphirin de Courval, sur le corps de Ers. Xavier Jouiras. Je m’y suis rendu en compagnie de M. Ernest Turcotte, le fils du coroner. Je me suis rendu chez le Dr. Ladouceur deSt. Zéphirin, et en sa compagnie et celle de M. Ernest Turcotte je me rendis dans la maison du défunt, à environ une lieue de l’église. Là, j’ai trouvé un cadavre dans une salle, sur le devaid de la maison. Il était 6 heures p. m. environ, et j’ai trouvé une centaine de personnes dans la maison. J’ai été informé par les personnes présentes que ce cadavre était celui de E. X Joutras. L’apparence du cadavre annoiipait une mort récente. La putréfaction était avancée. J’ai formé un corps de jury, que j’ai assermenté en présence du corps. J’ai ensuite assermenté le Dr. Ladouceur et j’ai procédé à l'idciitilication du cadavre, et j’ai interrogé les témoins. J’ai fait une enquête qui est en la possession du coroner.

Le témoin se retire et le coroner Laurent Ubald Turcotte est appelé.

Il identifie le rapport fait par son député, c’est-àdire la perquisition dont partie a été écrite par lui et partie par le député coroner. L’enquête a commencé le 2 Janvier. Elle a été suspendue pour entendre le rapport médico-légal et le 16 elle a été close.

M, Chapleau de la défense s’objecte à la lecture du rapport du député coroner, parcequ’il contient des renvois non authentiqués par la signature du député coroner et des jurés. Le coroner ayant prouvé la sincérité du rapport et que les mots en marge ont été écrits par lui, ou, en sa présence, par son député, le 16 Janvier 1867, date de la clôture

PEOVENCHEE^BOÎSOLAIE.

'àe l’enquête, et ce en présence des jurés, et paraissant à la Cour que le document n’a pas < té altéré, mais est resté dans l’état où il était le 16 Janvier, la Cour rejette l’objection de la défense efc ordonne que lecture du rapport soit faite aux jurés. Le Dr. Provost est rappelé et continue :

Le Dr. Ladouceur a fait l’autopsie pendant que j’entendais les témoins, défaisais l’enquête dan& une autre salie : La foule avait accès dans l’appartement où se faisait l’enquête qui commença d’abord dans la chambre où était le cadavre. Mais pendant l’enquête, les jures ont exigé qo’eÜe se continuât dans un autre appartement. L’autopsie a été terminée le lendemain matin, vers 8 heures.

Comme l’autopsie se terminait, les gens et moi sommes entrés dans l’appartement où elle se faisait Il y avait moins de monde dans la maison que la veille. A part les jurés il pouvait y avoir une vingtaine de personnes. Les viscères du défunt m’ont été remis par le Dr. Ladouceur, chez lui, à environ | de lieue de la maison du défunt. J’ai ensuite été chargé par le coroner d’analyser chimiquement les viscères du défunt. J’avais remis le flacon au coroner qui me l’a remis pour faire l’analyse.

EÉ-EXAMINÉ.

Le Dr. Ladouceur avait Àiis les viscères dans une assiette, après l’autopsie. 11 me dit qu’il n’avait pu trouver des traces de la mort, et je lui ai di-. de conserver les viscères. L’assiette était nette. Je l’ai lavée moi-même ou elle a été lavée en ma présence. Il mit l’assiette avec son contenu dans le siège de la voiture, dans laquelle nous sommes retournés ensemble chez lui. Elle a été couverte d’un papier, ayant qu’il la mît dans la voiture. Eendus chez lui, il mit l’assiette sur une table, dans son bureau. Il ferma son bureau en clef et nous sommes allés ensemble chez le curé de la paroisse pour avoir un flacon qui a été lavé plusieurs fois. De retour chez

PK0CÈ8

trouTé les viscères dans e meme état que nous les avions iaisséret ils ont ete mis dans le flacon par lui en ma présence.

