‹ Proces Provencher-BoisclairChapitre 20 sur 21 · LES A VEUX · texte numérisé non relu

LES A VEUX

La question s’ôtant soulevée parmi les hommes de science sur refficacité des analyses chimiques en cette cause et par conséquent, sur l’importance que l’on devait apporter aux témoignages médico-légaux de la couronne, et ce de manière à faire croire au public que la justice avait été un peu trop hâtive dans la condamnation des accusés, nous nous sommes alors adressé au Shérif qui avait eu sous ses soins la garde de Provencher, lui demandant de vouloir bien nous communiquer les aveux faits par ce dernier (si toutefois de tels aveux avaient été faits) pour les livrer à la publicité, et voici ce que nous a répondu M. le Shérif :

Bureau du Shérif, ) SoEEL, 2 Mars 1868. )

Monsieur,

En réponse à vôtre lettre d’hier, je vous autorise à insérer dans votre brochure, que Modeste Yilbrun dit Provencher, qui a été exécuté à Sorel, le 3 Mai dernier, a^ avant de monter à l’échafaud, le matin du dit jour, avoué sa culpabilité. La raison qui a empêché de faire connaître ces aveux dans le temps, c’est que cela aurait pu préjudicier à Sophie Boisclair ; car, s’il eut été le seul coupable, il se trouvait en conscience tenu de le déclarer, afin de sauver Sophie Boisclair, accusée et condamnée par la justice humaine pour le meme crime qui le conduisait à l’échafaud. Il eut, avant de mourir, tous les secours de la religion, et il était on ne peut mieux disposé. Mais il se croyait tenu de faire tout ce qui était en son pouvoir, tout en restant dans les bornes que lui prescrivaient ses devoirs de conscience, pour sauver sa complice ; -et je dois ajouter qu’il le lui avait promis. Lors du procès de Sophie Boisclair, il fallait que cette dernière, pour se

PROYENCHER-BOISQLAIE.

rendre à la Cour, passât devant la cellule de Provencher. Un jour, celui-ci sq trouvait près de la grille du passage. Elle s’arrêta et lui dit : “J’espère, père Modeste, que vous allez me sauver...’' Et il lui répondit : “Je ferai tout ce que je pourrai x:)Our vous.” C’est pour cela que Sophie Boisclair a toujours persisté à dire que Provenoher la disculperait sur l’échafaud. Mais ce pauvre Modeste n’eut pas cette idée là : il fit tout ce qu’il put pour elle, et il considérait qu’il ne pouvait faire plus, sans se faire tort à lui-même. Il disait, qu’en montant les degrés de l’échafaud, il voulait monter au ciel, mais en même temps, il voulait laisser quelqu’un qui pût, après sa mort et lorsqu’il en serait temps, réparer le scandale qu’il avait donné en protestant de son innocence, même après le verdict du Jury.

Sophie Boisclair a manifesté le désir de le voir, avant sa mort, et le lui a fait dire par les gardiens de la prison.

La veille de sa mort, il me dit qu’elle désirait le voir, mais que lui n’y tenait pas et qu’il me mettait juge de l’opportunité de cette entrevue “ dont il “ ne me parlait pas pour lui-même, ne la désirant “ pas, mais pour lui faire plaisir à elle. ”

Je lui répondis que je ne pouvais le lui permettre, et il m’en parut content,

J’ai cru devoir vous raconter ces détails, afin de vous faire comprendre pourquoi Provencher n’a pas fait, publiquement, l’aveu de sa faute. Beaucoup de personnes ne comprendront peut-être pas cela, mais celui qui a été témoin de toutes les réflexions que se faisait ce malheureux, sait combien elles étaient légitimes.

J’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre obt. servt.

M. Mathieu, Shérif.

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