PAR LA COUR

bnïï.rd"n,'Lad,t“!' ■*“

Maeie Plourde, femme de Michel Caiolef Jeteur de St Zéphirin de CourvaîS aï-Cot enfî/ a connu le défunt depuis son

M it,- t ^ine iieue^de chez

Im. Jai vu le flefunt le 22 Décembre dernier à 10 ou 12 minutes après midi, à ma demeure à St 7a phirin de Courval. U est arrivH cheval et S

ceSaVainrJ® demandé

e qa II avait, il ma répondu qu’il était' maiadp

dn^fe ’l pensait qu’il allaitmourir. Je lui ai répon-

pas mourras

P ' ^ ^ ^ quil U était pas capable de dé-

barquer, qu il îi avait aucune émulation il) dan^i If»® jambes et qu’il souffrait le martyr l\^âe 1 tl débarquer ; si tu ne peux pas me débarquer iette

i;r.,‘s.ïL';rV” ‘“J»” *

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fait passer mon petit {tarpon d’un côté du cheval et

'dre^bTm’fmls'^l' Pouvoir le descen-

“am par.dessus le cou mon

petit garpon ui a. levé la jambe de l’autre côté • ie

Tl Pa/-dessous les bras .et je l’ai glissé à terii

£aVh de l' " environ un demi-pfed du châm-

le la porte. 11 a mis la main sur le chambranle pour m’aider à le débarquer.

éployé pi, rrnTii peuple, ,,u lieu J,

PE0VE>TCHEÉ-B0ISCLA1E. 13

Nous l’avons rentré dans la maison et assis sur une chaise contre le poêle. Quand il a été asus, il m a demande de le déchausser ; il criait c’était ternble ; ) avms peur de lui faire mal et je le lâchais. Il m a dit : Jlechausse-moi' quand même que je crierais, decnausse-moi pareil. Je lui ai terui les jambes et nion petit garpo>n lui a arraché ses béttes. Quand il a ete déchaussé, il m’a dit qu’il avait froid aux pieds. Ou ne lui avait' laissé qu’une paire de chaussons des deux paires qu’il avait. Du moment que je lui ai donné des briques pour se mettre sous les pieds, il s est réchauffé bien vite. Quand il lut" recxiauffé, il m’a dit qu’il pensait qu’il allait se trouver mal, qu il était faible. Je lui ai demandé s’il voulait se coucher. Il dit :• Je me coucherais bien mais tu ii’es pas capable de me coucher Je lui dis : on va essayer à te coucher. Il leprit et me dit . hssayez à me lever, je vais essayer de marcher.

Nous ayonsussayé de le lever. Quand il fut debout, il dit Rassis-moi, je ne suis pas capable de marcher ; je vais mourir. On le rassit ; je le haLai vers le ht ; mon petit garçon ie prit par les lamlies moi par les bras, et nous l’avons couché. Quand il lut sur le lit, il souffrait terriblement. Il se levait tout grandi sur son lit et me disait toujours • c est ma deriiière maladie ; j’ai toujours prié Dieu pour m amnier 'ici. Il m’a répété plusieurs fois: laiivre enfant, quelaSte. Vierge est forte ; quand j étais dans le bois, je pensais que i’allais mourir • je me suis toujours recommandé à la 8te. YioiW lui demandant de me rendre ici. Il m’a demandé ^.isuite si je trouverais des moyens pour avoir le Docteur. Je m’empressai d’envoyer chercher J ean ±5te. Chassé pour aller chercher le Docteur, de manière que ça c’est fait au plus vite. Monsieur Chassé est arrivé et nous a rapporté qu’il n’avait pu comprendre la commission du petit onrcon et qu'il venait voir ce que je voulais. Le délunVlui dit ae se presser au plus vite, qu’il trouverait

14 ‘ PEOCÈS

prisQTiiaier chez Moses Hart. Quand il est sorti pour aller chercher le Docteur, le défunt a crié : Yite, vite, mon pauvre J. Bte., je meurs.

Quand il a été parti pour aller chercher le Docteur, le défunt m’a répété plusieurs fois qu’il avait une peine ; que quand il y pensait, pa le rempirait. Ensuite, il m^a demandé du sel, me disant que pa le prenait, comme dans les mâchoires, qu’il pensait qu’il allait tomber comme d’une paralysie. Il dit : Je sens que pa me prends dans tous les membres ; je n’étais attaqué que dans les jambesquand je suis 'arrivé, et voilà que pa me prend dans tous les membres. Le Dr. est arrivé, et ü ne m’a rien dit de plus jusqu’à l’arrivée du Docteur. Il me demanda du sei avant que le docteur arrivât, disant que pa lui avait fait du bien. J’ai oublié de vous dire que quand il a été assis près du poêle, il m’a dit que le piisonnier lui avait emporté de la boisson dans le bois, et qu’il lui en avait fait prendre un coup avant de manger. Je lui répondis là-dessus : Cette boisson là, tu en as pput-être trop pris ; c’est cette boisson là qui, peut-être, t’est tombée dans les jambes. Il me répondit Pauvre enfant , je n’en ai quasiment pas pris ; il y en avait environ à moitié un tombieur dans le petit flacon, j’en ai pris la moitié et le restant est demeuré dans mon sac. Il me dit : J’ai oficrt ce restant au père Modeste ; il n’en a pas voulu, me disant de le garder pour le prendre après avoir diné, et que pa me ferait du bien. Il me dit aussi qu’il s’était fait traîner par sa jument dans le bois. Il dit qu’if avait essayé de monter sur sa jument, qu’il était tombé deux fois dans ses pattes et qu’il n’avait pas pu embarquer ; qu’il avait aperçu un arbre à trois quarts d’arpent, qui était couché, et qu’il s’était fait traîner près de cet arbre pour s’y mettre pour embarquer, en se faisant traîner là par sa jument, en lui prenant une patte et la queue. Eendu près de l’arbre, il est monté, en se traînant sur le ventre jusqu’à ce qu’il fût à l’égaiiKi

PROYENCHER-BOISCLAIR.

fàe sa jument. Là il s’est glissé sur sa jument, et s’est rendu comme pa chez nous, suivant ce qu’il m’a dit. Il m’a dit que le prisonnier Tavait quitté, parce que son garpon (le garpon du prisonnier) devait l’attendre chez Moses Hart, pour des afiaires, et qu’il fallait qu’il se rendît là dans, l’après-midi. Il m’a dit que le prisonnier lui avait donné son coup et qu’il était parti de suite. Il me dit que les douleurs l’avaient pris aussitôt qu’il avait commencé à manger. Il a pris ce œup là et commença à manger. Il me fût qu’il avait offert de s’en aller avecleprisonnier,vu qu’il était vieux et que pa allait trop le fatiguer. Le prisonnier répondit qu’il vînt rester à faire ^soii ouvrage ; que pour lui il s’en irait bien à pied.

Ma maison est sur le rang St. Louis, à environ s<»ixante arpents de l’endroit d’où le défunt était parti. Il m’a dit qu'il était parti de sa cabane dans sa voiture, dans laquelle il avait fait trente à trente-cinq arpents ; que sa voiture avait nassé près de notre cabane de sucrerie, à environ vingt à vingt-cinq arpents de notre maison, et que c’est là qu’il a embarqué à cheval. Il m’a dit qu’il était venu tant que sa jument pouvait venir, avant que sa voiture ne fût cassée 11 n’y a pas de maison depuis le bois d’où il venait à venir cliez nous. Notre maison était la première résidence sur son chemin, depuis son départ du bois. A midi juste, j’ai vu passer le prisonnier, à deux ou trois arpents de ma maison, qui gagnait la maison du défunt. Il m’a paru venir do même bois que J outras. J’ai cru le reconnaître, et le soir il m’a dit que c’était lui. Le défunt m’a dit que sa maladie l’avait pris par le mal de cœur, eî que pa lui avait descendu dans les jambes ; qu’il avait pensé qu’il allait mourir. C’est là que je lui ai dit que peut-être il en avait trop pris. Il disait qu’il sentait des douleurs : qu’il croyait que îcs jambes allaient lui mourir. Il me dit qu’il avait crié comme jamais il n’avait crié

W PEOCÈS

|>iiis ; qu’il n’était pas attaqué de la voix, ni de Tes-

tomac.

Chassé a mis une heure juste à faire le voyao-e Le Dr. Ladouceur est arrivé ; c’est moi qui lui ai ouvert la porte. J’ai été voir dans le chemin, et j’ai dit : voilà le Docteur qui arrive. Le défunt dit : Je suis bien content, je n’en ai pas pour longtemps. Le. sel, il se le mettait dans la bouche, et me disait que pa lui faisait du bien. Il n’a pas vomi. Après qu’il a été sur le lit, ü ne s’est pas plaint du mal de cœur. Il se levait sur les talons et sur la tête, c’est-à-dire qu’il ne se portait que sur les talons et sur la tête ; son corps faisait un arc. Il ne pouvait pas s’étendre plus qu’il l’était. Il avait le corps roide comme une barre de fer. Il ne s’est pas pLint de douleurs intenses. Quand le Docte ir est arrivé, il a dit qu’il sentait son mal dans tous les membres Notre pi mcher n’était pas solide, et quand on passait piès de son lit, il se soulevait tout d’un coup comme une personne qui saute de peur. Quand on ap[)rochait, ou qu’on lui touchait, il criait. Il était des (1) tranquille. Quand il entendait

parler, il taisait le saat et lâchait le cri en même lemps. Il avait la bouche serrée ; il y avait des eêcousses qu’il disait qu’il avait ée la misère à parier, d’autres escousses qu’il parlait assez bien. Il disait que’ quand pa le prenait il avait les dents serrées, qu’il en grinpait des dents. Quand il nous parlait, il y avait des escousses qu’on avait de la misère à comprendre, et d’autres escousses qu’il ne pouvait pas parler du tout, d’autres escousses qu’il parlait assez bien , Qurnid les enfants passaient près de son lit, ou quand on faisait du bruit, c’était dans ce temps là qu’il était plus agité et qu’il sc serrait les mâchoires, et même ses crises ne l’ont pris que quand il a été couché. Jusqu’à l’arrivée du Docteur, il m’a toujours dit que son mal augmentait de plus en plus. Quand ses crises le prenait,.

(1) Terme populaire, au lieu de : moments, luVaut.',

PEO YENGHEE-BOISCL AIE.

il se lamentait au bon Dieu et à la Ste. Vierge. Je ne puis dire s’il s’apercevait quand ses cnses allaient le reprendre. Il m.’a dit qu’il aimerait bien à voir sa femme avant l’arrivée du Docteur. Je l’ai envoyée chercher par un de mes petits garpons qui est parti avant l’arrivée du Docteur; mais ce dernier était présent quand elle est arrivée.

Elle est venue avec mon petit garpon. Quand le Dr arriva, il a pris la main du défunt et m’a demandé de l’eau chaude au plus vite. Il a raconté au Dr. presque tout ce qu’il m’avait dit, par rapport à ce qui était arrivé dans le bois; ce que je lui ai entendu dire au Dr. était pareil à ce qu’il m’avait dit. Quand sa femme est arrivée, elle lui ademam dé comment il allait. Il répondit qu’il allait mieux depuis que le Dr. lui arait donné des remèdes. Le malade a pris du mieux environ cinq minutes après avoir pris des remèdes. Le médecin a été là audessus d’une heure, pendant laquelle le défunt demandait au Dr. de ne pas l’abandonner. Sa femme a été là environ une heure. Elle est partie de suite après le Dr. Elle dit que le Dr. lui avait recommandé des vivres légères et qu’elle allait en chercher chez elle. Le Dr avait recommandé de lui faire manger des toasfe, (1) et on n’avait pas de pain dans ce temps là. Elle dit qu’elle s’en allait chercher du pain pour lui faire à souper. Quand on est parti pour aller chercher le Dr., il était une heure, et quand il est venu, il était deux heures sonnées Le médecin est parti après trois heures. A aller jusqu’au soir, je suis restée seule avec le malade, c’està-dire, -jusque vers quatre heures et demie, que mon mari est arrivé. Quand sa femme est partie, il n’a pas parlé de retour. Quand elle est partie, elle dit. je vais emmener le père Modeste, pa fait qu’il ira ramasser ton butin qui est resté dans le bois. Il dit que ca n’était pas nécessaire do l’emmener, que

(1) Tranche de pain rôti.

Michel (en parlant de mon mari) enverrait ses petits garpons. Elle reprit : pourquoi bâdrer (1) le monde pour rien ? Je Temmenerai, il ira ramasser ton butin lui-même.

Jean-Bte. Chassé et Jean-Bte. Belletête sont venus veiller le soir, vers sept heures ou sept heures et-demie ; le prisonnier est venu avec la femme du défunt. Le défunt était alors bien mieux. Depuis Parrivée du Dr., il avait pris du mieux graduellement. Il n’a pas eu d’autres crises. Il s’est levé seul et est venu manger à la table. Il était environ onze heures du soir. C’est sa femme qui lui avait ' apporté à manger. Ils ont couché tous chez nous, ie défunt, sa femme et le prisonnier. Il était approchant minuit quand nous nous sommes couchés. Iis sont repartis ie lendemain matin, dans la même voiture, aussitôt qu’il a commencé à faire clair. Quand ils sont arrivés, la femme est entrée la première^ et le prisonnier a été dételer le che\ al. Dans ie cours de la veillée, j’étais occupée à mon ou\"rage. Iis ont jasé ensemble. Notre maison est tout d’un corps, et a vingt pieds quarrés. Je ne faisais pas attention au discours qui se tenait. Dans le cours de la veillée, le défunt leur raconta l’histoire de sa maladie, comme il me l’avait racontée. 11 l’avait aussi racontée à mon mari, quand il est arrivé. En arrivant, le prisonnier dit au défunt : Pauvre enfant, tu dois m’avoir regretté dans le bois ; tu n’as donc pas cdé, puisque je ne t’ai pas entendu. Le défunt répondit . J’ai crié comme jamais j’ai crié. Le prisonnier reprit : Pauvre enfant, si je t’avais entendu, j’aurais bien été à ton secours. A cinq heures du matin, le prisonnier a été dans le bois rama>ser le butin. Mon mari a offert d’envoyer ses petits garpons,mais le prisonnier a refusé, disant : Je vais y aller moi-même. Mon petit garpon est allé avec lui. II a douze ans, c’est le même dont j’ai parlé

(i) Pour %- fatiguer.

PROVENCHEK-BOISGLAIE.

plus haut. Quand le malade a été parti, le prisonnier disait qu’il voulait coucher soit avec Sophie Bois3lair, soit avec moi. Je lui ai répondu que des vieux veufs comme lui, je mettrais pa coucher à la gelée, dans le grenier.

TEANSQUESTIONNÉE PAR M. CHAPLEAU.

La chose a été dite en badinant. J’ai donné ma déposition devant le Député Coroner, et bien des choses n’y cont pas entrées. Je n’ai jamais dit devant Hilaire Provenclier. ni aucune autre personne, que le défunt avait fait un saut en descendant de cheval. Je pense avoir dit dans ma déposition, devant le Député Coroner, que le défunt ht üii saut, c’est, d’après ce qu’il m’a dit, en essayant de monter sur sa jument, qu’il était tombé dans ses pattes. Le défunt n’avait pas de traces extérieures de violence ou de déchirure chez lui. Il m’a dit avoir été traîné par sa jument, par la patte et la queue, environ trois quarts d’arpent. Je l’ai cru, parce que c’était un homme digne de foi. J’ai cru et je crois encore la chose possible. Je n’ai jamais vu personne tomber û’un mal. J’ai vu du monde avec des coliques, mais jamais tourmenté comme l’était le défunt. J’ai vu des gens se raccoquiller (1) par les coliques, mais je h’ en ai jamais vuse roidir. Je lui ai laissé les pieds sur des briques chaudes, pendant une couple de minutes. Couché, il me parlait par escousses. En passant près de soit lit, je lui ai abrillé (2) les pieds, et il m’a dit : Lâche-moi, tu me fais mal. Ce que le Dr. lui a fait prendre, il fa pris de trois fioles différentes. il a pris cés fioles dans un portefeuille. Quand il m’a dit qu’il pensait tomber de paralysie, c’est moi qui lui ai dit que le sel était bo") pour cela, èt il m^en a demandé. J’avais pris le sol dans un vaisseau, où on le mettait d’habitude. Quand le

tl) Souvent employé parmi le peuple, pour : se ployer, se raccourcir. <2) Terme populaire ; recouvrir.

défunt est arriré chez nous, il avait la figure blême et retiree. Il y avait 7 à 8 pieds de la porte à“a chai:j!(» ou nous avons assis le défunt. Il se plaio-naif que les jambes lui faisaient mal depuis les orteils lusquau bas du corps II ne m’a pas demandé ^ boire avant 1 arrivée du médecin. Quand il est parti je crus qu’il était sauvé. Le défunt et le prisonnier avaient 1 air de bien s’aimer. Le défunt et «a lemme appelaient le prisonnier “ Père Modeste ” Je

“ “ demandé quelle peine il

avait (le défunt.) C’était mon cousin germain Je le voyais souvent dans le temps des sucres : if venait souvent chep nous. Je n’ai jamais eu d’occasion de savoir s il avait de la peine, ou qu’elle peine il ai ait. Lqus avons une horloge. Quand fai vu LZyV" à midi juste: j’ai dit ; Joutras a

dTw Le matin, le

deiunt et le prisonnier étaient arrêtés chez nous en

allant a,u bois, et le prisonnier a dit qu’il lallaif qu’il revint a midi juste pour aller rencontrer son garponchez M oses Hart. Ils n’ont rèslé chez nomque quelques minutes. J’ai demandé au Dr ce attamm d® m’a dit que c’était com me une

fiir. n question faite par le dé-

it J® a répondu que c’était comme

une attaque de nerfs, et le défunt a ajouté : J’ai un rhumatisme’ peut-etre que c’est mon rhumatisme.

à boiif * tabac au défunt. Ils sent venus

a bout U .1 asseoir, et il a fumé environ 2 à 3 niinu-

f • ' P a donné des remèdes une seconde

WnV fait fumer. Le Docteur a dit qu’il

errait une p?^r0c‘aüo/i(l) par la personne qui a ete le remener, c’est-à-dire c4ssé. Ce dernieTlid a remporte des remedes qu’il ne devait prendre

il *1 para content de la voir. Elle s’est mise a lui faire de la soupe. Sile défunt n’était pas

(1) Purgation.

PEOYENCHEBrBOISCLAIE, 21

mort, ce qui est, arrivé le 22 Décembre ne m’aurait pas laissé une jurande impression.

' Après qu’il eut été réchaudé il s’est toujours plaint de la chaleur. Quand je l’ai couché sur son lit il était réchauffé. Il n’a pas dormi à pari ce qu’il a pris des trois fioles. Le Dr. lui a donné en outre un petit remède pour lui remettre le cœur. Quand il a été couché, je ne lui ai touché qu’une fois en passant, et par iiiadrertance. Il a dit : ne me touche pas aux pieds. Il ne m’a pas dit ce qu’il avait mangé dans le Lois. On lui a dit : ton manger était trop froid, peut-être que c’est cela qui t’a fait mal au cœur. 11 a répondu : non, je n’ai presque pas mangé.

Le père du défunt est en enfance. Deux autres de mes oncles sont morts troublés. Uiu' des tantes du défunt est aussi devenue folle. Le défunt avait assez bonne santé. Je ne connaissais pas sa santé.

Le père de Sophie Boisclair était veuf et il avait épousé en secondes noces, Marguerite St. Pierre, qui se mariait pour la troisième lois avec l’accusé qui était aussi veuf.

22 Mars, 4| h. P. M.

Par M. G-ermaiNo — Michel Oajolet, cultivateur de St. Zéphirin, âgé de 49 ans, époux de Marie Plourde.— -Je connais le prisonnier à la barre. J’ai connu le défunt. Le 22 Décembre dernier, le prisonnier et la femme du défunt sont arrivés chez nous. J’ai aidé au prisonnier à mettre son cheval dans mon écurie. Et dans l’écurie il a été question de la maladie du défunt. .11 me dit qu’il l’avait laissé dans le bois à la veille de prendre son dîner ; que le défunt avait emporté des provisions, et que lui (le prisonnier) avait emporté un peu de boisson accommodée avec de l’absinthe, et qu’il lui avait donne cette boisson avant de le quitter. Quand il lui a présenté cette boisson, le défunt lui ,a dit de se servir. Le prisonnier a

PEOOÈS

répondu qu’il s’en allait ; qu’il n’en avait pas besoin, et il dit : si tu ne peux pas prendre tout maintenant, tu prendras le reste après ton dîner. C’est tout ce qu’il m’a dit dans l’écurie, et nous sommes retournés chez moi. Le défunt, sa femme et le prisonnier sont restés chez moi jusqu’au lendemain matin.

J’ai été chez la prisonnière, le Lundi, qui a précédé son arrestation, et ensuite elle m’a ramené chez moi avec sa voiture. Elle me dit sur le chemin, que personne ne pouvait prouver qu’elle avait empoisonné son mari ; elle me dit la même chose chez moi.

Interrogé par M. Chapleau. — Je n’ai pas trouvé èxtraordinaire que la prisonnière m’ait dit que peràonne ne pouvait prouver qu’elle avait empoisonné Son mari.

Je ne connais rien de mal contre le prisonnier.

J’étais assez intime aveC le défunt ; jamais il ne s’est plaint de rien. Le défunt emportait de la hoiàsOii dans le bois, et même j’en ai pris aVec lui. Le père Modeste lui a dit : Tu dois iù’avoir regretté. Le défunt a répondu qu’il avait crié, et qu’il aurait désiré l’avoir avec lui. C’était deux bons amis.

, Ré-examiiié.-—Je n’ai jamais vu le défunt prendre de la boisson produisant le même effet que celle-là;

Kapoléon Hopmisdas Ladoucéue, Médecin, de Zéphiriiï de Courval, âgé de 24 ans.

je connais lé prisonnier à la barre. J’ai été le' médecin qui a traité le défuht dans ses deraières maladies.

Le 22 Décembre dernier, un nommé J. Bte. Chassé vint chez moi, entre midi ou une heure- et-demie pour quérir mes soins pour un nommé J outras, et je me rendis, chez M. Cajolet, pour voir le malade. En ouvrant la porte, j’aperpus le malade étendu sur un lit. En me voyant, le malade fit un saut. Je me dirige vers lui/ et il me dit : Docteur, venez vite,^

PEOVENCHER-BOISOLAIR.

je pense mourir. Je lui dis que e’ était inutile de parler de cela, qu’il allait revenir bien % ite. J’examine le malade en même temps. Je lui demande comment il est devenu màlade.- Tl me dit qu’il était parti avec M. Frovencher, (le prisonnier) pour bûcher du bois dans sa sucrerie, préparant à faire ses sucres, et qu’à l’heure du dîner, Frovencher lui avait laissé une bouteille de boisson avec de l’absinthe, pour prendre avant son repas ; qu’il en avait pris un verre et qu’il avait commence à prendre son dîner. Quelques minutes après, il se plaignait de faiblesse dans les jambes, d’engourdissement ; en très peu de temps, il m’a dit qu’il était tombé par terre, que ses jambes étaient devenues roides et quelque temps après, il s’était levé pour embarquer sur son misse {\). Alors il me dit que sou suisse s’était accroché dans une souche et qu’il s’était brisé. De peine et de misère il était parvenu à grimper sur son cheval, au moyen d’une souche. Il voulait parler encore et je lui dis que je n’avais pas besoin' d’en connaître plus, que j’allais lui donner des remèdes.

Le pouls du malade était vif et assez fort. Il se plaignait d’oppression à la gorge, douleurs fortes au creux de l’estomac, douleur dans le cou, roideur des extrémités : le corps partageait aussi cette roideur. Sa douleur principale était en dedans des cuisses, comme si, disait-il, ses nerfs voulaient se rétracter, se recourber. Je ne me rappelle pas' l’expression dont il s’est servi.

Le moindre bruit ou mouvement augmentait cette douleur à l'épigastre ou au creux de l’estomac ; il disait que c’était propre à faire venir ces douleurs là. Il me supplia alors de ne pas lui toucher, parceque pa lui donnait une douleur très intense. Cette douleur au creux de l’estomac s’augmentait par la pression. Il ne se x)laigiiait d’aucuns maux de tête*; son intelligence était claire.

(r) iSüiBbB: pour lourdes charges.

r24 PEOCÈS

Je dois faire remarquer à la Cour, que je lui avais donné une poudre calmante. Ma poudre calmante consistait en teinture d’opium, d’envdron 30 «-outtes et d’éther sulfurique. Quelques intan ts aprls avoir pris ce médicament, à peu près un quart d’heure apres, il m'avoua quH était un peu mieux. Alors il me dit qu’il avait beaucoup de peine ; je lui dis qu’il fallait laisser ces choses de côté ; que je n’étais pas venu là, ni pour le voir pleurer, ni pour connaître ses peines, et qu’il devait m’écouter puisqu’il m avait envoyé chercher. Pour le distraire de ces choses, comme je fumais moi-même, je lui offris de iiimer, et alors je chargeai moi même sa pipe de mon propre tabac , je lui allumai sa pipe et la lui mis dans la bouche parcequ’ii m’avait dit auparavant qu 11 ne pouvait pas la prendre avec ses mains iui-merae Comme je m’aperçus qu’une nouvelle crise allait ie reprendre, je lui administrai une nouvelle dose calmante, mais en moindre quantité. Je lui demandai s’il avait fait demander sa femme II me répondit que oui. Avant que je fusse prêt à lui administrer cette nouvelle dose, il eut encore un nouvel accès de cette maladie nerveuse. Alors je lui hs prendre cette seconde potion, et en même temps, je lui saisis fortement les cuisses, malgré la recommandation qn’il me fit du contraire. Je lui trottai lortement les cuisses surtout à la partie interne, où la douleur était plus forte, disait-il, et ie lui fiechis la jambe en avant et en arrière ; en même temps il avait des convulsions tétaniques. Ces convulsions tétaniques lui faisaient faire de petits sauts sur son lit. Après l’avoir frotté pendant quelque temps, il reprit du mieux Alors ie lui mis une chaise en arrière du dos avec un oreiller et je le plapai dans une position presqu’assiso.

Alors je lui dis, rallumons la pipe encore une

m s. Comme la première fois, il me dit qu’il ii’é-

ait pas capable ; que si je voulais lui allumer sa

1>ipe, Il essaierait à fumer ; ce que je fis à l’instant.

PEOYENOHEE-BOISCLAIE. 2^

Tout en parlant, il me demanda s’il pouvait se descendre les jambes, vu qu’il était dans une grande transpiration Je le lui permis. Quelques instants après, m’apercevant que cette transpiration fortë pouvait lui être nuisible, je lui conseillai de se replacer les jambes sur son lit.

J e m’informai alors comment était sa douleur de l’estomac. Il me dit qu’elle était beaucoup diminuée ; mais qu’il restait encore quelque chose. Alors, je lui dis comme j’allais partir, que j’allais lui donner une autre dose câlinante. En etfet^ je lui doiiüai un quart de grain de morphine dans une grande cniilérée d’eau tiède, il me demanda, à peu près dans ce temps là, si je 'croyais que c était une attaque de rhumatisme, parceque,^ disait-il, il en avait eu des att.ïqiies quelques années auparavant, mais que cette fois-ci, c’était bien plus fortque de coutume ; que dans ces attaques là, il n’avait pimais eu ces mouvements, ces petits sauts Qu’il faisait : il me demanda alors mon opinion sur cette maladie là. Four éluder la réimnse, car je savais que j’avais affaire à une maladie nerveuse, mais je ne savais pas laquelle, je lui répondis que si c’était uii cas de rhumatisme je n’en avais jamais vu de semblable.

Comme je me préparai à partir, il me demanda, si je voulais lui donner une purification^ parceqne, disait-il, il croyait avoir trop de bile ; je lui répondis que je le ferais volontiers et je me préparai à partir. Je me rendis chez moi avec Jeaii-Bte. Chassé, celui qui m’avait amené’. J’envoyai par Chassé les deux poudres purgatives qu’il m’avait demandées. Je n’en ai eu' des nouvelles que Je 2E par le cure de la paroisse, qui m’a dit qu’il avait été administré Joutras, et qu’il l’avait trouvé mal. Le 2oe jour de Novembre, la dame de F. X. Joutras, Sophie Boisclair, est venue chez moi, après la messe, me demandant si je voulais bien emmyer quelque eho.se à son mari, pour des douleurs abdominales,

PROCÈS

des donleisLTs dans le ventre Alor^ îa ^

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PEOVENQHEE-BOISCLAIR.

m'a ayoné aussi qu’il avait beaucoup de peine, que c’était malheureux de vivre comme lui. Je lui conseijlai de ne pas penser à ces choses là, en donnant à entendre que bientôt il se rétablirait et pourrait reprendre son ouvrage. Il me quitta pour aller visiter quelques uns de ses amis qu’il avait au huilage. Je n’ai revu Frs. X. Jouiras que le 2 Janvier, jour où je lus appelé par le Coroner pour faire l’autopsie. Le SI au soir, après 11 1 h., M. Provencher est venu chez M. M. E. Hart, Notaire, de St. Zéphirin de Courval où j’étais à parler avec un M. Pothier de Trois-Rivières. Modeste Provencher me dit : Docteur, je suis venu tous voir pour Frs. X. Jouiras ; il a eu une attaque de sa maladie ; il a pris une de vos poudres que vous lui avez conseillé de prendre, i d’heure avant son souper, et il croit que pa ne lui a pas fait de bien ; il a été malade après. Alors je lui dis: c’est bien, je vais aller le voir. Il me répondit : on ne m’a pas envoyé vous chercher i je suis venu pour chercher * une poudre, à peu près semblable à celle que vous lui avez donnée chez Cajolet, quand il est tombé malade au bois. Je partis immédiatement avec M. Provencher pour aller chez moi, pour lui donner cette poudre. J’ai pesé line poudre de morphine de 1 graip et f,* et je l’ai donnée à M. Provencher pour le malade. M. Provencher partit en me disant qu’il avait eu de la misère à s’en revenir, parce que le chevaj qui le conduisait ne suivait pas le chemin. Je lui demandai alors si c’était la jument qu’il avait l’habitude d’avoir. Il me répondit que non ; que c’était le cheval de Joutras ; ajoutant que si c’eut été la sienne il y aurait eu longtemps qu’il aurait été rendu chez moi.

Le lendemain, jour de l’an au matin, nn nommé Narcisse Joutras est venu chez moi me dire que Frs. Xavier Joutras était mort. J’ai dit à Narcisse .[outras que j’aimerais à ouvrir cet homme là.

Pfi’OCÈS

pour en fake l’autopsie. Le 26, j’aJ été requis

par le député Coroner de me rendre chez le délunt pour en faire l’autopsie, et je l’ai faite • j’ai aussi tait uii procès-verbal de cette autopsie.’ Le procès verbal étant produit, le témoin dit qu’il contient tous les faits relatés lors de l’autopsie

Le rapport est alors lu aux Jurés. Il était concu

en ces termes : ^

^^.TE, Napoléon Hormisdiis Ladouceur, médecin, aemeuraut en la paroisse de St. Zéphirin, âgé de 24 ans, déclaré, apres avoir été assermenté, oue i’ai exammelecorpsde Frs. X. Joutras, le Mercril'

soir, deux jours après sa mort.

examen externe.

inférieures, la

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